Je ne me suis pas découverte Noire, j’ai été accusée de l’être

« Le racisme ne se combat pas avec de belles paroles mais à travers une formation et une transmission de savoirs et de pratiques indispensables ».

Dans sa préface, « Pour une pédagogie féministe et antiraciste », Françoise Vergès souligne l’importance des « manuels d’éducation populaire, de pédagogie féministe non-élitiste, de formation à la resistance et à l’autonomie ». Elle aborde, entre autres, les mécanismes de racisme d’Etat et du racisme structurel, les liens entre racisme et histoire esclavagiste et coloniale (dont l’histoire française), le travail de groupes afro-féministes « non seulement analysent l’intersection des discriminations, mais dénoncent la misogynoire, le machisme des hommes noirs », les clichés (Noire n’est pas mon métier. Stéréotypes, racisme et diversité : 16 actrices témoignent, les-refus-de-la-boite-a-cliches/), le mouvement féministe antiraciste transnational, les contributions de féministes du « Sud global »…

Au delà de divergences maintenues avec la préfacière :

Le ventre des femmes. Capitalisme, racialisation, féminisme

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2017/03/30/faire-resurgir-lhistoire-des-domine-e-s-des-oublie-es-des-marginalise-e-s/

Interview : « Le ventre des femmes. Capitalisme, racialisation, féminisme »

https://www.cetri.be/Interview-Francoise-Verges-Le

L’homme prédateur. Ce que nous enseigne l’esclavage sur notre temps

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2012/01/26/une-experience-humaine/

Entretien dans Comment s’en sortir ? #1

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2015/06/09/les-murs-renverses-deviennent-des-ponts/

L’histoire racontée selon le point de vue des vainqueurs, la population noire esclavagisée, l’occultation du « fait que ce groupe avait été placé dans cette position-là par l’action d’un autre groupe ». Dans son introduction, Djamila Ribeiro parle, d’« une révision critique profonde de notre perception de nous-mêmes et du monde. Il implique de percevoir que même ceux qui cherchent activement à avoir une conscience raciale ont déjà probablement fait subir des violences à des groupes opprimés », de perspective historique, des conséquences de plus trois siècles d’esclavage, de l’histoire du Brésil et de ses lois, de question raciale, du racisme comme « structure fondamentale des relations sociales, créateur d’inégalité et de séparation », de système d’oppression, d’inaction contribuant à perpétuer l’oppression. « Ce petit manuel expose des stratégies pour combattre le racisme contre les personnes noires mais j’espère bien qu’il pourra également contribuer à combattre les autres formes d’oppression »…

Djamila Ribeiro aborde, entre autre, l’actualisation constante du système raciste, les mythes fondant les particularités du système d’oppression au Brésil, « le mythe de la démocratie raciale », les leçons du « féminisme noir », l’être différente « ce qui signifie être non-Blanche », les places sociales, « Je voyais que mes camarades blanches n’avaient pas le besoin de penser la place sociale de la blanchité, car elles étaient vues comme normales », la réduction des « personnes noires » à certains stéréotypes « au lieu d’être reconnues comme des êtres humains dans toute leur complexité et avec toutes leurs contradictions », la production des savoirs, la référence esthétique. « Le problème, ce n’est pas la couleur, mais son utilisation comme justification pour ségréger et opprimer ».

Les relations raciales vécues impliquent de parler « de la négritude et aussi, bien sûr, de la blanchité ». Je souligne notamment le chapitre « Reconnaissez les privilèges de la blanchité », ce que signifie appartenir à un groupe social, la « population noire » majoritaire au Brésil et fortement invisibilisée, le pouvoir transformateur de ce nommer, « Se percevoir est transformateur », la position sociale du privilège, le racisme comme problématique « blanche », la responsabilisation menant à l’action, les espaces pour soi…

L’autrice analyse, le racisme internalisé en chacun·e, ceux et celles qui vivent « sans que leur couleur les fasse réfléchir sur cette condition », la posture féministe et antiraciste, la limitation de l’humanité à « ses semblables », « le pacte narcissique de la blanchité », les « politiques éducatives affirmatives » et leur potentiel transformateur, la Loi des quotas pour l’administration publique fédérale, l’effacement systématique des productions et savoirs produits par les groupes opprimés, l’« épistémicide », la nécessité de lire des « auteur·e·s noir·e·s », la culture consommée, les expropriations et les appropriations historiques, le potentiel transformateur « de la voix puissante des groupes historiquement réduits au silence »…

Sont aussi abordés, les désirs et les affects, l’enferment des « femmes noires » dans des clichés, les viols, la sexuation des femmes, « Cette sexuation retire aux femmes leur humanité, car nous cessons d’être vues avec toute la complexité de l’être humain », la norme blanche et « tout ce qui diffère est vu comme négatif », l’empathie comme « construction intellectuelle, éthique et politique », la violence raciale et les moyens de la combattre, le système pénal pour « promouvoir un contrôle social en marginalisant les groupes considérés comme « indésirables » », la criminalisation de la pauvreté, le rôle de la police, l’antiracisme, « soyons tous antiracistes »…

Un petit livre à mettre entre toutes les mains, et en particulier de celles et ceux qui refusent de prendre en compte les effets des privilèges – même relatifs – dans les rapports sociaux (et non uniquement dans les rapports sociaux de classe), les effets dévastateurs du racisme et du sexisme – du privilège blanc et du privilège masculin. Il serait souhaitable qu’un pareil petit manuel soit écrit pour souligner les constructions systémiques en France et dans les « poussières de l’empire »…

« Prendre conscience des privilèges de certains groupes sociaux, et pratiquer de petits exercices de perception, peut transformer des situations de violence qui avant ce processus de conscientisation n’auraient pas été remises en causes »

Djamila Ribeiro : Petit manuel antiraciste et féministe

Editions Anacaona 2020, 126 pages, 10 euros

Didier Epsztajn


De l’autrice :

« Le racisme brésilien est un crime parfait »

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2021/03/26/le-racisme-bresilien-est-un-crime-parfait/

Chroniques sur le féminisme noir

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2019/07/30/si-vous-etes-fatigue-e-dentendre-parler-du-sexisme-et-du-racisme-imaginez-celles-et-ceux-qui-les-vivent-tous-les-jours/

La place de la parole noire

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2019/05/22/faire-du-bruit-et-ecorcher-le-recit-hegemonique/


En complément possible  :

Femmes, Noires, notre silence ne nous protégera pas !

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2018/09/21/femmes-noires-notre-silence-ne-nous-protegera-pas/

Chimamanda Ngozi Adichie : Le danger d’une histoire unique

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2019/07/14/le-danger-dune-histoire-unique/

Introduction de l’ouvrage de Michelle Alexander : La couleur de la justice

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2017/03/13/introduction-de-louvrage-de-michelle-alexander-la-couleur-de-la-justice/

Note de lecture de cet ouvrage : Un cauchemar pour les droits humains est en train de se produire sous nos yeux

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2017/03/29/un-cauchemar-pour-les-droits-humains-est-en-train-de-se-produire-sous-nos-yeux/

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