Pandémie et femmes : Confinement et violences, mamans solo, avortement, revalorisation des emplois et carrières, femmes migrantes, analyses féministes, femmes en première ligne face au covid-19

Dans le contexte de confinement qu’impose la pandémie de COVID-19, plusieurs organisations ont pris l’initiative d’interpeller les 12 Ministres composant la Conférence InterMinistérielle  CIM) Droits des Femmes qui se sont réunis pour la première fois le 2 avril à propos des mesures à prendre contre les violences faites aux femmes. Voici les deux lettres ouvertes qui leur ont été adressées ces 1er et 17 avril. La première lettre ouverte a ét-gallement été mise en ligne sur le site de la RTBF -Les Grenades

Bruxelles, le 01/04/2020.

A l’Attention des Ministres membres de la

Conférence Interministérielle sur les droits des femmes

Mesdames la Première Ministre,

Mesdames et Messieurs les Ministres,

Dans la perspective du groupe préparatoire de la Conférence Interministérielle sur les droits des femmes qui va se tenir ce jeudi 2 avril à propos des mesures à prendre pour lutter plus efficacement contre les violences entre partenaires dans ce contexte de confinement, nous souhaitons attirer votre attention sur les éléments suivants.

La crise actuelle met en lumière la précarité des actions de prévention primaire qui visent à diminuer les violences faites aux femmes et à éviter au maximum de devoir agir dans l’urgence quand ces violences s’expriment. Avec le confinement, davantage de femmes sont confrontées, 24h sur 24, à des situations inextricables que beaucoup connaissaient déjà avant : stress de l’enfermement quotidien avec son agresseur, contrôle permanent des communications et des sorties, montée des tensions dues à la promiscuité, risque d’aggravation des violences et de passage plus fréquent aux violences physiques et sexuelles dans les familles…

Un tel contexte complique la mise en œuvre de stratégies de protection par les femmes concernées, d’autant plus si elles vivent dans un logement exigu ou si elles doivent en même temps se soucier de la sécurité de leurs enfants. Cela complique aussi leurs possibilités d’appels à l’aide, d’autant plus si elles ont un faible réseau social, si elles n’ont pas de moyen de communication ou de mobilité, ou si elles veulent éviter le recours à la police, de peur de risquer une expulsion du territoire ou une sanction financière des services sociaux.

Avec le confinement, les maisons d’accueil fonctionnent en circuit fermé. Alors qu’il manquait déjà des places auparavant, il n’y a désormais plus de places disponibles. Nous saluons les décisions prises récemment par la Région Wallonne concernant la distribution de masques et l’octroi d’un soutien financier aux maisons d’accueil. Mais le matériel de protection n’est pas garanti dans la durée, ce qui entretient un climat anxiogène tant pour les résidentes déjà sur place que pour le personnel qui y risquent leur santé. Une difficulté de plus est celle du manque d’espace pour pouvoir mettre en quarantaine les femmes hébergées présentant des symptômes ou ayant eu des contacts avec des personnes infectées.

Enfin, de nombreux dysfonctionnements existent depuis longtemps au niveau de la police et de la justice, en ce qui concerne l’intervention d’urgence, la mise en protection des victimes, l’enregistrement et le suivi des plaintes ou la responsabilisation des auteurs. Dans le contexte actuel, les effectifs de la police et de la justice semblent être prioritairement mobilisés pour faire respecter les mesures de confinement et nous craignons que l’attention portée à la lutte contre les violences, déjà insuffisantes, en pâtisse, comme semble en attester les premiers témoignages que nous recevons.

Nous saluons le travail et les décisions prises par la Task Force qui s’est organisée avec des services spécialisés et les Ministres Bénédicte Linard, Christie Morreale, Nawal Ben Hamou et Barbara Trachte. Nous espérons que la Conférence Interministérielle soit l’occasion de continuer à concrétiser les mesures nécessaires pour lutter efficacement contre les violences faites aux femmes, en se conformant davantage aux exigences de la Convention d’Istanbul ratifiée par la Belgique en 2016.

Parmi les mesures à mettre en œuvre immédiatement, nous insistons en particulier sur celles-ci :

1° entreprendre une large campagne publique avec quatre objectifs:

– prévenir les violences conjugales et intrafamiliales, notamment en faisant connaître les programmes pour les auteurs de violence qui existent et restent accessibles

– promouvoir les lignes 0800/30.030 (francophone), 1712 (néerlandophone) et 0800/98.100 (pour les victimes de violences sexuelles, notamment de viol conjugal et d’inceste) qui aident les femmes concernées à élaborer des stratégies de désescalade des violences adaptées à chaque situation

– sensibiliser la population pour que chacun-e soit particulièrement attentif/ve à ses proches et à ses voisines exposées aux violences conjugales et intrafamiliales

– sensibiliser les professionnel-le-s de la police, de la justice, de la santé et de l’aide à la jeunesse aux mécanismes des violences conjugales et intrafamiliales pour limiter la victimisation secondaire et dans la perspective de concrétiser dès que possible une formation continue et obligatoire sur la dynamique des violences faites aux femmes

Cette campagne pourrait s’envisager à l’image de ce qui s’est fait très vite pour promouvoir les mesures de protections sanitaires contre le Covid-19, à travers des spots télés, des affichages dans tous les lieux de passage (supermarchés, boulangeries, pharmacies, arrêts de bus, administrations communales…) tout en veillant à une accessibilité maximale (pictogrammes, traductions…). On peut aussi imaginer des démarches qui permettraient de toucher davantage de monde dans ce contexte particulier comme par exemple le passage de voitures à haut-parleur pour diffuser un message sonore dans les rues, la promotion des lignes d’écoute sur les tickets de caisses ou de transports en commun….

2° améliorer les lignes d’écoutes existantes en renforçant les équipes avec des professionnel-le-s ayant reçu une formation de base accélérée pour pouvoir :

– élargir les permanences avec des spécialistes formé-e-s aux violences entre partenaires 24h/24 et 7j/7

– rendre ces lignes accessibles via un numéro de portable pour pouvoir envoyer plus discrètement des textos et recevoir une réponse rapide

– élargir les horaires de chat ou de video-conférences en direct

– faciliter les possibilités de traduction pour les femmes qui ne parlent ni français ni néerlandais, notamment à l’aide du site www.we-access.eu

– transformer ces lignes d’écoute en lignes d’urgence, en contact permanent avec les services spécialisés (ambulatoires et maisons d’accueil) et les services de secours (santé et police) pour réagir au plus vite

3° faire de la lutte contre les violences entre partenaires une priorité de toutes les zones de police. Il faut pour cela rappeler dans tous les commissariats la dynamique des violences conjugales et privilégier une attitude proactive pour :

– rendre visite régulièrement aux femmes qui ont dénoncé des violences conjugales ces trois derniers mois pour s’assurer qu’elles vont bien et signifier à leur agresseur qu’il est surveillé

– recevoir et orienter de façon bienveillante les femmes qui dénoncent des violences conjugales, en veillant à une application stricte de la COL 04/2006 et des procédures accélérées à adopter (cf point suivant)

– intervenir systématiquement pour toutes les femmes sans discrimination et pour toutes les formes de violences, sans banalisation, même s’il n’y a pas d’agression physique

– garantir la confidentialité des interventions de façon à ce que les victimes n’aient pas à subir de représailles administratives liées à leur statut ou à leurs conditions de vie

4° faire de la lutte contre les violences entre partenaires une priorité de tous les parquets, en mettant en place, dans la mesure des effectifs disponibles et de la réorganisation du secteur de la justice qui a été opérée dans le contexte du confinement, une procédure facilitée et accélérée

– de traitement des plaintes pour violences entre partenaires, avec la poursuite des procédures en cours, dans l’objectif de favoriser au maximum la sécurité des victimes

– de suivi avec les services spécialisés et la police

– d’éloignement des auteurs de violences pour que, si la victime le souhaite, ce soit l’auteur qui ait à quitter le domicile, ce qui implique de s’assurer d’un relogement chez des proches si possible ou dans des structures adaptées si nécessaire, avec un suivi adapté pour éviter qu’il retourne agresser sa victime. Ce suivi adapté doit impérativement être garanti, d’autant plus que le contexte particulièrement anxiogène et tendu peut augmenter le niveau de dangerosité des auteurs de violences qui se verraient éloigné du domicile.

5° réquisitionner des locaux et mobiliser des équipes pour proposer aux femmes et aux enfants victimes de violences conjugales qui préfèrent cette option un refuge temporaire dans de bonnes conditions et dans le respect des mesures sanitaires face au Covid-19 avec du matériel de protection adapté et en suffisance, comme l’ont initié les villes de La Louvière et Liège en collaboration avec des services spécialisés.

Par exemple des chambres d’hôtel pour les femmes seules, des chambres d’hôtes plus adaptées aux femmes qui ont besoin de sécurité avec leurs enfants dans des lieux qui permettent aux services spécialisés de jouer un rôle de proximité plus important en maintenant un lien social, des logements sociaux (notamment en permettant aux familles en maison d’accueil et à qui un logement social a déjà été attribué d’intégrer rapidement ce logement pour libérer des places en maison d’accueil), des bâtiments communaux ou inoccupés aménagés, …. Il s’agit aussi d’anticiper le relogement des femmes et des familles hébergées dans ces espaces temporaires à la fin de la période de confinement.

6° il importe à travers toutes ces mesures de porter une attention particulière aux femmes les plus vulnérables : les femmes en séjour précaire, sans abri, porteuses de handicap, à mobilité réduite, sans revenus… Elles doivent pouvoir accéder à tous les dispositifs mis en place et ceux-ci doivent être adaptés aux difficultés spécifiques que ces femmes rencontrent. Par ailleurs, nous insistons aussi sur la nécessité de permettre à toutes les femmes de disposer pleinement de leurs droits fondamentaux, ce qui passe notamment par la régularisation des personnes sans papiers.

Le confinement met en lumière les graves manquements des pouvoirs publics dans la lutte contre les violences faites aux femmes, manquements que les associations et services de terrain soulignent depuis très longtemps et qui sont synthétisés dans le rapport alternatif sur la mise en œuvre de la Convention d’Istanbul déposé par la société civile l’année dernière (cf ici http://stopfeminicide.blogspot.com/2019/05/rapport-alternatif-sur-la-mise-en.html).

Tout comme ce que nous sommes en train de vivre dans le secteur de la santé, largement sous-financé depuis des années, la gravité de la situation saute aux yeux avec ce contexte exceptionnel de crise. Nous insistons donc pour que des leçons soient tirées de ce que nous vivons aujourd’hui et plaidons pour que les mesures d’urgence citées ci-dessus se poursuivent au-delà de la période confinement en s’intégrant à une véritable politique globale, cohérente et coordonnée de lutte contre les violences faites aux femmes, financée en conséquence. Cette politique globale doit aussi inclure une stratégie de prévention primaire qui aide notamment à mieux affronter à l’avenir des situations exceptionnelles comme celle-ci.

Pour aujourd’hui comme pour demain, il en va de la dignité, de la sécurité et de la vie de milliers de femmes en Belgique !

En espérant que notre courrier retiendra votre attention, nous nous tenons évidemment à votre disposition pour continuer à collaborer dans une démarche constructive.

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Bruxelles, le 17 avril 2020.

A l’Attention des Ministres membres de la

Conférence Interministérielle sur les droits des femmes

Mesdames la Première Ministre,

Mesdames et Messieurs les Ministres,

Nous avons pris connaissance des discussions qui ont eu lieu dans le cadre du groupe de travail interministériel du 2 avril (1) et nous vous remercions pour vos retours.

Nous saluons la rapidité de la mise en place de cette réunion qui a permis de rassembler 12 cabinets ministériels. Nous saluons aussi les initiatives déjà prises jusqu’ici notamment en matière de renforcement des lignes d’écoute et de chat, d’ouverture de nouvelles places d’hébergement d’urgence ou de maintien des activités de plusieurs services spécialisés. Ce sont des mesures essentielles que nous attendions depuis longtemps. Mais, isolées et temporaires, ces mesures sont malheureusement encore tout à fait insuffisantes car les violences faites aux femmes sont une urgence nationale, confinement ou pas.

Nous attendons un investissement bien plus intense de la part des pouvoirs publics, en particulier du niveau fédéral, pour diminuer concrètement les risques de violences faites aux femmes à travers une politique de prévention efficace et pour garantir au mieux la protection des femmes victimes de violences entre partenaires, dans cette période de confinement mais aussi au-delà, en insistant à nouveau fortement sur la nécessité de garantir la pérennité de toutes ces mesures à l’avenir.

Nous constatons, par exemple que :

– peu de femmes victimes ont concrètement accès aux places supplémentaires qui ont été libérées pour les hébergements d’urgence parce que, pour diverses raisons, elles ne peuvent pas fuir leur domicile où elles vivent confinées avec leur agresseur et, parfois, leurs enfants. Les femmes concernées doivent pouvoir être accompagnées et rassurées sur le fait qu’elles n’auront pas à subir les conséquences de leur mise en sécurité, notamment par rapport à leurs enfants ou par rapport à leur statut sur le territoire.

– malgré l’élargissement de leurs horaires, les lignes d’écoute sont encore trop peu accessibles aux femmes qui ne parlent aucune langue nationale. Les Luisterende Oren citées par le groupe de travail interministériel sont utiles. Mais, comme les autres écoutantes multilingues qui s’organisent à travers des associations comme le Gams ou Isala, elles sont peu nombreuses et reposent sur des volontaires non rémunérées pour le travail d’écoute qui se trouvent elles-mêmes en situation de confinement, souvent avec des enfants.

– les messages officiels qui circulent actuellement sous forme de pdf via les réseaux sociaux avec les numéros d’aide sont illisibles pour des femmes malvoyantes qui ont besoin d’un lecteur d’écran et pour les femmes en situation de handicap intellectuel. Aucun message n’est diffusé en LSFB ou VGT pour atteindre les femmes sourdes. Il est nécessaire de travailler avec les fédérations des personnes en situation de handicap pour développer des messages et outils accessibles et adaptés.

– Encore trop de zone de police n’interviennent pas assez, mal ou pas du tout dans les situations de violences entre partenaires qui restent banalisées et minimisées. De plus, bien souvent, les violences sexuelles ne sont pas mentionnées parmi les violences subies en cas de violence conjugale car elles sont particulièrement taboues. Une impulsion politique généralisée à tout le territoire doit faire de la lutte contre les violences faites aux femmes une priorité effective pour toutes les zones de police, en garantissant les moyens pour le faire.

Nous insistons donc à nouveau sur les pistes concrètes que nous avions déjà évoquées dans notre précédent courrier du 1er avril et qui nécessitent une impulsion concertée des différents niveaux de pouvoirs. Notamment :

1° une politique coordonnée de prévention primaire. Quid de la mise en place d’outils de formation à distance pour les professionnel.le.s qui permettent de comprendre les mécanismes des violences entre partenaires et d’intervenir de manière plus adéquate, par exemple pour mieux accueillir et accompagner des victimes à distance, comme cela existe dans d’autres pays ? Quid d’une communication généralisée pour le grand public, par exemple à travers des messages vidéos/audios visant spécifiquement les hommes pour expliquer comment gérer la frustration sous confinement et ne pas devenir auteur de violences envers ses enfants/sa partenaire ?

2° un renforcement structurel des lignes d’écoutes et des services spécialisés. Quid de l’accessibilité pour toutes les femmes (langues orales et des signes, sms…), notamment en favorisant des ponts entre les lignes d’écoute et les services multilingues ? Quid de l’engagement et la formation de professionnel-le-s rémunéré-e-s ? Quid du lien étroit entre les lignes d’écoute, les services spécialisés et les services d’urgences ?

3° une proactivité de la police et une réactivité de la justice, en étroite collaboration avec les services spécialisés, pour garantir la protection de toutes les victimes parmi les missions prioritaires de ces institutions publiques. Un simple rappel des instruments existants et une sensibilisation aux enjeux actuels restent tout à fait insuffisants. Quid de l’adoption de directives claires et effectives sur tout le territoire pour étendre les missions de protection de la police et de la justice face aux situations de violences conjugales, en garantissant les moyens pour le faire dans le respect des précautions sanitaires ? Quid de l’éloignement des auteurs de violences entre partenaires, en garantissant un accompagnement adéquat qui permette de prévenir la récidive et d’assurer la sécurité des victimes ? Quid d’une régularisation des femmes sans papiers et en séjour précaire pour qu’elles puissent sans crainte exercer leurs droits fondamentaux, par exemple comme ça s’est fait au Portugal à travers une régularisation temporaire des personnes sans papiers ? Quid d’une large publicité de ces mesures pour rassurer les victimes et faciliter leur mise en sécurité ? Quid de la possibilité de relais d’urgence, comme ça se fait par exemple en Espagne et en France via les pharmacies, en garantissant la bonne information des pharmacien-ne-s pour un accueil soutenant ?

4° un renforcement structurel des hébergements d’urgence dans la perspective d’une vie en autonomie et en sécurité. Quid de l’accès aux femmes plus vulnérables, en séjour précaire, aux femmes avec enfants ou porteuses de handicap ? Quid, à nouveau, de la régularisation des femmes en séjour précaire pour qu’elles accèdent à leurs droits sociaux et puissent aussi bénéficier de ces logements d’urgence et envisager une vie en autonomie ? Quid, entre-temps, d’une adaptation des modalités d’hébergement pour rendre possible l’accueil de femmes sans papiers ? Quid des moyens de protection sanitaire contre le virus pour les professionnel.le.s et les hébergées ? Quid de l’accompagnement de ces femmes en détresse pendant et après l’accueil dans ces refuges d’urgence ? Quid de l’après-confinement, à travers la poursuite de l’hébergement ou à travers l’autonomisation qui implique notamment par la possibilité d’une autonomie économique et financière ?

Comme l’exhorte la Rapporteure spéciale des Nations Unies sur la violence contre les femmes, Dubravka Simonovic, « les gouvernements doivent défendre les droits fondamentaux des femmes et des enfants et proposer des mesures urgentes aux victimes de cette violence (…) Les gouvernements ne doivent pas permettre que les circonstances extraordinaires et les mesures restrictives prises à l’encontre du Covid-19 conduisent à la violation du droit des femmes et les prives d’une vie sans violence » (2) Et Evelyn Regner, présidente du FEMM Committee du Parlement européen rajoute que « les femmes seront beaucoup plus touchées par la crise économique suivant le coronavirus », ce qui demande d’agir déjà maintenant pour prévenir l’exacerbation de l’inégalité de genre.

Les réunions préparatoires de la CIM sont un bon début. Plusieurs mesures ont été prises et nous tenons à saluer le volontarisme de nos ministres des droits des femmes. Mais il faut continuer sur cette voie et aller encore plus loin !

Le gouvernement fonctionne aujourd’hui sur base de pouvoirs spéciaux qui lui donnent la possibilité de décider rapidement de mesures urgentes en dégageant les moyens nécessaires pour garantir leur effectivité.

La préparation de la sortie du confinement est aussi en travail pour l’instant. Il est essentiel que la lutte contre les violences faites aux femmes y ait une bonne place pour garantir enfin le plein respect de la Convention d’Istanbul avec une politique globale, cohérente, coordonnée entre tous les niveaux de pouvoir et financée comme il se doit.

Enfin tout ceci devrait se faire à travers une meilleure collaboration entre les responsables politiques de tous les niveaux de pouvoir, y compris communal, et le monde associatif de terrain pour garantir l’adéquation et l’efficacité de cette politique.

En connaissant l’étendue des violences entre partenaires y compris en temps normal, il en va de la sécurité et de la vie de dizaines de milliers de femmes en Belgique.

En espérant que notre courrier retiendra votre attention, nous nous tenons évidemment à votre disposition pour continuer à collaborer dans une démarche constructive.

Voir le Communiqué de presse officiel ici: http://nawalbenhamou.brussels/nl/cp-cim-une-coordination-nationale/

(2) https://news.un.org/fr/story/2020/03/1065302

Organisations signataires :

ACRF – Femmes en milieu rural

AWSA-be – Arab Women’s Solidarity Association-Belgium

Brise le silence asbl

Centre de Planning Familial Le « 37 »

Centre Féminin d’Education Permanente

Collectif contre les violences familiales et l’exclusion

Collectif des femmes de Louvain-la-Neuve

Collectif féministe Kahina

Collectif Les Cannelles

Conseil des Femmes Francophones de Belgique – CFFB

Corps écrits

Ecoute violences conjugales et Pôles de ressources spécialisés en violences conjugales et intrafamiliales

Ella vzw

Fédération des Centres de Planning et de Consultations

Fédération des Centres de Planning familial des Femmes Prévoyantes Socialistes (FCPF-FPS)

Fédération laïque de centres de planning familial

Femmes CSC

Femmes de Droit – Droit des femmes

Femmes et santé

Femmes Prévoyantes Socialistes

Furia

GAMS Belgique

Garance

Infor-Femmes

isala

La maison plurielle

La Voix des Femmes

Le Déclic

Le Monde selon les femmes

Mouvement pour l’Egalité entre les Femmes et les Hommes

Planning familial de Liège

Praxis

Siempre

Solidarité Femmes

SOS viol

Synergie Wallonie

Université des Femmes

Vie Féminine

Vrouwenraad

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Difficultés accrues pour les mamans solos au temps du confinement

En Belgique, à la tête des familles monoparentales, les mères sont majoritaires. Elles sont pour l’instant confinées seules avec leurs enfants. axelle a discuté avec trois d’entre elles.

Derrière l’expression neutre « familles monoparentales » se cache une grande majorité de femmes : 80 % des familles monoparentales sont en fait gérées par des mamans seules. Pour contrer les effets de la crise du coronavirus, certaines initiatives ont pourtant invisibilisé les femmes. La Ligue des familles a par exemple lancé une pétition demandant un « congé spécifique » pour les parents d’enfants de moins de 12 ans ou ayant des besoins particuliers, sans faire mention des mères qui sont encore largement en charge des enfants. La photo qui illustre la pétition montre d’ailleurs un père seul avec son enfant.

« Cela fait 11 ans que je suis seule en charge de mon fils. En ce moment, je suis bloquée avec lui, nous sommes tout le temps rien qu’à deux. Cela ne change pas tellement du quotidien de beaucoup de mamans solos qui sont déjà confinées avec leurs enfants en temps normal », confie Amande Acacia. « C’est vrai qu’il y a des moments où j’aimerais me retrouver seule, par exemple pour réfléchir à comment finir le mois. Je suis artiste, dans une situation précaire et tous les événements auxquels je devais participer ont été annulés avec le coronavirus. J’ai moins de bulles d’oxygène, de moments où je peux me retrouver pour pouvoir ensuite apporter des choses à mon enfant », explique-t-elle.

La culpabilité des mamans

Agata* témoigne quant à elle de la difficulté de télétravailler avec une enfant de bientôt trois ans. « Je ne suis pas malade et pas en mauvaise santé, c’est une situation privilégiée, mais je culpabilise beaucoup. Pour pouvoir vous parler en ce moment même, ma petite fille est devant un dessin animé. J’ai l’impression de la rendre bête en faisant cela, mais je n’ai pas le choix, on est maman tout le temps, il n’y a pas de pause ». La fillette l’interrompt depuis le canapé : « Maman, tu me déranges quand tu parles ». Agata rit dans le combiné. « À son âge, elle me sollicite très souvent, poursuit-elle. Elle ne peut pas s’occuper seule, nous sommes dans un petit studio, on est tout le temps ensemble. J’aurais aimé que les mamans solos puissent faire appel aux garderies dans les écoles. Je comprends bien que les enfants du personnel soignant sont prioritaires, mais c’est difficile de travailler de chez moi dans ces conditions. Mon travail en pâtit. Je fais le minimum syndical, je réponds aux mails urgents, et c’est tout. Je me remets aussi à travailler quand elle dort le soir, de 20 à 23 heures. »

Avant que le confinement ne soit complet, Amande Acacia a proposé des activités pour occuper les enfants des autres mamans. Des dessins réalisés par les enfants ont été envoyés aux hôpitaux et dans les maisons de repos. « Avec mon fils, nous avons une page sur les réseaux sociaux et nous postons des idées d’activités à faire, comme préparer son propre pain. Je vis sous le seuil de pauvreté depuis des années et je veux dire que ce n’est pas un luxe de s’octroyer ces moments avec son enfant. Ce n’est pas une activité de bourgeoise. En tant que femmes, nous sommes jugées en permanence sur ce que nous faisons et sur ce que nous ne faisons pas. Je constate aussi une drôle de tendance sur les réseaux sociaux à vouloir faire plein d’activités avec les enfants, etc. Cela pousse les mamans à culpabiliser. On a le droit de ne rien faire », souligne-t-elle. Agata confirme : « Je vois passer toutes ces activités à faire durant le confinement mais ce n’est pas facile. J’essaie de réaliser un maximum de choses que l’on peut faire avec une enfant de trois ans. »

« Nous sommes mamans, pas professeures »

Éléonore* est la maman de deux garçons plus grands, un préadolescent et un adolescent. « Je suis dans une situation très privilégiée, je suis fonctionnaire. Cela a mis 8 ans pour me remettre à flot en tant que maman célibataire. Nous avons deux chambres et nous sommes trois, donc j’ai commencé par travailler comme quand j’étais étudiante, sur mon lit dans ma chambre. (Rires) Ensuite, j’ai pu m’aménager une table de travail. J’ai la chance qu’ils n’ont pas de problèmes à l’école, j’ai juste dû les former à l’informatique pour pouvoir suivre les cours en ligne. Nous avons un ordinateur et une tablette, ils échangent de temps en temps. Il faut dire que mon plus grand, qui est en quatrième secondaire, reçoit énormément de travail de la part de ses professeurs qui ne se concertent pas entre les matières. »

L’école à la maison est également complexe pour Amande Acacia qui vit dans un village de 400 habitant·es en Région wallonne. Elle précise : « Nous sommes mamans, pas professeures. Je n’ai pas d’ordinateur et pas de wifi. Pour se connecter au système, la 4G ne fonctionne pas. Au début, nous recevions des feuilles de l’école mais ce n’est plus le cas. J’ai fait le choix de ne pas avoir d’ordinateur mais beaucoup de personnes ne peuvent pas le payer, c’est très violent, cela te renvoie à ta précarité. J’ai une formation de professeure, il faut un certain calme pour pouvoir expliquer des choses et faire les devoirs. Avec mon fils, nous ne revoyons que les matières dans lesquelles il a des difficultés. Je refuse de faire autre chose durant le confinement. J’ai parlé avec d’autres mamans qui ont des difficultés à ce niveau. »

Pour Éléonore, c’est aussi l’éducation égalitaire de ses fils qui en prend un coup : « On ne peut plus aller ensemble dans les magasins, du coup j’y vais seule. C’est dommage parce que j’essaie de leur apprendre à s’investir dans les tâches de la maison, pour aller faire les courses, etc. »

Parmi les mamans solos qui connaissent un confinement difficile, figurent les mères d’enfants en situation de handicap. « Les nuits sont courtes et les journées sont longues. Aujourd’hui, et c’est une bonne journée, j’ai déjà fait deux chutes de tension à cause de la fatigue », explique aux Grenades-RTBF Virginie, qui s’occupe seule de son fils autiste sévère.

Solidaires

Agata et Éléonore font partie du groupe Des Mères Veilleuses, un collectif qui rassemble, depuis novembre 2015, les mères célibataires. « Le groupe permet une entraide entre les mères solos, leur permet de vider leur sac, d’échanger des infos utiles… On essaie dans la mesure du possible de répondre aux demandes, qui sont de plusieurs types : parfois, nous sommes contactées pour faire des courses, d’autres fois pour une écoute psychologique. On échange les numéros », explique Fatma Karali, l’une des créatrices du groupe.

« Cela m’aide beaucoup, même hors confinement. Cela me permet de me décharger, de recevoir une écoute et des conseils. J’ai au moins toujours ce contact virtuel sur lequel compter », indique Agata.

Éléonore développe : « Avant le confinement, je faisais du baby-sitting pour certaines mamans du groupe, je donnais un coup de pouce moral aussi. Plusieurs d’entre elles ont des soucis avec les papas qui ne comprennent pas qu’il faut emmener les enfants chez les médecins, assurer le suivi des devoirs ou qu’il faut faire d’autres activités avec eux que jouer aux jeux vidéo. Quand le couple se sépare, les papas veulent rester les chefs d’une histoire qui est finie. Et la loi et la Justice ne sont pas du côté des mamans. Cela est aussi le cas avec le confinement, les mamans s’inquiètent des papas qui ne respectent pas les mesures, qui continuent à faire des fêtes en famille, par exemple. »

Les gardes alternées plus compliquées

Le 6 avril dernier, Anne-Sophie Schluchter était interrogée par la RTBF. Dans un système de garde alternée, le père de ses enfants refusait de les lui rendre. « Je travaille en hôpital psychiatrique et il estime que je suis en contact avec des personnes ou des collègues qui peuvent avoir le Covid. Par conséquent, c’est dangereux de me confier les enfants », explique-t-elle dans le reportage. La maman se rend au commissariat de La Louvière, où les policiers refusent de prendre sa plainte. Elle a dû mobiliser son avocate et se tourner vers la Justice. « Je suis dévastée de ne pas pouvoir voir mes enfants. C’est une période difficile. On est tous sous pression. Notre présence de soignant est indispensable auprès des patients. Cela rajoute une pression supplémentaire lorsque l’on rentre chez soi et qu’on est privée de ses enfants », conclut-elle au micro de la chaîne. « Ces femmes sont des survivantes, je n’ai pas d’autres mots », réagit Fatma Karali.

La période de confinement peut renforcer, entre les ex-conjoint·es, les tensions et difficultés liées à la garde alternée. Dans un précédent article d’axelle sur les conséquences du coronavirus et du confinement sur les femmes, Nathalie témoignait à propos de la garde alternée : « Je n’ai pas mes trois enfants pour l’instant, il s’agit d’une garde partagée. Quand je ne les ai pas, je suis sans nouvelles d’eux pendant deux semaines. J’ai envoyé un sms au père pour avoir de leurs nouvelles, il refuse de m’en donner. Quand j’ai exigé qu’il m’en donne sinon je porterais plainte, il m’a juste répondu de ne pas oublier mon masque et mes gants, car il sait bien qu’il est inutile de se déplacer pour ça dans un commissariat, ni même de téléphoner. D’ailleurs, je dirais quo  ? Le père de mes enfants ne veut pas me confirmer que mes enfants vont bien ? Ils ont d’autres chats à fouetter en ce moment. »

D’autres mamans ont également témoigné des difficultés à avoir des nouvelles quand les enfants sont chez le papa.

Des mesures concernant les pensions alimentaires ?

L’association Vie Féminine a remis une note aux différents cabinets le 27 mars dernier avec des mesures d’urgence. Sur base de cette note, l’asbl a obtenu que des mesures sur la monoparentalité soient à l’ordre du jour du groupe de travail de la Conférence interministérielle sur les droits des femmes qui a lieu ce vendredi 17 avril.

Hafida Bachir, secrétaire politique de Vie Féminine, détaille en primeur ce qu’elle va demander au groupe de travail : « Les pensions alimentaires impayées restent un problème majeur pour les femmes, majoritaires parmi les familles monoparentales et nombreuses à frôler ou vivre la pauvreté. L’absence ou la baisse de revenus tant chez la créancière que chez le débiteur va rendre encore plus compliqué le paiement des pensions alimentaires. Il est dès lors urgent de permettre l’accès aux avances sur pensions alimentaires du Service des créances alimentaires (SECAL) sans condition de revenus. »

Un autre point relatif à la monoparentalité souligné par Vie Féminine concerne les dettes. « Lorsque l’ex-conjoint s’est rendu insolvable, de nombreuses femmes avec enfants se retrouvent seules à devoir rembourser des dettes contractées pendant la vie commune, précise Hafida Bachir. « En l’absence ou baisse de revenus due à l’arrêt de l’activité économique liée au Covid-19, Vie Féminine demande l’annulation de ces dettes. »

L’après-confinement, vecteur de changement ?

Si cette crise rend visibles les plus vulnérables de notre société, il reste encore à réfléchir à l’après-confinement. « J’ai envie de rappeler à toutes ces femmes qu’elles ne sont pas seules. Il est vraiment important de faire des ponts entre nous et on commence à le faire, c’est merveilleux. On est très isolées d’habitude, il faut que cela cesse. Je sais déjà que je ne retrouverai pas du travail de sitôt dans mon domaine, il n’y aura pas d’emploi culturel dans ma région et je vais être tenue par le chômage de trouver rapidement du travail. Je vais devoir faire du travail alimentaire », soutient Amande Acacia, la maman artiste.

Les mères interrogées nous l’affirment toutes : la situation du confinement apporte des difficultés supplémentaires, mais change peu, au final, de leur quotidien habituel, souvent précaire. Toutefois, elles ne doivent pas être oubliées des politiques, ni aujourd’hui ni lorsque la crise sera passée, sous peine de voir leur situation s’aggraver.

* Les prénoms ont été modifiés.

https://www.axellemag.be/mamans-solos-confinement/

Axelle 228 en téléchargement gratuit :

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2020/04/12/axelle-228-en-telechargement-gratuit/ 

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Confinement et avortement : Lettre ouverte à Olivier Veran

Le Collectif « Avortement, les femmes décident ! à envoyer le 31 mars une lettre à Olivier Veran – en copie à Marlène Schiappa – lui demandant de prolonger les délais pour avorter en cette période encore plus difficile pour le droit d’avorter. Sans réponse, nous en envoyons une nouvelle, cette fois-ci ouverte.

Paris le 15 avril 2020

Monsieur le Ministre,

Le Collectif Avortement les Femmes décident revient vers vous concernant la pratique de l’IVG en ces temps de confinement, après une première lettre du 31 mars laissée sans réponse.

Pour pallier aux difficultés actuelles, la Haute Autorité de Santé a décidé, le 9 avril, de permettre l’IVG médicamenteuse à domicile jusqu’à 9 semaines. Nous nous félicitons de cette mesure, mais elle ne réglera pas l’entièreté des problèmes : il y a des femmes qui ont dépassé aujourd’hui les 9 semaines, qui ont peur de se rendre à l’hôpital, et qui donc auront dépassé les 12 semaines au moment du déconfinement ; il y a des femmes pour qui l’IVG médicamenteuse est contre indiquée ; il y a des femmes qui font le choix d’une autre méthode pour pouvoir avorter.

Beaucoup de femmes risquent ainsi d’être hors délai au moment du déconfinement le 11 mai. Il est donc plus que jamais nécessaire de prolonger les délais pour avorter de la durée du confinement, c’est à dire 8 semaines.

C’est la revendication qui est portée par notre pétition : « Covid 19 : Les avortements ne peuvent attendre ! Pour une loi d’urgence ». https://bit.ly/34svcyG.

Nous vous adressons, Monsieur le Ministre l’expression de notre haute considération.

Collectif « Avortement, les femmes décident ! »

https://marchemondialedesfemmesfrance.org/2020/04/18/confinement-et-avortement-lettre-ouverte-a-olivier-veran/#more-2657

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Coronavirus : Il faut « revaloriser les emplois et carrières
à prédominance féminine »

Tribune. Si tous les soirs nous applaudissons le travail du personnel soignant et de toutes les personnes qui continuent à occuper leurs emplois et assurent ainsi la continuité de nos vies quotidiennes, n’oublions pas que la majorité de ces emplois sont très féminisés. Ce sont les soignantes, infirmières (87% de femmes) et aides-soignantes (91% de femmes), mais aussi des aides à domicile et des aides ménagères (97% de femmes), des agentes d’entretien (73% de femmes), des caissières et des vendeuses (76% de femmes), ce sont aussi des enseignantes (71% de femmes).

Ces métiers sont différents. Ils exigent des niveaux de qualification et des diplômes différents, existent pour certains dans les secteurs privés et publics, mais ils sont tous marqués par cette féminisation, ce sont des « métiers de femmes », implicitement pour les femmes. Il s’agit d’éduquer, soigner, assister, nettoyer, conseiller, écouter, coordonner… bref, de faire appel à des « compétences présumées innées », si « naturelles » quand on est femme… Cette dévalorisation est l’un des facteurs expliquant les 26 % d’écarts salariaux entre les femmes et les hommes (« Comparer les emplois entre les femmes et les hommes. De nouvelles pistes vers l’égalité salariale», de Séverine Lemière et Rachel Silvera, La Documentation française, 2010).

Revaloriser les salaires des emplois féminisés est au cœur de travaux de chercheuses et chercheurs en sciences sociales et de revendications féministes et syndicales depuis plusieurs années ; nombre de rapports et guides ont été publiés (comme celui du Défenseur des droits ou du Conseil supérieur à l’égalité professionnelle). Ces travaux s’appuient sur le principe de l’égalité de salaire entre femmes et hommes pour un travail de valeur égale, posé la première fois par l’Organisation internationale du travail (OIT) lors de sa création, en 1919, au lendemain de la première guerre mondiale, comme un des principes fonda- mentaux pour assurer la paix : « Une paix durable et universelle ne peut être fondée que sur la base de la justice sociale. »

Ce principe existe en France depuis plus de quarante ans : l’égalité salariale s’applique, certes, à travail égal, mais également pour un travail de valeur égale. Et la nuance est ici capitale. La loi sur l’égalité professionnelle de 1983 définit la notion de valeur égale et précise que « sont considérés comme ayant une valeur égale les travaux qui exigent des salariés un ensemble comparable de connaissances professionnelles consacrées par un titre, un diplôme ou une pratique professionnelle, de capacités découlant de l’expérience acquise, de responsabilités et de charge physique ou nerveuse ». Elle permet ainsi d’appliquer l’égalité salariale entre emplois différents mais considérés de même valeur. Et donc de comparer la valeur des emplois très féminisés avec celle d’autres emplois à prédominance masculine.

Moindre reconnaissance

Quand nous regardons précisément quelles sont les compétences et qualifications mises en œuvre dans les métiers féminisés, en nous demandant : quelles sont les connaissances professionnelles ? Quelles sont les capacités professionnelles, les responsabilités, les charges physiques et nerveuses de ces emplois ? Nous constatons alors trop souvent leur sous-valorisation.

Le salaire des infirmières en France est l’un des plus bas de tous les pays développés : inférieur de 9% au salaire moyen français, alors qu’en Allemagne une infirmière gagne 10% de plus que le salaire moyen allemand, ou en Espagne, 28% de plus

Par exemple, les diplômes des métiers de service ne sont toujours pas valorisés comme ceux des secteurs techniques et industriels. Ou encore, les compétences relationnelles ne sont que très rarement considérées comme des compétences techniques et complexes. Elles sont assimilées à des qualités personnelles, niant ainsi les connaissances et l’expérience professionnelles pourtant indispensables.

Les responsabilités auprès de personnes malades et fragilisées ont bien souvent une moindre reconnaissance que les responsabilités budgétaires ou financières. Etre constamment interrompue ou effectuer une multitude de tâches différentes au sein d’un même métier n’est pas reconnu comme de la polyvalence professionnelle.

Soutenir – physiquement et psychiquement – un patient en fin de vie, apporter des soins à domicile sans équipements professionnels, ou encore passer des milliers d’articles par heure à une caisse, tout en maintenant un sourire commercial, représentent des formes de pénibilité et de charges physiques ou nerveuses, non reconnues pour ces emplois, et pourtant aujourd’hui si médiatisées !

Québec, Suisse, Portugal…

Le salaire des infirmières en France est l’un des plus bas de tous les pays développés : inférieur de 9% au salaire moyen français, alors qu’en Allemagne une infirmière gagne 10% de plus que le salaire moyen allemand, ou en Espagne, 28% de plus (OCDE, données 2017). Depuis plusieurs années, des luttes de femmes mettent en évidence la valeur de leurs emplois ; tout récemment, les infirmières et aides-soignantes dans les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) ont démontré à quel point leur travail est invisible, non reconnu et dégradé, dans un contexte de fortes restrictions budgétaires.

Le Québec a rendu obligatoire, depuis vingt ans, la comparaison d’emplois à prédominance féminine ou masculine, dans l’entreprise, en analysant le contenu du travail effectué, les responsabilités, la technicité, les compétences relationnelles et les exigences du travail. Cela a permis la revalorisation des salaires de certains emplois féminisés. Des expérimentations ont eu lieu également en Suisse, au Portugal, au Royaume-Uni… Qu’attendons-nous pour en faire autant ?

La crise que nous traversons doit pouvoir amorcer de nouveaux engagements par l’Etat, les branches professionnelles et les entreprises, pour revaloriser tous ces emplois à prédominance féminine. L’Etat se doit de donner l’exemple, en tant qu’employeur, en revalorisant immédiatement les emplois et carrières à prédominance féminine de la fonction publique. Il doit aussi s’engager en tant que financeur des secteurs sanitaires, sociaux, éducatifs et de la dépendance !

Que nos applaudissements, chaque soir, donnent enfin lieu à une réelle reconnaissance salariale de toutes ces professions, et pas à de simples primes Co- vid-19 !

Liste des signataires : Chercheurs : Séverine Lemière, économiste, université de Paris, réseau Mage ; Rachel Silvera, économiste, université de Paris-Nanterre, réseau Mage ; Florence Jany-Catrice, économiste, université de Lille ; Nathalie Lapeyre, sociologue, université Toulouse, réseau Mage ; Jacqueline Laufer, sociologue, HEC Paris, réseau Mage ; Margaret Maruani, sociologue, CNRS-CERLIS, réseau Mage ; Antoine Math, économiste, institut de recherches économiques et sociales – IRES ; Françoise Milewski, économiste, Sciences Po-OFCE, Presage ; Michel Miné, juriste, conservatoire national des arts et métiers (CNAM) ; Dominique Méda, sociologue, université Paris-Dauphine ; Pascale Molinier, psychosociologue, université Sorbonne-Paris-Nord ; Hélène Périvier, économiste, Sciences Po-OFCE, Presage ; Sophie Pochic, sociologue, CNRS-Centre Maurice-Halwachs, réseau Mage.

Représentants syndicaux : Laurent Berger, secrétaire général CFDT ; Béatrice Lestic, secrétaire nationale chargée de la politique d’égalité entre les femmes et les hommes CFDT ; François Hommeril, président CFE-CGC ; Mireille Dispot, secrétaire nationale chargée du secteur Egalité des chances CFE-CGC ; Pascale Coton, vice-présidente, chargée de l’égalité femmes-hommes CFTC ; Philippe Martinez, secrétaire général CGT ; Sophie Binet, pilote du collectif Femmes-mixité CGT ; Yves Veyrier, secrétaire général FO ; Béatrice Clicq, secrétaire confédérale du secteur égalité FO ; Benoît Teste, secrétaire général FSU ; Sigrid Gérardin, coresponsable secteur Femmes FSU ; Cécile Gondard-Lalane, porte-parole Union syndicale Solidaires ; Eric Beynel, porte-parole Union syndicale Solidaires ; Emilie Trigo, secrétaire nationale UNSA ; Alain Parisot, secrétaire national UNSA Fonction publique.

Texte paru initialement dans Le Monde

http://mage.recherche.parisdescartes.fr/wp-content/uploads/sites/17/2020/04/TribuneLeMonde18.4.20.pdf

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Femmes migrantes, encore plus fragiles en temps d’épidémie

Tribune. Ce n’est un secret pour personne, les inégalités sont criantes devant la maladie du Covid-19 même si tout le monde y est exposé. L’état d’urgence sanitaire laisse des populations entières sans protection, loin de tous dispositifs d’accueil et de prise en charge médicale et hospitalière. Nous voulons parler ici des centaines de femmes migrantes sans existence officielle ou demandeuses d’asile sans protection sociale ni matérielle. A ce dénuement du corps et de la dégradation brutale de leur état de santé, s’ajoutent les multiples violences dont elles font l’objet. Victimes, elles le sont à plusieurs titres : socialement, sexuellement, psychologiquement, administrativement.

L’augmentation des violences faites aux femmes lors du confinement est réelle. Mais on peut se demander quel sens peut avoir la notion même de « confinement » pour ces femmes précaires dans une période où les liens entre pouvoir et violences sont mis à nu, la perte du premier exacerbant les seconds. Dans ce contexte, le climat de peur les incite à l’évitement ou l’(auto)exclusion de l’espace public sauf pour celles qui restent soumises à la loi du plus fort dans l’espace fermé de l’appartement ou l’espace ouvert de la rue. Rien ne leur est épargné. La peur des contrôles de police et la méconnaissance du fonctionnement des institutions les mettent à la merci de prédateurs, qui prolongeront en France leur calvaire.

Généralement sans statut légal, ce sont des femmes seules, enceintes sans conjoint avec ou sans enfants. Ces dernières années, la décision inique de restreindre l’accès au système de santé pour les populations migrantes se révèle catastrophique aujourd’hui dans l’urgence de contenir la pandémie.

Santé

Nous savons par nos expériences professionnelles et nos enquêtes que les situations de forts déclassements et d’humiliations sociales s’accompagnent le plus souvent de complications graves de santé. C’est encore plus vrai pour des migrants hommes et femmes ayant parcouru des milliers de kilomètres dans les pires conditions. Leur arrivée en Europe (quand ils y arrivent) ne va jamais sans une dégradation du corps et de la santé : blessures accidentelles, hypothermie, brûlures, problèmes cardiovasculaires, diabète, hypertension, etc. Les femmes migrantes sont quant à elles confrontées à des problèmes spécifiques touchant notamment à la santé de la mère, du nouveau-né et de l’enfant, à la santé sexuelle et reproductive et une exposition plus grande aux violences sexuelles et aux maladies sexuellement transmissibles.

Les déplacements forcés rendent la continuité des soins périlleuse pour certaines maladies chroniques y compris en France quand les traumatismes des violences sexuelles nécessitent des prises en charge spécifiques complexes et sur le long terme. Ainsi les effets du stress post-traumatique liés aux violences sont manifestes lors de leur parcours de soins : difficulté à se concentrer, incapacité à agir efficacement, remémoration douloureuse de l’agression, troubles amnésiques liés à la contradiction de devoir raconter et d’oublier, terreurs nocturnes et anxiété, autant de contraintes qui altèrent leur capacité à faire valoir leurs droits.

Les réseaux de solidarité plus ou moins précaires sont mis à l’épreuve. Nous avons eu connaissance lors de nos activités sur le terrain qu’un certain nombre de femmes seules, enceintes ou avec enfant en bas âge, ont été « poussées » vers la porte de sortie par leur ami·es, hébergeure·s dès lors qu’elles avaient tous les symptômes, réels ou supposés, du Covid-19.

Périple

Le soin et la mise à l’abri des violences sont le salut de ces femmes. En période de pandémie, l’hôpital et ses soignants retrouve sa dimension d’« hospice » accueillant les plus démunis. Le système d’hébergement d’urgence sans cesse saturé voire inexistant dans certains départements, s’est retrouvé également en première ligne pour accueillir et soigner. Ces centres d’hébergement sont majoritairement collectifs et ne présentent pas de chambres adaptées au confinement avec leur sanitaire et cuisine propre. Dans leur périple, certaines femmes ont la chance d’être conduites vers les services d’urgence pour premier examen et réorienté vers les centres de desserrement dédiés au confinement des sans-abris atteints du Covid-19. On peut donc mesurer, sans trop de difficultés, les conséquences publiques, et pas seulement privées, de leur marginalisation (en réalité de leur invisibilité) juridiques et sanitaires. Ces femmes (car ce sont elles qui ont, dans les pires conditions, la charge quotidienne des enfants en bas âge), sont dans des logiques incessantes et infernales de survie au quotidien, comme celui, primordial, de se nourrir et de nourrir ses enfants, car biens des acteurs de la distribution alimentaire ont été contraint de limiter leur activité du fait de l’épidémie et du confinement de leurs bénévoles habituels, trop âgés pour s’exposer, provoquant ainsi des tensions dramatiques sur l’accès à la nourriture.

Le cloisonnement des dispositifs du droit commun avec les réformes successives, ainsi que l’appauvrissement du système de santé, ont aujourd’hui de lourdes conséquences sur les conditions d’existences des plus fragiles.

Pour remédier à ces manquements mortels (nous osons dire le mot) il est impératif que la puissance publique avec l’aide des acteurs sociaux se mobilise pour :

– Davantage de place d’hôtel pour des confinements de qualité avec des stratégies de test PCR plus large pour ces publics surprécaires ;

– Réduire significativement la pression sécuritaire sur les migrants et les campements, afin de favoriser le travail des associations et la coordination entre acteurs associatifs du soin-hébergement-sécurité alimentaire ;

– Augmenter les dispositifs adaptés d’hébergement pour l’ensemble des mineurs placés par l’aide social à l’enfance et les mineurs non-accompagnés ;

– Déployer davantage de places d’hébergement d’urgence pérennes pour les femmes victimes de violences sur le territoire et renforcer les dispositifs d’hébergement pour femmes seules notamment avec nourrissons et enfants ;

– Accélérer les procédures de régularisations et de demande d’asile dans ce contexte de crise sanitaire ;

– Accélérer la prise en compte des demandes de l’aide médicale d’Etat.

Cette épidémie dépasse le strict enjeu du confinement. L’après-épidémie doit inclure dans les réflexions qui ne vont pas manquer de se poser sur le type d’organisation sociale que nous souhaitons dans tous les domaines de l’existence, ces populations qui étaient maintenues malgré elles hors du monde.

Smaïn Laacher professeur de sociologie, université de Strasbourg, Sihem Habchi directrice de centres d’hébergement d’urgence, Dr Jean-François Corty médecin humanitaire

https://www.liberation.fr/debats/2020/04/17/femmes-migrantes-encore-plus-fragiles-en-temps-d-epidemie_1785072

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Elisabeth Germain :
Pour une analyse féministe de la crise (Covid-19)

http://www.rgfcn.org/images/2020-04-16_Pour_une_analyse_féministe_de_la_crise_Covid-19.pdf

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Les femmes en première ligne face au covid-19

Les femmes sont plus que jamais en première ligne, tant sur le front du travail que sur le plan de la vie familiale, comme le souligne ONU Femmes France, le 27 mars 20201.

Les emplois vitaux dans notre société, une majorité de femmes, aux professions dévalorisées

Plusieurs professions sont directement confrontées à la pandémie : on pense en premier chef au secteur de la santé et du soin. En 2017, parmi le million d’agent·e·s de la fonction publique hospitalière (hôpitaux et EHPAD), on compte 77,6% de femmes, et même 90% parmi les infirmières et aides-soignantes. On pense également aux aides à domicile, aux assistantes maternelles et bien sûr aux caissier·e·s de la grande distribution ou encore aux agent·e·s d’entretien. Or ces professions sont toutes à prédominance féminine, elles sont dévalorisées et invisibles – jusqu’à aujourd’hui – au regard de leur diplôme et du travail effectué2.

Ces services, très féminisés, se sont construits autour de compétences présumées naturelles des femmes. Ils sont moins bien couverts par les conventions collectives, moins bien définis dans les classifications et donc moins bien rémunérés, sous prétexte qu’il ne s’agirait pas de « vrais métiers »3. Toutes ces professions, y compris et surtout dans la fonction publique, sont caractérisées par des revenus faibles, la détérioration de leurs conditions de travail, une dévalorisation symbolique et salariale, renforcée par des années de restriction budgétaire dans les services de santé. A cela s’ajoute pour certaines professions comme le nettoyage, l’aide à domicile et les hôtes·se·s de caisse, des temps partiels imposés, avec des horaires atypiques incompatibles avec des charges familiales.

Prenons l’exemple des infirmier·e·s : en France, leur salaire est l’un des plus bas de tous les pays développés. Selon l’OCDE, en 2017, il est inférieur de 9% au salaire moyen français, alors qu’en Allemagne, un·e infirmier·e gagne 10% de plus que le salaire moyen allemand ou en Espagne, 28% de plus. La dernière revalorisation de 2010, très faible en réalité, s’est traduite par un chantage puisqu’elle s’est accompagnée d’un recul du droit à la retraite de 55 ans à 62 ans. Or selon un rapport de la Caisse de retraite des agents des collectivités locales, une infirmière vit en moyenne 6 ans de moins qu’une autre femme française.

Le cas des aides-soignant·e·s est tout aussi déplorable, et il aura fallu la crise du covid-19 pour que l’on annonce une prime exceptionnelle pour les fonctionnaires mobilisé·e·s. Rien en revanche n’est annoncé pour toutes les infirmier·e·s en libéral, les aides à domicile ou les aides ménagères plus que jamais isolées, alors même que les soins qu’elles assurent auprès des personnes dépendantes sont indispensables et risqués. Rien n’est prévu non plus pour tout le personnel des EHPAD, qui avait alerté, bien avant le covid-19, de la difficulté de bien traiter les patient·e·s, vu le manque de personnel et de moyens, et pour qui la situation est catastrophique4. Rien pour les agent·e·s d’entretien ni pour les caissier·e·s.

C’est pour toutes ces raisons que nous avons lancé, avec Séverine Lemière, une Tribune parue dans le Monde le 18 avril 2020, signé par une dizaine d’autres chercheur·e·s et par toutes les organisations sociales5.

Face au confinement, qui s’occupe de nos enfants ?

D’après la dernière enquête de la Dares d’avril 2020, fin mars, un quart des salarié·e·s a continué à travailler, un quart est au chômage partiel, et environ un quart est en télétravail6. On sait que depuis cette enquête, le télétravail a augmenté. Selon les estimations de l’OFCE, les catégories socio-professionnelles les plus concernées sont d’abord les cadres, puis les professions intermédiaires dont les enseignant·e·s, et enfin les employé·e·s qualifié·e·s, notamment dans l’administratif. On peut donc indirectement en déduire que les femmes sont nombreuses, voire majoritaires, en télétravail.

Mais à cela s’ajoute, pour les « parents », le suivi scolaire et la prise en charge des enfants, du fait de la fermeture de toutes les écoles et crèches, sauf pour les enfants de soignant·e·s. Or les femmes assument toujours le gros des tâches domestiques et familiales : 72% des tâches domestiques et 65% des tâches familiales, selon la dernière enquête Emploi du temps de 2010. Ces données sont confirmées par un sondage IFOP de 2019 où 73% des femmes interrogées disent faire plus de tâches domestiques que leur conjoint7. C’est donc une double journée intenable et de nombreux témoignages montrent que ce déséquilibre risque de se renforcer avec le confinement : lorsque les deux parents télétravaillent, la priorité est donnée plus souvent au travail de Monsieur (plus de responsabilité, un meilleur salaire…), l’accroissement des tâches domestiques lié au confinement (repas supplémentaires, suivi scolaire, organisation de la journée, etc.) étant assuré par les femmes8.

Cette situation est particulièrement difficile pour les mères élevant seules leurs enfants (18% des enfants sont dans ce cas), car elles ne peuvent pas refuser le télétravail si leur entreprise l’exige, comme le prévoit la loi (article L. 1222-11 du Code du travail). La mise en place d’un congé maladie (sans jours de carence) pour garde d’enfants est une bonne chose, sauf que le gouvernement a conditionné cet arrêt maladie au fait de ne pas pouvoir télétravailler : Comment imaginer pouvoir télétravailler tout en prenant en charge ses enfants, a fortiori quand il faut leur faire la classe ? C’est cette réalité que vivent les enseignant·e·s – une majorité de femmes également – obligé·e·s de jongler entre les cours à distance à assurer et le suivi de leurs enfants. Et que dire de celles qui n’ont pas le capital culturel pour assurer ce suivi scolaire ? Car ces inégalités de genre face au confinement, se croisent avec un accroissement des inégalités sociales. Ainsi, selon le sociologue Antonio Casilli : « Pour ceux qui vivent dans quelques mètres carrés ou qui ont des situations familiales difficiles, surtout pour les femmes, le télétravail peut se transformer en une double peine : en plus de la pénibilité et des rythmes de leur propre travail dans des logements qui ne sont pas toujours adaptés, il y a le travail du suivi des enfants ou des personnes âgées à assurer en même temps »9.

Tout ceci se confirme, dans une enquête menée du 31 mars au 8 avril 2020 auprès d’environ 2 000 salarié·e·s10: les femmes sont plus nombreuses en détresse élevée : 22% sont dans ce cas pour 14% chez les hommes. Une différence que l’enquête explique par une charge mentale alourdie et un cumul des rôles plus important chez les salariées.

Enfin, une recrudescence, de plus d’un tiers, des violences intrafamiliales est déjà constatée, avec le confinement. Il est important de prévoir des mesures conséquentes, comme en Espagne, pour faire face à ces situations, d’autant qu’en cas de violences survenues au domicile, pendant le télétravail, l’employeur est responsable.

Rachel Silvera, 21 avril 2020

Ce texte reprend certains points de l’article paru dans la Lettre éco de la CGT, n°36, mars-avril 2020.

2 Certes, d’autres secteurs sont aussi en première ligne, comme la police, les pompiers, les routiers, les surveillants pénitentiaires ou les éboueurs. Ces professions à prédominance masculine, moins nombreuses, n’ont pas subi la même dévalorisation que les métiers à prédominance féminine. Même s’il s’agit pour la plupart de métiers difficiles, ils sont mieux défendus syndicalement, et leur technicité est mieux reconnue.

3 Pour en savoir plus, voir Rachel Silvera, Un quart en moins. Des femmes se battent pour en finir avec les inégalités de salaire, La Découverte, 2014.

4 Voir les mobilisations importantes du personnel des EHPAD en janvier et mars 2018.

6 Dares, 2020, Activité et conditions d’emploi de la main-d’œuvre pendant la crise sanitaire Covid-19, Acemo, avril.

8 Alice Raybaud, « Confinement et tâches domestiques : « Une augmentation des inégalités dans le couple est à craindre », Le Monde, 25 mars 2020.

9 Libération du 26 mars 2020.

10 Sondage effectué par OpinionWay pour le Cabinet Empreintes sociales 

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Pour rappel

Lutte contre le coronavirus : si les femmes s’arrêtent, les masques tombent (Belgique)

Pour aider les femmes victimes de violence en IDF – affichette pour les pharmacies ou autres lieux restés ouverts

Nous ne sommes pas toutes en sécurité à la maison : la violence conjugale en temps de pandémie (Canada)

Il aura fallu une pandémie pour comprendre la valeur de notre travail (Québec)

Deux infirmières face à la crise sanitaire du coronavirus : il faudra «  faire quelque chose avec cette colère » (Belgique) 

Natacha Chetcuti-Osorovitz :Du confinement carcéral au confinement domestique

Nous ne voulons plus de cette société ! Communiqué de presse du Collectif National pour les Droits des Femmes 

Tithi Bhattacharya : Pour donner un sens à la crise du Coronavirus  

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2020/04/08/lutte-contre-le-coronavirus-si-les-femmes-sarretent-les-masques-tombent-et-autres-textes/ 

Coronavirus et confinement : Vie Féminine appelle à des mesures urgentes pour les droits des femmes

Violences masculines en période de confinement : « Personne ne viendra m’aider »

Clémentine Autain : Avec le confinement, c’est l’explosion des violences intrafamiliales

Toulouse, Lutte contre les violences faites aux femmes :

Soins et féminisme en temps de pandémie :

Renée Gerlich : Le coronavirus met plus que jamais en danger les Néo-Zélandaises de l’industrie du sexe ; pourquoi est-ce que le lobby pro-décriminalisation ne les aide pas ? : 

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2020/03/31/coronavirus-et-confinement-vie-feminine-appelle-a-des-mesures-urgentes-pour-les-droits-des-femmes-et-autres-textes/

 

Mise à jour avec une pétition : Avortement en Europe, les Femmes décident !

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2020/03/20/avortement-en-europe-les-femmes-decident/

 

La pandémie affecte encore plus durement les femmes : 

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2020/03/17/la-pandemie-affecte-encore-plus-durement-les-femmes/ 

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