Coronavirus et confinement : Vie Féminine appelle à des mesures urgentes pour les droits des femmes (et autres textes)

Simone de Beauvoir le savait : « N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. » Le moment de la crise est venu et prend la forme d’une pandémie de coronavirus (Covid-19), qui frappe notre pays et le monde. Le mouvement Vie Féminine appelle à des mesures urgentes pour protéger les droits des femmes. Hafida Bachir, secrétaire politique du mouvement, nous explique pourquoi.

Par différents canaux, Vie Féminine est actuellement en train d’interpeller les politiques sur la situation de femmes impactées indirectement par la pandémie. Que se passe-t-il exactement ?

« Nous sommes un mouvement de femmes. Lorsque le confinement a été annoncé, de nombreuses inquiétudes de femmes de notre réseau sont remontées : la perspective du redoublement des violences conjugales, la situation des femmes seules avec des enfants, des femmes avec des enfants handicapés… Nous avons aussi été alertées par ce qui était déjà à l’œuvre dans d’autres pays, en Italie en particulier. Nous savions que ce serait la même chose chez nous. Très vite la situation s’est précisée. Nous avons dû nous organiser pour garder le contact avec les femmes et engranger tous ces témoignages. Nous avons ainsi pu identifier, dans l’urgence, une série d’enjeux et de mesures à prendre par les différents niveaux de pouvoir. »

Vous pointez particulièrement le rôle actif que devrait jouer la Conférence interministérielle « Droits desfemmes »  (CIM) qui s’est récemment mise en place. 

« En effet, cet espace de dialogue et de mise en place de politiques concertées, entre entités fédérées et le fédéral, a été créé récemment [sous l’impulsion des trois ministres francophones compétentes, Bénédicte Linard (Ecolo) pour la Fédération Wallonie-Bruxelles, Christie Morreale (PS) pour la Région wallonne et Nawal Ben Hamou (PS) pour la Région bruxelloise, et avec l’appui de la Première ministre Sophie Wilmès (MR), ndlr]. Cette CIM a pour priorité la lutte contre les violences faites aux femmes, ce qui a tout son sens. Mais dans le contexte actuel, nous appelons la CIM à travailler aussi sur d’autres questions. Bien sûr, la question des violences est cruciale ! Des mesures d’hébergement et de soutien aux femmes victimes doivent être prises, non seulement par les entités fédérées, mais aussi par le fédéral, de façon concertée. Au-delà de cet enjeu, la CIM doit permettre de regarder globalement tout ce que vivent les femmes en confinement aujourd’hui et de garantir leurs droits dans tous les domaines. Il est urgent d’avoir ce regard global. Il faut que tout le monde se parle. »

Parmi les mesures urgentes que vous réclamez, vous pointez les dangers qui pèsent sur les droits économiques des femmes. Pouvez-vous nous en dire plus ?

« On part d’une situation qui est déjà problématique. Les femmes sont dans des boulots précaires, dans l’intérim, avec des revenus bas… Ces situations vont s’aggraver à cause du confinement, que ce soit pour les femmes qui n’ont pas de travail ou pour celles qui se retrouveront avec des revenus réduits dans les cas de chômage temporaire. D’après les témoignages que l’on reçoit, certaines femmes sont même obligées de prendre des congés non rémunérés… Dans les médias, on entend beaucoup parler de télétravail, mais cela ne concerne qu’une minorité de travailleuses… Sans parler de celles qui se retrouvent en plus à devoir s’occuper toute la journée de leurs enfants. Il n’y a pas de solution miracle, mais il faut tenir compte de ces situations spécifiques.

Un autre exemple que nous faisons remonter, sur le marché de l’emploi celui-là, est le cas des accueillantes d’enfants à domicile. Peu d’entre elles sont salariées, la plupart ont encore l’ancien statut. Leur salaire est déterminé par le nombre d’enfants accueillis, mais actuellement on est à 10 ou 15 % de présence, parfois plus de présence du tout. C’est dramatique pour elles, alors qu’elles restent disponibles pour accueillir les enfants des travailleurs/euses de première ligne… Nous avons attiré l’attention de la ministre Bénédicte Linard et de l’ONE à ce sujet.

Enfin, en termes de revenus et d’autonomie financière des femmes, nous disons qu’il faut suspendre les crédits, et pas uniquement les crédits hypothécaires. Il faut prévoir des échelonnements, pour que les femmes ne soient pas mises à mal. Nous pensons aussi au cas des femmes qui sont en règlement collectif de dettes avec un ex-conjoint insolvable : nous demandons l’annulation de ces dettes pour que ces femmes puissent faire face à la réalité et à l’impact du confinement. »

Les droits sociaux risquent-ils aussi d’être mis à mal ?

« Pour nous, les CPAS doivent continuer à jouer leur rôle de première ligne, pour les demandes et les attributions de revenu d’intégration sociale (RIS) mais aussi pour toutes les autres aides. Il faut donc garantir leur accessibilité, mais des femmes nous disent que certains CPAS ne répondent même plus au téléphone ! De plus, certains contrôles, comme les visites domiciliaires, qui s’étaient accélérées ces derniers temps vis-à-vis des bénéficiaires du RIS ou de la GRAPA par exemple, sont stoppés actuellement. C’est tant mieux. Mais ces arrêts ne doivent pas être préjudiciables aux personnes concernées, qui n’ont rien demandé. Nous réclamons donc que la période de confinement soit « neutralisée ». »

Vous alertez également sur la situation des femmes sans papiers.

« Leur situation est déjà très précaire. Cela devient de plus en plus difficile pour elles, par exemple quand elles se déplacent, puisque aujourd’hui le confinement imposé amène davantage de contrôles. Nous voulons une simplification et une accélération de l’accès des personnes sans papiers à la carte médicale urgente pour les soins de santé. Parfois les procédures sont lentes et certaines catégories de personnes s’en voient refuser l’accès. Nous demandons donc à ce que cette carte soit octroyée à toutes les personnes sans papiers pendant la crise du coronavirus.

Nous soutenons aussi les propositions de la Coordination des sans-papiers qui demande la réquisition des espaces vides pour les personnes sans papiers et sans abri. Car pour rester chez soi, il faut avoir un chez-soi… Spécifiquement en ce qui concerne les femmes, y compris avec enfants, nous demandons de mettre en œuvre ce que préconise l’Ilôt : leur donner accès à des hôtels, dans des conditions sanitaires adéquates pour éviter la propagation du virus. Nous demandons aussi que ces femmes, lorsqu’elles sont victimes de violences, soient accueillies dans les centres d’hébergement des victimes et que cet accueil leur ouvre la possibilité d’une régularisation. Enfin, en Région bruxelloise, nous sommes alertées par le fait que la plupart des magasins d’alimentation demandent des paiements par carte et non par cash : or les femmes sans papiers n’ont pas de carte bancaire… »

Un dernier exemple à pointer parmi les mesures que vous réclamez : celui du secteur de l’aide et des soins à domicile.

« Pour nous, c’est très important de soutenir les secteurs de l’aide et des soins à domicile. Ce sont des secteurs très féminisés et indispensables, pour les soins mais aussi au-delà des soins. Pour toute une série de personnes – personnes âgées, malades ou handicapées –, ce sont souvent leurs seuls contacts. Il faut protéger le personnel du secteur dans l’exercice de ses fonctions. Certaines aides à domicile n’ont même pas de masque, elles doivent se débrouiller toutes seules ! Pourtant, l’aide et les soins à domicile sont absolument essentiels, en ce moment en particulier, notamment pour les femmes seules avec enfants, pour les familles en situation de précarité…

Le Forum économique mondial vient justement de déclarer que les retombées du coronavirus seront pires pour les femmes, car elles sont en première ligne dans la lutte contre la maladie. Sans oublier qu’elles effectuent déjà trois fois plus de soins non rémunérés que les hommes… On ne doit pas faire fi de cette réalité ! »

Ainsi, ces constats n’ont rien de nouveau pour vous. C’est une situation déjà inégalitaire, qui peut s’aggraver rapidement…

« Bien sûr. Ce n’est pas neuf pour les féministes, mais cette situation révèle la présence massive des femmes dans des tâches et des secteurs fondamentaux pour la société, dans leur métier et au-delà des métiers, dans leur quotidien, parce qu’elles sont des femmes. Or, quand on regarde les plateaux TV le soir, en ce moment, ce sont beaucoup d’hommes qui prennent la parole sur cette crise du coronavirus…

Nous demandons donc aux différents gouvernements, dans l’urgence, de s’arrêter sur certaines mesures à mettre en œuvre. Mais nous souhaitons aussi attirer leur attention pour que le confinement et ses impacts ne portent pas préjudice à terme aux droits acquis des femmes – et pour que les pertes de droits, s’il y en a, puissent être compensées. Nous restons disponibles pour réfléchir à ces mesures. »

Qu’avez-vous déjà mis en place à votre niveau ?

« Il y a surtout le maintien du contact avec les femmes : des permanences téléphoniques ont été organisées à partir des régions, nous avons élargi nos permanences sociales et juridiques pour qu’elles soient accessibles par téléphone. Il y a aussi beaucoup de démarches de solidarité que les femmes mettent en place : via les réseaux sociaux, via la confection de masques pour se solidariser avec le personnel soignant… De multiples initiatives sont en train de se développer un peu partout en Wallonie et à Bruxelles, parfois avec d’autres organisations…

Notre premier métier est le travail de proximité : ce qui se passe aujourd’hui est inédit. Nous devons être créatives. Mais sans ce travail collectif de terrain qui est notre raison d’être, nous n’aurions pas pu rebondir aussi rapidement, rester proches des femmes, entendre leurs réalités et leurs besoins et être en même temps sur le front politique. Nous restons sur les mêmes vigilances, nous soutenons les femmes sur leurs droits, mais d’une autre manière. »

Quel suivi allez-vous donner à cette interpellation?

« Nous avons déjà dit aux membres des cabinets ministériels que nous allions leur transmettre nos revendications – même si ce n’est pas évident de s’organiser pour travailler ensemble avec le confinement… Nous sentons une écoute et une attention de la part des ministres, avec lesquelles nous avons déjà dialogué pour les alerter. »

https://www.axellemag.be/coronavirus-confinement-vie-feminine/

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Violences masculines en période de confinement :
« Personne ne viendra m’aider »

Avec le confinement, les femmes ont moins d’échappatoires face à un conjoint violent. La crise sanitaire rappelle que l’espace privé n’est pas sécurisé pour les femmes. Sur le terrain, les associations adaptent leurs services pour rester au plus près de celles qui en ont plus que jamais besoin.

Le numéro gratuit pour les victimes de violences conjugales est le 0800 30 030. C’est une ligne d’écoute qui peut donner des conseils adaptés à chaque situation. Pour celles qui ne peuvent pas appeler, un chat est accessible sur le site www.ecouteviolencesconjugales.be. En cas d’urgence, composez le 112. (Belgique)

La crise sanitaire que nous vivons, comme nombre de crises avant elle, impacte plus fortement les plus précarisé·es de la société, dont les femmes forment les premiers rangs. En Chine et en Italie, les violences conjugales ont augmenté avec les mesures prises pour contrer le coronavirus. En Belgique, des associations de terrain ont adapté leurs services pour rester au plus près des femmes malgré les mesures de distanciation sociale. C’est le cas de Vie Féminine qui a reçu l’autorisation de la Région wallonne pour effectuer des permanences sociales et juridiques par téléphone, alors que cela n’est pas possible en temps dit normal. Ces permanences ont également désormais lieu le week-end. Les réseaux sociaux et leurs messageries privées permettent aussi de prendre des nouvelles des femmes et de créer des solidarités.

Urgence et échappatoire

« Nous avons très vite ressenti l’urgence de rester présentes auprès d’elles, indique Fatima Ben Moulay, responsable adjointe à Vie Féminine Charleroi. Nous avons tout de suite reçu des messages de femmes qui appréhendaient cette période de confinement. Elles angoissaient à l’idée de devoir rester avec leur époux violent à la maison. Habituellement, elles arrivent à se ménager des bulles d’air, par exemple en allant chercher les enfants à l’école ou quand le mari travaille et qu’il n’est pas au domicile. Ce n’est plus possible. Ce qui ressort beaucoup des conversations que nous avons avec elles, c’est qu’elles sont très angoissées parce que leur conjoint ne respecte pas les consignes de sécurité. Les femmes que nous suivons prennent toutes leurs dispositions pour ne pas contaminer leurs proches, alors que leur conjoint continue à sortir et à voir des amis. Elles n’ont aucune vue sur ce que ces hommes font à l’extérieur. Elles passent leur temps à nettoyer leur maison et quand ils rentrent, elles doivent tout recommencer, tout désinfecter à nouveau, c’est une charge mentale en plus. Elles n’ont pas non plus l’espace de se révolter face à un conjoint violent. »

Préserver le lien avec les femmes

Fatima Ben Moulay poursuit : « Nous avons reçu un message d’une des femmes que nous connaissons. Son compagnon est devenu plus violent suite à la perte de son emploi avant la crise. Elle nous a prévenu ce matin qu’elle n’en pouvait plus et qu’elle ne savait pas comment elle allait faire. Nous travaillons vraiment à préserver le lien avec toutes ces femmes. »

Ces espaces de discussion servent d’échappatoires pour les femmes qui y échangent par exemple des conseils pour occuper les enfants. « Elles sont très créatives, elles envoient des vidéos et des photos. Certaines ont aussi proposé de fabriquer des masques pour le personnel soignant. Nous allons aussi écrire ensemble des lettres de soutien que nous allons envoyer à des lieux précis, notamment des centres pour personnes porteuses de handicap. J’espère que nous pourrons organiser plus tard des rencontres entre les femmes et les personnes qui auront reçu les lettres », précise Fatima Ben Moulay.

Pour les animatrices de Vie Féminine habituellement sur le terrain au contact des femmes, la pratique du téléphone et des réseaux sociaux peut se révéler frustrante. « Le téléphone, cela n’est pas suffisant. Dans certaines situations, il y a vraiment besoin d’un contact humain. Cette situation complique les choses et éloigne les femmes à terme. Nous nous sentons impuissantes. Les femmes les plus fragilisées vont l’être encore plus. Il faut veiller à ce que ce confinement ne signifie pas la rupture du lien social », s’insurge encore la responsable.

« J’ai peur de ne pas pouvoir appeler au secours »

À l’autre bout du téléphone, Anne pleure. « Ne faites pas attention », dit-elle. Anne est régulièrement violentée par son conjoint. Baffes, gifles, coups de poing avec des clefs pour faire encore plus mal, elle égrène les actes de violence qui constituent son quotidien. Elle raconte aussi ses péripéties dans les commissariats pour essayer d’être prise au sérieux, alors même qu’elle dispose de certificats médicaux qui attestent des violences subies. « Avec le confinement, j’ai peur d’être à nouveau violentée. J’ai peur qu’il me blesse fort, que je tombe mal par exemple, c’est déjà arrivé, et qu’il me laisse là, par terre. Personne ne viendra me chercher et m’aider. Il confisque aussi souvent mon téléphone. J’en suis à mon quatrième téléphone déjà. Il croit que je parle avec d’autres hommes. J’ai peur de ne pas pouvoir appeler au secours. Je dois verrouiller toutes mes applications, j’ai du mal à appeler mes parents », relate-t-elle.

Notre conversation s’arrête brusquement, Anne raccroche. Son compagnon vient de rentrer. Dans un contexte de violences telles que celles que subit Anne, la vigilance des voisin·es peut être particulièrement précieuse. Elles/ils ne doivent pas hésiter à appeler la police (112), puisque les victimes, elles, ne peuvent parfois pas le faire elles-mêmes.

Les enfants aussi

Comme bien souvent dans les cas de violences conjugales, les enfants sont maltraité·es et utilisé·es par le conjoint violent pour maltraiter les mères. En cette période de confinement, certaines femmes séparées expliquent quant à elles le chantage qu’elles subissent pour recevoir des nouvelles de leurs enfants.

Nathalie témoigne : « Je n’ai pas mes trois enfants pour l’instant, il s’agit d’une garde partagée. Quand je ne les ai pas, je suis sans nouvelles d’eux pendant deux semaines. J’ai envoyé un sms au père pour avoir de leurs nouvelles, il refuse de m’en donner. Quand j’ai exigé qu’il m’en donne sinon je porterais plainte, il m’a juste répondu de ne pas oublier mon masque et mes gants, car il sait bien qu’il est inutile de se déplacer pour ça dans un commissariat, ni même de téléphoner. D’ailleurs, je dirais quoi ? « Le père de mes enfants ne veut pas me confirmer que mes enfants vont bien ? » Ils ont d’autres chats à fouetter en ce moment. J’ai une amie maman solo qui subit la même chose, le père refuse de donner des nouvelles des enfants quand ils sont chez lui. J’ai eu une autre amie dont le fils a trois ans ; là, le père refuse de le prendre, elle travaille dans une usine qui n’a pas fermé pendant cette crise, elle est en contact avec de nombreuses personnes, elle est donc actuellement sous certificat car elle n’a pas d’autre solution. La directrice de l’école lui a dit que c’est le père qui devrait garder le gamin – car en plus monsieur ne travaille pas –, mais il n’y a évidemment aucun moyen de l’obliger et puis, elle se dit quand même soulagée car quand il prend le gamin, elle ne sait jamais comment il va s’en occuper, dans quel état il va revenir… Je me sens impuissante et démunie. Et je n’ai pas non plus envie de me plaindre, car je suis encore fort chanceuse comparée à d’autres dont la situation est pire. »

Une vidéo insoutenable, filmée à Genève, circule sur les réseaux sociaux. On y voit un homme dans son appartement devant sa fenêtre frapper sa femme au sol avec un ordinateur, devant les voisin·es impuissant·es qui hurlent. Le confinement pourrait encore durer plusieurs semaines.

Prise en charge compliquée

Les violences risquent d’augmenter, et la prise en charge risque de se compliquer. Interrogée le 17 mars par Les Grenades-RTBF, Josiane Coruzzi, directrice de l’asbl Solidarité femmes et refuge pour femmes battues à La Louvière, s’inquiète : « Il faut bien entendu continuer de rappeler le numéro d’écoute sur les violences conjugales (0800 30 030), mais je me demande comment est-ce qu’elles vont pouvoir appeler à l’aide ? Les femmes victimes de violences conjugales ont peur de leur agresseur, elles ne vont donc pas pouvoir appeler ce numéro en sa présence. » 

Des questions se posent également sur les capacités d’accueil des maisons d’hébergement. Déjà submergées, elles doivent adapter leurs services et travailler avec du personnel réduit à cause du coronavirus. Pourront-elles accueillir des nouvelles arrivantes en toute sécurité ?

Les cabinets des trois ministres francophones compétentes en la matière et les services spécialisés de terrain se concertent en ce moment. Trois pistes sont pour l’instant sur la table : mettre en place une campagne d’information large visant notamment à faire davantage connaître la ligne d’écoute ; ouvrir des hébergements d’urgence dans des locaux inoccupés – ce qui impliquera aussi des dispositions sanitaires pour éviter la propagation du virus, à l’image de ce qui se fait avec les sans-abri ; et concrétiser un renforcement de la ligne d’écoute pour qu’elle fonctionne 24h/24 et 7j/7 avec des professionnel·les formé·es, ce qui n’est pas le cas pour le moment. À Soignies, les femmes d’un groupe de Vie Féminine ont d’ores et déjà interpellé la commune pour que des gîtes vides puissent être mis à disposition des femmes victimes de violences.

Les femmes réfugiées et les femmes précaires particulièrement touchées

Outre les violences conjugales, certaines femmes seront plus durement touchées que d’autres par cette crise et le confinement. Alors que l’Office des étrangers a suspendu l’enregistrement des demandes d’asile le temps de la crise, les femmes réfugiées dans les centres sont tout particulièrement isolées.

Fatima Ben Moulay, responsable adjointe à Vie Féminine Charleroi, explique : « Nous travaillons avec le centre Fedasil à Jumet. Nous y suivons plusieurs femmes et c’est très compliqué en ce moment. Je pense notamment à une femme avec six enfants. Ils sont confinés dans une seule chambre. Ce n’est pas un centre fermé, c’est un centre ouvert, donc nous pouvions y mener des activités. Ce sont des personnes qui ont vécu de grandes violences. Nous avons très peu de contacts avec elles en ce moment. »

D’autres situations dramatiques sont rapportées par les animatrices de Vie Féminine. « Il y a une femme qui a une maladie mentale qui l’oblige à prendre des médicaments et à être suivie très régulièrement, à garder une certaine routine. Elle a une fille dont elle ne peut s’occuper que le soir – la journée, elle est gardée. La maman gérait bien cette situation, mais cette routine est chamboulée avec le coronavirus. Elle nous dit clairement qu’elle ne peut pas s’occuper de son enfant toute la journée, elle n’en est pas capable mentalement, elle nous dit que cela la met en danger et son enfant aussi. Une autre nous dit qu’elle a vécu enfermée des années à cause de son mari violent qui la gardait sous contrôle, elle nous a expliqué qu’elle refusait de se confiner pour ces raisons, cela réveille son traumatisme. »

Enfin, des angoisses spécifiques sont nées chez les plus précaires face aux magasins qui se vident. « Certaines n’ont pas les moyens de faire des stocks. On doit les rassurer en leur disant que ce sont juste les gens qui paniquent », explique Fatima Ben Moulay.

https://www.axellemag.be/violences-masculines-confinement/

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Avec le confinement,
c’est l’explosion des violences intrafamiliales

Vendredi après-midi, à Tremblay-en-France, un père a battu à mort son enfant. L’homme a roué de coups son fils de six ans, retrouvé en état de mort cérébrale par les secours, appelés par la mère, témoin de la scène comme ses autres enfants.

À l’annonce du confinement, comme vous peut-être, j’ai vite pensé à toutes les violences intrafamiliales qui risquaient d’augmenter. Le confinement place les familles dans une situation d’isolement et de stress évidemment propices à l’augmentation de ce type de drames. Au contact étroit et permanent avec l’enfant, le parent qui vit la situation de confinement comme un accélérateur d’angoisses et de pathologies diverses peut plonger dans l’agression violente avec davantage de rapidité et d’intensité. Enfermés, les enfants ne peuvent plus compter sur les signaux d’alerte qui, d’ordinaire, sont susceptibles de s’enclencher à l’école, chez le médecin, grâce à des amis.

En temps normal, si j’ose dire, un enfant meurt tous les cinq jours sous les coups de l’un de ses parents, selon un rapport de l’IGAS (Inspection générale de l’action sociale) remis en avril 2019. Un chiffre sans doute sous-estimé puisqu’il ne tient pas compte des meurtres non révélés, des nouveaux nés tués à la naissance. On constate toujours, avant le geste létal, des violences antérieures répétées. Le coup fatal n’arrive pas du jour au lendemain, il s’inscrit dans un processus d’humiliations psychologiques et d’agressions physiques. Les parents violents, à égalité entre les pères et les mères (en particulier dans les familles monoparentales), souffrent souvent de troubles psychiatriques ou d’addictions. Et les violences conjugales constituent un environnement favorable à l’enfance maltraitée.

En période de confinement, tout s’accélère. Le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner a révélé, lors d’une émission spéciale de France 2 sur la crise sanitaire (si spéciale d’ailleurs qu’aucun membre de l’opposition n’a eu le droit de s’exprimer, comme si la démocratie était elle-même confinée !), que les violences conjugales ont augmenté de 36% en une semaine dans la zone de la préfecture de police de Paris et de 32% en zone gendarmerie. À vrai dire, je n’avais pas imaginé un tel niveau de carnage. On observe d’importantes variations en fonction des territoires, le Nord étant plus touché que l’Ouest par exemple. À Reims, je lisais hier dans Le Parisien que ces violences ont représenté 40% des gardes à vue la semaine dernière !

Autant vous dire que le milliard que nous n’avons pas réussi à arracher au gouvernement après tant de mobilisation grâce à la vague #MeToo contre les violences conjugales me fait plus mal au bide que jamais.

Les bonnes nouvelles ne viennent pas du gouvernement mais de la mobilisation sociale et citoyenne. La solidarité s’organise, c’est assez impressionnant. J’ai vu que la Fédération Solidarité Femmes, réseau de 67 associations spécialisées, vient de collecter 50 000 euros pour acheter des nuitées, des produits de première nécessité, de l’équipement informatique et téléphonique… Sur Twitter, par le biais de l’association Nous Toutes, des lieux d’hébergement chez des personnes volontaires tentent de se mutualiser. À des échelles micro-locales, des collectifs plus ou moins structurés viennent en aide, dans l’urgence, aux femmes et enfants en situation détresse. Oui, il y de l’auto-organisation ! Cela ne remplace pas des politiques publiques bien financées et qui se déploient à partir d’un maillage bien pensé, cela n’est pas aussi efficace que des réquisitions immédiates et en nombre suffisant de chambres d’hôtel par l’État pour les femmes violentées (eh oui, il faudrait oser l’incursion dans la propriété privée) mais c’est vital pour de nombreuses victimes.

Le confinement implique de redoubler d’efforts

Quand on ne maîtrise plus ses allers et venues, quand la liberté est à ce point malmenée, quand la vie sociale est réduite à presque rien, quand tout se ferme, il y a un prix à payer sur la vie humaine. C’est pourquoi le confinement est une méthode qui n’est pas seulement coûteuse du point de vue économique. Elle a son revers de mise en danger psychologique et de violences démultipliées. Je parlais hier avec une aide-soignante qui me racontait tous les cas qui arrivaient dans son hôpital pour tentative de suicide, notamment par défenestration.

Les dégâts vont être terribles. Je me demande si au sommet de l’État on a anticipé ces graves dommages de la méthode de confinement face au Covid19. Je pense aux situations les plus extrêmes mais aussi aux méfaits sur l’état physique et mental de nombre de nos concitoyen.ne.s. Les pouvoirs publics vont-ils organiser une réponse, un accompagnement, une hausse de la prise en charge et des soins ? Ou l’austérité et le chacun pour soi vont-ils encore tout emporter ?

Le Premier ministre a annoncé hier que nous repartions pour quinze jours d’enfermement. Au moins. Si le plan de sortie n’est pas rondement mené, notamment par une production organisée et anticipée – matériels pour les hôpitaux et la protection au travail, kits de tests massivement disponibles –, je redoute que nous soyons encore confinés pour un long moment, sauf à prendre le risque de sortir de cette situation sans être prêt d’un point de vue sanitaire. Or, pour ne prendre qu’un exemple, mais il est symptomatique, l’entreprise Luxfer, la seule à fabriquer en Europe des bouteilles d’oxygènes dont nous avons cruellement besoin, n’a toujours pas été réquisitionnée : ses ouvriers continuent d’implorer l’État pour se remettre au travail. En écouter le gouvernement, à lire le grand entretien du ministre Olivier Véran aujourd’hui dans le Journal du Dimanche, je ne vois toujours pas de plan précis, global, pour nous conduire au dé-confinement. C’est flou, dramatiquement indigent.

J’appelle à la discipline en matière de confinement parce que nous n’avons pas le choix. Si au mois de janvier, les choses avaient été autrement envisagées par l’État, nous n’en serions pas à recourir à cette méthode d’un autre temps et à ses effets désastreux. Mais nous en sommes là…. Je termine en rappelant deux numéros verts d’urgence : le 119 pour l’enfance maltraitée et le 3919 pour les violences conjugales. Et en envoyant tout mon courage et ma solidarité à celles et ceux qui sont assignés chez eux dans un foyer maltraitant, avec un parent ou un conjoint violent.

Clémentine Autain

http://www.regards.fr/politique/a-l-heure-du-covid-19-chroniques-de-clementine-autain/article/avec-le-confinement-c-est-l-explosion-des-violences-intrafamiliales

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Toulouse, Lutte contre les violences faites aux femmes

Depuis juin 2019, à l’initiative du Collectif Midi-Pyrénées pour les droits des femmes, les femmes de Toulouse, quelle que soient leur appartenance, se retrouvent chaque 1er mercredi du mois, quand retentit la sirène, pour une Ronde devant le Palais de Justice pour porter nos griefs et notre exigence de changement, pour continuer à dire Stop aux violences et soutenir les femmes qui en sont victimes.Depuis le début du confinement, ces violences sont en hausse de 30%.

Ne pouvant se réunir physiquement ce mercredi, elles souhaitent maintenir cette Ronde via les réseaux sociaux.

Merci de diffuser notre message :

« Vous ne nous verrez pas

vous ne nous entendrez pas

et pourtant nous serons là :

Vous ne nous voyez pas

devant le tribunal mais nous y sommes quand la sirène va sonner

avec toutes les couleurs du printemps

pour soutenir toutes les femmes aujourd’hui confinées victimes de violences,

pour demander une Justice qui les respecte et qui les défende.

Vous ne nous entendez pas

mais nous chantons à pleine voix l’Hymne des femmes

alors ne manquez pas ce rendez vous, là ou vous êtes, là où nous pouvons communiquer !

Malgré notre « COFInementMAISON », une ronde de paroles nous lie , plus forte que jamais 

tout continue pour les femmes

NOUS SOMMES Là, INVISIBLES parmi les INVISIBLES

Nous N’ABANDONNERONS pas

Face à la violence contre les femmes et aux féminicides,

nous ne cesserons de revendiquer Justice et solidarité

pour les femmes.

Nous reviendrons !

irene co, pour le CMPDF, Toulouse 30 MARS 2020



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Soins et féminisme en temps de pandémie

S’occuper de la famille, rôle invisible et non rémunéré, incombe aux femmes. En pleine crise sanitaire, l’État doit prendre ses responsabilités. Après la catastrophe, il sera nécessaire de construire un monde basé sur le bien commun et la solidarité.

Lorsqu’un virus se propage dans plusieurs pays, le chaos et la peur qu’il génère finissent par révéler bien des choses sur la façon dont notre société est organisée et sur ses principaux problèmes. Dans le cas du nouveau Coronavirus, nous voyons comment se creusent les inégalités de genre, de classe et d’origine ethnique au point de rendre impossibles des mesures telles que l’isolement social pour une grande partie de la population. Dans nos vies et autour de nous, les femmes sont fondamentales dans les tâches de soins, pour leur travail dans les services de santé et de soins, dans les communautés où elles vivent, dans les foyers où elles travaillent ou au sein de leur propre famille auprès des enfants et des personnes âgées. Prendre soin d’une personne est un travail difficile, éprouvant, émotionnellement exigeant, stressant, qui surcharge beaucoup plus les femmes que les hommes dans la société patriarcale dans laquelle nous vivons. Par conséquent, une pandémie comme celle du nouveau Coronavirus nous place également devant le besoin de collectivité et la nécessité de repenser la vie en société.

Cette question est au cœur de notre société, ou devrait l’être, car elle définit la manière dont nos relations familiales sont organisées et dont la solidarité est possible. Dans les sociétés patriarcales et racistes, elle est systématiquement dévalorisée et sa contribution au maintien du système capitaliste est invisible. Plus encore avec le néolibéralisme poussé à l’extrême par les gouvernements autoritaires, amenant au démantèlement systématique des politiques du travail, de la santé et de la protection sociale.

La réponse immédiate pour contenir la propagation du virus est l’isolement, tentative visant à protéger principalement les personnes dont la santé est vulnérable ou précaire et pour lesquelles le virus est plus agressif. Dans notre société, ce rôle de protection est le travail des femmes. Et c’est déjà éprouvant à cause de l’injuste répartition genrée du travail dans notre société. En outre, ce type de travail est sous-valorisé et sous-payé alors qu’il est effectué par des professionnel.les – comme les infirmières ou les éducatrices – qui sont majoritairement des femmes noires. En pratique, si elles ne sont pas libérées de leur travail ou ne sont pas payées, il s’agit d’un déni du droit à l’autoprotection et au soin de soi.

Ainsi, la durée journalière de travail des femmes augmente beaucoup plus que celle des hommes. Avec la suspension des cours, les enfants et les adolescents doivent rester à la maison. Les personnes âgées ont besoin d’une attention particulière en raison de leur vulnérabilité en matière de santé. Au sein de leur propre foyer peuvent également entrer les travaux de production, à distance (via Internet) ou à domicile (couturières, employées domestiques, etc.), exigeant de nouveaux efforts de la part des femmes.

La conciliation du travail rémunéré et non rémunéré est une question de taille dans la vie des femmes depuis le XIXe siècle, en particulier pour les femmes noires et les soutiens de famille monoparentale. Mais dans ce contexte de pandémie, la situation se révèle bien pire, exigeant un effort surhumain de la part des travailleuses. La plupart des employées domestiques ont des conditions de travail précaires ; elles sont en situation de sous-emploi. Comment peuvent-elles se protéger en maintenant une distance sociale si le racisme patriarcal et l’individualisme capitaliste les poussent à affronter des transports bondés pour aller travailler ? Qu’en est-il des milliers de travailleuses et de travailleurs informel.les qui doivent vendre ou fournir des services pour toucher un peu d’argent, à la fin du mois, de la semaine ou du jour même ? Comment peuvent-elles survivre au chômage massif et à la paralysie des activités économiques si depuis toujours les femmes noires occupent les places les plus mal rémunérées sur le marché du travail ?

Au Brésil, bien que la maladie soit arrivée par l’intermédiaire de gens riches venant de l’étranger, les deux premières victimes sont des femmes pauvres qui ont été contaminées parce qu’elles travaillaient. En temps de démantèlement de l’État, il est toujours bon de rappeler que c’est l’État lui-même qui est en mesure de garantir la protection et l’assistance économique en cas de calamité. L’isolement peut paraître une option ou un privilège individuel, mais c’est une question politique qui exige des réponses collectives (1). Le manque de protection est une imposition systémique – patriarcale, raciste et de classe, et par conséquent son contraire (la protection contre la pandémie) est un droit inaccessible.

L’émergence de la pandémie appelle avec insistance à la redéfinition de la place des hommes dans le maintien de la vie reproductive, des liens affectifs et des soins, une tâche qui n’est pas considérée comme essentielle ou positive dans nos sociétés, et donc exercée de manière inégale par les femmes.

Et si nous avions des politiques publiques telles que des écoles à plein temps, des laveries et des restaurants communautaires pour ces activités dans notre vie quotidienne ? Et si les soins aux enfants, aux personnes âgées et à ceux qui ne peuvent se prendre en charge n’étaient pas la responsabilité exclusive des familles – c.à.d. des femmes et des filles – mais plutôt discutés et partagés par toute la société ; les hommes et les entreprises aussi. Il s’agit de propositions que les mouvements féministes brésiliens ont formulées et exigées des gouvernements au cours des dernières années, défendues en conférences et dans les programmes de politiques en faveur des femmes, mais qui n’ont guère avancé. Il suffit de se souvenir de la longue lutte pour l’universalisation des crèches et de l’école maternelle, autre revendication insuffisamment satisfaite.

Compte tenu de la pandémie actuelle, des mesures immédiates doivent être envisagées et proposées au Brésil. Les politiques d’urgence soutenant et protégeant les femmes dans leurs activités de soins pendant la crise pour assurer la subsistance de leurs familles sont une priorité. Les ressources et les politiques de lutte contre la pandémie doivent primer sur la lutte contre les inégalités et ne pas se nourrir de celles-ci. Il est également essentiel d’abroger les mesures telles que l’amendement constitutionnel 95/16, qui a établi le plafond de dépenses, et qui vont à l’encontre de la responsabilité de l’État envers sa population. Rien que l’année dernière, 9,5 milliards de réaux ont cessé d’être investis dans le système universel de santé (SUS), désormais tant indispensable pour la prise en charge des personnes contaminées par le nouveau Coronavirus. Outre la garantie d’un revenu minimum pour les travailleuses et travailleurs informels, le crédit aux petites entreprises et, bien sûr, l’accès universel aux systèmes de santé et de soins, sont fondamentaux.

Toutefois, au-delà de cela, c’est le bon moment pour réfléchir aux alternatives que nous pouvons proposer au capitalisme et qui nous permettront de créer d’autres moyens de faire face à des menaces telles qu’une pandémie, et de placer la prise en charge comme une stratégie cruciale des politiques publiques visant à promouvoir l’égalité et la justice sociale. Comme l’ont souligné les féministes italiennes face à l’impossibilité de tenir les manifestations du 8 mars, nous ne voulons pas revenir à la « normalité » car cette normalité est déjà trop injuste et inégale, raciste et hétéro-patriarcale (2).

Nous devons penser les soins sous un autre angle, en partant d’une vision féministe antiraciste et décoloniale. En faisant l’exercice d’imaginer un avenir meilleur, plus égal et plus libre, les soins devraient être un lieu de pouvoir pour les femmes. Dans une société fondée sur la solidarité, nous réfléchirons peut-être plus collectivement aux problèmes posés par la pandémie. Une proposition politique telle que celle de Bem Viver (Bien vivre), qui recherche le bien commun, la solidarité et la responsabilité avec la nature, et la création d’une organisation sociétale alternative freinant l’accumulation sans fin de nos sociétés capitalistes, serait un chemin envisageable vers une véritable proposition après cette pandémie mondiale.

Voir en ligne : O cuidado e o feminismo em tempos de pandemia – Outras Palavras

De CFEMEA (organisme féministe antiraciste) pour Outras Palavras

Traduction par Du Duffles pour Autres Brésils

Relecture : Philippe Aldon

https://www.autresbresils.net/Soins-et-feminisme-en-temps-de-pandemie

(1) L’ONU Femmes (Brésil) a produit un document clé sur la manière d’intégrer la dimension de genre dans les réponses à la pandémie. Il est disponible en portugais en cliquant ici Onu Femmes Amérique et Caraïbes fait 14 recommandations pour que les femmes et l’égalité de genre soient inclues à la réponse à la pandémie du Covid-19.

(2) Partie du rapport de Paula Satta, « Réflexions féministes en temps de quarantaine ». Disponible en espagnol

*************

Le coronavirus met plus que jamais en danger les Néo-Zélandaises de l’industrie du sexe ; pourquoi est-ce que le lobby pro-décriminalisation ne les aide pas ?

Le 21 mars, la première ministre néo-zélandaise Jacinda Ardern a annoncé que le pays serait mis en quarantaine en réponse à la pandémie de COVID-19. Elle a expliqué :

« Nous avons la chance d’être encore loin derrière la majorité des pays d’outre-mer pour ce qui est du nombre de cas d’infection, mais la trajectoire est claire. Il faut agir immédiatement ou risquer que le virus s’enracine comme il l’a fait ailleurs.

Nous avons actuellement 102 cas. Mais l’Italie a déjà connu le même nombre. Aujourd’hui, le virus a submergé leur système de santé et des centaines de personnes meurent chaque jour.

La situation ici évolue au même rythme, et nous devons en faire autant.

Nous avons toujours dit que nous allions agir rapidement, de manière décisive, et que nous allions y aller fort. Et c’est ce que nous allons faire. »

Mme Ardern a présenté le système d’alerte à quatre niveaux que le gouvernement utiliserait, d’abord pour se Préparer à attaquer le virus, puis pour Réduire le risque de transmission dans la communauté, puis pour Restreindre davantage les contacts de personne à personne et enfin pour Éliminer le risque en imposant une quarantaine complète.

Le lundi 23 mars, la Nouvelle-Zélande est passée au niveau d’alerte 3 et s’est préparée à passer au niveau 4 48 heures plus tard. Nos frontières sont fermées et on demande aux gens de rester chez eux et de se tenir à deux mètres les uns des autres, par exemple lorsqu’ils « font des courses essentielles ». Les services essentiels fonctionnent toujours et les écoles sont fermées, sauf pour les enfants des personnes qui les font fonctionner. Mme Ardern a précisé qu’« il n’y aurait aucune tolérance » pour les infractions à ces consignes :

« La police et l’armée travailleront ensemble, et une assistance est disponible en cas de besoin. Si les gens ne se conforment pas aux directives émises ici aujourd’hui, alors les policiers rappelleront aux gens leurs obligations ; ils ont la possibilité d’aller plus loin si nécessaire : ils peuvent arrêter des gens au besoin, ils peuvent les détenir au besoin ».

De nombreux Néo-Zélandais sont fiers de l’esprit de leadership de Mme Ardern. Le gouvernement a préparé des mesures de compensation financière pour les employés, les entreprises et les entrepreneurs individuels afin de réduire leur fardeau financier, car il est demandé aux gens de s’isoler pour empêcher le virus de se propager. Elle en a présenté les détails sur un site web intitulé Unite Against COVID-19.

Women’s Refuge, une organisation qui coordonne un réseau de refuges pour les victimes de violence conjugale dans toute la Nouvelle-Zélande, a reconnu que l’une des plus grandes préoccupations de cette mise en quarantaine est que de nombreuses femmes et de nombreux enfants ne sont pas en sécurité à la maison. La directrice générale de l’organisation, la Dre Ang Jury, a expliqué que « bien que cela soit clairement très nécessaire, l’auto-isolement signifiera probablement une escalade de la violence pour de nombreuses femmes ».

L’alternative pour de nombreuses femmes serait de rejoindre les 34 000 Néo-Zélandais-es et plus qui souffrent d’une grave pénurie de logement. Or, les femmes sans-abri sont plus vulnérables que leurs homologues masculins, notamment en raison du risque élevé de violence sexuelle. Pour les femmes, les menaces de violence conjugale, de sans-abrisme et de prostitution sont liées, et bon nombre des femmes en prostitution ont connu la violence conjugale, ainsi que le sans-abrisme et l’itinérance.

Cela soulève la question suivante : quels conseils le New Zealand Prostitutes’ Collective (NZPC) propage-t-il en réponse à la COVID-19 ? Cette question doit être posée pour une autre raison importante : la prostitution se prête également à la propagation de maladies. Le ministère de la Santé finance le NZPC à hauteur de 1,1 million de dollars par an, ostensiblement pour cette raison : réduire la propagation des maladies sexuellement transmissibles (MST). L’approche de la NZPC consiste à distribuer des préservatifs, des brochures et un manuel de 125 pages, « Stepping Forward », pour « aider » les femmes prostituées à résoudre d’elles-mêmes ce problème. Environ la moitié de cette brochure consiste à décrire les MST les plus courantes, à l’aide de petites images à basse définition de verrues génitales, de gonorrhée et de chlamydia telles qu’elles apparaissent (parfois) sur les organes génitaux des hommes.

Un manuel produit par le Service de la sécurité et de la santé au travail du ministère du Travail conseille aux femmes de l’industrie du sexe, en cas de rupture du préservatif, de retirer le sperme de leur vagin en « s’accroupissant et en poussant pour le faire sortir par un effort musculaire vaginal ». Les doigts peuvent être utilisés pour écoper le liquide.

En 2005, une femme de 24 ans a été étranglée, ligotée, violée, écrasée et tuée après une dispute avec un prostitueur après que celui-ci ait refusé d’enfiler un préservatif.

Les adeptes d’une dépénalisation intégrale de la prostitution affirment souvent qu’il n’est pas possible d’éliminer complètement le risque de violence et de maladie lié à la prostitution, parce que la prostitution est inévitable et ne peut être arrêtée, et parce qu’elle est essentielle – certains hommes ne pouvant tout simplement pas survivre sans avoir accès à des femmes sur le plan sexuel. Ainsi, offrir aux femmes des brochures et des préservatifs, et normaliser la prostitution en la légitimant au plan juridique serait le mieux que l’on pourrait faire.

Pourtant, après l’annonce de la quarantaine liée à la COVID-19, le NZPC a mis à jour la page d’accueil de son site web pour annoncer que la prostitution devait être stoppée avant minuit mercredi. Cette page se lit maintenant comme suit :

« INFORMATION SUR LA COVID-19 : DIRECTIVES POUR L’ARRÊT DU TRAVAIL SEXUEL PAR CONTACT PHYSIQUE AVANT MINUIT MERCREDI 25 MARS 2020

La NZPC reconnaît que le travail du sexe est un travail et constitue la principale forme de revenu pour un certain nombre de personnes.

Cependant, comme la Nouvelle-Zélande passe au niveau d’alerte 4, les travailleuses du sexe sont priées de se conformer à l’obligation de rester chez elles pendant la période d’isolement de quatre semaines indiquée par le gouvernement. Seuls les travailleurs des services essentiels seront autorisés à travailler. Le travail du sexe n’est pas classé parmi les services essentiels (médecins, pharmaciens, police, ambulance, pompiers, vétérinaires, production alimentaire et supermarchés).

C’est pourquoi la NZPC souhaite que toutes les travailleuses du sexe respectent l’interruption de quatre semaines.

En cas de non-respect, des fonctionnaires pourraient se rendre sur votre lieu de travail pour faire respecter cette directive ».

Le message se termine par un lien vers le site web Work and Income New Zealand (WINZ) et vers le site gouvernemental Unite Against COVID-19.

Cette notification sur le site web de la NZPC comporte quelques concessions. La première est que la prostitution peut être arrêtée – et immédiatement – si la volonté politique est présente et si le besoin est considéré comme urgent. Le fait que le taux de violence sexuelle contre les femmes dans la prostitution soit plus élevé que celui commis dans tout autre contexte n’a tout simplement jamais constitué une menace suffisamment urgente à leurs yeux. La deuxième concession est que les hommes n’ont pas réellement besoin de la prostitution – celle-ci n’est ni essentielle, ni un besoin humain, ni un droit. C’est une chose dont les hommes peuvent se passer.

Certaines hypothèses sous-tendent également la décision du NZPC de cibler les femmes prostituées avec ses directives de « CESSER LE TRAVAIL DU SEXE AVEC CONTACT PHYSIQUE DÈS MINUIT MERCREDI ». Selon des études que la NZPC a contribué à réaliser, 72% de ces femmes sont coincées dans l’industrie du sexe en raison de leurs circonstances. Une enquête menée en 2007 par le NZPC pour examiner les lois actuelles a montré que 10% des femmes qui se prostituent disent qu’elles « ne savent pas comment partir », 8,5% disent qu’elles « ne peuvent pas obtenir d’aide pour partir », 24% « ne savent pas quoi faire d’autre » et 29,5% « n’ont pas d’autres revenus ».

Pourtant, le NZPC tient pour acquis que ce sont ces mêmes femmes qui ont le pouvoir et la responsabilité de fermer l’industrie. Elles tiennent pour acquis que c’est l’« offre », et non la « demande » – ou plus exactement, les victimes, et non les auteurs – qui devraient être menacées d’une intervention de l’État en cas de « non-respect de la directive ». Les femmes prostituées seront-elles arrêtées ? Allons-nous assister à un retour des descentes dans les maisons closes que la police effectuait avant la Loi sur la réforme de la prostitution de 2003 ? Cette politique sera-t-elle approuvée par le NZPC ?

Le fait que le NZPC place l’entière responsabilité entre les mains de ces femmes, qui n’ont peu ou pas de solutions de rechange, et qu’il les menace d’une intervention policière si elles ne se conforment pas à la loi, démontre que l’organisation n’est ni féministe, ni rien qui ressemble à un syndicat défendant les droits des travailleuses.

Cette réaction à la COVID-19 met en évidence le fait que la dépénalisation complète de la prostitution ne protège pas réellement les femmes.

Mardi, l’organisation Wahine Toa Rising (WTR), guidée par des survivantes de la prostitution, a adressé une lettre à des ministres du Parlement pour leur demander « quel soutien financier et autre est disponible pour les femmes et les jeunes qui sont actuellement dans la prostitution » et « quelles mesures sont en place pour garantir que les femmes et les jeunes en prostitution sont protégés de contracter ou de transmettre le virus de la COVID-19 ».

Le moins qu’une organisation financée par le ministère de la Santé puisse faire pour les femmes en prostitution face à la pandémie de COVID-19 est d’exiger du gouvernement une allocation de fonds pour aider les femmes à sortir de l’industrie en sécurité, et d’insister sur l’interdiction d’acheter et de prostituer les femmes, plutôt que de menacer des femmes maltraitées pour leur imposer de rester chez elles, alors qu’elles font partie d’une population qui les rend particulièrement susceptibles de ne pas avoir un domicile sûr où aller.

Le NZPC a tendance à minimiser les difficultés véritables liées à la prostitution. Dans un article publié en 2017 pour annoncer le lancement d’un refuge visant à aider les femmes à sortir du commerce du sexe, la coordinatrice des programmes du NZPC, Dame Catherine Healy, a affirmé que « seulement 10% des femmes ont besoin d’aide pour quitter la prostitution ». Cette affirmation ne concorde aucunement avec les recherches mondiales, les témoignages de survivantes ou les propres enquêtes du NZPC.

Cela conduit à un autre point : la prostitution est une industrie qui profite des situations de crise, et la présente crise ne fait peut-être pas exception à la règle.

La main-d’œuvre est sexuée – c’est le problème que soulignent les campagnes en vue de mettre fin aux écarts de rémunération. Le travail de soins a tendance à être féminisé – 92% du personnel infirmier et 72% du personnel enseignant de Nouvelle-Zélande sont des femmes. Dans les industries et les secteurs qui ne sont pas « féminisés », les femmes ont tendance à être moins bien payées, à être considérées comme plus superflues et à risquer davantage de perdre leur emploi et un salaire viable. Dans les cas où les entreprises réduisent leur personnel, les femmes sont susceptibles de subir une part disproportionnée de ces mesures. Les compagnies aériennes, par exemple, sont susceptibles de renvoyer les hôtesses de l’air chez elles, lorsqu’elles réduisent leurs activités.

C’est ainsi que les situations de crise ont tendance à se dérouler et c’est l’une des raisons pour lesquelles elle entraîne généralement une expansion du commerce du sexe – parce que les femmes doivent encore se loger et se nourrir, ainsi que leurs enfants, pendant les crises économiques. Quant aux hommes, ils exploiteront la dépendance accrue des femmes, quelles qu’en soient les circonstances. Ils tournent apparemment déjà de la pornographie sur le thème du coronavirus !

Si le commerce du sexe en Nouvelle-Zélande se développe en raison de la vulnérabilité des femmes et des retombées économiques résultant de la COVID-19, il va sans dire que cela entraînera une propagation de maladies, et pas seulement de cette maladie respiratoire. La syphilis est en hausse en Nouvelle-Zélande. Au cours de l’année se terminant en mars 2019, 548 cas ont été signalés, contre 82 en 2013.

Pourtant, le NZPC continue de se contenter de distribuer des préservatifs et des brochures et de promouvoir la légitimation du commerce du sexe. Elle n’offre aucun service de sortie et, comme indiqué, elle en sape même la nécessité lorsque d’autres personnes tentent d’assurer cette tâche. Il ne protège pas les femmes du danger. Voyez les conseils que le NZPC offre aux femmes dans sa brochure Stepping Forward, en termes de « traitement des clients violents » :

« Faites le plus de bruit possible pour attirer l’attention. Essayez de crier AU FEU, ce qui sera probablement plus efficace pour alerter des passants. Si vous portez un sifflet autour du cou, sifflez très fort dans l’oreille de l’agresseur. »

Mais le NZPC précise plus tard que « faire du bruit » peut « se retourner contre vous parce que certains clients attendent que vous le fassiez pour avoir une excuse de vous agresser. »

Avant l’annonce de la quarantaine, le 19 mars, le site d’information « progressiste » The Spinoff a publié un article intitulé « Covid-19 » : Que se passe-t-il lorsque toucher les gens fait partie de votre travail », qui faisait notamment référence à la prostitution. Dans cet article, Healy donne ce conseil désinvolte aux femmes en prostitution :

« Il y a aussi la prostitution par webcam, mais ce n’est pas une activité très lucrative en général. Étant donné que nous avons plusieurs milliers de travailleurs du sexe en ce moment, la meilleure suggestion est de se trouver une autre source de revenus. »

Cette semaine-là, Healy a répondu à une demande d’aide d’une femme en lui envoyant une capture d’écran du formulaire de demande d’emploi WINZ, ignorant totalement le fait que la nature de son travail est d’aider les femmes dont la situation est désespérée.

La prostitution est également corrélée à la violence familiale par le biais de la pornographie, dont l’utilisation de webcam est une forme. Le tournage d’images de prostitution pour en faire de la pornographie a été qualifié de « crise de santé publique », et en Nouvelle-Zélande, on sait qu’environ 54% des exploiteurs sexuels d’enfants utilisent de la pornographie. Avec la quarantaine, beaucoup de ces hommes consommateurs de pornographie passeront maintenant plus de temps à la maison, avec leurs enfants.

Comme le dit la fondatrice de Wahine Toa Rising, Ally Marie Diamond :

« La dépénalisation complète ne protège que les proxénètes, les acheteurs, les propriétaires de bordels et ceux qui profitent du commerce du sexe. Comme l’a prouvé le COVID-19, les femmes qui pratiquent le commerce du sexe en Nouvelle-Zélande ne sont pas protégées. Elles ne sont pas plus en sécurité, elles sont en fin de compte plus en danger aujourd’hui qu’elles ne l’auraient été avant la réforme de la loi en 2003. Quand allons-nous commencer à ouvrir les yeux et à nous éveiller à ce qui se passe autour de nous ? Il est vraiment temps de regarder les choses autrement. »

Une autre chose que COVID-19 a prouvée est que lorsqu’une menace est considérée comme suffisamment urgente et que la volonté politique est présente, le gouvernement et le public néo-zélandais sont prêts à s’engager dans une ligne de conduite qui ne se contentera pas de réduire mais qui éliminera cette menace.

Pendant que nous sommes toutes et tous en isolement, de nombreuses personnes vont réfléchir plus profondément à leur vie et à leurs relations. La prostitution et la pornographie nous touchent tous et toutes. Ces activités perpétuent le viol et la chosification, et il n’y a pas de limite à l’ampleur et à la profondeur de leur impact sur les relations sexuelles et la culture dans laquelle nous vivons. À l’heure actuelle, ces industries et leur normalisation contribuent directement à une situation dans laquelle de nombreuses femmes et de nombreux enfants ne sont pas en sécurité, y compris à la maison, en quarantaine.

Voici peut-être quelques questions que nous devrions nous poser collectivement pendant que nous sommes en quarantaine : la violence des hommes à l’égard des femmes et des enfants n’est-elle pas une menace urgente, digne d’être éliminée ? Peut-elle prendre fin tant que le viol est accepté comme inévitable, et normalisé et rentabilisé par la prostitution et le porno ? À quoi ressembleraient vraiment nos vies, individuellement et collectivement, si nous prenions les mesures nécessaires pour éliminer de nos vies et de notre culture la menace de la violence des hommes envers les femmes et les enfants ?

Renee Gerlich

Renee Gerlich est une écrivaine féministe indépendante basée dans la région de Wellington, en Nouvelle-Zélande. On peut la lire sur Twitter à @renee_jg.

Version originale : « COVID-19 puts women in New Zealand’s sex trade in more danger than ever; why isn’t the decrim lobby helping? »

Traduction : TRADFEM, avec l’accord de l’autrice.

https://tradfem.wordpress.com/2020/03/27/la-covid-19-met-plus-que-jamais-en-danger-les-neo-zelandaises-qui-sont-dans-lindustrie-du-sexe-pourquoi-le-lobby-visant-a-faire-decriminaliser-cette-industrie-ne-les-aide-t-il-pas/

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