Les rapports sociaux de sexe ne sont pas dissous dans les usages néolibéraux de la notion de genre

De l’éditorial d’Aurélie Leroy, « Repolitiser le genre », editorial-daurelie-leroy-repolitiser-le-genre-alternatives-sud-de-lusage-du-genre/ , publié avec l’aimable autorisation des Editions Syllepseje souligne dans un premier temps, deux « bornes » : le genre et les sexes, la réduction par certain·es de l’intersectionnalité « à un examen réflexif sur des positions individuelles et de l’appréhender en termes d’identités et de rôles contradictoires, plutôt qu’en termes de rapports sociaux ».

Si les termes sont polysémiques, leurs utilisations au cours de l’histoire chargées de sens variables, il importe, si possible à chaque fois, de préciser, de délimiter ou de cerner leur(s) usage(s). L’autrice se situe dans des analyses de rapports sociaux et non dans des lectures individualistes d’« identité » essentialisées.

Si le « socialisme » a donné lieu à des lectures institutionnelles, réactionnaires voire même quelques fois contre-révolutionnaires, il en est de même des autres « ismes » à vocation émancipatrice. Ceci, à mes yeux, n’invalide pas leurs portées subversives, mais nécessite de ne pas confondre les positions, les mésusages de termes, les instrumentalisations, les récupérations et les différentes luttes menées…

Aurélie Leroy propose des analyses des usages « mainstream » d’un certain « féminisme », des« instrumentalisations technocratiques, néolibérales, nationalistes ou encore suprémacistes » du concept de « genre », de ce qui perpétue les inégalités et l’imbrication des différentes formes de domination, derrière un vocabulaire à vocation émancipatrice. Elle y oppose un « féminisme « intersectionnel » et « décolonial » » (Au terme « décolonial », je préfère « luttes anti-colonialistes ou anti-coloniales », « colonialité du pouvoir »…)

Aurélie Leroy aborde, entre autres, les politiques néolibérales et la détérioration des conditions d’existence de millions de femmes, l’agenda nationaliste et le paternalisme d’Etat, l’invocation des « questions sexuelles pour justifier des politiques de type néocolonial, raciste et xénophobe »…

Ce numéro d’Alternatives Sud propose « une lecture critique des usages du genre, et de la fonction latente que ce concept a pu jouer à travers la valorisation d’un narratif sur les droits des femmes, au détriment des luttes pour rendre ces droits effectifs. ». Il ne s’agit pas de déqualifier le concept de genre mais bien de le re-politiser. Pour le dire autrement, prendre en compte les matérialités des rapports sociaux – dont ceux de sexe – et leurs imbrications, les rapports de pouvoir et de domination.

Le genre. Le caractère socialement construit de « l’ordre traditionnel des sexes », les masculinités et les féminités – non comme immuables ou « fruit d’un déterminisme biologique ou sacré » mais comme « résultat d’un processus social et contingent, sur lequel il devient possible d’agir », la dénaturalisation et des perspectives de changement considérables…

Comme le rappelle très justement l’autrice, « Le genre n’est pas, contrairement à certaines idées reçues, un problème de femmes ». J’ajoute que les hommes obsédés par leur pénis considèrent que les femmes sont « le sexe » et qu’ils sont juste des « neutres universels » mesure de toute chose. Ils seraient en quelque sorte hors des rapports sociaux de sexe, hors du système de genre et de sa hiérarchisation des sexes. La notion de genre souligne au contraire, que « Les différences établies entre féminin et masculin sont les produits d’un rapport social, et il est donc vain d’étudier l’un sans le rapporter à l’autre ». Le genre est une approche relationnelle des sexes, « Décliné au singulier, il permet de révéler et d’insister sur le processus d’articulation entre les sexes – mot utilisé quant à lui au pluriel. Le genre désigne un principe de division, ou plus exactement, « un système de division hiérarchique de l’humanité en deux moitiés inégales » (Delphy, 2002). Les sexes, quant à eux, « renvoient aux groupes et catégories produits par ce système » (Bereni, 2012) »

Par ailleurs, faut-il encore une fois le rappeler, « le genre ne fonctionne pas en vase clos », il s’imbrique à d’autres rapports de pouvoir, « sur base notamment de la classe sociale, de la « race » et de la sexualité ». Les femmes ne sont pas « également » dominées, de tous temps et sous les mêmes formes. Chaque femme fait l’expérience « simultanée » de plusieurs formes d’oppression ou de privilèges produits par l’imbrication, l’enchevêtrement des rapports sociaux et des inégalités multiformes. Ce qui implique « des stratégies de luttes qui ne soient pas hiérarchisées (prioritaires versus secondaires), mais imbriquées »…

Aurélie Leroy, détaille certaines conséquences de la forme instituée/institutionnelle de « l’internationalisation du genre » et de la marginalisation des positions politiques des féministes (l’autre versant, étant cependant, la diffusion des éléments de luttes de femmes à l’échelle internationale – Voir les luttes pour le droit à l’avortement ou contre les violences sexuelles…), les choix étatiques ou idéologiques, les liens entre un certain « féminisme » et le néo-libéralisme, les discours sur la responsabilisation des femmes prises comme individue « appelée à prendre en charge sa destinée économique », les registres culturalistes… et leur corollaire, la marginalisation des critiques féministes – mais pas seulement – les plus radicales. L’horizon bornée de la marchandise, de la concurrence, de l’individu·e – individualiste et/ou narcissique – agent·e économique égoïste hors de tous rapports sociaux et de leur imbrication – se traduit par une dépolitisation des choix et de la place des luttes comme constructions démocratiques.

L’autrice discute des injonctions à la « modernité », des « stéréotypes » ou clichés sexués et sexualisés, des identités sexuelles pensées comme des essences, des codes et des pouvoirs coloniaux ou de leurs formes actuelles, de la soi-disant supériorité civilisationnelle des uns, de la masculinité viriliste, des lignes imaginaires qui sépareraient les populations, des polices morales, des formes de suprémacistes, des fantasmes d’authenticité culturelle, de la réduction des femmes à des victimes, des « autres » misogynes, lubriques et barbares…

Ceux (et celles) qui se sont battu·es et se battent contre l’égalité réelle des femmes et des hommes, qui se sont opposé·es à toutes les revendications des femmes (et des homosexuel·les), se parent aujourd’hui d’un titre usurpé de « défenseur des femmes », d’une civilisation qui serait de celle de « l’égalité-déjà-là », d’une « démocratie sexuelle » exemplaire, de valeurs presque « pro-féministes » qui seraient au fondement d’un « nationalisme » émancipateur et modèle. « La prétendue sollicitude déployée par ce féminisme qui se fait le porte-voix de l’État néolibéral se révèle davantage comme un moyen de légitimer et reproduire des formes d’exploitation sexuées et racisées, qui renforcent dès lors un ordre social injuste et inégal ».

Et pourtant, les féminismes vivent, en opposition à ces lectures néolibérales de non-libération, en refus de « la division genrée et racialisée du travail », en réaction aux suprémacismes occidentaux ou locaux, aux injonctions de « modernité » ou de « tradition » imposées, aux violences exercées quotidiennement par les hommes. « Des femmes dalits et musulmanes en Inde, des paysannes indigènes au Mexique, des afroféministes et musulmanes en Europe se sont peu à peu structurées dans une logique d’appartenance à un groupe discriminé, en dehors des mouvements unitaires. Refusant l’alignement, l’assimilation et le principe de solidarité non réciproque, elles se sont réappropriées des espaces dont elles avaient été dépossédées, pour s’exprimer en leurs noms propres sur un registre non pas victimaire, mais politique, contribuant de cette façon à revigorer le mouvement. »

Nouveaux collectifs, nouvelles formes d’auto-organisation, nouveaux défis. Mais aussi fragmentation, « La fragmentation des luttes, entre Nord et Sud, entre unitaires et minoritaires et même entre groupes racisés, pose en retour la question de l’identification des raisons de la division et des conditions de son dépassement, pour rendre de nouvelles convergences possibles »

L’imbrication et les formes historiques et situées des rapports sociaux impliquent de ne négliger aucune des contradiction à l’oeuvre. Le refus de prendre en compte les réalités vécues par des millions de femmes racisées par une partie des « féministes blanches », ne doit pas masquer d’autres silences comme « la poussée du sentiment négrophobe dans les communautés arabes et à la non-reconnaissance des blessures – toujours vives – causées par treize siècles de traite négrière arabe », ou « L’invisibilisation des femmes noires musulmanes au sein du féminisme musulman »… Plus généralement, il ne faut pas confondre le « féminisme » institutionnalisé », son instrumentalisation par les Etats et la situation des femmes « blanches », très majoritairement salariées subordonnées dans les rapports sociaux de classe, toujours dominées dans les rapports sociaux de sexe.

Prendre en compte l’historicité des rapports de domination, l’hier et l’aujourd’hui, les inscriptions sensibles dans les corps et les mentalités est bien une des conditions pour ne pas « participer de la stratégie de division des « opprimés » ».

L’autrice souligne un autre défi, « ces groupes qui partagent des préoccupations spécifiques, des expériences de vie similaires, ne constituent pas pour autant des groupes homogènes et doivent dès lors veiller à ne pas reproduire en leur sein des rapports de pouvoir et des hiérarchisations dont ils sont victimes et ont voulu s’écarter. Exigences d’inclusion, de décentrement et de reconnaissance des inégalités de pouvoir et de privilège deviennent des étapes indispensables d’un féminisme soucieux d’incarner ses revendications ». Il convient donc de se réapproprier les concepts critiques, de penser politiquement les dominations et les émancipations, de favoriser les formes d’auto-organisation de chacune…

Sommaire :

Aurélie Leroy : Repolitiser le genre

Afrique, Asie, Amérique latine

  • Verónica Schild : Amérique latine : féminisme et néolibéralisme

  • Maya Mikdashi : Moyen-Orient : cadrages « genrés » des soulèvements et contre-soulèvements

  • Flavia Agnes : Inde : instrumentalisation politique de l’interdiction du « triple talaq »

  • Juliet et Grégory Kamwendo : Malawi : empowerment des femmes en trompe-l’œil

Analyses transversales

  • Kalpana Wilson : Genre et développement : pour une réappropriation radicale

  • Catherine Rottenberg, Sara Farris : Droitisation du féminisme occidental ?

  • Anna Nikoghosyan : Cooptation du féminisme : genre, militarisme et résolution 1325

  • Sakina Ghani : Voies d’émancipation des femmes musulmanes européennes

Quelques éléments choisis subjectivement.

Féminisme et néolibéralisme, les formes de capitalisme « historicisées et culturellement spécifiques ». Verónica Schild discute des analyses de Nancy Fraser. La multiplication et la division des mouvements féministes, le modelage des « nouveaux mouvements sociaux » par la « composition sociale et culturelle hétérogène de leurs différents pays d’origine », l’activisme catholique sous ses formes contradictoires, les luttes pour les droits fondamentaux et l’égalité sous les régimes répressifs, les réseaux d’éducation populaire, l’« autonomie personnelle, tant matérielle que psychologique », les hiérarchies sociales et la solidarité, les « femmes indigènes et noires », le Chili comme laboratoire des premières expériences néolibérales, la perte « de légitimité ou de plausibilité » des imaginaires anti-capitalistes, les insertions des femmes dans le marché du travail, les mécanismes anti-pauvreté et leurs impacts sur les femmes, les plans de micro-crédits et les programmes de transfert de fonds conditionnel, le discours libéral sur les droits individuels, les agendas institutionnels basés « sur le genre comme concept technique et moulé dans le langage libéral des droits humains », le traitement des femmes comme des individues isolées et la non-création « des espaces collectifs dans lesquels les femmes auraient pu exprimer leurs propres revendications », la présence croissante des industries extractives et agro-alimentaires dans l’Amérique du Sud… « Le destin des féminismes latino-américains du 21e siècle ne peut être conçu séparément de la dynamique plus large qui structure les inégalités sociales, économiques et raciales de la région ».

Les déploiements sélectifs des analyses de genre dans les soulèvements et contre-soulèvement au Moyen-orient, les violences (politiques, genrées, sexuelles) et leur séparations médiatiques. « Le but n’est pas tant de comprendre comment le genre a été analysé au sens large dans la couverture médiatique dominante dans la région, mais plutôt ce que le sexe et le genre font dans et sur notre analyse des soulèvements politiques, que ceux-ci soient (désormais) pensées comme révolutionnaires, contre-révolutionnaire ou en termes de guerre civile ». Maya Mikdashi aborde, entre autres, la diversité des mouvements féministes et LBBTQ, le féminisme institutionnel ou d’Etat, les dangers particuliers de l’islamisme et ceux des régimes dictatoriaux, « le régime d’Abdel Fattah al-Sissi s’est révélé être un ennemi des droits genrés et sexuels, en promouvant une idéologie nationaliste qui met en avant l’hétéro-normativité masculine patriarcale comme idéal-type de la citoyenneté », les paniques morales et les paniques sexuelles, l’autoritarisme sous couvert de sécurité, les instrumentalisations du genre et du féminisme, le besoin d’intifadas (réelles, conceptuelles et analytiques) et de soulèvements politiques… « On ne peut pas appréhender la politique ou la révolution sans s’intéresser au corps. Et de manière tout aussi importante, on ne peut pas non plus conceptualiser le corps sans réfléchir aux différences sexuelles, de genre, de race, de citoyenneté et de classe ».

Les imaginaires en Inde, les formes sous-continentales de l’islamophobie, la majorité veut imprimer ces codes aux minorités au mépris de pratique « suivant laquelle toute loi relative aux minorités doit être discutée sur un mode consensuel avec les représentants des communautés, des juristes spécialisés et d’autres parties prenantes, préalablement à son adoption » (« Les droits personnels s’appliquent en Inde selon des critères religieux différenciés (il n’existe pas de code civil unique) et la liberté religieuse est protégée par la constitution »), le divorce masculin sous forme de « triple talaq »… Flavia Agnes analyse les pratiques et leur évolution en terme de divorce, de mariages dit mixtes, de droits associés au divorce.

J’ajoute que l’ancrage de pratiques discriminatoires – au nom de la religion ou non – pose les questions d’auto-organisation des groupes sociaux concernés et des possibles évolutions émancipatrices. Aucun groupe, ni aucun Etat, ne peut se prévaloir de l’« égalité déjà-là ». Il s’agit pour moi, de questions ouvertes, sans solutions satisfaisantes immédiates. Les droits socio-culturels d’un groupe « nationalitaire » ne peuvent se résumer au simple « droit commun » mais doivent intégrer des droits permettant à cette communauté de se maintenir comme elle le souhaite, de décliner sous des formes situées et auto-organisées les droits universels de chacun·e de ses membres. Ne pas l’accepter c’est forcer à l’assimilation. Cela passe donc par des droits à gérer de façon « coutumière » un certain nombre de conflits. Cela peut entrainer des contradictions entre droit des êtres humain et droit« coutumier ». Les droits des êtres humains ne sauraient être relativisés au nom d’une « culture », d’une « histoire ». Il y a donc primauté des droits tels qu’ils sont reconnus par l’ONU. Cela ne souffre pas d’exception, en particulier sur le viol, l’âge de consentement, les violences sexuelles, etc…

Processus de « développement » et structures de pouvoir « genrées ». Les discriminations envers les femmes, les inégalités de genre sont reliées aux inégalités de classe, de race et à l’organisation impérialiste du monde. Kalpana Wilson porte ses critiques sur la marginalisation des violences structurelles, les idées néo-libérales de « responsabilité individuelle et de développement personnel », la subordination aux disciplines de marché, à la notion de « pauvre méritant » et à la micro-finance, « la micro-finance synthétisait le focus libéral sur l’individu et sa capacité à gravir les échelons des hiérarchies plutôt que de la défier ou de les démanteler collectivement », les régimes de propriété, la pérennisation des inégalités, les causes structurelles de la pauvreté, l’oubli ou la dénégation des rapports de genre au sein du foyer et des violences exercées par les hommes sur les femmes au delà de la porte du domicile ou de la chambre à coucher, le contrôle et la régulation de la sexualité « au service de l’accumulation du capital mondial », les discours sur la démographie, le droit à l’avortement (qui n’est pas comme l’indique, de manière très réductrice l’autrice, une revendication de la classe moyenne1, mais bien de millions de femmes – salarié·es ou non – à travers le monde. Négliger les luttes massives menées contre les pouvoirs étatiques et/ou religieux sur ce sujet – et les dynamiques que cela entrainent   est une erreur) en oubliant les autres préoccupations féministes sur les droits sexuels et reproductifs (stérilisation forcée, méthodes contraceptives dangereuses, violence du contrôle des naissances)… « Le contrôle des naissances racialisé s’insère parfaitement dans le paradigme développement-sécurité du 21e siècle, dans lesquels les interventions de développement dans le Sud, formalisées dans les discours des « droits » et des « choix », sont simultanément conçues comme nécessaires pour la « sécurité » des populations du Nord ». Je souligne les analyses sur les violences, « Ne nous enseignez pas comment nous habiller, enseignez aux hommes à ne pas violer », l’imbrication de la « régulation patriarcale » des femmes aux autres rapports sociaux, la protection des violeurs « parmi les puissants ». Contre les politiques néo-libérales de « développement », il est nécessaire de se réapproprier de manière radicale le « genre »…

Il faudrait en finir avec ce singulier qui gomme les différences inscrites dans tous les rapports sociaux historiques, comme ici dans les politiques féministes et les revendications de femmes. Il n’y a pas un « féminisme occidental ». Mais bien des femmes – féministes ou non – et des orientations qui vont d’un « suprématisme occidental » à des formes d’auto-organisation émancipatrices. Qui peut sérieusement assimiler, quelque soit leur rhétorique, Theresa May ou de Marine Le Pen (qui combat la notion même de genre) au féminisme ? Qui peux croire que des féministes ont eu quelque part le pouvoir de décider des grandes orientations socio-économiques ? Cela ne dispense cependant pas d’analyser les contradictions internes aux mouvements féministes ou les politiques préconisées, en particulier dans leur réduction en féminisme institutionnel. Au delà de formulations critiquables, Catherine Rottenberg et Sara Farris analysent la notion d’« équilibre travail-famille comme objectif féministe progressiste » (sous-estimant la critique radicale de la famille par les féministes matérialistes), ce que signifie l’égalité des droits ou la justice sociale, les discours islamophobes de certaines, le déni de la persistance du sexisme – dans toutes ses dimensions – ici. Les critiques portées contre un certain nombre de femmes sont justes, celles-ci ne portent pas ou combattent les objectifs émancipateurs, quant bien même elles parlent de « féminisme ». Sur les femmes de droite, je rappelle une nouvelle fois, les analyses, certes un peu anciennes, mais autrement plus percutantes d’Andrea DworkinLes femmes de droite, ce-qui-parait-le-plus-noir-cest-ce-qui-est-eclaire-par-lespoir-le-plus-vif-texte-integral/. Oui, il y a des femmes de droite qui considèrent que « le sujet non occidental comme intrinsèquement inférieur », qui défendent les idées néolibérales, etc…

Mais comme le soulignent les autrices, il faut « se confronter à la pluralité inhérente du féminisme et à son inévitable imbrication avec d’autres paradigmes politiques ». Cela passe, entre autres, par la prise en compte de l’imbrication des rapports sociaux (intersectionnalité) et de la division sexuelle et raciale du travail. Cela nécessite aussi une critique sans concession de toutes les attitudes « occidento-centrique », de la soi-disant rationalité politique du néo-libéralisme et de l’ensemble de ses effets, des rapports impérialistes, de ce « féminisme néolibéral » qui « forge un sujet féministe non seulement individualisé, mais également entrepreneurial dans le sens où il est orienté vers l’optimisation de ses ressources par des calculs, des initiatives personnelles et des innovations incessantes », des constructions sociales systémiques qui font que « les femmes pauvres et immigrées se retrouvent dans des professions non reconnues des services de soin » par exemple…

Anna Nikoghosyan propose de « sortir de la dichotomie traditionnelle entre guerre et paix, en suggérant plutôt de se concentrer sur la militarisation comme processus plus large et complexe de « fabrication » de la guerre ». Elle souligne un « entrelacs de processus faisant de la guerre un phénomène légitime et sans fin ». Mais plutôt que mettre l’accent sur la performativité des discours, c’est du coté d’Andrée Michel et de ses analyse du complexe militaro-industriel (Sans oublier les travaux plus récents de Jules Falquet, par exemple son article : Mondialisation néolibérale : l’ombre portée des systèmes militaro-industriels sur les « femmes globales »mondialisation-neoliberale-lombre-portee-des-systemes-militaro-industriels-sur-les-femmes-globales/) que je préfère me tourner. (Cet exemple me confirme de la nécessité en Europe de travailler les analyses féministes d’autres régions du monde. Mais aussi de faire connaître les analystes des féministes matérialistes françaises). Quoiqu’il en soit, l’autrice analyse comment se construit « une guerre plus sûre pour les femmes », l’idée naturalisée même de conflit armé, la place des « masculinités militarisés », la construction des femmes « comme catégorie de personnes vulnérables et sans défense », les relations armée-nation, la transformation des agendas des femmes « en un instrument permettant d’accomplir des objectifs politiques définis par et pour les hommes »…

« La dignité c’est d’avoir un rêve, un rêve fort qui vous donne une vision du monde, un monde où vous avez une place, où votre participation, si minime soit-elle, va changer quelque chose » Fatima Mersini, citée dans l’article de Sakina Ghani. Celle-ci expose quelques voies d’émancipation de femmes musulmanes européennes. L’autrice débat de l’accès à l’éducation, au travail salarié et à la pratique religieuse, de l’égalité des droit entre toustes les citoyen·nes, des lois discriminatoires et anti-discriminatoires, des communautés essentialisées – comme sans histoire et sans contradiction – de travail de réhabilitation des vécus et des luttes, d’imbrication des rapports sociaux, « Ainsi le vécu d’une femme musulmane homosexuelle et noire sera différent d’une femmes musulmane hétérosexuelle grosse et porteuse d’un handicap, par exemple », des courants féministes et de leurs grilles de lecture (dont les travaux d’interprétation des textes scripturaires islamiques, le tawhid) contrecarrant « les discours intracommunautaires (communauté de foi) les plus inégalitaires » et construisant des points de convergence dans les luttes plus généralistes, des racines autonomes de différents féminismes « géographiques », des liaisons avec les luttes de libération nationale. Comme le souligne l’autrice, « les oppressions ne connaissant pas de frontières, mais leur forme est différente selon les contextes ». Chaque situation peut engendrer des choix et des priorités, des agendas différenciés. L’autrice parle aussi de spiritualité apaisée, d’espaces bienveillants, « La non-mixité choisie est également un outil et une condition nécessaire à l’efficacité de ces espaces. Il peut s’agir d’espaces profanes (associations) ou religieux (mosquées de femmes) au sein desquels elles peuvent être entendues sans résistance, produire un discours et le diffuser »…


En complément possible :

Islam & Laïcité : Existe-t-il un féminisme musulman ?,ce-qui-lient-les-habitant·es-du-monde-entier-en-leur-humanite-commune/

Sous la direction de Sonia Dayan-Herzbrun : Mobilisations collectives, religions et émancipationla-fievre-utopique-de-la-remise-en-cause-radicale-du-reel/

Sous la direction de Zahra Aliet Sonia Dayan-Herzbrun :Pluriversalisme décolonialpromouvoir-les-diverses-formes-detre-au-monde-pour-legalite-et-la-liberte/

Zahra Ali : Féminismes islamiquesle-feminisme-comme-notion-radicale-faisant-dabord-des-femmes-des-etres-humains/

Sonia Dayan-Herzbrun : SALAM : Les féminismes pluriels, un antidote à l’islamophobie et au racismesalam-les-feminismes-pluriels-un-antidote-a-lislamophobie-et-au-racisme/

Sans oublier les œuvres de :

Nawal El Saadawi : 

Fatima Mernissi : 

Alternatives Sud : De l’usage du genre

CentreTricontinental et Editions Syllepse

https://www.syllepse.net/de-l-usage-du-genre-_r_24_i_742.html

Louvain-la-Neuve (Belgique) et Paris, 2018, 160 pages, 13 euros

Didier Epsztajn


Sur les autres numéros d’Alternatives Sud : revue/alternative-sud-revue/


1 Et même si c’était le cas, ne faudrait-il pas soutenir ce combat pour la maîtrise, même partielle, de son corps ?

Contrairement aux positions d’une grande partie du mouvement ouvrier ouest-européen, qui y voyait une revendication de bourgeoises, n’aurait-il pas fallu soutenir le combat des suffragistes et des suffragettes pour le droit de vote ?

Y aurait-il donc des combats émancipateurs prioritaires nécessaires et d’autres secondaires et aléatoires ? Sur la base de quels critères devraient-on soutenir les mobilisations concrètes des un·es et non des autres ? Les droits seraient-ils divisibles ? Faudrait-il attendre le tout pour obtenir des parties ? Tout cela ressemble furieusement au combat principal ouvriériste d’hier pour refuser l’actualité des droits des femmes…

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