Salut aux paysan·nes de l’Inde ! Une immense victoire pour les mouvements sociaux ! (plus autres textes)

  • Salut aux paysan·nes de l’Inde ! Une immense victoire pour les mouvements sociaux ! (plus autres textes)
  • Ajoy Ashirwad Mahaprashasta : Comment le mouvement des agriculteurs a mis le gouvernement Modi à genoux
  • La victoire des agriculteurs. Les manœuvres électorales et les alliances de Modi. Des défis pour la gauche
  • Indra Shekhar Singh : Les agriculteurs rassemblés à la frontière de Ghazipur célèbrent l’année de mobilisation. Ils jurent de poursuivre le combat
  • Sushovan Dhar : Les agriculteurs indiens signent une victoire
  • Grand succès du mouvement non-violent des agriculteurs indiens

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C’est une immense victoire pour les agriculteur·ices indien·nes, qui menaient une mobilisation historique depuis près d’un an. Le gouvernement indien a annoncé, le 19 novembre, l’abrogation de trois lois agricoles controversées qui menaçaient de privatiser le secteur agricole du pays. Cette victoire constitue d’un récit édifiant sur ce que le pouvoir des populations peut accomplir, même dans les conditions les plus défavorables.

La manifestation des agriculteur·rices indien·nes, l’une des plus grandes mobilisations de l’histoire récente, a un an le 26 novembre 2021. Au cours de cette manifestation historique, les agriculteur·ices et les travailleur·euses ont dû affronter un hiver rigoureux, des pluies torrentielles, une répression brutale et une vague de campagnes visant à criminaliser, emprisonner, diffamer et délégitimer les manifestant.e.s et leurs allié·es.

Selon Samkyutka Kisan Morcha, la principale coalition de cette manifestation, au moins 650 paysan·nes ont été tué.e.s l’année dernière au cours des manifestations. Parmi eux, cinq paysan·nes qui ont été cruellement écrasé·es par une voiture en octobre 2021, qui aurait été conduite par le fils d’un ministre.

Malgré la répression et les mesures oppressives, les millions d’agriculteur·ices qui assiègent les abords de New Delhi depuis une année ne sont pas pressés de mettre fin à leur manifestation. S’ils et elles saluent l’annonce du retrait des trois lois comme un pas dans la bonne direction, leur autre demande cruciale, à savoir la garantie légale d’un prix de soutien minimum (MSP) pour leurs produits, n’est toujours pas satisfaite. Le gouvernement prévoit de constituer un comité qui rendrait le système d’approvisionnement plus transparent, mais les agriculteurs agitateurs insistent sur le fait qu’une garantie légale est une nécessité absolue. Ils demandent également que le gouvernement retire toutes les affaires pénales engagées contre les manifestant·es au cours de l’année.

Les paysan·nes indien·nes ont inspiré le monde entier par leur résilience. Ils et elles nous ont montré ce qu’une lutte unie de la classe ouvrière et de la paysannerie peut accomplir, même face à toutes les adversités. Au cours de l’année écoulée, cette manifestation a noué des alliances avec des syndicats de travailleur·euses et d’autres mouvements sociaux et a émis des messages inspirants de solidarité, d’harmonie communautaire et d’unité entre les sociétés rurales.

Nous, membres de la société civile internationale, offrons notre soutien total et notre solidarité aux paysan.ne.s de l’Inde. Nous applaudissons votre résilience. Vous êtes une source d’inspiration pour les mouvements sociaux partout dans le monde. Nous vous soutenons dans vos demandes de résistance à la mainmise des entreprises sur l’agriculture, qui menace la souveraineté alimentaire de l’Inde. Vos manifestations trouvent un écho dans toutes les communautés paysannes et indigènes du monde entier. Nous suivons votre leadership, et restons unis et attentifs à l’évolution de la situation au quotidien.

La menace de privatisation et de corporatisation de l’agriculture ne touche pas que l’Inde. Cependant, ce qui est en jeu en Inde, ce sont les vies et les moyens de subsistance de près de 600 millions de personnes liées au secteur agricole et aux secteurs connexes.

L’histoire nous a montré les dangers de l’expansion de l’agrobusiness. L’Europe, les États-Unis, le Japon, la Corée du Sud, le Canada, l’Australie et plusieurs pays riches sont la preuve vivante que l’expansion de l’agrobusiness marginalise les petit·es producteur·rices de denrées alimentaires et déplace la production agricole vers les grandes exploitations industrielles. Il s’agit d’un modèle qui chasse des millions de personnes de leurs terres, entraîne une concentration des terres à grande échelle et livre un bien naturel précieux aux mains de quelques-uns. C’est un modèle qui prive les petit.e.s agriculteur·rices de leur autonomie et de leur contrôle sur leurs semences, de leurs intrants et de leurs machines agricoles. Il s’agit d’un modèle qui favorise la monoculture à grande échelle, avec des conséquences tragiques pour la planète, la santé des sols, la biodiversité et les alternatives nutritionnelles pour nos communautés.

Pour une société à prédominance rurale comme l’Inde, passer par ce processus de privatisation, surtout lorsque la grande majorité de sa paysannerie est constituée de métayer·ères et de petit·es chef·fes d’exploitation, c’est amener la misère aux portes de millions de foyers. Et lorsque les paysan·nes des zones rurales perdent l’autonomie de leur production, cela met en danger leur souveraineté alimentaire.

L’Inde est signataire de la Déclaration des Nations Unies sur les Droits des paysan.ne.s et des autres personnes travaillant dans les zones rurales (UNDROP acronyme en anglais), qui souligne les obligations des États en tant que garants d’un revenu adéquat et de prix équitables pour leurs producteur·rices de denrées alimentaires (article 16). Malgré cet engagement envers la déclaration des Nations Unies, et agissant contrairement à l’esprit de la Déclaration, le gouvernement indien a introduit trois lois controversées en pleine année de pandémie, sans aucune consultation aux agriculteur·rices. Nous insistons sur le fait que toute tentative de réforme de l’agriculture indienne doit être menée en consultant dûment les petits producteur·ices alimentaires dans le cadre d’un processus transparent et démocratique.

Au cours des deux dernières décennies, les agriculteur·ices indien·nes se sont mobilisé·es à plusieurs reprises pour réclamer une garantie légale pour un prix de soutien minimum et un mécanisme solide pour assurer l’efficacité des marchés publics de leurs produits. À l’heure actuelle, les protestataires craignent qu’en l’absence d’une telle garantie légale, les entreprises privées puissent encore entrer par la porte de derrière. C’est pourquoi ils et elles insistent sur une législation qui garantisse un prix de soutien minimum aux agriculteur·ices dans chaque État de l’Inde.

En tant que signataire de la déclaration des Nations Unies sur les droits des paysan·nes, l’Inde doit écouter son peuple et instaurer un processus de consultation avec les syndicats avant d’introduire toute réforme. Elle doit établir des garanties légales qui assurent un prix de soutien minimum pour les paysan.ne.s. Elle doit reconnaître et indemniser les familles de celles et ceux qui ont perdu la vie dans cette lutte. Elle doit immédiatement traduire en justice ceux qui ont écrasé les agriculteur·rices qui manifestaient à Lakhimpur Kheri. Elle doit cesser toute action qui criminalise les dirigeant·es ou les membres des syndicats mobilisés et reprendre immédiatement les pourparlers et les négociations.

Appel à des actions de solidarité internationale :

Le 26 novembre, nous, membres de la société civile internationale, organiserons des activités pacifiques de solidarité, de façon virtuelle et présentielle, pour exprimer notre soutien aux paysan.ne.s indien.ne.s.

Hashtag #SalutetoIndiasFarmers (Salut aux paysan·nes indien·nes)

Envoyez des photos, des déclarations ou des vidéos à samyuktakisanmorcha@gmail.com

Mondialisons la lutte, mondialisons l’espoir !

Nous rendons hommage à la paysannerie indienne, qui est notre source d’inspiration !

Déclaration signée par :

LVC – La Via Campesina

WAMIP – Alliance Mondiale des Peuples Autochtones Mobiles

CITI – Conseil International des Traités Indiens

URGENCI – Réseau International pour l’Agriculture soutenue par la communauté

MMF – Marche Mondiale des Femmes

HIC – Coalition Internationale de l’Habitat

FIAN International

FOEI – Les Amis de la Terre International

FIMARC – Federation International des Mouvements d’Adultes Ruraux catholiques

26 novembre 2021

https://viacampesina.org/fr/salut-aux-paysan·nes-de-linde-une-immense-victoire-pour-les-mouvements-sociaux/

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Comment le mouvement des agriculteurs a mis
le gouvernement Modi à genoux

New Delhi : Dans ce qui sera salué comme une grande victoire pour le mouvement des agriculteurs qui dure depuis un an, le Premier ministre Narendra Modi a annoncé vendredi matin 19 novembre la décision de son gouvernement d’abroger les trois lois agricoles controversées. Jusqu’à présent, le gouvernement de l’Union s’était montré implacable, et nul autre que Modi lui-même avait qualifié avec mépris les agriculteurs protestataires d’« andolan jeevi » (ceux qui vivent des agitations) devant le Parlement. L’appareil du BJP (Bharatiya Janata Party, Parti indien du peuple) a tenté de faire passer l’agitation des agriculteurs pour une action menée par des séparatistes khalistanais [indépendantistes sikhs de l’Etat du Pendjab] et financée par des groupes terroristes.

Cependant, les agriculteurs sont restés inébranlables dans leur engagement visant à l’abrogation complète des lois agricoles, qu’ils considèrent comme « pro-business»  [aussi bien les grands distributeurs que ceux qui contrôlent l’agroalimentation] et « anti-agriculteurs ». Contrairement aux affirmations du gouvernement de l’Union selon lesquelles les agriculteurs ont été consultés avant l’adoption des lois, les groupes d’agriculteurs mobilisés ont rappelé que les lois ont d’abord été introduites par voie d’ordonnances en juin 2020, ce qui s’apparente à ce qu’ils considèrent comme une imposition déguisée des nouvelles lois.

A chaque étape de la mobilisation, le gouvernement dirigé par le BJP a tenté d’écraser le mouvement des agriculteurs, l’épisode le plus effroyable étant la façon dont les agriculteurs ont été fauchés [le 3 octobre dans la ville de Tikunai] dans le district du Lakhimpur Kheri, dans l’Etat Uttar Pradesh, par un convoi de voitures auquel aurait participé le fils du ministre de l’Intérieur Ajay Mishra.

Plus de 600 agriculteurs protestataires sont morts pendant les mobilisations. Plusieurs d’entre eux ont été arrêtés en vertu de lois d’une grande dureté. Le gouvernement a utilisé sa machine policière pour tenter d’interrompre le mouvement. Les « postes frontières » de Singhu et Tikri de la capitale Delhi, où les agriculteurs avaient organisé des manifestations, ont été pratiquement transformées en prisons ouvertes. Après la marche des agriculteurs le Jour de la République, au début de l’année [26 janvier], la police s’est attaquée à certains des dirigeants des agriculteurs. Pourtant, ces derniers ont maintenu leur résolution de poursuivre leurs protestations. Leur détermination était telle que la répression contre le leader de la Bharatiya Kisan Union, Rakesh Tikait, après la marche du Jour de la République au « poste frontière » de Ghazipur, à Delhi, a donné un nouveau souffle aux manifestations, qui se sont étendues à l’Uttar Pradesh, une région importante où des élections se dérouleront [en février-mars 2022].

La décision du Premier ministre d’abroger les lois indique que les mobilisations des agriculteurs ont mis le gouvernement de l’Union à genoux. Au cours des sept dernières années, le gouvernement Modi a acquis la réputation d’être insensible face aux agitations populaires. Même la prise en compte des revendications des groupes mobilisés était considérée avec mépris, ou comme un signe de faiblesse pour un gouvernement obsédé par l’idée de se montrer fort et ferme. Une telle approche a souvent conduit le gouvernement Modi à adopter des positions très autoritaires.

En outre, le mouvement des agriculteurs a évolué de manière dynamique depuis ses débuts. D’une protestation qui avait pris naissance initialement au Pendjab, le mouvement a acquis une dimension nationale, ce qui impliquait que les organisations d’agriculteurs mettent de côté leurs différences et collaborent pour s’attaquer à ce puissant gouvernement. Lentement et progressivement, différents dirigeants paysans de divers Etats se sont réunis et ont monté un front uni, estompant au passage les multiples contradictions entre castes et communautés. Chaque fois que le mouvement a dû subir un revers, il en est ressorti plus fort. Le slogan « Kisan Mazdoor Ekta, Zindabaad » [Longue vie à l’unité entre les fermiers et les journaliers agricoles] qui flottait dans l’air sur tous les sites de mobilisation a également été adopté par de nombreux agriculteurs qui n’ont pas eu la chance de participer activement aux protestations.

Au cours des derniers mois, l’agitation des agriculteurs s’est transformée en un mouvement politique contre les tentatives de polarisation [nationaliste et régionaliste] du BJP. Elle a contribué à apaiser les tensions entre Jats [ici il s’agit de populations d’agriculteurs résidant en particulier dans le Pendjab et le Rajasthan] et musulmans – les deux communautés déchirées à la suite des émeutes de 2013 [août-septembre] à Muzaffarnagar – dans l’ouest de l’Uttar Pradesh. Le mouvement est devenu une instance permettant de rassembler de nombreuses communautés. Dans une étape antérieure, les leaders paysans ont mené une vaste campagne au Bengale occidental en tant que force anti-BJP, et ont contribué de manière cruciale à la défaite humiliante du tout jeune parti safran [hindouiste] dans cet Etat. Dans plusieurs lieux, les gens n’ont même pas laissé les dirigeants du BJP faire campagne dans leurs villages. Le mouvement a également provoqué l’exode de dirigeants du BJP de rang inférieur, dans plusieurs Etats, vers d’autres partis.

A tous égards, le mouvement a donné l’exemple et montré la voie à suivre pour contrecarrer les tentatives des partis politiques de polariser la société sur des bases communautaires. Au lendemain des émeutes de Muzaffarnagar, le BJP a été le seul bénéficiaire de l’hostilité entre Jats et musulmans. Dans l’Haryana [Etat enclavé du nord], le parti au safran a opposé les Jats dominants aux autres communautés plus petites, suivant une méthode cynique de polarisation pour obtenir des victoires électorales dans la plupart des Etats.

Après avoir méprisé de toutes les façons le mouvement des agriculteurs, l’annonce faite par Modi le 19 novembre d’abroger les trois lois agricoles a semblé tout aussi cynique. Bien qu’il ait tenté d’écraser le mouvement, le Premier ministre a dit faire « tout son possible » pour aider les agriculteurs. Il a parlé de l’engagement de son gouvernement en faveur du bien-être des agriculteurs, mais tout en retirant les lois agricoles, il a également tenu à parler de son incapacité à « expliquer la vérité » [sur les trois lois] aux agriculteurs.

Sa décision a été prise quelques mois seulement avant les élections législatives cruciales dans l’Etat le plus peuplé de l’Inde, l’Uttar Pradesh, où le BJP vise un nouveau mandat au pouvoir, et au Pendjab, où il a perdu son allié le plus fiable – le parti Shiromani Akali Dal (SAD-« parti suprême akali »), dont est membre le ministre en chef du Pendjab, Parkash Singh Badal – au cours du mouvement des agriculteurs. Compte tenu des sombres perspectives dans les deux Etats, la décision de Modi d’abroger les lois agricoles semble avoir été prise uniquement pour des raisons électorales.

L’opposition dans les deux Etats a consolidé sa position, surfant sur une vague de colère contre le BJP parmi les collectivités agricoles. De multiples enquêtes ont montré que le BJP pourrait subir de lourdes pertes électorales dans l’ouest de l’Uttar Pradesh, son plus fort bastion dans l’Etat. De même, au Pendjab, la décision de Modi ouvre la possibilité d’une nouvelle alliance BJP-SAD (Badal), ou d’un partenariat avec l’ancien ministre en chef du Pendjab [de 2017 à 2021, il a été membre de divers partis, dont le Parti du Congrès], Amarinder Singh, qui avait déclaré qu’il était ouvert à une alliance préélectorale avec le BJP si l’Union résolvait les problèmes des agriculteurs.

La décision de Modi donne au BJP une certaine marge de manœuvre pour les prochaines élections. Elle a pour but de prévenir toute perte supplémentaire pour le BJP. Modi a peut-être présenté sa décision comme un cadeau aux agriculteurs mobilisés à l’occasion du Guru Nanak Jayanti [fête célébrant la naissance du premier gourou sikh et fondateur du sikhisme], mais il est difficile de ne pas voir que la mobilisation des agriculteurs l’a poussé dans une situation où il n’aurait pu prendre aucune autre décision.

La victoire du mouvement des agriculteurs marque également la première véritable défaite du gouvernement Modi au cours des sept dernières années [Modi occupe le poste de premier ministre depuis le 26 mai 2014]. En ce sens, c’est un moment capital dans l’histoire politique de l’Inde.

Ajoy Ashirwad Mahaprashasta

Article publié sur le site The Wire, le 19 novembre 2021 ; traduction rédaction A l’Encontre

http://alencontre.org/asie/inde/inde-comment-le-mouvement-des-agriculteurs-a-mis-le-gouvernement-modi-a-genoux.html

India : el gobierno Modi de rodillas

https://vientosur.info/india-el-gobierno-modi-de-rodillas/

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La victoire des agriculteurs.
Les manœuvres électorales et les alliances de Modi.
Des défis pour la gauche

Après plus de 15 mois de mobilisations des agriculteurs, le Premier ministre indien, Narendra Modi, a finalement dû accepter sa défaite et a annoncé l’abrogation des trois lois agricoles. Il s’agit en effet d’une victoire historique.

Le régime Modi avait réussi à démanteler le mouvement anti-NRC/CAA [National Register of Citizens/Citenzenship Amendment Act, loi adoptée par le parlement en décembre 2019; elle utilise, pour la première fois, un critère religieux pour déterminer la citoyenneté indienne et discrimine ainsi les musulmans], en mettant en scène les émeutes de Delhi [qui ont fait des dizaines de morts parmi les familles musulmanes en février 2020] et en jetant en prison les militants anti-Hindutva [Hindutva : « culture de la race hindoue » : idéologie d’extrême-droite en faveur d’une homogénéisation de ladite majorité].

La mobilisation des agriculteurs représentait un deuxième défi formidable pour le régime de Narendra Modi. Les membres de Radical Socialist saluent la volonté indomptable et la persévérance de si nombreux agriculteurs, de leurs familles et de leurs partisans qui ont forcé ce régime autoritaire à s’incliner. La leçon positive à tirer est la suivante : seul un mouvement profondément enraciné dans le peuple et de caractère anti-néolibéral peut massivement défier ce gouvernement d’extrême droite Hindutva.

Le moment particulier choisi pour cette annonce [le 19 novembre] faite par Modi est significatif à deux égards. Premièrement, c’est le jour du Gurpurab, fête renvoyant à la naissance du premier Guru des Sikhs – Guru Nanak Dev Ji. Cette tactique est révélatrice d’une perception importante du régime de Modi : il ne veut pas mécontenter la minorité sikhe et souhaite l’inclure dans son acception construite de ce qui constitue la « communauté Hindoue-indigène élargie ». La mobilisation des agriculteurs a allumé une lueur d’espoir chez les musulmans, et cela dans l’actuel environnement communautarisé. Elle les a rassurés en suscitant une prise de conscience qu’ils ne sont pas seuls dans la lutte contre l’extrême droite hindoue. L’opposition des agriculteurs a mis une sorte de frein à la hargne de l’Hindutva.

Deuxièmement, il y a les élections à venir, en particulier celles de l’Uttar Pradesh et du Pendjab. La large assemblée paysanne [Mahapanchayat] de Muzaffarpur [ville de l’Etat du Bihar] et une opinion publique opposée au gouvernement de l’Uttar Pradesh – après l’incident de Lakhimpur Kheri [le 3 octobre, un gros véhicule SUV a heurté des agriculteurs qui manifestaient et en a tué quatre] – sont des indicateurs du mécontentement croissant à l’égard du gouvernement du BJP (Bharatiya Janata Party–Parti indien du peuple).

La Bharatiya Kisan Union [le syndicat des agriculteurs : BKU], dirigé par Rakesh Tikait [qui en est le porte-parole, membre d’une famille de dirigeants quasi héréditaires], a un passé trouble dans l’Etat d’Uttar Pradesh. En effet, en 2013, après la mort de trois hommes hindous, un pogrom s’est déroulé suite à une Mahapanchayat [assemblée paysanne] organisée par la BKU conjointement avec le BJP. Les frères Tikait font l’objet d’une plainte pour avoir attisé cette violence communautaire. Naresh Tikait [le frère aîné et président du BKU] a déclaré qu’ils avaient été trompés par le BJP. Le BKU va-t-il maintenant abjurer ses anciens alliés politiques ? On peut s’attendre à ce que le BJP fasse encore plus d’efforts pour polariser la situation sur le terrain, comme il l’a fait lors des manifestations contre le NRC/CAA.

L’Akali Dal [parti politique sikh] a salué la décision d’abrogation. Seul l’avenir nous dira s’il renouvellera son alliance avec le BJP. L’ancien premier ministre du Penjab, Amarinder Singh [dernier mandat du 16 mars 2017-19 septembre 2021] a déjà formé un nouveau parti [le Punjab Lock Congress-Punjab People’s Congress, créé le 2 novembre 2021]. Il a exprimé sa volonté de travailler avec le BJP lors des prochaines élections au Pendjab.

La gauche indienne

Le moment est venu pour la gauche de faire également une introspection. Si la gauche ML [Communist Party of India-Marxist-Leninist, maoïste] a raison de critiquer la préoccupation constante pour les élections de la gauche traditionnelle plutôt que de donner la priorité au soutien aux mouvements, il est important de souligner que le travail de masse n’implique pas d’ignorer la politique électorale. N’oublions pas que ce sont les élections qui ont porté la droite hindutva aux commandes et que ce sont des préoccupations électorales qui ont aussi poussé le BJP à abroger les trois lois.

La gauche indienne doit proposer une stratégie alternative de lutte aux masses populaires qui soit axée sur l’organisation patiente du monde du travail et sur les mouvements de masse, avec un œil sur la politique électorale, mais qui ne soit pas subordonnée à la logique du parlementarisme.

Le processus de privatisation et la régression de la paysannerie sont des phénomènes qui durent depuis des décennies. Les travailleurs s’efforcent de gagner leur vie grâce à un travail salarié combiné à un travail indépendant, y compris l’agriculture. L’alliance occasionnelle des maoïstes avec les fondamentalistes sikhs dans la lutte des agriculteurs est un produit de leur conception orthodoxe qui laisse présager de dangereuses conséquences à l’avenir. Le rôle de l’agitation et des protestations qui mènent à la construction d’un mouvement est fondamental. Les socialistes ont toujours souligné que l’organisation patiente des travailleurs et travailleuses ainsi que des paysans en dehors du parlement décide du sort de la société, même si nous faisons un usage tactique des mécanismes parlementaires lorsque cela est possible.

Le monstre est toujours vivant et souffle dans notre nuque. La paupérisation des travailleurs se poursuivra comme avant les trois lois agricoles. Les petits agriculteurs seront poussés à la marge et les agriculteurs marginaux seront carrément exclus alors que les agriculteurs dalits [« intouchables »] seront torturés. Le spectre du NRC/CAA plane toujours sur la minorité musulmane. Des militants de gauche et musulmans, des militants dalits et des intellectuels pourrissent toujours dans les prisons. Il y a encore beaucoup de choses à combattre, comme le retrait de la loi d’amendement sur l’électricité [passé en août 2021 et donnant un rôle plus important au secteur privé, centralisant le système de distribution et rendant impossible l’accès à l’électricité pour les secteurs sociaux les plus vulnérables]. A cela s’ajoute l’obtention d’une assurance d’une garantie légale pour le prix minimum de soutien (MSP-Minimum Support Price) pour toutes les cultures.

L’émergence du mouvement des agriculteurs a fait naître l’espoir d’un renouveau de la politique de gauche, mais jusqu’à présent, la gauche n’a pas réussi à sortir de ses cocons idéologiques obsolètes, même si son implication dans cette lutte l’a aidée à se développer, au moins, à coup sûr, au Pendjab.

Il est temps pour la gauche de réexaminer ses élaborations et de se reconstruire. Radical Socialist se joint à la multitude de paysans, de citoyens et citoyennes engagés pour célébrer ce qui a été un net recul du gouvernement autoritaire du BJP. La mort tragique de plus de 700 agriculteurs n’a pas été vaine. Nous espérons que cette victoire sera un tremplin pour permettre la construction d’une alliance entre les travailleurs, les agriculteurs et les groupes opprimés, une alliance qui permettra de s’opposer aux réformes du code du travail et aux attaques contre les libertés civiles et qui conduira à la transformation sociale nécessaire.

Salut aux martyrs ! Non à la privatisation !

Justice pour les victimes de Lakhimpur ! Punissez les coupables !

Retirez toutes les charges contre les agriculteurs !

Déclaration de Radical socialist (India)

http://alencontre.org/asie/inde/inde-debat-la-victoire-des-agriculteurs-les-manoeuvres-electorales-et-les-alliances-de-modi-des-defis-pour-la-gauche.html

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Les agriculteurs rassemblés à la frontière de Ghazipur célèbrent l’année de mobilisation. Ils jurent de poursuivre le combat

(Ghazipur village « frontière » du district de Delhi). Le smog du matin ne s’était pas encore dissipé. Le soleil était encore derrière une couverture nuageuse grisâtre. Cependant, les abords de Ghazipur [village] bourdonnaient déjà d’activité. La police était également très présente. Hommes et femmes, jeunes et vieux avaient déjà commencé à se préparer à célébrer leur succès et à fêter un an de mobilisation, le vendredi 26 novembre.

Bien que le gouvernement ait annoncé son intention d’abroger les trois lois agricoles controversées, les agriculteurs ont juré de poursuivre leur mobilisation jusqu’à ce que « toutes » leurs demandes soient satisfaites.

A première vue, les campements d’agriculteurs rayonnaient d’énergie, alors que des centaines de personnes portant des casquettes rouges et des gamchas [voile de coton] vertes étaient vues en train de s’écrier, entre autres slogans : « MSP est notre droit » [minimum support price – prix minimum de soutien pour les récoltes], « Modi assure-nous le MSP ». En l’espace d’une semaine, de nouveaux slogans avaient été élaborés. Cependant, les klaxons constants en arrière-plan ont un peu noyé les slogans. En une heure, plus de cent voitures et tracteurs sont passés sur la route adjacente.

Un certain nombre de nouveaux visages sont apparus sous les tentes. Des agriculteurs représentant des groupes alliés de la gauche, des factions qui se sont séparées du BKU (Bharatiya Kisan Union), comme le Jai Kisan Andolan [syndicat d’agriculteur], entre autres, sont apparus. Quelques affiches d’un leader des agriculteurs, Gurnam Singh Chadun [dirigeant dans l’Haryana and Punjab], ont également été placardées. D’un côté, on voyait des femmes faire des rôtis sur des chullahs [petits fours] tandis que des langars[cuisine collective] servaient de la nourriture fraîchement préparée à un rassemblement de personnes. Un peu à l’écart de ce rassemblement se trouvaient quelques jeunes hommes sikhs se baignant au soleil.

Lorsqu’on lui a demandé ce que signifiait cette agitation, Balkirat Singh, 25 ans, a répondu en souriant : « Ne savez-vous pas que les agriculteurs ont gagné. Les lois sont abrogées et maintenant une célébration est organisée ici. Nous nous préparons. »

Alors que ce journaliste [l’auteur de l’article] continuait à se promener devant les tentes, des images vivantes de la mobilisation des agriculteurs, qui ont bravé tous les obstacles pendant un an, lui revenaient en mémoire. Une heure plus tard, il est entré dans la tente de Rakesh Tikait [un des deux dirigeants principaux du BKU, avec son frère], mais l’a trouvée vide. Rakesh Tikait n’était pas là. Cependant, il y avait quelques journalistes chevronnés, des représentants du BKU. Ils avaient l’air remplis d’espoir, et plus encore d’un sentiment de satisfaction d’avoir remporté une victoire. « Ce n’est qu’une question de jours avant que nos revendications soient satisfaites », a déclaré Naresh Phehalwan, un membre du BKU âgé de 52 ans, originaire de Shamli, dans l’Uttar Pradesh. Il a ajouté, en plaisantant : « Si Modi nous écoute… après lundi, nos tracteurs pourront aussi transporter toutes les tentes. » Il faisait apparemment référence à la marche que les agriculteurs avaient prévu de faire au début de la session d’hiver du parlement [le 29 novembre]. Seul l’avenir nous dira si cette prédiction se réalisera ou non.

Il était déjà environ 13h30, un meeting, marquant la victoire, avait déjà commencé sur la scène principale. Alors qu’il se dirigeait vers la scène principale, ce reporter a repéré quelques agriculteurs d’Allahabad [ville de l’Uttar Pradesh, dont sont issus de nombreux premiers ministres]. Parmi eux se trouvait le secrétaire général de All-India Kisan Mazdoor Sabha (AIKMS), le Dr Ashish Mittal [front syndical paysan lié au Parti communiste]. Sa voix respirant la confiance, il a déclaré : « Aujourd’hui, nous sommes devenus une nouvelle force agro-politique et le monde nous regarde. Il y a des gens de toutes les idéologies ici, mais nous sommes tous unis sous une même bannière. Il s’agit d’un nouveau phénomène politique. » « Dans tous les rassemblements, environ 70% des tracteurs et des gens viennent par eux-mêmes, sans notre soutien. C’est une véritable révolution populaire », a-t-il ajouté.

Un peu plus loin se trouvait un groupe de 30 agriculteurs du Tamil Nadu [Etat de l’Inde du sud]. Parmi eux se trouvait Eesun Murugasamy, fondateur de la Tamilnadu Farmers Protection Association, qui avait participé à la campagne de Tikait [du BKU] au Tamil Nadu plus tôt cette année. Il avait voyagé de Tiruppur au Tamil Nadu jusqu’au village frontière de Ghazipur à Delhi. « Depuis le dernier rassemblement, le soutien s’est vraiment accru dans le Tamil Nadu. Aujourd’hui, toutes les villes et tous les villages célèbrent cet anniversaire et rendent hommage aux 750 martyrs » [morts durant la mobilisation], a déclaré Eesun Murugasamy.

Tout à coup, il y a eu de l’agitation alors qu’une chanson pendjabi et une annonce ont retenti dans les haut-parleurs. « Nous accueillons Rakesh Tikait pour prendre la parole », a déclaré le présentateur. Lorsque Rakesh Tikait [du BKU] a pris le micro pour s’exprimer, tout le rassemblement, qui comptait environ 3000 personnes, est devenu silencieux. Les équipes des médias se sont assises et ont braqué leurs caméras sur l’orateur. « Aujourd’hui, il y a un sévère contrôle de la caméra et du stylo. Les médias (dominants) ne posent qu’une seule question: quand est-ce que les agriculteurs partent ? Les gens doivent être vigilants et répondre », a commencé Tikait. « Les trois lois noires et le coronavirus forment une seule et même maladie. Elles se sont regroupées comme une maladie et les agriculteurs et notre pays se sont battus vaillamment et les ont vaincues. Mais les trois lois étaient une maladie très mortelle. A cause d’elle nos agriculteurs ont été renvoyés un an et demi en arrière », a déclaré Tikait. La foule a accueilli ses observations avec des applaudissements.

Invoquant une santé fragile et un train à prendre, Rakesh Tikait a bouclé son discours en sept minutes. Néanmoins, il a couvert toute une série de questions allant du MSP, du rapport entre le secteur bancaire et les agriculteurs, des engrais, de l’ordonnance du National Green Tribunal portant sur les équipements agricoles et la pollution de l’air [décret de 2014 interdisant les véhicules diesel, y compris les tracteurs, de plus de 10 ans] dans son style laconique caractéristique de l’Uttar Pradesh occidental. La foule était ravie. Le micro est passé à Medha Patkar [dirigeante du National Alliance of Poeple’s Movement, ayant conduit des mobilisations face à la construction de grands barrages aux effets désastreux], puis finalement à Yogendra Yadav [qui dirige le Jai Kisan Andolan, qui met l’accent sur les petits paysans et développe une orientation politico-syndicale].

Tout en gardant l’esprit de célébration et en se remémorant l’année de mobilisations, Yadav a déclaré : « C’est le moment de célébrer la victoire. Rappelez-vous, nos agriculteurs ont atteint Delhi le jour de la Constitution pour demander leurs droits. Mais le parti au pouvoir [le BJP] a préféré montrer sa politique de division : Jat contre non-Jat dans l’Haryana, hindous contre musulmans dans l’Uttar Pradesh. Cependant, nous sommes restés unis comme un seul homme, comme agriculteurs. » Les commentaires de Yogendra Yadav ont également suscité des applaudissements nourris de l’assemblée.

Lorsque ce fut au tour du leader des agriculteurs, Bhanu Pratap Singh, de prendre la parole, il a dit à l’assemblée de ne pas se reposer sur ses lauriers, après l’abrogation des trois lois agricoles. « Ne vous laissez pas berner par l’abrogation. Le cartel international qui roule dans le dos de Modi reviendra. Nous devons sortir les cartels d’entreprises de l’agriculture. ». B.P. Singh a fait écho aux sentiments de nombreux syndicats d’agriculteurs.  «Malgré l’abrogation, le détournement de l’agriculture indienne par les entreprises n’a pas cessé. Des traités comme l’OMC (Organisation mondiale du commerce) cherchent à détruire notre PDS [Public distribution system : système qui assure la distribution de grains de céréales alimentaires à des prix abordables] et notre MSP. Nous devons aussi leur résister», a-t-il conclu.

Après qu’une quarantaine d’orateurs se soient adressés à l’assemblée, la foule a commencé à se réduire. En partant, le journaliste a croisé Medha Patkar. Lorsqu’on lui a demandé ce qu’elle pensait du mouvement des agriculteurs jusqu’à présent, elle a répondu : « Cette victoire est bonne, mais la tyrannie des entreprises reste forte. Le gouvernement a fait marche arrière, mais la situation de l’agriculture indienne n’est pas complètement stabilisée. Regardez le Pendjab, il y a une grave crise de l’eau et de la santé, ainsi qu’un endettement croissant. » Lorsqu’on lui a demandé qui pouvait éviter de telles crises, elle a répondu : « Nous devons nous orienter vers l’autonomie et des méthodes agricoles écologiques. Les agriculteurs indiens doivent adopter des méthodes traditionnelles, diminuer les coûts des intrants et économiser l’eau également. »

Le soleil était devenu orange vif et, au loin, on apercevait un groupe de milans royaux au-dessus de nous à la recherche de nourriture. Le 365e jour du mouvement sans précédent des agriculteurs s’est donc conclu sur une note déterminée: poursuivre la mobilisation jusqu’à ce que toutes leurs demandes soient satisfaites.

Indra Shekhar Singh

Article publié sur le site The Wire, le 27 novembre 2021 ; traduction rédaction A l’Encontre

http://alencontre.org/asie/inde/inde-les-agriculteurs-rassembles-a-la-frontiere-de-ghazipur-celebrent-lannee-de-mobilisation-ils-jurent-de-poursuivre-le-combat.html

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Les agriculteurs indiens signent une victoire

Des millions d’Indiens ont été accueillis par une bonne nouvelle le 19 novembre, lorsque Narendra Modi, le Premier ministre indien, a annoncé l’intention de son gouvernement d’abroger les trois projets de loi sur l’agriculture, destinés à « réparer » le secteur agricole en difficulté du pays. La nation trop habituée aux habituels coups de poitrine et hyperboles de ce leader musclé, imperméable à toute critique, a été stupéfaite par cette annonce. Ce recul de l’homme dominant qui a fait passer des politiques très néfastes tout en prônant un discours hyper-nationaliste basé sur l’ultra-droite Hindutva, balayant toutes les critiques – souvent par la force brute – a de quoi réjouir.

Un esprit indomptable dans les moments critiques

En fait, l’attaque ininterrompue des fondements démocratiques de l’Inde a été une caractéristique récurrente au cours des sept dernières années. La plupart des droits constitutionnels et humains ont été piétinés en toute impunité, en particulier le droit fondamental à l’égalité, le droit de vivre dans la dignité, le droit de contester et de résister à l’État. Les institutions de contrôle ont été systématiquement affaiblies, le système judiciaire a été fortement altéré et le fonctionnement du parlement a été gravement compromis. D’autre part, le paysage politique indien est marqué par des attaques croissantes contre la classe ouvrière, avec une dilution systématique du droit du travail et la violation systématique des lois existantes.

L’attitude et la ténacité dont ont fait preuve des centaines de milliers d’agriculteurs, leurs familles et leurs partisans ont remis en question ce cours, forçant ce régime autoritaire à reculer docilement pour la première fois depuis son arrivée au pouvoir en 2014. Le grand succès de l’agitation des agriculteurs en cours, qui a forcé ce « surhomme » à s’incliner, a fortement mis en évidence l’importance primordiale de mouvements de masse dynamiques pour arrêter le rouleau compresseur de l’Hindutva.

Les prochaines élections d’État, en particulier dans l’un des plus grands États de l’Inde, l’Uttar Pradesh (UP), et au Rajasthan, sont les raisons immédiates qui poussent Modi et son entourage à prendre du recul. Au vu de la raclée électorale que le BJP vient de recevoir dans certains scrutins partiels, le gouvernement ne pouvait pas se permettre de prendre plus de risques. Plus tôt dans l’année, le parti a essuyé une série de défaites aux élections législatives dans les États du Bengale occidental, du Kerala, de Puducherry et du Tamil Nadu, alors qu’il ne ménageait ni ses efforts ni ses ressources.

L’opinion publique contre le gouvernement de l’UP s’est rapidement développée après les violences de Lakhimpur Kheri en octobre, où le fils d’un ministre de l’Union a été impliqué dans une attaque au véhicule piégé contre des agriculteurs manifestants, tuant quatre d’entre eux et un journaliste. L’incident de Lakhimpur Kheri a intensifié les défis que le mouvement des agriculteurs, qui dure depuis un an, avait déjà posés au gouvernement indien.

En outre, la hausse vertigineuse des prix, les révélations sur le contrat Rafale (achat d’avions de combat) et l’utilisation du logiciel espion Pegasus avaient déjà mis le BJP sur la défensive avant les élections de l’UP. Les choses allaient terriblement mal dans le pays de Modi, avec une hausse des prix, un chômage croissant et une économie déjà chancelante qui tentait de se sortir du ralentissement pandémique.

Cependant, rien ne peut priver les agriculteurs de leur crédit légitime.

La crise agricole

Alors que l’agriculture emploie près de la moitié de la main-d’œuvre indienne, elle ne contribue que pour 10% au PIB du pays. La baisse de la productivité et des prix des récoltes pour les agriculteurs indiens rend l’agriculture non rentable dans la plupart des régions du pays, ce qui maintient les agriculteurs dans une situation de pauvreté perpétuelle. Malgré de nombreuses améliorations technologiques (irrigation, semences, engrais, mécanisation, etc.), l’agriculture indienne n’est pas en mesure de soutenir le grand nombre de personnes qui en dépendent.

Au fil des ans, divers gouvernements ont promis d’augmenter les revenus agricoles, mais rien ne s’est matérialisé jusqu’à présent. Le gouvernement Modi s’est engagé à mettre en œuvre les recommandations du rapport d’un comité nommé par le gouvernement qui a été soumis en 2006, mais qui a été délibérément ignoré par les gouvernements successifs. Il a également parlé de doubler les revenus agricoles d’ici 2022. Cependant, au lieu de répondre systématiquement à la crise agraire qui frappe le pays depuis l’avènement des politiques néolibérales, des changements cosmétiques dans les prix des produits agricoles par le biais de lois sur la commercialisation des produits agricoles ne contribueront pas de manière significative à la vie et aux moyens de subsistance des agriculteurs indiens. Les lois agricoles n’avaient que peu de potentiel pour améliorer les conditions des agriculteurs indiens. Au contraire, elles menaçaient leur existence même.

L’agriculture de subsistance est la principale source de revenus de la grande majorité des agriculteurs indiens. Si certains s’en sortent mieux que d’autres, la majorité d’entre eux peinent à obtenir des prix équitables pour leurs produits et sont profondément endettés. Un ménage agricole moyen en Inde a une detteéquivalente à 60% de son revenu annuel. Selon l’enquête nationale par sondage, le revenu annuel d’un ménage agricole était de 123 000 INR, et la dette moyenne de 74 100 INR de juillet 2018 à juin 2019. Les deux principaux contributeurs au revenu sont les cultures et les salaires. 50,2% des ménages agricoles indiens sont endettés.

Les emplois urbains décents étant rares, la majorité de la population rurale émigre vers les villes pour grossir les rangs du précariat en plein essor. Le 77e cycle de l’enquête par sondage nationale (NSS) menée en 2018-19 révèle une diminution de la part des agriculteurs dans le revenu des cultures. Oubliez le doublement des revenus globaux des agriculteurs, cela montre une baisse absolue du revenu réel des cultures.

Depuis environ deux décennies, l’agriculture indienne est en état de crise. La manifestation la plus douloureuse en a été la hausse du taux de suicides des agriculteurs à travers le pays (28 par jour en 2019). Nombre d’entre eux sont endettés auprès de prêteurs informels tels que des proches ou des prêteurs d’argent usuraires.

Depuis 1995, plus de 300 000 agriculteurs se sont suicidés en raison de la pression croissante de la dette causée par les prix non rémunérateurs de leurs produits. Au lieu de s’attaquer à ces problèmes critiques qui affligent l’agriculture indienne depuis l’avènement du néolibéralisme, le gouvernement a fait passer des projets de loi sur l’agriculture que les agriculteurs considèrent comme la menace ultime à leur survie. Plus de 85% des agriculteurs indiens exploitent moins de deux hectares de terre, ce qui signifie qu’il serait extrêmement difficile de s’engager et de concurrencer les grandes entreprises. Dans ces circonstances, les agriculteurs craignent à juste titre que ces lois ne soient destinées à permettre aux intérêts des entreprises de dominer l’avenir des agriculteurs indépendants.

La réponse du gouvernement : les Farm Bills

Depuis le début, l’attitude du gouvernement à l’égard des revendications des agriculteurs a été marquée par une négligence et une indifférence totales. Le gouvernement dirigé par le BJP a tenté d’écraser le mouvement des agriculteurs à chaque étape, l’exemple le plus odieux étant la façon dont les agriculteurs agitateurs ont été fauchés à Lakhimpur Kheri, dans l’Uttar Pradesh. Au cours des agitations qui ont duré un an, près de 700 agriculteurs sont morts en protestant. Des centaines d’entre eux ont été arrêtés en vertu de lois sévères. Le gouvernement a utilisé ses forces de police pour étouffer le mouvement par la force. Les frontières de Delhi, où les agriculteurs avaient organisé des manifestations, ont été transformées en prisons ouvertes.

Après leur marche du jour de la République au début de l’année, la police a sévèrement réprimé certains des leaders des agriculteurs. Néanmoins, les agriculteurs sont restés fermes dans leur détermination à poursuivre les protestations. Ils sont restés fermes dans leur appel à l’abrogation complète des lois agricoles, qu’ils considèrent comme « pro-entreprises » et « anti-paysans ». Les affirmations du gouvernement de l’Union selon lesquelles les agriculteurs ont été consultés avant l’adoption des lois sont totalement infondées puisque les lois ont d’abord été introduites par voie d’ordonnances en juin 2020 avant toute consultation publique ou même des délibérations parlementaires appropriées. Il s’agissait plus ou moins d’une imposition par la porte arrière plutôt que par le biais d’une convention ou d’une procédure démocratique.

Les agriculteurs réagissent à la tactique du bras de fer

Depuis sa création, le mouvement des agriculteurs a évolué de manière dynamique. Le mouvement a débuté dans l’État du Pendjab, dans le nord du pays, mais s’est rapidement étendu à l’échelle nationale. Les groupes et associations d’agriculteurs de tout le pays ont mis de côté leurs différences et ont travaillé ensemble pour s’attaquer au gouvernement coercitif. Petit à petit, divers leaders de différentes régions du pays se sont donné la main pour créer un front uni, en mettant de côté les multiples contradictions de castes et de communautés dans le processus.

Chaque fois que le mouvement a été confronté à un défi, il en est ressorti plus fort. Les slogans et la résolution de tous les piquets de grève sont devenus un cri de ralliement pour de nombreux agriculteurs qui, autrement, ne pouvaient pas participer activement aux protestations.

Ces derniers mois, l’agitation des agriculteurs s’est transformée en un mouvement politique s’opposant aux tactiques de polarisation communautaire du BJP. Elle a contribué à la résolution des tensions dans l’ouest de l’Uttar Pradesh entre Jats et Musulmans, deux communautés déchirées à la suite des émeutes communautaires de 2013 à Muzaffarnagar. Le mouvement est devenu une plateforme permettant à de nombreuses communautés de se rassembler. Et, ce qui est peut-être le plus important, les manifestants ont instillé dans d’autres régions une résistance à un gouvernement qui se contente d’emprisonner ses détracteurs ou de les poursuivre et de les harceler. Celui-ci permet aux citoyens, y compris aux journalistes, d’être librement arrêtés en vertu de la loi sur les activités illégales (prévention) et réprime les médias indépendants pour « délits économiques ».

La montée de l’autoritarisme de droite ces dernières années a remis en question la crédibilité démocratique de l’Inde. L’Inde a chuté dans toutes les mesures de la démocratie, y compris dans le classement de la liberté de la presse, où elle occupe désormais la 142e place sur 180 pays, quatre places derrière le Soudan du Sud et trois places derrière le Myanmar. Selon l’indice de liberté humaine, l’Inde se classe 111e sur 162 pays, quatre places seulement devant la Russie. À la suite d’agressions répétées de la part du gouvernement indien, Amnesty International a été contrainte de cesser ses activités en Inde en septembre. Le mouvement des agriculteurs a comblé bon nombre de ces déficits démocratiques.

L’omnipotence apparente du gouvernement s’est effondrée, ce qui est un développement positif pour la démocratie indienne. Cependant, nous devons attendre et surveiller la suite des événements. S’agira-t-il d’un nouveau dialogue constructif et de meilleures réformes, ou d’un renforcement des contradictions ? Cette question ne peut toutefois pas se limiter aux limites de nos frontières nationales. Aujourd’hui, nous sommes confrontés à la montée de l’autoritarisme, des violations des droits de l’homme, des pratiques antidémocratiques et du nationalisme de droite à l’échelle mondiale. Le laisser se développer sans entrave, en particulier dans la démocratie la plus peuplée du monde, met tout le monde en danger. Avec une population de plus de 1,3 milliard d’habitants, l’Inde, en tant que pays, muselle et restreint les libertés fondamentales d’un sixième de la population mondiale.

Conclusion

La grève des agriculteurs, qui a duré un an, s’est finalement terminée par une victoire. Les agriculteurs indiens ont écrit l’un des chapitres les plus éclairants de l’histoire de la lutte des classes. L’abrogation des trois lois agricoles litigieuses est un développement bienvenu. Néanmoins, le Samyukta Kisan Morcha (Forum commun des agriculteurs) a juré de poursuivre la lutte tant que le prix de soutien minimum (MSP) ne sera pas un droit légal pour les agriculteurs. Cette victoire a fait renaître l’espoir de lutter contre les attaques contre les Dalits, les musulmans, la gauche, les intellectuels et tous les autres. Les syndicats et la classe ouvrière doivent tirer de profondes leçons et se battre agressivement pour récupérer une grande partie de ce qu’ils ont perdu ces derniers temps. La victoire du mouvement des agriculteurs est également une importante leçon d’auto-organisation pour les mouvements sociaux et la classe ouvrière.

Sushovan Dhar, CADTM Inde

http://cadtm.org/Les-agriculteurs-indiens-signent-une-victoire

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Grand succès du mouvement non-violent des agriculteurs indiens

*All India Kisan Mazdoor Sabha, AIKMS*

Communiqué de presse du 9 décembre 2021

Le Comité Central Exécutif de l’AIKMS (la plus grande organisation nationale représentant les agriculteurs indiens, N.d.T.) salue l’énorme succès de ce mouvement historique des agriculteurs : pendant un an et 14 jours, des milliers de paysans ont assiégé les autoroutes menant à Delhi.

L’AIKMS félicite les agriculteurs et les organisations d’agriculteurs de tout le pays et les appelle à célébrer cette victoire historique en se rassemblant.

Le SKM (Samyukta Kisan Morcha) a décidé de lever les blocages à partir du 11 décembre et se réunira à nouveau le 20 janvier 2022 à Delhi pour vérifier les progrès réalisés et planifier l’avenir.

L’AIKMS adresse ses salutations chaleureuses à toutes les forces démocratiques et aux organisations populaires qui lui ont apporté un soutien inestimable pendant toute la durée de ce combat, tout particulièrement à la IFTU (Fédération Internationale des Syndicats) et à la PMS (organisation communautaire). L’AIKMS exprime sa profonde gratitude à tous ceux qui ont fourni nourriture, équipements et camps médicaux pendant ce mouvement.

L’AIKMS rend hommage aux 5 martyrs du massacre des agriculteurs de Lakhimpur Kheri, aux martyrs du 26 janvier et à ceux de de l’incident de Karnal, et à plus de 700 agriculteurs qui ont payé de leur vie lors des blocages de Delhi.

Après avoir reçu la lettre du Gouvernement de l’Union dans laquelle il a clarifié les doutes soulevés par le SKM, il a été décidé aujourd’hui lors de la réunion de lever les blocages actuels autour de Delhi.

Les problèmes sont résolus de la manière suivante :

  • 3 lois de réformes agricoles ont été retirées.

  • Le Gouvernement va mettre en place un comité pour répondre à la demande d’un prix minimum (*MSP) auquel l’agriculteur devrait être rémunéré. Des représentants du SKM devront en être membres. Le mandat du comité visera à sécuriser la manière dont le prix minimum sera versé à tous les agriculteurs. Le Gouvernement a également assuré que les achats par le Gouvernement de cultures dans les Etats bénéficiant du prix minimum ne seront pas réduits par rapport aux achats actuels.

  • La lettre du Gouvernement indique que toutes les affaires enregistrées pendant toute la durée de ce mouvement à Haryana, Uttar Pradesh, Uttarakhand, Himachal Pradesh, Madhya Pradesh, et dans les territoires de l’Union, incluant Delhi, par les services centraux du Gouvernement seront abandonnées immédiatement.

  • Les provinces fourniront une compensation aux familles de tous ceux qui ont été martyrisés pendant ce mouvement. L’Haryana et l’Uttar Pradesh ont donné leur accord et le Punjab a déjà fait sa déclaration.

  • Le projet de loi sur l’électricité ne sera examiné par le Parlement qu’après avoir été discuté avec toutes les parties prenantes, y compris le SKM.

  • La responsabilité pénale des agriculteurs devra être supprimée des dispositions des articles 14 et 15 de la loi relative aux incendies de pailles.

Ce mouvement n’a pas seulement repoussé de manière décisive cette offensive fasciste néolibérale des entreprises et des multinationales sur l’agriculture et les paysans indiens, mais il a également placé la question du prix minimum à l’ordre du jour national en faveur des réformes paysannes. Le gouvernement a accepté le concept de garantir un prix minimum à tous les agriculteurs comme le demande l’ordre du jour du comité. Cependant, c’est loin de correspondre à notre demande initiale :

a) un prix minimum pour toutes les cultures et pour tous les agriculteurs,

b) ce prix minimum doit être calculé de manière transparente prenant en compte le coût global à C2 (année de conversion N.d.T.) et être déclaré à plus 50%, et

c) un mécanisme d’approvisionnement du gouvernement auprès de tous les agriculteurs doit être établi afin de garantir ce taux.

Cette victoire n’a pas créé une reconnaissance consciente de la question du prix minimum uniquement chez les agriculteurs en Inde, mais elle a également généré une large sympathie et un soutien des citoyens indiens pour cette demande. Si le comité ne tient pas ses promesses, il nous appartient maintenant de construire un combat national sur cette question, qui devra être aussi ferme que le combat que nous venons de remporter.

Nous pouvons souligner que ce mouvement, a entre autre repoussé l’offensive communale et fasciste du gouvernement Modi dirigé par le RSS, l’Organisation Nationale des Volontaires. La lutte courageuse et déterminée contre le confinement Corona 1 au Pendjab, le confinement Corona 2 en Haryana et la résistance à l’offensive du RSS et de la police à Ghazipur le 28 janvier ont été particulièrement importants.

Ce mouvement a rassemblé et unifié les agriculteurs et leurs organisations à travers l’Inde, il a également créé de meilleures conditions pour une lutte nationale portant sur divers problématiques pesant sur les paysans indiens. Il a renforcé l’importance des luttes sur le seul remède proposé jusqu’alors : les alternatives électorales. Il a créé un espace démocratique pour que les forces démocratiques et les citoyens puissent faire entendre leur voix. Il a efficacement contré la propagande malveillante du RSS, du gouvernement et des médias de Modi contre les agriculteurs, les décrivant comme des anti-nationaux.

Cette victoire doit être célébrée. L’AIKMS appelle toutes ses unités et les agriculteurs de tout le pays à consolider les gains, à rester unis et à lancer des mouvements de masse pour soulever toutes les questions en suspens sur le prix minimum, l’annulation de la dette, la protection des ressources de subsistance et autres.

*Vive l’unité des agriculteurs !*

Venkatramaiah, Président

Dr. Ashish Mital, Secrétaire Général

*Le MSP est le prix minimum auquel l’agriculteur devra être rémunéré pour leurs cultures, prix garanti par le Gouvernement. Cependant, le MSP n’est jamais été garanti par une loi parlementaire. Il n’a donc jamais été appliqué légalement dans tout l’Inde.

Traduction de l’anglais, Frédérique Drouet

https://www.pressenza.com/fr/2021/12/grand-succes-du-mouvement-non-violent-des-agriculteurs-indiens/

Historic non-violent Indian farmers protest a grand success

https://www.pressenza.com/2021/12/historic-non-violent-indian-farmers-protest-a-grand-success/

Grande successo della storica protesta nonviolenta degli agricoltori indiani

https://www.pressenza.com/it/2021/12/grande-successo-della-storica-protesta-nonviolenta-degli-agricoltori-indiani/


En complément possible :

« Les mains qui tiennent la charrue ne céderont jamais » : 200 jours de protestation des agriculteur⋅rice⋅s

Vijay Prashad : La Commune kisan. En perspective la journée de mobilisation du 26 juin

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2021/06/24/inde-les-mains-qui-tiennent-la-charrue-ne-cederont-jamais-200-jours-de-protestation-des-agriculteur⋅rice⋅s-plus-un-texte-de-vijay-prashad/

Sayandeb Chowdhury et Rajendran Narayanan :Une stratégie du choc made in India, et à l’heure de la pandémie

Farzana Versey : Le nationalisme hindouiste et sacré de Modi et le Covid-19

Sonali Kolhatkar :Le désastre pandémique: la responsabilité de Modi et de son BJP

Arundhati Roy : Inde : un crime contre l’humanité

Satyendra Ranjan :La mobilisation des agriculteurs : une feuille de route pour l’opposition

Prabir Purkayastha : Alors que l’Inde a du mal à respirer, le gouvernement Modi se défausse de ses responsabilités

Les agriculteurs et les travailleurs décident de poursuivre la lutte. Une échéance : le 26 mai

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2021/05/10/inde-textes-pandemie-nationalisme-modi-mobilisations-paysannes-etc/

Jagmati Sangwan : Les agricultrices indiennes ne sont plus de simples spectatrices

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2021/05/04/les-agricultrices-indiennes-ne-sont-plus-de-simples-spectatrices/

Retours sur les mobilisations sociales historiques en Inde

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2021/04/18/retours-sur-les-mobilisations-sociales-historiques-en-inde/

La colère paysanne défie le pouvoir de Modi

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2021/03/06/la-colere-paysanne-defie-le-pouvoir-de-modi/

Dhruv Joshi : Une coopérative laitière mène à l’indépendance des femmes

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2021/02/19/une-cooperative-laitiere-mene-a-lindependance-des-femmes/

Colin Todhunter : Inégalités mondialisées, l’avancée des big tech dans l’agriculture, l’exemple de l’Inde

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2021/02/12/inegalites-mondialisees-lavancee-des-big-tech-dans-lagriculture-lexemple-de-linde/

La lutte des ruraux en Inde, sous une perspective féministe

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2021/02/09/la-lutte-des-ruraux-en-inde-sous-une-perspective-feministe/

Aurélie Leroy : Inde : Modi dans ses basses œuvres 

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2021/02/04/inde-modi-dans-ses-basses-oeuvres/

Le 6 février, les paysans organiseront un nouveau « Chakka Jam » : pour exiger la fin de la répression et l’abrogation des lois agricoles

http://alencontre.org/asie/inde/inde-le-6-fevrier-les-paysans-organiseront-un-nouvel-chakka-jam-pour-exiger-la-fin-de-la-repression-et-labrogation-des-lois-agricoles.html

Prabhat Patnaik : Face au nationalisme hindou de Modi, les agriculteurs protestataires se réapproprient l’idée de la nation anti-coloniale :

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2021/01/30/face-au-nationalisme-hindou-de-modi-les-agriculteurs-protestataires-se-reapproprient-lidee-de-la-nation-anti-coloniale/

Les paysan⋅ne⋅s du monde entier s’unissent ! Ce 26 janvier, allumez une bougie en solidarité avec les paysan⋅ne⋅s de l’Inde

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2021/01/25/les-paysan⋅ne⋅s-du-monde-entier-sunissent-ce-26-janvier-allumez-une-bougie-en-solidarite-avec-les-paysan⋅ne⋅s-de-linde/

Les paysans d’Inde ont un besoin urgent de notre solidarité

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2020/12/14/les-paysans-dinde-ont-un-besoin-urgent-de-notre-solidarite/

Plus de 250 millions de travailleurs se joignent à la grève nationale en Inde

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2020/12/03/plus-de-250-millions-de-travailleurs-se-joignent-a-la-greve-nationale-en-inde/

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