Passer du capitalisme fossile au fossile du capitalisme

Dans son édito, Sabine Panet souligne les ramifications denses du réchauffement climatique et de la destruction massive des écosystèmes, l’imbrication de l’urgence écologique dans « (et doit être pensée avec) les luttes sociales, féministes, décoloniales », l’écartèlement de femmes dont le monde s’effondre et leurs résistances… Ce n’est pas l’espèce humaine qui est en train de détruire la planète, mais une organisation productive particulière et l’idéologie et les rapports de domination qui en émanent et les sous-tend. Comme le souligne l’autrice « aucune histoire n’est une fatalité ».

Sommaire

Contrer le réchauffement : renouer le fil de l’histoire, reprendre le pouvoir

Marianne Streel, la clé des champs

Des agricultrices au rythme de la terre

Guérisseuses malgré elles

Big Food, quand notre assiette nous menace

Réduire son empreinte écologique : une charge environnementale pour les femmes ?

Pas toutes égales devant le climat

Réchauffement climatique : femmes résilientes sur la ligne de front

L’écoféminisme, « un réseau souterrain comme les racines d’un arbre »

La fin du nucléaire, un rêve de femmes ?

À la rencontre de jeunes marcheuses pour le climat

À l’abordage avec Lamya Essemlali

Brigitte Baptiste, la biodiversité colombienne en tout genre

Grèce : notre avenir s’écrit-il à Skouries ?

La sentinelle qui venait du froid

Nos « espèces compagnes »

Dans la forêt : « sœurorité », territoires, appartenance

Bonus web : les prolongations du hors-série

Bouquins

Sans volonté d’exhaustivité, quelques éléments choisis subjectivement.

L’histoire de l’utilisation des énergies fossiles, l’histoire du réchauffement climatique, le capitalisme et les ressources disponibles, le ravage des écosystèmes pour le profit d’un groupe social, « On ne peut mettre un sparadrap sur la couche d’ozone, ou on peur renverser le maître ». Sabine Panet aborde, entre autres, l’urgence d’en finir avec le capitalisme, « Il faut couper la mèche qui brûle avant que l’étincelle n’atteigne la dynamite » (Walter Benjamin), l’humanité de toustes les citoyen nes du monde, les inégalités en terme d’émissions des gaz à effet de serre, la dépolitisation de nombreux récits de la transition écologique, « ils mettent l’accent sur les comportements individuels sans pointer clairement les responsabilités historiques et actuelles », l’oubli de l’accumulation de richesses par une minorité en exploitant la force de travail de la majorité de la population, le risque d’un « fascisme climatique ». Le titre de cette note est emprunté à l’autrice.

La place des femmes dans l’agriculture, la reconnaissance de leur travail et l’évolution de leur statut (par exemple, co-titularité des droits de production et administratifs), les priorités « économiques, environnementales et sociales »), le défit d’un « revenu décent » pour les agriculteurs et les agricultrices…

Les rythmes du travail de la terre, les activités singulières « portées par des valeurs de partage, de respect de la nature et de collaboration », les temps et les rythmes « plus respectueux du corps », les variétés anciennes, les gestes, le partage…

Le big food, les aliments ultra-transformés, les aliments marchandises et l’alimentation sous influence, les ingrédients (produits chimiques – dont les perturbateurs endocriniens, sucre et sel -), les solutions individuelles et le travail des femmes, les solutions collectives intégrant les hommes, « Ce sont des solutions individuelles qui ne prennent pas en compte le fait que nous vivons dans une société patriarcale et capitaliste. Ces injonctions vont encore peser sur les femmes, qui sont toujours considérées comme celles qui cuisinent et font les courses, notamment pour leurs enfants », le droit de propriété, la nécessite de recréer des liens entre producteurs/productrices et consommateurs/consommatrices…

Manon Legrand analyse la charge reportée sur les femmes par la réduction individualisée de l’empreinte écologique, « Sachant que ce sont toujours les femmes qui s’attellent, largement plus que les hommes, aux tâches domestiques et aux charges relatives à la parentalité – alimentation, mobilité, etc. – l’appel à réduire l’empreinte environnementale s’adresse-t-il particulièrement à elles ? ». La charge environnementale s’imbrique à la charge mentale du travail domestique pris au sens le plus large. Le choix de gestes plus durables est individualisé sans mise en cause des conditions collectives de construction de ces gestes. Je souligne le paragraphe sur le « ventre des femmes », les nouveaux malthusianismes sexistes et racistes en direction de femmes du Sud. Dans nos sociétés traversées et construites par/sur les dominations, « nous ne sommes pas tous·tes responsables de la même façon, mais surtout, les actes que nous pouvons poser ne dépendent pas que de notre bon vouloir ». Il faut donc dénoncer cette « morale » qui « fait peser tout le poids de l’urgence écologique sur les seuls individus » comme l’écrit Aude Vidal citée par l’autrice.

Je souligne aussi le texte de la même autrice sur les inégalités environnementales, « Pas toutes égales devant le climat ». Inégalités sociales et inégalités environnementales et leur superposition partielle, « Les inégalités environnementales ne sont pas une nouvelle forme d’inégalités qui touchent des catégories nouvelles, elles forment la dimension environnementale des inégalités sociales » Catherine Larrère citée par l’autrice. L’analyse de la gestion post-ouragan à Nouvelle-Orléans (lire par exemple, Droit au retour contre nettoyage ethniquedroit-au-retour-contre-nettoyage-ethnique/) permet de comprendre « les corrélations existant entre les problèmes sociaux et environnementaux, et l’impact différencié des catastrophes naturelles sur la population ». De même, les politiques de la ville « durable » doivent être interrogées au prisme du genre ; les implantations des déchets toxiques et des incinérateurs ne se font jamais dans les « beaux quartiers »…

« Des communautés entières font face à la sécheresse, aux inondations, aux tempêtes dévastatrices. Leurs moyens de subsistance en sont bouleversés, notamment la chasse, la pêche et l’agriculture ». Florence Massena aborde les actions d’organisation soutenant les femmes au soudan, au Népal et au Kenya. Répartition sexuée des rôles et sorties des assignations traditionnelles, approches sexo-spécifiques, projets « genre et climat », changement climatique et violences domestiques envers les femmes, inégalité de responsabilité dans les dégradations climatiques…

Camille Wernaers nous propose une plongée dans le mouvement pluriel de l’écoféminisme (écoféminisme philosophique, écoféminisme militant radical, écoféminisme matérialiste, écoféminisme spirituel, écoféminisme utopiste et prospectiviste)…

De jeunes marcheuses pour le climat. Les navires de Sea Shepherd et les effets de la surpêche industrielle et de la pollution par les plastiques, l’océan comme source d’oxygène. Biodiversité colombienne et genre… Je souligne aussi l’article sur la lutte contre l’exploitation des mines d’or à grande échelle dans la forêt de Skouries au nord de la Grèce.

J’ai aussi été particulièrement été intéressé par l’article sur le livre de Sheila Watt-Cloutier : « Le droit au froid », la question des droits humains, des conditions de vie des populations Inuit.

 

Un journal de nos amies belges à faire connaître.

AxellHors-Série : Sauver la planète : les femmes aux manettes

Juillet-Août 2019, http://www.axellemag.be

Didier Epsztajn

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