Mais nous sommes quelques-unes à être courageuses

Afro. Je reproduis ce qu’en disent les autrices – extrait d’une sorte d’avant-propos – afrofem-avant-propos-et-notre-declaration-politique/, publié avec avec l’aimable autorisation des Editions Syllepse :

« « Afro est le terme qui rassemble les Africain·es noir·es et les Afro-descendant·es. Ce terme embrasse l’histoire tragique des traites-esclavagistes qu’ont subies les populations noires africaines qui a scellé notre destin commun : la condition noire. Afro permet de faire un lien entre les Noir·es du continent et la diaspora issue des déportations de la traite européenne transatlantique (Caraïbes, Amériques du Nord et du Sud) et de la traite arabe en Orient (diaspora en Turquie, Iran, Arabie Saoudite, Yémen, Afrique du Nord). Nous, Afros, sommes relié·es à cette histoire dont nous subissons encore aujourd’hui les conséquences à travers une négrophobie structurelle aussi bien dans les pays occidentaux que dans les pays des Suds non-noirs. Afro n’est pas synonyme d’Africain·es (les personnes d’Afrique du Nord non-noires ne sont pas afros) mais bien synonyme de Noir·e », Binetou Sylla. »

Dans la préface, « La nécessité d’un afroféminisme du quotidien », les autrices expliquent le choix du terme Mwasi et sa signification. Elles abordent, entre autres, la nécessité politique de leur groupe dans la société française actuelle, leur soif de justice, leur esprit d’inclusivité et de sororité, l’absence d’un espace féministe destiné aux femmes noires, la nécessité d’un lieu de transmission et de partage des savoirs entre afro-descendantes, la réappropriation de la parole, la richesse de « la flamboyance de mes soeurs », la place de la non-mixité, « La non-mixité est un outil politique essentiel à l’émancipation des minorisé·es ».

« Etre une femme noire, signifiait de se battre contre le sexisme, le racisme et les effets toxiques de tous les patriarcats afin de construire pour son futur une place juste et légitime »

Je souligne cinq éléments présents dans « Notre déclaration politique », afrofem-avant-propos-et-notre-declaration-politique/, publié avec avec l’aimable autorisation des Editions Syllepse : l’organisation en non-mixité en genre et en race, « c’est-à-dire : ouvert aux femmes et aux personnes assignées femmes, noires et métisses », l’afroféminisme comme « une pratique politique et non une identité », la lutte contre l’invisibilisation en tant que sujets politiques, « la spécificité de la racialisation du genre des femmes noires », les articulations, « la question de la classe et de sa racialisation genrée », les solidarités, « Construire des solidarités politiques effectives avec nos sistas dans les pays des Suds ».

Le collectif développe des éléments d’un « afroféminisme révolutionnaire », changement de système, suppression des échelles et non simple changement de place, « La suprématie blanche instaure une hiérarchie de couleurs qui attribue tout ce qui est positif à la blanchité, et tout ce qui est dégradant, sans possession, aux Noir·es ». Un combat contre le racisme d’Etat, l’hétéro-patriarcat, « Nous réaffirmons nos droits absolus sur nos corps dont nous n’avons pas honte. Qu’ils soient couverts ou non, non corps ne sont pas des objets à exotiser, ne servent pas à quantifier notre niveau de liberté ou de respect de soi », l’ensemble des dominations, « Notre lutte afroféministe s’inscrit dans ce sens afin de créer un rapport de forces qui permettent des alliances d’égal à égal avec l’ensemble du mouvement social en France et à soutenir la lutte panafricaine pour la libération de l’Afrique ».

Les autrices abordent aussi, l’effacement des luttes et des histoires, la dépolitisation de la notion d’intersectionnalité (trop souvent réduite par certain·es à des questions identitaires). Elles avaient déjà défini en préface, l’afroféminisme comme « une pratique politique et non une identité ». Il y a là un ferment révolutionnaire pour l’égalité et la liberté. Elles rappellent que les oppressions ne s’accumulent pas – comme des couches de lasagnes – mais créent ensemble des formes particulière de racisme et de sexisme, « Il s’agit de comprendre comment le racisme et le patriarcat interagissent entre eux, mais aussi comment ces systèmes interagissent avec la classe, l’hétérosexisme, etc. ».

Et si « Militer nous fatigue et nous maintient debout à la fois », la transformation radicale de notre monde implique « le choix de la lutte collective, de l’organisation politique autonome et de la libération comme horizon ».

Le collectif traite de la négrophobie, de la prétendue exception culturelle française, des illégitimités construites, de la liberté d’expression à géométrie variable, de la place des Noir·es en France, de l’injonction à l’assimilation, des obsessions identitaires et culturalistes, des agendas de mobilisation choisis – les agendas ou les revendications des unes ne peuvent être imposés à d’autres -, de la machine libérale de la dépolitisation des luttes féministes, de la notion de « front secondaire », des masculinités, du franc CFA, la flamboyance, des définitions des classes sociales (non seulement elles ne se définissent pas seulement par le niveau des revenus, mais elles étaient et restent divisées, suivant des lignes de sexe, de race, d’âge, d’origine, de qualification, de statut, etc.), la place du panafricanisme et de l’internationalisme, le refus d’ignorer l’impérialisme, « Pensons l’internationalisme afro, ne nous enfermons pas dans nos territoires, nos espaces »…

Si je partage l’idée que « la police n’est pas la sécurité » et que « la prison n’est pas la justice ». Je regrette que les groupes se revendiquant révolutionnaires (et cela ne concerne pas seulement ce collectif), ne proposent pas des mesures permettant à la fois de lutter contre le sytème global et de répondre concrètement à des situations actuelles. Je reconnais que cela n’est pas sans difficultés ou contradictions. Que faire immédiatement, non face aux délits multiples, mais aux crimes ? Quoi qu’il en soit, il me semble adéquat de défendre « une notion de justice qui met au centre la réparation pour la victime, sa protection et sa guérison »

Le dernier point que je souhaite aborder concerne les spectacles. Je ne pense qu’il puisse y avoir de lecture unilatérale dans la plupart des cas. Quoique l’on pense de tel ou tel spectacle, il importe d’entendre celles et ceux qui s’estiment offensées, stigmatisées. Leurs mobilisations contre des représentations ne sauraient être dédaignées. J’ai personnellement trouvé obscène un film encensé, La vie est belle de Roberto Benigni. Je ne souhaite pas qu’il soit proposé comme illustration des camps de concentration.

Je reste plus dubitatif sur les notions de queer et de trans s’il est légitime de nommer certaines féministes blanches – il existe bien des formes de suprématie blanche –, de critiquer les formes hégémoniques d’un certain « féminisme » (médiatique, universitaire, etc. – toujours dépolitisé, parfois ouvertement raciste ou classiste) qui ne concernent que certaines, il n’y a cependant pas un féminisme blanc (cf les autres courants cités, féministes révolutionnaires, marxistes). Il me semble important de rappeler comme le font les autrices « Nous ne sommes pas l’émanation de ton féminisme ». La prétention des unes à imposer leur conception de l’« universalisme » doit être combattue, probablement aussi au nom du pluriversalisme.

« Il nous faut

Etre libres pour

Racontez nos propres histoires.

Choisir aussi d’autres narration »

Prendre le temps de formuler des questions ou des débats reste une nécessité, quand bien même des réponses contradictoires y sont apportées.

Chaque nouvelle forme d’auto-organisation pour l’émancipation n’est pas, contrairement ce que pensent certain·es, une division. Plutôt la condition d’un ancrage social solide et de possibles choix démocratiques que seule la prise en compte de toutes les déclinaisons de l’imbrication des rapports sociaux permet. Il n’y a pas de front prioritaire et de front secondaire. L’oubli ou la relativisation de certaines dominations concoure à l’affaiblissement de toustes.

« L’amour politique serait un amour qui porte sur la solidarité sociale, politique et économique entre les personnes vivant l’oppression systémique commune de la négrophobie »

Mwasi, collectif afroféministe : Afrofem

Editions Syllepse, Paris 2018, 128 pages, 8 euros

https://www.syllepse.net/afrofem-_r_37_i_737.html

Didier Epsztajn



https://www.facebook.com/mwasiafrofemparis/

2 réponses à “Mais nous sommes quelques-unes à être courageuses

  1. Une question d’abord que veux dire M WASI ?
    D’autre part je travaille dur, dans le sixième tome du Manifeste pour la décolonisation de l’humanité femelle sur la dialectique entre le processus de décolonisation et l’action transformatrice des colonisé-e-s sur le monde
    Nicole Roelens

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