Afrofem : « avant-propos » et « Notre déclaration politique »

Avec l’aimable autorisation des Editions Syllepse

Que notre nom soit prononcé avec la plus grande prudence (1)

Noir·e, notre condition

Afro, notre peuple

L’internationalisme Afro (2), notre politique

La libération, notre horizon 

(1) Emprunt à Stéphane Martelly, auteure, peintre, chercheuse haïtienne basée à Montréal, au sujet du peuple haïtien.

(2) « Afro est le terme qui rassemble les Africain·es noir·es et les Afro-descendant·es. Ce terme embrasse l’histoire tragique des traites-esclavagistes qu’ont subies les populations noires africaines qui a scellé notre destin commun : la condition noire. Afro permet de faire un lien entre les Noir·es du continent et la diaspora issue des déportations de la traite européenne transatlantique (Caraïbes, Amériques du Nord et du Sud) et de la traite arabe en Orient (diaspora en Turquie, Iran, Arabie Saoudite, Yémen, Afrique du Nord). Nous, Afros, sommes relié·es à cette histoire dont nous subissons encore aujourd’hui les conséquences à travers une négrophobie structurelle aussi bien dans les pays occidentaux que dans les pays des Suds non-noirs. Afro n’est pas synonyme d’Africain·es (les personnes d’Afrique du Nord non-noires ne sont pas afros) mais bien synonyme de Noir·e », Binetou Sylla.


Notre déclaration politique

Mwasi est un collectif afroféministe qui s’inscrit dans les luttes de libération révolutionnaire. Nous nous organisons en non-mixité en genre et en race, c’est-à-dire : ouvert aux femmes et aux personnes assignées femmes, noires et métisses.

Notre afroféminisme est une réponse politique et collective au système raciste, hétéro-patriarcal et capitaliste, s’inscrivant dans l’histoire et les héritages des femmes et féministes noires ayant mené des luttes pour l’émancipation et la libération, ceci en contribuant de manière importante à la construction de la pensée féministe que ce soit en France, en Afrique subsaharienne, dans la Caraïbe ou dans la diaspora afro. Le collectif Mwasi n’est et ne sera jamais adossé à un quelconque parti politique qui, tous autant qu’ils sont, soutiennent et perpétuent le système raciste, colonial, impérialiste et patriarcal. Nous nous inscrivons dans un afroféminisme de combat, qui vise au changement radical de la société par la lutte collective.

Nous voulons

  • Notre plein droit à l’existence, à la libération, au bonheur et à l’autodétermination ; ce que nous obtiendrons par l’abolition de la négrophobie, de l’hétéro-patriarcat et du capitalisme.

  • Un afroféminisme comme une pratique politique et non une identité. La dérive libérale voudrait faire de l’afroféminisme une identité individuelle, alors qu’il s’agit d’un mouvement politique de lutte, qui mobilise un ensemble de pratiques, de théories et un développement historique propre à chaque contexte. Il est donc essentiel pour nous de renforcer la pensée afroféministe dans le contexte français, en partant des expériences des femmes noires vivant en France pour produire des stratégies et analyses politiques collectives.

  • Lutter contre notre invisibilisation en tant que sujets politiques, en mettant au centre de notre action les femmes noires et en nous organisant autour de la spécificité de la racialisation du genre des femmes noires.

  • Lutter pour un afroféminisme anticapitaliste. Notre lutte est à destination de toutes les femmes noires. Et pour cela nous ne pouvons qu’articuler la question de la classe et de sa racialisation genrée, qui fait que le système s’abat plus violemment dans le quotidien de celles d’entre nous qui sommes en galère. Nous aspirons à une société sans classes, débarrassée du capitalisme et nous nous opposons à toute célébration de la féminisation ou « diversification » des élites capitalistes.

  • Construire des solidarités politiques effectives avec nos sistas dans les pays des Suds. C’est une réponse durable à l’instrumentalisation des questions féministes, queer et trans à des fins impérialistes racistes et au complexe du sauveur blanc. C’est aussi essentiel pour un anti-impérialisme de mobilisation contre l’exploitation de nos sœurs et frères dans des pays des Suds et contre la violence Suds/Suds en la décentrant des tentatives de récupération occidentales.

Nous proposons

  • Des actions : les manifestations, interventions et formations sont des pratiques essentielles de notre militantisme. Ces actions sont toujours en accord avec notre éthique politique, notre agenda et les impératifs d’alliance ponctuels ou de plus long terme en fonction du contexte.

  • Des débats : que ce soit sous forme de rencontres ou de production de textes. Il s’agit de penser la production, la critique et le partage de théories, pratiques et stratégies de nos luttes politiques. Les actions de Mwasi sont principalement à destination des femmes noires et de la communauté noire en général.

  • Développer la sororité afro et l’amour de nous-mêmes. Nous mettons en place des espaces de parole afin d’essayer de répondre aux besoins immédiats de soutien, d’entraide et de partage.

Mwasi, collectif afroféministe : Afrofem

Editions Syllepse, Paris 2018, 128 pages, 8 euros

https://www.syllepse.net/afrofem-_r_37_i_737.html

2 réponses à “Afrofem : « avant-propos » et « Notre déclaration politique »

  1. Une question j’aimerais avoir des précisions ou simplement un exemple concret pour comprendre ce que veux dire: « la spécificité de la racialisation du genre des femmes noires ».

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