Archives de Catégorie: ATTAC/COPERNIC /CADTM/CETIM

Banque mondiale et migrations : Un impact aux contours flous mais aux conséquences bien réelles

Il importe de rattacher les faits migratoires aux conditions susceptibles de les avoir provoquées.

Au cours de la décennie 1965-1975, entre le début et la fin de la période, la croissance des migrations s’était accrue de 11,5%. Les pays du Sud qui avaient alors obtenu de haute lutte leur indépendance – très récente pour la plupart des pays africains – essayaient tant bien que mal de se construire un avenir indépendant plombé par le fardeau d’une dette coloniale et par les manœuvres des pays occidentaux pour maintenir leur tutelle. Deux décennies plus tard avec la mise en place des plans d’ajustement structurel (PAS), imposés par la Banque mondiale et le FMI suite à la crise de la dette, en 5 ans seulement, sur la période cumulée entre 1985 et 1990, la croissance des migrations avait atteint près de 13% alors même que la croissance de la population mondiale était entrée dans une phase plus lente qu’entre 1965 et 1975. Lire la suite

Les politiques migratoires et sécuritaires européennes au Niger

Carrefour de nombreux espaces sous tensions politiques et sécuritaires, le Niger est depuis plus d’une décennie une voie privilégiée vers l’Europe pour les migrants originaires d’Afrique centrale et de l’Ouest. Ces mouvements, conséquence de la dégradation des conditions de vie des populations, entraînée par le déclin de l’attractivité économique de pays surendettés et engagés dans des programmes d’ajustement structurel imposés par les institutions financières internationales, ont fait du Niger, pays très pauvre, mais stratégique, un espace de choix pour l’externalisation des politiques européennes en matière de gestion des flux migratoires. Lire la suite

Migrer vers l’incertitude

Originaire du district de Sindhupalchowk, au Népal, Jeeban Puri travaille en tant que chauffeur à Damam, en Arabie saoudite. Suite au récent tremblement de terre au Népal, qui a atteint 7,8 sur l’échelle de Richter, Puri souhaite désespérément rentrer chez lui. Quand il parvient à rentrer, il découvre que son fils de trois ans est mort et que leur maison est totalement détruite.

Après dix mois en tant que chauffeur de taxi, il doit rembourser une dette de 150 000 roupies (l’équivalent de 1 500 $) à un courtier qui lui avait arrangé son départ. Le taux d’intérêt est de 36%, Puri est méchamment pris au piège. Il lui faut passer du temps au Népal pour être auprès de sa famille et leur reconstruire un abri, or plus il passera du temps dans son pays, plus le fardeau de la dette augmentera. Mais de toute façon, son salaire de 250 $ par mois est insuffisant, d’autant qu’il ne reste pas grand-chose une fois qu’il a subvenu aux besoins de sa famille.

Des négociants non seulement au Népal, mais dans beaucoup de contrées pauvres des continents asiatiques, africains et latino-américains, demandent de grosses sommes d’argent à ceux qui espèrent émigrer, forçant des hommes désespérés à contracter des prêts à des taux d’intérêts affolants pour payer leur voyage. Le nombre limité de voies légales pour migrer, les politiques de plus en plus restrictives et des contrôles aux frontières de plus en plus stricts dans les pays de destination rendent le marché des services de migration très lucratif. La vaste gamme des frais associés à ces services sont de surcroît souvent très élevés. Ceci amène des migrant·es démuni·es à se retrouver pris au piège de différentes formes de dettes envers une diversité d’acteurs. Lire la suite

La crise : un paradis pour les actionnaires

Les entreprises du CAC 40 ont réalisé 60 milliards d’euros de profits au premier semestre 2021, soit 41% de plus qu’au premier semestre 2019. La hausse est même de 56% pour LVMH. L’indice boursier du CAC 40 a progressé de 20% depuis le début de l’année, ce qui est un record… La crise se révèle être un paradis pour les actionnaires ! Lire la suite

Damnés de la mer, damnés du capitalisme : Réflexion sur le phénomène Lampedusa

Le problème de la « mondialisation » actuelle est que, autant elle favorise la libre circulation des biens et des capitaux, autant elle pénalise lourdement la libre circulation de la main-d’œuvre des pays pauvres. Ce dont les dirigeants européens ne se rendent pas compte, c’est à quel point ces flux sont marginaux eu égard à l’ampleur qu’ils pourraient avoir.

En avril 2015, la Méditerranée a englouti près d’un millier de migrants qui tentaient de rejoindre désespérément l’Europe. L’Organisation internationale pour les migrations a parlé à juste titre de « mois le plus cruel en Méditerranée ». Malheureusement, ce spectacle macabre dure depuis plus de vingt ans. Selon l’Ong United, l’aventure méditerranéenne a occasionné plus de 20 000 morts entre 1993 et 2014. Selon certaines sources, ce chiffre pourrait avoir été sous-estimé de 50%. Lire la suite

L’Europe à tout prix

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Les témoignages où des liens étroits et indéniables se tissent entre dettes privées et migrations sont nombreux. Cette traversée des océans peut rapidement devenir très coûteuse humainement et financièrement. Là où certain·es quittent leur terre d’origine, en raison de difficultés financières rencontrées au pays, d’autres sont confronté·es à des difficultés financières, des situations d’endettement pendant leur parcours migratoire et/ou à l’arrivée dans le pays d’accueil. Le problème, explique Thierry Müller, coordinateur de Migrations Libres, « c’est que généralement, les personnes n’aiment pas dire qu’elles sont endettées. Celles que je connais se sont endettées ici, souvent, à partir d’emprunts interpersonnels qu’elles ne savent pas rembourser, parfois parce qu’elles misaient sur un boulot qui ne vient pas, ou qu’elles « choisissent » de ne pas rembourser parce que, lorsqu’elles ont un peu d’argent, elles en profitent pour s’offrir quelque chose qui leur fait plaisir, qui les fait souffler, ou leur apporte un peu de moindre inconfort, enfin, peu importe. Et le remboursement est sans cesse reporté, ce qui crée au final des conflits, des isolements, des divisions, des rancœurs ». Dalia [1], en demande de régularisation, a accepté de revenir sur ce long périple, jalonné de dettes, qui a débuté à Kinshasa, RDC, pour la mener à Liège, en Belgique. Cette mère de cinq enfants nous explique comment, depuis 2017, elle lutte pour un avenir meilleur, pour elle et les siens. Lire la suite

La politique migratoire européenne et le régime marocain sont tous les deux responsables du drame de Ceuta

Depuis le lundi 17 mai, plus de 8000 personnes migrantes ont franchi la frontière qui sépare le Maroc de l’enclave espagnole de Ceuta et près de la moitié ont déjà été refoulée dans le chaos. Sur fond de crise diplomatique, cette nouvelle tragédie est le symbole de la violence d’un système de dépendances néocoloniales imposé par les puissances européennes avec la connivence de ceux qui gouvernent au Maroc. Lire la suite

Fuir la misère… pour en trouver une autre

Prendre ses valises et quitter son pays pour construire un avenir meilleur, c’est facile à dire mais peu de personnes réussissent vraiment à le faire. J’ai quitté l’Afrique pour rejoindre l’Europe, là où les droits humains sont protégés. « L’Europe est le continent des droits humains ».

Cette phrase, vous pouvez l’entendre dans la bouche de toutes les personnes migrantes qui viennent d’arriver. Mais à peine quelques mois après être arrivées dans un pays européen, cette phrase commence à changer dans la tête de toutes les personnes migrantes qui rencontrent les premières difficultés administratives et financières, comme la difficulté d’obtenir un titre de séjour, de trouver un toit pour être à l’abri du froid. Tout cela entrave le droit de vivre tout simplement là où on se sent en sécurité. Alors, les personnes migrantes doivent parfois s’endetter pour accéder à certains droits, pour pouvoir par exemple payer les frais de procédure d’asile une fois arrivées dans un pays. Lire la suite

Travailleuses domestiques migrantes au Liban, le parcours de la dette

Au Liban, le travail domestique est majoritairement occupé par des femmes, principalement originaires d’Asie et d’Afrique, qui ont généralement dû s’endetter dans leur pays d’origine pour migrer. Une fois au Liban, ces dernières font face à des contraintes et des violences de traitement, en plus des difficultés financières qu’elles rencontrent pour survivre au quotidien. La crise économique qui accable actuellement le Liban accroit les besoins financiers de ces femmes qui n’ont parfois d’autres choix que de s’endetter à nouveau pour repartir, souvent dans leurs pays d’origine. C’est donc un parcours migratoire marqué par le joug de la dette qu’est celui de ces femmes en lutte. Lire la suite

Quelle est la part des facteurs environnementaux dans la croissance des migrations ?

Les causes visibles, connues

Quand un·e paysan·ne ne peut plus vivre de la terre qu’iel cultive parce que les conditions climatiques ont changé : sécheresses récurrentes, saisons des pluies raccourcies, déplacées, voire diluviennes avec inondations, que la montée de la mer noie les terres comme au Bangladesh, ou que les températures déjà élevées dans la région du Sahel sont devenues excessives, que fera-t-il ou elle ?

Quand l’environnement est fracassé par des coulées de boues, des pollutions dues à des extractions minières ou à des énergies fossiles, des barrages comme Belo Monte en Amazonie qui noie un millier de km2 et assèche les fleuves en aval, que les forêts sont rasées et brûlées (Amazonie, Indonésie) ou que les accaparements par la finance internationale et l’agriculture productiviste lui enlèvent sa terre et son eau, cela pour y implanter des cultures industrielles de soja, de canne à sucre ou d’hévéa, que fera l’habitant·e de ces régions pour nourrir sa famille ?

Quand un·e petit·e pêcheur/euse ne trouve plus de poissons parce que des bateaux-usines pour la pêche industrielle, venus d’Europe au large des côtes somaliennes ou des côtes d’Afrique de l’Ouest, des bateaux chinois dans le canal du Mozambique, ou ailleurs, ont anéanti la ressource halieutique, que fera-t-iel pour survivre ? Lire la suite

Le monde qu’ils préparent ressemble furieusement au monde d’avant. En pire !

note_arthuis3Le rapport Arthuis commandé par le gouvernement sur l’avenir des finances publiques contient une feuille de route pour diminuer les dépenses publiques, ces dépenses dont on a vu pourtant l’importance pour faire face à une crise comme celle due à la pandémie. La Note d’Attac et de la Fondation Copernic déconstruit les arguments avancés par le rapport qui sont la copie conforme des préconisations néolibérales habituelles. Elle présente des propositions pour engager une véritable réforme fiscale et pour mettre la politique monétaire au service d’une politique budgétaire résolument dirigée en faveur d’une transition sociale et écologique. En particulier, sortir de l’emprise des marchés financiers est devenu un impératif crucial ; c’est la raison pour laquelle le financement des investissements publics d’avenir par la banque centrale doit devenir possible. Lire la suite

Contre l’austérité programmée, le choix d’une politique fiscale progressiste

« Le gouvernement a donné mandat à la commission Arthuis de proposer des mesures pour une « remise en ordre des finances publiques », afin de rembourser la dette Covid, sans augmenter les impôts, grâce à « une gestion plus rigoureuse des dépenses publiques » et des « réformes structurelles ». Le gouvernement n’a pas seulement fixé le cadre, il prépare le terrain à une austérité budgétaire qui pourrait être dévastatrice : le ministre chargé des Comptes publics, Olivier Dussopt, a ainsi déclaré que « 2021 marque la sortie du “quoi qu’il en coûte” » annoncé en mars 2020 par Emmanuel Macron. Lire la suite

Les vrais séparatistes, ce sont les riches !

Chaque année un peu plus, ils font sécession avec le reste de la société.

La situation sanitaire se dégrade, les plans sociaux se succèdent, les inégalités et la pauvreté augmentent, le dérèglement climatique montre chaque jour ses effets… mais Emmanuel Macron et son gouvernement préfèrent pointer du doigt les « séparatistes » en alimentant les fantasmes islamophobes. Or, qui sont les vrais séparatistes ? Une multitude de travaux documentent comment les plus riches font sécession, à la fois spatialement, fiscalement, économiquement et sur le plan écologique !  Lire la suite

Pour un financement juste et pérenne des soins de santé pour toustes

Si les systèmes de soins de santé et leurs financements ne sont pas identiques en Belgique et en France, les politiques néo-libérales menées ont des conséquences similaires. Comparer les situations et les politiques est une nécessité pour mieux en comprendre les mécanismes et souligner les choix politiques effectués.

Dans cette analyse des « soins de santé » proposée par nos ami·es de Belgique, je souligne deux éléments : la prise en compte des effets de la dette de l’Etat sur les moyens de financement disponibles du secteur de la santé et la nécessité de mettre en place des audits citoyen tant au niveau de l’hôpital qu’à celui de l’Etat ou des collectivités territoriales. Lire la suite

L’endettement n’est pas qu’une question financière

« Ce document, publié à l’occasion du début de la législature 2019-2024, vise à présenter les constats partagés et les revendications communes de 39 collectifs et organisations à travers l’Europe sur l’enjeu des dettes publiques et privées et sur la nécessité d’un réel contrôle citoyen, tant sur les moyens de financement des États et la gestion des fonds publics, que sur les banques et autres institutions de crédit. Lire la suite

Droits humains dans le contexte de la pandémie de Covid-19

Le confinement a démontré l’importance du respect et de la mise en œuvre effective de tous les droits humains.

Le confinement (généralisé ou partiel) décidé progressivement par la quasi-totalité des gouvernements à l’échelle mondiale, suite à la pandémie de Covid-19 en cours depuis quelques mois, a démontré, si besoin est, l’importance du respect et de la mise en œuvre effective de tous les droits humains (civils, politiques, économiques, sociaux et culturels), tout en mettant en lumière de nombreuses violations de ces mêmes droits. Lire la suite

Covid-19 : bilan d’étape de la crise multidimensionnelle et pistes alternatives

La crise sanitaire est loin d’être résolue. Le système capitaliste et les politiques néolibérales ont joué un rôle fondamental à tous les stades. Il est utile de réaliser un premier bilan d’étape des derniers mois. Cette crise représente aussi l’occasion de prendre conscience de la nécessité de modifier radicalement la société dans son mode de vie, son mode de propriété, son mode de production et son rapport à la Nature. Seule l’auto-organisation et l’action populaire pourront permettre les changements nécessaires. Lire la suite

« Plus jamais ça ! » (plus texte Attac)

18 responsables d’organisations syndicales, associatives et environnementales appellent à préparer « le jour d’après »

En mettant le pilotage de nos sociétés dans les mains des forces économiques, le néolibéralisme a réduit à peau de chagrin la capacité de nos États à répondre à des crises comme celle du Covid. La crise du coronavirus qui touche toute la planète révèle les profondes carences des politiques néolibérales. Elle est une étincelle sur un baril de poudre qui était prêt à exploser. Emmanuel Macron, dans ses dernières allocutions, appelle à des « décisions de rupture » et à placer « des services (…) en dehors des lois du marché ». Nos organisations, conscientes de l’urgence sociale et écologique et donnant l’alerte depuis des années, n’attendent pas des discours mais de profonds changements de politiques, pour répondre aux besoins immédiats et se donner l’opportunité historique d’une remise à plat du système, en France et dans le monde. Lire la suite

Un autre projet de retraites est possible

La réforme des retraites voulue par le gouvernement constitue un changement de système, avec le passage à un régime unique, fonctionnant par points, ce qui, par construction, ne donne aucune garantie sur le futur montant de la pension. Surdéterminant tout, il est prévu un plafonnement des dépenses de retraite à leur niveau actuel, soit 13,8% du produit intérieur brut. Alors que la proportion de retraité·es dans la population va augmenter, limiter la part de la richesse produite qui leur revient signifie programmer leur appauvrissement par rapport à la population active.

Cette nouvelle réforme représente une rupture par rapport aux précédentes du fait de la modification structurelle du système, mais elle se situe néanmoins dans la même logique qui vise à diminuer les dépenses publiques et ouvrir la voie à la retraite par capitalisation. Nous refusons ce projet. Le système de retraites actuel doit être amélioré (1) et il est possible de le faire en harmonisant par le haut les différents régimes à partir de principes communs que nous mettons ici en débat (2). Nous présentons ensuite différentes pistes pour financer ces améliorations (3).

Ce qui suit doit être considéré comme des éléments de débat susceptibles d’être améliorés, notamment dans la troisième partie sur le financement. Lire la suite

Un président peu légitime, sourd et violent parle de démocratie

« Nous sommes une démocratie. Et une démocratie, c’est un système politique où l’on choisit nos dirigeants. C’est un système politique où l’on choisit les représentants qui auront à voter librement les lois qui régissent la société. […] Ça veut dire que la liberté du peuple et sa souveraineté sont reconnues. […] Dans une démocratie, on a un devoir de respect à l’égard de ceux qui représentent et portent cette voix, parce que précisément, on a le pouvoir de les révoquer. […] Une dictature, c’est un régime où une personne ou un clan décident des lois. Une dictature, c’est un régime où on ne change pas les dirigeants, jamais. […] La dictature, elle justifie la haine. La dictature, elle justifie la violence pour en sortir. Mais il y a en démocratie un principe fondamental : le respect de l’autre, l’interdiction de la violence, la haine à combattre ». Ces propos d’Emmanuel Macron à Radio J au retour de son voyage en Israël le 23 janvier 20201 reprennent ce qu’il a affirmé auparavant à plusieurs reprises2.

Emmanuel Macron cherche ainsi de manière répétitive à nous convaincre que les manifestations des Gilets jaunes comme du mouvement actuel contre son projet de réforme des retraites sont inadmissibles dans notre système démocratique. Il estime en effet que la démocratie consiste à choisir ses représentants, puis à les laisser agir comme ils l’entendent (« librement »), et à les sanctionner éventuellement à la prochaine élection. Il n’y a alors aucune place pour « la haine, la violence et l’irrespect » que seule justifie la dictature.

C’est une conception très particulière de la démocratie et une analyse pour le moins biaisée de notre système politique et de son fonctionnement actuel. Même dans le cadre parfaitement contestable de la Constitution de la 5e République, cela pose en effet quelques questions quant à la sincérité des dernières élections présidentielles, au degré de légitimité du président de la République, quant au respect par ce dernier de son programme électoral, quant à la nécessité de valider en permanence la légitimité du pouvoir, quant à la légitimité de la violence d’État comme de celle des citoyens. Lire la suite