Son plafond est notre plancher

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Barcelone. Une jeune fille Araceli. Une écrivaine Alba Cambó. Lina Wolff croise des parcours, nous offre une multitude d’histoires enchevêtrées. Les un·es et les autres parlent d’elleux et d’autres, entre vérité banale et « toboggan vers l’inconnu », entre les vivre et la mort. Les journées se suivent ou se dispersent, « Soudain la journée dégringole, privée de grâce, comme une corneille qui aurait du plomb dans l’aile », la tumeur est là, elle serait maligne…

Les fils tissés par l’autrice nous entraine autant dans le réel sordide du quotidien que dans les fantasmes imagés. Les colorations choisies sont le plus souvent épicées d’un ludique regard féministe, le monde des hommes est grotesque et brutal. Des histoires écoutées ou narrées, des tensions « comme une révolte intérieure longuement contenue contre les murs couleur bouillie », des nouvelles d’Alba Cambó comme des inserts – brisant ou orientant le récit -, des odeurs comme « ce relent de vielle couverture sale », les maisons et la pourriture des occupants, « Se laisser enfermer entre les murs, c’est favoriser en soi-même l’éclosion de la moisissure »…

Des pères de substitution et le choix d’une femme, des amours et des illusions, les morceau de biographie de certain·es, le moment où tout est fini, la cécité des hommes, l’orgueilleuse de Poitiers, les roses délicates et les solides plantes en pot, l’assèchement du marécage d’un cerveau, deux professeurs de français, des déshabillages verbaux, le palmarès cumulé du genre masculin, les vêtures voyantes et celles qui doivent « porter un tailleur de la même couleur que le papier peint des murs entre lesquels se déroule sa mission », la louche personnelle à la marmite du malheur, des chiens et des vendeurs de bois…

Lina Wolff interroge la vie à deux avec une ironie mordante, la flopée de proverbes et de lieux communs, l’éclairage diurne ou nocturne, « Une pièce plongée dans le noir, c’est exactement comme une pièce éclairée. La seule différence, c’est qu’on a éteint le plafonnier », les verres de réconfort, les failles par où entre la lumière, les recoins…

« Alba Cambó est morte dans une chambre aseptisée et artificiellement éclairée de l’hôpital San Rafael de Barcelone, l’une de ces chambres dont l’unique fonction est de permettre aux gens de mourir sans être dérangés par le monde extérieur ». Laissez-vous entrainer dans ce tourbillon littéraire sans avoir peur de savoir de quoi la tumeur peut-être le nom, sans craindre d’en perdre le fil, sans crainte de vous retrouver face à vous-même…

Lina Wolff : Bret Easton Ellis et les autres chiens

Traduit du suédois par Anna Gibson

Editions Gallimard, Paris 2019, 310 pages, 21,50 euros

Didier Epsztajn

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