Il faut des actes forts pour arrêter les agressions israéliennes contre le peuple palestinien (+ autres textes)

Appel rassemblement du 12052021A

Appel rassemblement du 12052021B

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Arrestation du président de l’Association France Palestine Solidarité

https://www.lecourrierdelatlas.com/arrestation-du-president-de-lassociation-france-palestine-solidarite/

Le président de l’Association France Palestine Solidarité (AFPS) Bertrand Heilbronn a été arrêté, ce mercredi 12 mai 2021.

Il est presque 19h ce mercredi 12 mai quand le président de l’Association France Palestine Solidarité (AFPS) Bertrand Heilbronn, 71 ans, est interpellé par la police à sa sortie du Quai d’Orsay. Menotté, il a été emmené au commissariat du 7ème arrondissement de Paris.

En compagnie d’Elsa Faucillon, députée communiste des Hauts-de-Seine, de Sabine Rubin, députée LFI et de la sénatrice écolo Raymonde Poncet, ils viennent d’échanger avec un responsable du ministère des Affaires étrangères à propos des évènements dramatiques qui secouent en ce moment les territoires palestiniens. Motif de son arrestation ? Avoir appelé à manifester devant le métro Invalides. Un rassemblement en soutien au peuple palestinien.

Plus tôt vers 16h, quelques centaines de manifestants s’étaient réunis devant le métro Invalides à Paris, pour dénoncer les exactions commises par l’armée israélienne ces derniers jours, d’abord sur l’Esplanade des Mosquées vendredi 7 mai où près de 180 Palestiniens ont été blessés.

Pour protester également contre les menaces d’expulsion de leur maison de familles palestiniennes résidant à Sheikh Jarrah, un quartier arabe de Jérusalem. A Gaza, vingt personnes sont mortes dans les raids israéliens, dont neuf enfants dans la nuit de lundi à mardi.

L’arrestation de Bertrand Heilbronn serait motivée par le fait que la préfecture aurait interdit la manifestation quelques heures avant qu’elle ne débute.

« Je ne comprends pas vraiment pourquoi Bertrand Heilbronn a été arrêté. C’est inadmissible. La réunion au Quai d’Orsay s’est passée cordialement, même si concrètement, il n’y a aucune grande nouvelle », témoigne Elsa Faucillon la députée.

En plus de l’AFPS, d’autres organisations avaient elles aussi appelé au rassemblement, comme l’UJFP (l’Union Juive pour la Paix) mais aussi le Parti communiste.

Le président de l’Association France Palestine Solidarité Bertrand Heilbronn a été placé en garde à vue. Joint, le commissariat du 7e de Paris n’a pas répondu à notre demande d’interview.

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Le président de l’AFPS en garde à vue :
il doit être remis en liberté immédiatement

Ce mercredi 12 mai peu avant 19 heures, le président de l’Association France Palestine Solidarité (AFPS), Bertrand Heilbronn, 71 ans, a été arrêté à la sortie du Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères où il avait été reçu par un conseiller du Ministre au sein d’une délégation comprenant des parlementaires, des représentants associatifs et syndicaux.

Ironie de l’histoire : ce sont les policiers qui ont escorté la délégation jusqu’au lieu du rendez-vous, qui ont ensuite arrêté Bertrand Heilbronn à la sortie de l’entretien.

Nous exigeons sa remise en liberté immédiate !

L’AFPS avait fait une déclaration de manifestation appelant, dans le cadre du Collectif pour une paix juste et durable entre Palestiniens et Israéliens, à un rassemblement de soutien au peuple palestinien.

La préfecture de Paris, de manière totalement inédite, avait interdit ce rassemblement alors que jamais il n’y a eu le moindre problème pour les manifestations que nous avons toujours organisées en lien avec les autorités.

L’AFPS avait informé par tous moyens de l’interdiction. Bertrand Heilbronn et les responsables d’associations étaient présents pour informer ceux qui se présentaient de l’interdiction et faire en sorte que les choses se passent le mieux possible.

De fait, à part la restriction de la liberté d’expression, les choses se sont passées sans aucun problème : aucun trouble à l’ordre public.

Quel est ce pouvoir qui cueille à la sortie d’un ministère le président d’une association défendant le droit et les droits humains, juste après l’avoir reçu, lui signifie sa garde à vue, le menotte à un banc à son arrivée au commissariat ?

L’interdiction de cette manifestation nous amenait à dire – ce que nous savions déjà – que la liberté d’expression et les libertés publiques sont en danger dans notre pays, mais cette arrestation nous amène à dire qu’un seuil a été franchi.

Demain, dans la semaine, la semaine prochaine, les groupes locaux de l’Association France Palestine Solidarité, aux côtés de leurs partenaires, organisent des rassemblements de solidarité avec les Palestiniens de Jérusalem, de Gaza qui sont sous le feu de l’armée d’occupation israélienne. Ce ne sont pas des méthodes dictatoriales qui nous empêcherons de le faire.

Si les inconditionnels du gouvernement israélien pensent nous faire taire et nous intimider avec de tels procédés, ils se trompent.

Nous sommes du côté du droit, ils le savent et c’est ce qui fait notre force. Nous exigeons la remise en liberté immédiate du président de notre association.

Le bureau national de l’AFPS

Le 12 mai 2020

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Répression des Palestiniens de Jérusalem-Est :
la Belgique doit agir !

La répression des civils palestiniens se poursuit impitoyablement à Jérusalem-Est. La diplomatie belge doit agir pour y faire mettre fin et faire cesser les politiques d’apartheid et de colonisation qui en sont la cause première.

Depuis plusieurs semaines, militants suprémacistes juifs et autorités israéliennes multiplient les actes de provocation et de violence contre les Palestiniens de Jérusalem-Est. Ce lundi 10 mai, anniversaire de la conquête israélienne de la ville en 1967, le tempo de ce pas de deux s’est dramatiquement accéléré. L’armée israélienne a ainsi lourdement réprimé les rassemblements de milliers de manifestants venus rappeler l’illégalité de l’annexion de Jérusalem-Est, toujours composée majoritairement de Palestiniens. Bilan : plus de 300 blessés, dont plusieurs graves, qui s’ajoutent aux centaines déjà recensés depuis le début des violences. Pour la seconde fois en quelques jours, l’armée a également fait irruption dans la mosquée Al-Aqsa pour en chasser les fidèles pacifiques, n’hésitant pas à recourir aux tirs de balles en caoutchouc, aux gaz lacrymogènes et aux grenades assourdissantes, y compris dans la partie réservée aux femmes.

Comme nous le dénoncions dans notre communiqué du 27 avril, ce climat de terreur doit être compris à la lumière de la politique de nettoyage ethnique orchestrée par l’occupant sur la population palestinienne de la ville afin de renforcer la majorité juive de cette dernière. C’est également au regard de cette politique que doit être lu l’événement qui a mis le feu aux poudres : l’annonce de l’expulsion imminente de plus de 300 Palestiniens des leurs demeures dans le quartier de Sheikh Jarrah au profit de colons juifs extrémistes. Le fait qu’Israël présente ce cas comme un simple différend immobilier ne trompe personne : les expropriations de Palestiniens sont légion et s’inscrivent dans une politique généralisée de persécution visant à les pousser au départ, pratique qui relève du crime d’apartheid.

Dans ce contexte délétère, la communauté internationale se doit d’agir de toute urgence pour assurer la protection des Palestiniens du territoire occupé.

« La Belgique doit condamner tant les symptômes que représentent les événements dramatiques des derniers jours, que ses causes profondes que sont les politiques d’apartheid et de persécution qui concernent l’ensemble des Palestiniens », déclare Pierre Galand, président de l’Association belgo-palestinienne « Elle doit réévaluer au plus vite l’ensemble de ses partenariats avec Israël, comme le recommande Human Rights Watch dans son récent rapport attestant de la réalité de l’apartheid en Israël/Palestine, et instaurer des sanctions contre Israël jusqu’à ce que celui-ci se conforme à ses obligations au titre de puissance occupante ».

Nous sommes invités à manifester notre solidarité avec les Palestiniens victimes d’une nakba (un nettoyage ethnique) qui n’en finit pas, à protester contre la répression sanglante dont ils sont victimes et à exiger une réaction très ferme des autorités belges.

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Protéger les Palestiniens de Jérusalem, la France doit agir

Lettre à Emmanuel Macron

Monsieur le Président de la République,

Jérusalem est, depuis près d’un mois, le théâtre d’événements graves, dont l’escalade, si elle se poursuivait, pourrait menacer la paix dans la région, voire dans le monde.

Tout a commencé par l’interdiction faite aux Palestiniens par la police israélienne d’accéder à la place de la Porte de Damas depuis le début du ramadan, suivie des « ratonnades » perpétrées par quelques centaines de militants juifs d’extrême droite et ultra-orthodoxes aux cris de « mort aux Arabes ». Cette chasse aux Palestiniens a bénéficié de la complicité à peine masquée d’une partie de la police de Jérusalem. Le député kahaniste Itamar Ben Gvir en a profité pour accélérer la tentative de spoliation de treize maisons arabes du quartier de Sheikh Jarrah sur lesquelles la Cour suprême a reporté son verdict. Face à la résistance des Palestiniens, mobilisés en période de fin de Ramadan, la police a pénétré sur l’Esplanade des mosquées et jusqu’au sein d’Al-Aqsa, où elle a frappé et gazé des fidèles.

Ces provocations ne sont pas le fait d’individus isolés : leurs acteurs se réclament de partis officiellement alliés avec Benyamin Netanyahou, qu’il s’agisse des partis ultra-orthodoxes partie prenante de longue date de ses coalitions gouvernementales, ou du Parti sioniste religieux récemment recruté par le Premier ministre et qui comprend des héritiers du rabbin Meir Kahane et de sa formation interdite pour « racisme » par la Knesset en 1994. Quant à la police de Jérusalem, elle est dirigée, selon la presse israélienne, par un fidèle du chef du Likoud.

Jusqu’où le Premier ministre israélien est-il prêt à aller pour sauver son pouvoir, désavoué par quatre élections anticipées en deux ans ? L’explosion de Jérusalem coïncide avec la tension croissante entre Tel-Aviv et Téhéran, dont l’armée et les Services israéliens ont bombardé plusieurs tankers et saboté par deux fois la centrale nucléaire de Natanz. Tout se passe comme si Benyamin Netanyahou voulait faire échouer les négociations en cours – avec les encouragements de l’Union européenne, de la Russie et de la Chine – entre la nouvelle administration américaine et les dirigeants iraniens pour revenir à l’accord du 14 juillet 2015 sur le nucléaire.

Nul ne comprendrait que la France, membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, qui se veut acteur majeur de la diplomatie européenne et trait d’union avec le Sud, continue à se taire ou, pire, à renvoyer dos à dos agresseurs et agressés. Le président américain Joe Biden a appelé les autorités israéliennes à renoncer à toute escalade. De nombreux leaders européens en ont fait autant. Même les dirigeants arabes engagés dans une normalisation avec Israël dénoncent les violences commises dans le troisième Lieu saint de l’islam.

La parole est à vous, Monsieur le Président :

  • pour exiger du Premier ministre israélien qu’il mette fin aux provocations de ses alliés extrémistes et de sa police à Jérusalem ;

  • pour appeler la Cour suprême d’Israël à respecter le droit international et notamment à interdire les spoliations de biens palestiniens dans la partie orientale de la ville ;

  • pour appeler le Conseil de sécurité de l’ONU à envisager toutes les actions et sanctions nécessaires afin d’appliquer ses résolutions et d’éviter tout nouvel embrasement en Israël-Palestine comme dans le Golfe ;

  • pour envoyer immédiatement le ministre des Affaires étrangères sur place et dans les capitales des États voisins pour informer directement chacun de la position de la France.

Avec l’assurance de notre haute considération,

Premiers signataires :

Patrick Appel-Muller, ancien directeur de la rédaction de L’Humanité

Jean-Christophe Attias, directeur d’études à l’EPHE (Université PSL)

Eliane Assassi, sénatrice 

Manon Aubry, députée européenne.

Clémentine Autain, députée

René Backmann, journaliste à Mediapart

Bertrand Badie, professeur émérite des Universités (Sciences Po Paris)

Françoise Basch, professeur émérite des Universités (Paris Diderot)

Esther Benbassa, sénatrice

Simone Bitton, cinéaste

Taha Bouhafs, journaliste

Rony Brauman, médecin, essayiste

Jean-Paul Chagnollaud, Professeur émérite des universités

Monique Chemillier-Gendreau, professeur émérite de droit public et de sciences politiques à l’université Paris-Diderot

Alice Cherki, psychanalyste.

Laurence Cohen, sénatrice

Éric Coquerel, député

David Cormand, député européen

Sonia Dayan, sociologue

Laurence De Cock, historienne

Elsa Faucillon, députée

Bernard Frederick, rédacteur en chef de La Presse nouvelle magazine

Fabien Gay, sénateur

François Gèze, éditeur

Jérôme Gleizes, conseiller de Paris

Alain Gresh, directeur du journal en ligne Orient XXI

Bertrand Heilbronn, président de l’AFPS

Hubert Julien-Laferrière, député

Daniel Junqua, journaliste honoraire

Daniel Kupferstein, cinéaste

Claude Léostic, présidente d’honneur de la Plateforme des ONG pour la Palestine

Yves Aubin de La Messuziere, ancien ambassadeur de France

Mathilde Larrère, historienne

Pierre Laurent, vice-président du Sénat, sénateur de Paris

Jean-Claude Lefort, député honoraire, président d’honneur de l’AFPS

François Leroux, président de la Plateforme des ONG pour la Palestine

Catherine Lévy, sociologue

Gilles Manceron, historien

Pablo Pillaud-Vivien, responsable éditorial de Regards

Raymonde Poncet, sénatrice

Thomas Portes, porte-parole de Génération.s

Bernard Ravenel, président d’honneur de l’AFPS

Vincent Rebéroux, vice-président de la Ligue des droits de l’homme,

Gilbert Roger, sénateur, président du groupe d’amitié France-Palestine 

François Ruffin, député

Malik Salemkour, président de la Ligue des droits de l’homme.

Mounir Satouri, député européen

Denis Sieffert, éditorialiste à Politis

Taoufiq Tahani, président d’honneur de l’AFPS

Aurélie Trouvé, porte-parole d’ATTAC

Thomas Vescovi, chercheur indépendant

Dominique Vidal, journaliste et historien

Sylviane de Wangen, ancienne présidente de France Terre d’Asile

Francis Wurtz, ex- parlementaire européen, président du groupe de la Gauche unitaire européenne-Gauche verte nordique

https://www.change.org/p/emmanuel-macron-protéger-les-palestiniens-de-jérusalem-la-france-doit-agir?

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La lutte pour la préservation de l’identité palestinienne dans ce quartier de Jérusalem-Est est emblématique d’une longue histoire d’exil forcé, d’expropriations et de colonisation israélienne.

« Nous sommes en train de devenir invisibles à Jérusalem, relégués en dehors de la ville, hors de vue, cachés derrière des murs de béton, derrière Kafr Aqab. Mais nous luttons pour rester visibles et nous n’irons nulle part en silence. » Jalal Aboukhater, un écrivain de 26 ans, vient de Beit Hanina, quartier palestinien au nord de Jérusalem, à proximité de Ramallah. Lorsqu’il évoque Kafr Aqab, il fait référence à un faubourg arabe qu’Israël considère comme faisant partie de Jérusalem mais qu’il a, dans le sillage de la seconde intifada, progressivement isolé de la Ville sainte par une barrière en béton, l’ancrant alors géographiquement en Cisjordanie, au nom de la lutte contre le terrorisme.Depuis l’adolescence, et avec plus de vigueur encore aujourd’hui, Jalal Aboukhater participe aux mobilisations qui visent à soutenir et défendre les résidents palestiniens d’un autre quartier de l’est de Jérusalem, l’emblématique Cheikh Jarrah, en ébullition depuis plusieurs semaines. Alors que Jérusalem-Est s’est transformée, depuis le début du ramadan, en terrain d’affrontements entre Palestiniens et policiers israéliens qui leur bloquent l’accès aux lieux de culte ; tandis que des groupes israéliens d’extrême-droite n’hésitent pas à harceler la population arabe de la ville en appelant à son expulsion, le cas de Cheikh Jarrah vient s’ajouter à une situation déjà explosive. Dans le collimateur de la colère palestinienne, le sort de quatre familles – les al-Kurd, Iskafi, Qassim et Jaouni – dont un tribunal israélien a exigé l’expulsion au début de l’année, en épousant les arguments des associations de colons juifs s’arrogeant des droits de propriété dans le quartier. Pour les Jérusalémites palestiniens, c’est la preuve ultime des desseins israéliens visant à éradiquer leur présence dans la ville. Dans leur ville. Si les quatre familles attendaient aujourd’hui la décision de la Cour suprême, la justice israélienne a toutefois préféré annuler l’audience prévue, prétextant un calendrier peu propice : le 10 mai est pour Israël la « Journée de Jérusalem », qui commémore l’annexion de la ville par l’État hébreu en 1967. Pour les quatre familles menacées, deux choix semblent se dessiner pour l’heure : livrer leurs maisons aux colons ou parvenir à un accord en payant un loyer et en les reconnaissant comme propriétaires fonciers.

« Des colons occidentaux »

Aujourd’hui, le quartier de Cheikh Jarrah abrite plus de 300 000 Palestiniens et près de 210 000 colons israéliens. Considérées comme illégales selon le droit international – qui défend toujours le paradigme des deux États, avec Jérusalem-Ouest comme capitale israélienne et Jérusalem-Est comme capitale palestinienne – ces colonies sont vivement encouragées par l’État hébreu pour qui toute la ville doit lui revenir. Les scènes de violence actuelles dans les rues sont les plus significatives depuis 2017. Vendredi soir, plus de 220 personnes, en très grande majorité palestiniennes, ont été blessées sur l’esplanade des Mosquées, là où les Palestiniens se rassemblent souvent en nombre pour partager l’iftar.

« Nous connaissons tous Cheikh Jarrah. C’est un quartier que nous traversons tous, lorsque nous allons vers la Vieille Ville et vers la mosquée al-Aqsa », explique Jalal Aboukhater. Les lieux abritent une mosquée et une tombe éponyme datant du XIIe siècle – cheikh Jarrah ayant été l’un des médecins de Saladin –, plusieurs missions diplomatiques et bureaux d’organisations internationales, ainsi que le site du tombeau de Siméon le Juste, grand prêtre vénéré par les juifs ultraorthodoxes et souvent invoqué pour défendre les projets d’expansion coloniale.Depuis plusieurs décennies, les habitants palestiniens du quartier sont confrontés aux manœuvres des colons visant à prendre possession des lieux et à les extraire de leur héritage arabe. Dans les années 70, des organisations de colons ont ainsi intenté une action en justice, clamant que la zone appartenait à l’origine à des familles juives et cherchant depuis par tous les moyens à en expulser de force les familles palestiniennes qui y vivent. C’est ainsi que Cheikh Jarrah apparaît comme le miroir grossissant de ce chemin de croix qui n’en finit pas pour les Jérusalémites palestiniens, le récit de la lente dépossession d’une population, dépouillée de son « indigénéité », renvoyée à un statut d’« invitée ». « Il y avait par le passé, avant 1948, un petit quartier juif, abritant principalement des juifs yéménites. Mais aujourd’hui, ce sont de nouveaux colons, majoritairement ashkénazes, occidentaux. On trouve des Français, des Américains, qui sont très religieux et nationalistes et qui veulent rendre leur présence aussi visible que possible au milieu de nos quartiers palestiniens », confie Jalal Aboukhater.

Pour nombre de Palestiniens, le quartier est doublement symbolique, abritant d’un côté les douloureux murmures de l’exil forcé d’hier ; témoin de l’autre d’une Nakba qui n’en finit plus, exacerbée par la violence des discours des colons. « Je veux que Jérusalem soit juive », confiait au New York Times Yonatan Yosef, ancien porte-parole des colonies de Cheikh Jarrah, dans l’édition du 7 mai. « Cette terre appartient à la nation juive, au peuple juif. » En réalité, le district compte parmi les extensions les plus précoces des quartiers arabes de Jérusalem en dehors des remparts de la ville, à la fin du XIXe siècle. « En raison de la sécurité renforcée mise en place par les Ottomans, les familles de notables musulmans se sont déplacées vers le nord de la ville et les classes moyennes musulmanes, chrétiennes et juives vers l’Ouest », note Salim Tamari, rédacteur en chef du Jerusalem Quarterly et de Hawliyyat al Quds ainsi que professeur de sociologie à l’Université de Birzeit. Un grand tournant aura lieu dans le sillage de l’exode de 1948 : les habitants palestiniens de trente-neuf villages situés dans la zone ouest de Jérusalem sont expulsés vers l’est de la ville, bien qu’à l’époque les termes « ouest » et « est » n’étaient pas de mise. Plus généralement, dans la partie orientale de la ville, alors sous le contrôle de la Jordanie, des familles palestiniennes expulsées des villes et villages situés aujourd’hui dans ce qui est devenu Israël, se sont installées à Cheikh Jarrah. Ainsi, en 1956, 28 familles de réfugiés palestiniens expulsées de leurs foyers dans les villes côtières de Jaffa et Haïfa en 1948 ont pu trouver refuge dans le secteur de Karm al-Jaouni à Cheikh Jarrah, grâce à un accord entre le royaume hachémite et l’agence des Nations unies pour les réfugiés (UNRWA). Selon celui-ci, ces familles pouvaient obtenir des titres fonciers à leur nom après trois années passées sur les lieux, en contrepartie de quoi elles devaient renoncer au statut de réfugié.

Cependant, la guerre de 1967 aboutit à l’occupation israélienne de Jérusalem-Est – annexée de manière unilatérale en 1980 – de la Cisjordanie et de Gaza. « Il y a deux points symboliques qu’il est nécessaire de souligner. Si l’on prend l’exemple de la Vieille Ville, celle-ci abritait un quartier juif important mais seule une famille sur 2000 a réclamé un droit de propriété. Les autres 1999 familles qui ont déménagé là sont canadiennes, américaines, françaises ou russes et n’ont aucun lien avec celles qui vivaient là avant. Cela vaut pour Cheikh Jarrah comme pour le reste de Jérusalem », souligne Salim Tamari. « D’autre part, les mêmes familles qui ont perdu leurs propriétés à Jérusalem-Ouest et se sont réfugiées à Jérusalem-Est, y compris à Cheikh Jarrah, ne sont, elles, pas autorisées à réclamer les propriétés confisquées à l’Ouest », poursuit-il.

« Mon père ne peut pas la réclamer »

Huda al-Imam est née il y a une soixantaine d’années à Cheikh Jarrah. À l’hôpital Saint-Joseph plus précisément. Son héritage et son vécu sont indéniablement ancrés à cette terre. « Mon arrière-grand-père, Youssef al-Seddik, était un soufi et un imam à la mosquée al-Aqsa. C’est là-bas qu’il a été enterré, à la porte Faycal », raconte celle qui, en 1998, a fondé le centre d’études sur Jérusalem de l’Université al-Qods. Avec le développement de la Vieille Ville de Jérusalem, le père de Huda al-Imam avait, comme beaucoup de Jérusalemites, commencé à s’investir davantage dans la nouvelle ville, celle que l’on associe aujourd’hui à la partie occidentale de Jérusalem et où, avant la Nakba, de nombreuses familles musulmanes et chrétiennes palestiniennes s’étaient installées. « En 1941, mon père n’était pas encore marié et voulait faire plaisir à ses parents. Alors il a acheté un terrain à Talbiya dans ce que l’on appelle la colonie grecque qui fait face à la colonie allemande où sa famille avait construit une maison dans les années 20 », explique Huda al-Imam. Mais après 1948 et dans le sillage notamment du massacre de Deir Yassine le 9 avril, tous sont expulsés de chez eux. Dix ans plus tard, son père construit une maison à Cheikh Jarrah, celle que Huda al-Imam habite jusqu’à aujourd’hui. Son combat quotidien est double : lutter contre l’effacement de l’identité palestinienne à l’Est, rappeler ce que fut l’identité palestinienne à l’Ouest. Cette demeure située dans le quartier de Talbiya à Jérusalem-Ouest, elle ne l’a jamais oubliée. Elle se souvient parfaitement de cette escapade post-67 avec son père : traverser la ligne verte de Cheikh Jarrah jusqu’à la colonie grecque en passant par le quartier ultraorthodoxe de Mea Sharim, puis par la colonie allemande. Une fois arrivée, tenter d’avoir une vue plongeante sur la maison. « Cette scène m’a profondément marquée. Je devais avoir sept ans. La personne qui vivait dans notre maison est sortie avec son chien, elle parlait yiddish et essayait d’expliquer à mon père qu’il n’avait pas le droit d’entrer dans le jardin », se souvient Huda al-Imam. Selon les travaux de Salim Tamari, près de 77% des propriétés situées du côté ouest de Jérusalem appartenaient aux Palestiniens, chrétiens comme musulmans, avant 1948. Mais la loi israélienne sur la Propriété des absents de 1950 et celle de 1953 sur l’Acquisition foncière érigent les réfugiés et déplacés palestiniens au rang d’« absents », placent dans un premier temps leurs biens sous l’autorité d’un conservateur avant de les transférer à l’autorité du développement en charge de les vendre à l’État ou au Fonds national juif. « Ma famille a une maison dans le quartier de Katamon, dans la partie ouest de la ville. Mais mon père ne peut pas la réclamer, même si nous possédons tous les papiers pour cela », dénonce Jalal Aboukhater. « En revanche, si les cours de justice israéliennes tombent sur le moindre design ou artifice qui leur apparaît comme juif, si elles font face à n’importe quelle revendication foncière fondée sur l’identité juive, alors elles soutiennent l’expulsion des familles palestiniennes et donnent les clés aux colons israéliens. »

« Jérusalem a déjà voté »

Huda al-Imam comme Jalal Aboukhater sont aujourd’hui pleinement investis dans le mouvement de contestation qui s’est emparé des rues de Jérusalem. Et tous deux gardent en mémoire le vif souvenir de précédentes vagues d’expulsions. À l’orée des années 2000, 43 Palestiniens avaient ainsi été évincés de force de leurs foyers. En 2008, une partie de la famille al-Kurd avait subi le même sort, suivie, en août 2009, par les familles Hanoun et Ghawi, puis par la famille Shamasneh en 2017. « En 2008, quand ils ont expulsé la famille al-Kurd, celle-ci est restée pendant quarante jours, à Cheikh Jarrah, sous une tente que les policiers venaient détruire régulièrement. Alors, en réponse, on a érigé un tente sur le rond-point de Talbiya pour revendiquer le droit de revenir dans nos maisons d’origine à l’Ouest », se souvient Huda al-Imam.Malgré la colonisation israélienne d’abord, malgré, ensuite, les intrigues de l’Autorité palestinienne à qui de nombreux résidents palestiniens de Jérusalem reprochent l’exploitation de leur calvaire pour mieux justifier le report des scrutins nationaux initialement prévus à partir du 22 mai, Huda al-Imam semble transportée par la force d’une nouvelle génération à l’avant-poste de la lutte. « C’est la première fois que je sens avec une telle puissance cette identité palestinienne unie contre l’occupation, bien que les Israéliens mettent beaucoup d’énergie à éradiquer notre identité. Peut-être sommes-nous très éloignés de la possibilité d’un État, mais nous formons assurément une nation », dit-elle. « Et même si la classe politique a peut-être bloqué les élections pour éviter de perdre, Jérusalem a en fait déjà voté. »

Soulayma Mardam Bey

https://www.france-palestine.org/Cheikh-Jarrah-ou-l-histoire-d-une-interminable-depossession

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« Israël choisit la violence »

De la répression à Sheikh Jarrah [quartier palestinien de Jérusalem-Est, à 2 kilomètres au nord de la vieille ville] au bombardement de Gaza, le gouvernement israélien a choisi d’intensifier sa pratique de brutalité envers les Palestiniens. L’escalade de la violence à travers Israël-Palestine ces derniers jours est principalement le résultat d’un certain nombre de choix faits par le gouvernement israélien.

Bien que cette violence soit loin d’être sans précédent dans notre région, et qu’elle soit inhérente aux politiques d’oppression d’Israël depuis des décennies, ces choix servent en fin de compte les intérêts du premier ministre Benyamin Netanyahou [il n’a pas réussi à former un gouvernement] qui se bat désespérément pour sauver sa carrière politique et éviter un éventuel séjour derrière les barreaux.

Les choix dangereux ont commencé sérieusement avec le début du mois sacré musulman du Ramadan, lorsque les autorités israéliennes ont pris la décision inconcevable de placer de nouveaux points de contrôle improvisés à l’entrée de la porte de Damas [qui sert alors de place de rassemblement pour des Palestiniens] dans la vieille ville de Jérusalem. Elles ont ensuite attaqué les Palestiniens qui s’y étaient rassemblés pour profiter de la rupture du jeûne quotidien avec leurs amis et leur famille. Il en a résulté deux semaines de violences policières et une réponse ferme des manifestants palestiniens pour que la police fasse marche arrière.

Pendant ce temps, la reprise des manifestations hebdomadaires et des veillées quotidiennes dans le quartier de Sheikh Jarrah à Jérusalem-Est, pour protester contre l’expulsion forcée des familles palestiniennes qui s’y trouvent, a vu la police utiliser une force brutale contre les résidents et les manifestants. Comme le rapporte Oren Ziv de +972, la police a intensifié sa brutalité dans un quartier qui est devenu un symbole majeur de la dépossession palestinienne.

À Sheikh Jarrah, Israël tente de remettre entre des mains juives des terres et maisons qui auraient appartenu à des Juifs avant 1948. Pour ce faire, le gouvernement expulse les familles palestiniennes qui possédaient des terres avant 1948 dans ce qui est devenu Israël, sans leur permettre de récupérer les terres qu’elles ont perdues pendant la Nakba. Il est difficile de trouver une forme plus flagrante de discrimination raciste.

Ces dernières années, les jets de pierres et les affrontements autour de la mosquée Al-Aqsa sont devenus monnaie courante pendant le Ramadan. Souvent, elles se terminaient aussi vite qu’elles avaient commencé, la police décidant de laisser décliner les protestations. Cette fois-ci, la police a opté pour une violence massive, blessant plus de 300 Palestiniens sur le Haram al-Sharif/Mont du Temple au cours des derniers jours. Parmi eux, un certain nombre de journalistes, dont Faiz Abu Rmeleh – membre du collectif Activestills et collègue de +972 – qui a été à la fois touché par des balles en caoutchouc entourant du métal et battu par la police.

Mais la violence policière ne s’est pas arrêtée là: les forces sont entrées dans la mosquée Al-Aqsa et ont lancé des grenades assourdissantes sur les Palestiniens qui s’y trouvaient. Le symbolisme de policiers armés écrasant des tapis de prière et attaquant des fidèles dans l’un des sites les plus sacrés de l’islam, et pendant son mois le plus sacré, était évident pour tous. Et cela n’aurait pas pu se produire sans que quelqu’un prenne la décision délibérée de se livrer à des actes aussi extrêmes.

Lorsque des citoyens palestiniens d’Israël ont organisé des bus pour venir prier à Al-Aqsa et la protéger, les autorités ont répondu en fermant les routes 1 et 443. Ce faisant, elles ont empêché des milliers de musulmans, qui faisaient le jeûne, de se rendre à Jérusalem pour y exercer leur liberté de culte. Et les forces de police lançaient des grenades assourdissantes sur ceux qui continuaient à défiler malgré les directives de la police. La police a expliqué sa décision en affirmant qu’elle voulait empêcher 20 « meneurs » potentiels d’atteindre la capitale. Même les journalistes israéliens traditionnels, qui sont souvent heureux de régurgiter le récit officiel du gouvernement, ont mis en doute la validité de cette affirmation.

Comme si cela ne suffisait pas, le mois dernier, des extrémistes d’extrême droite de l’organisation raciste Lehava [1] sont apparus à Sheikh Jarrah, à la porte de Damas et dans le centre de Jérusalem. Ils ont été soutenus par le député kahaniste Itamar Ben-Gvir [se référant au rabbin d’extrême droite Meir Kahane, dont le parti Kach fut interdit en Israël] et le maire adjoint de Jérusalem Aryeh King qui a publiquement souhaité la mort [il avait reçu une balle dans le dos et Aryeh King, filmé, regrettait que la balle ne l’ait pas frappé au front] d’un activiste palestinien éminent à Sheikh Jarrah, la semaine dernière.

Deux semaines après les événements de Sheikh Jarrah et de la Porte de Damas, le président Mahmoud Abbas a annoncé qu’il annulait les élections palestiniennes. La raison officielle était la décision d’Israël d’empêcher les Palestiniens de Jérusalem d’y participer, en violation des accords d’Oslo. Pourtant, cette décision était clairement destinée à servir les intérêts d’Abbas et, comme l’ont fait valoir de nombreux militants politiques palestiniens, il était encore possible et peut-être même nécessaire de tenir les élections indépendamment de l’exclusion de Jérusalem.

Bien qu’il s’agisse d’une question intra-palestinienne, Israël aurait pu annoncer qu’il agissait conformément à ses obligations dans le cadre d’Oslo, qu’il respectait les principes démocratiques et qu’il autorisait les Palestiniens de Jérusalem à voter. Il a choisi de ne pas le faire. Dans la période précédant l’annonce d’Abbas, la police a arrêté les Palestiniens de la ville qui soutenaient et tentaient d’organiser les élections. Il s’agit là aussi d’une escalade de la part d’Israël.

Lundi 10 mai, lors de la fameuse «marche des drapeaux» de Jérusalem [fêtant « l’unification » de Jérusalem après l’occupation de Jérusalem-Est et de la vieille ville en 1967], des militants du Hamas ont tiré des roquettes sur Jérusalem. Israël a choisi de répondre aux tirs de roquettes [pour l’essentiel neutralisées par « le bouclier antimissile »] en attaquant Gaza, ce qui aurait tué au moins 20 personnes, dont neuf enfants. Le gouvernement a annoncé que l’opération militaire durerait « des jours, pas des heures ». Netanyahou a ajouté qu’il allait «faire payer un lourd tribut» à Gaza. Cela aussi, c’était un choix [2].

Trop peu, trop tard

Bien sûr, ce que nous voyons n’est pas uniquement le résultat de la conduite unilatérale d’Israël. Le Hamas qui tire des roquettes sur des civils – comme cela s’est produit aujourd’hui à Jérusalem, dans le Naqab/Negev occidental et dans les villes autour de Gaza – relève d’un acte de guerre contre des civils. En outre, le mois dernier, des vidéos publiées sur TikTok montraient des Palestiniens harcelant et attaquant des Juifs ultra-orthodoxes. Des militants palestiniens ont également mené plusieurs attaques par balles contre des civils et des soldats israéliens en Cisjordanie, tuant la semaine dernière Yehuda Guetta, 19 ans. Ces derniers jours, des ballons incendiaires ont été lancés en direction d’Israël depuis Gaza, brûlant des champs dans le sud.

Et pourtant, il est également clair que rien de tout cela n’est pas le moins du monde comparable la puissance et à la brutalité de l’armée la plus puissante de la région, comme le montre, à chaque fois, le nombre de morts. Presque au même moment, des soldats ont tué Fahima al-Hroub près de la jonction de Gush Etzion en Cisjordanie, résultat d’une culture criminelle qui permet aux soldats et aux policiers israéliens de tuer des Palestiniens souffrant de troubles mentaux sans en payer le prix.

En outre, dans les jours qui ont précédé l’attaque contre Gaza, Israël (et en particulier le Shin Bet) a pris peur de ce qui se tramait et a commencé à essayer d’éponger les dégâts. Benyamin Netanyahou a demandé à Ben Gvir de retirer un « bureau » qu’il avait érigé à Sheikh Jarrah et de quitter le quartier. L’audience de la Cour suprême concernant l’expulsion des familles est reportée à la demande du procureur général. Le Mont du Temple a été interdit aux Juifs le jour de la Fête de Jérusalem. A la dernière minute, le gouvernement a annulé son projet d’autoriser la tristement célèbre « Marche des drapeaux » à passer par la porte de Damas et à pénétrer dans le quartier musulman. Toutes ces mesures ont été présentées comme des moyens de désescalader la situation.

Mais c’était trop peu, trop tard. La décision du gouvernement, lundi soir, de bombarder Gaza a complètement sapé les tentatives qu’il prétendait faire pour mettre rapidement fin à la violence à Jérusalem.

Bien entendu, ce ne sont là que des développements auxquels nous avons assisté ces dernières semaines. La réalité d’un siège de 14 ans sur Gaza, d’un régime militaire fondé sur des systèmes juridiques distincts pour les Juifs et les Palestiniens, de la dépossession et de l’ingénierie démographique à Jérusalem, de la discrimination systématique visant les citoyens palestiniens d’Israël et de l’exil forcé des réfugiés palestiniens, sous-tend tout ce que nous voyons aujourd’hui. La tentative de Benyamin Netanyahou de « gérer le conflit », qui dure depuis des années, a peut-être effacé ces injustices de la conscience publique israélienne, mais elles restent la réalité quotidienne de millions de Palestiniens – et elles alimentent activement tout ce qui se passe actuellement.

Une lutte pour la vie elle-même

Les réactions israéliennes aux tirs de roquettes du Hamas ont été immédiates. Les principaux médias et les politiciens israéliens – y compris ceux qui espèrent remplacer Benyamin Netanyahou – ont répété comme des perroquets la ligne du Likoud. « Israël doit agir de manière résolue et forte et rétablir la dissuasion », a déclaré Yair Lapid [du parti « Il y a un futu r», ministre des Finances de mars 2013 à décembre 2014], qui a récemment été chargé de tenter de former un gouvernement et qui a reçu le soutien des travaillistes, du Meretz et de la plupart des membres de la Liste unifiée [qui réunit des partis arabe-israélien]. L’ancien Likoudnik Gideon Sa’ar et Naftali Bennett de Yamina [parti nationaliste Nouvelle droite] – ce dernier pourrait très bien être le prochain Premier ministre – se sont joints à Yair Lapid pour appeler à des attaques plus dures contre Gaza, sans aucune réflexion sur les actions israéliennes qui nous ont conduits à la situation présente.

En outre, le parti islamiste Ra’am, qui avait déclaré qu’il soutiendrait Lapid et Bennett dans la formation d’un gouvernement, a suspendu les discussions de coalition suite à l’escalade israélienne. Ni Ra’am ni la Liste unifiée ne seraient en mesure de soutenir la formation d’un gouvernement avec des politiciens appelant activement à une escalade de l’attaque contre Gaza.

En novembre 2019, lorsque l’idée de former une alliance de centre-droit avec la Liste unifiée a été évoquée pour la première fois, Benyamin Netanyahou a utilisé Gaza comme raison ultime de l’impossibilité de former un tel gouvernement. Aujourd’hui, quelques jours seulement avant que Lapid et Bennett n’annoncent la formation d’un nouveau gouvernement pour évincer Netanyahou, les événements de Gaza font directement le jeu du Premier ministre en place.

Benyamin Netanyahou a-t-il planifié et orchestré cette escalade ? Il n’y a, bien sûr, aucun moyen de prouver une telle chose. Ses empreintes digitales sont-elles partout dans les développements ? En tant que Premier ministre responsable des diverses actions des autorités placées sous son commandement, la réponse est sans aucun doute oui. Tout ce qui s’est passé au cours du mois dernier, avec des niveaux de violence jamais vus depuis des années, l’a-t-il aidé dans ses efforts pour éviter d’être évincé ? Sans aucun doute.

L’escalade de la violence nous rappelle que nous ne pouvons pas abandonner la lutte contre l’occupation et l’apartheid, et que remplacer Netanyahou par un autre extrémiste de droite ne résoudra pas les problèmes fondamentaux qui affectent tous les aspects de notre vie dans ce pays. C’est un piège terrible, mais c’est le piège de la réalité coloniale d’Israël. Il n’y a pas d’autre moyen d’avancer que de lutter pour l’égalité et la liberté de tous les habitants de ce pays. Ce n’est rien de moins qu’une lutte pour la vie elle-même.

Haggai Mattar

Article publié le 10 mai sur le site de +972 ; traduction rédaction A l’Encontre

Haggai Matar est un journaliste et un activiste politique israélien. Il est directeur de +972 et de Advancement of Citizen Journalism, l’organisation à but non lucratif qui publie le magazine +972.

http://alencontre.org/moyenorient/palestine/israel-palestine-israel-choisit-la-violence.html

[1] Cette organisation, dénoncée par ailleurs par le président d’Israël Reuven Rivlin, propage avec force la haine raciste contre les Palestiniens et aussi les demandeurs d’asile africains. Elle mène campagne contre les mariages entre des femmes juives et les hommes arabes. (Réd.)

[2] Selon Haaretz du 11 mai 2021, les bombardements sur Gaza ont « tué au moins 20 personnes, dont neuf enfants et trois agents du Hamas ». Edo Konrad dans +972 du 11 mai 2021 écrit : « De nombreux Israéliens qui feuilletteront les journaux de mardi matin arriveront probablement à la conclusion que le Hamas a décidé de déclarer la guerre à Israël, et que, comme lors des précédents rounds, Israël lui-même est la victime. Seuls ceux qui prennent le temps de lire – et peut-être de faire quelques recherches supplémentaires – découvriront que, selon les rapports, les forces israéliennes ont tué 24 Palestiniens, dont neuf enfants, et en ont blessé beaucoup plus la veille au soir. Ils découvriront également que, tout en terrorisant des milliers de personnes dans le sud d’Israël, aucun Israélien juif n’a été tué hier (les roquettes du Hamas lancées après la publication des journaux ont depuis blessé au moins 20 personnes ; à Ashkelon deux femmes ont été tuées).

En fait, du journal de droite Israel Hayom au journal grand public Yedioth Ahronoth, le sort des enfants palestiniens bombardés depuis le ciel alors qu’ils vivent sous la cruauté d’un siège de 14 ans est à peine évoqué par la presse israélienne. Les principaux articles des quatre grands journaux israéliens d’aujourd’hui – Yedioth AhronothHaaretzMaariv et Israel Hayom – suivent tous essentiellement le même schéma : les roquettes du Hamas dominent à la fois les titres et les photos de chaque article. » (Réd.)

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