Avant-propos à l’édition française de NICARAGUA  (1979-2019). Du triomphe sandiniste à l’insurrection démocratique

Avec l’aimable autorisation des Editions Syllepse

En ces temps de crise mondiale déchaînée par la pandémie du Covid-19, la publication d’un livre sur le Nicaragua peut surprendre. L’humanité affronte de profondes crises sociales, économiques, financières, écologiques et politiques qui, très probablement, vont nous accompagner durant de nombreuses années. L’apparition et la diffusion de courants qui prônent des solutions autoritaires et dictatoriales face à ces crises est une des conséquences de cette situation. Avec ce livre, je voudrais continuer à prouver, à partir de l’exemple du Nicaragua, que les crises sociales ne peuvent jamais être résolues par des méthodes répressives. Je suis profondément convaincu que l’émancipation sociale n’est possible que si les droits humains et les libertés démocratiques sont aussi garantis et significativement étendus.

Le Front sandiniste de libération nationale (FSLN) est arrivé au pouvoir à la suite d’un soulèvement populaire qui a chassé le dictateur Somoza en 1979 [1]. Il affichait l’objectif de construire une nouvelle société combinant la liberté politique et la justice sociale. Aujourd’hui, le FSLN est plus loin que jamais de ces objectifs.

En 2018, le gouvernement d’Ortega a montré son véritable visage, celui d’une nouvelle dictature basée sur la répression ouverte du peuple du Nicaragua. Le livre que nous vous présentons a été bouclé en majeure partie début 2019, ce qui explique qu’il n’aborde que peu d’événements survenus depuis cette date. D’où son titre : Nicaragua (1979-2019). Du triomphe sandiniste à l’insurrection démocratique.

Cependant, ce livre a été modifié partiellement par rapport à sa forme originelle. Dans sa première version, les mesures de la répression d’État du gouvernement d’Ortega d’avril 2018 et des mois qui ont suivi ouvraient l’ouvrage à cause de leur actualité. À partir de là, le sommaire remontait le passé à la recherche des causes des événements actuels. Au contraire, le texte que nous vous présentons en français est organisé de manière chronologique.

Nous avons ajouté une préface d’Onofre Guevara López, une personnalité extraordinaire, qui pourrait représenter l’histoire de la gauche révolutionnaire nicaraguayenne et de ses classes laborieuses. Il a participé aux mouvements syndicaux et politiques nicaraguayens depuis leurs débuts, il est socialiste, sandiniste [2], un intellectuel ouvrier de premier plan. Onofre Guevara a été journaliste à Barricada, l’organe du FSLN, et représentant du FSLN au sein du Conseil d’État et à l’Assemblée nationale. À plus de 90 ans, il est toujours un commentateur politique très actif.

L’actualité m’a poussé à ajouter une partie synthétique sur la réforme constitutionnelle du Nicaragua de 2014.

La partie concernant le mouvement d’opposition, elle, a été étoffée non pas pour présenter les évolutions de cette opposition en profondeur et jusqu’à aujourd’hui (il faudrait un autre livre), mais pour identifier les principales dynamiques sociales et politiques qui la traversent. D’autres changements éditoriaux de moindre envergure et des corrections qui nous semblaient pertinentes ont aussi été apportés.

Ce livre porte essentiellement sur l’analyse des structures politiques du Nicaragua et enquête sur l’évolution du pays confronté aux succès et aux erreurs des rapports démocratiques dans la société.

Il parcourt le Nicaragua sous la dictature de Somoza, la période révolutionnaire du gouvernement sandiniste de 1979 à 1990, l’évolution de la société depuis la défaite électorale du FSLN jusqu’en 2018 et la dictature instaurée par Daniel Ortega et Rosario Murillo à partir d’avril 2018.

L’analyse d’une période de plus de quarante ans dans ce livre implique nécessairement que de nombreux aspects socioculturels n’ont pu être abordés. Il m’a fallu me concentrer sur les phénomènes les plus symboliques afin de montrer les caractéristiques les plus importantes des processus examinés ici.

La publication de ce livre est liée à une série de coïncidences et de surprises imprévisibles. Il n’aurait jamais vu le jour sans l’engagement désintéressé de personnes très différentes, qui, pour la plupart, ne se connaissent pas, mais dont l’ensemble a constitué l’orchestre qui a composé cet ouvrage.

La première édition du livre a été publiée en allemand en 2019 par les éditions Die Buchmacherei de Berlin. Sans m’y attendre, fin janvier 2019, j’ai reçu un appel de ces éditions me demandant si je serais d’accord pour publier une version enrichie et étendue de ma thèse de 2017 sur l’évolution des conditions politiques au Nicaragua. Un des collaborateurs de Die Buchmacherei avait découvert le texte par hasard et l’avait trouvé si intéressant qu’il en avait suggéré la publication au collectif éditorial. Quelques jours plus tard, il m’écrivait : « Tous partisans de publier ! » Moi, j’étais parti sur un ouvrage de quelque 60 pages qui devait être disponible avant le 1er avril 2019, pour le premier anniversaire du début des protestations démocratiques de masse au Nicaragua et de la répression ortéguiste. Malgré ce délai très court, la maison d’édition s’est engagée. Pour ne pas rater cette occasion unique, j’ai enrichi et complété mon travail pour arriver aux 170 pages du livre en seulement quatre semaines. Malgré la pression de délais très courts, l’éditeur Rainer Knirsch et le responsable technique Jochen Gester, sans compter leurs efforts, ont réussi à tenir cette promesse. Et début avril 2019, j’ai pu présenter mon livre au public dans un congrès sur le Nicaragua à Berlin.

Depuis le début de l’élaboration de cet ouvrage, j’ai eu l’intention de présenter mon analyse au Nicaragua même et d’en débattre avec les personnes qui ont participé aux événements dont je parle. Voilà pourquoi j’ai traduit ce texte en castillan. Mais c’est la patiente et méticuleuse révision linguistique de Silvio Prado et de LKN qui a donné à ce texte sa forme publiable. Dans ma quête d’un éditeur pour la publication en castillan, je n’ai reçu que des refus en Espagne et en Allemagne. La seule réponse positive, je l’ai reçue de la part de mon vieil ami Melvin Wallace du Nicaragua. Il m’a répondu en mai 2019 : « Tu peux compter sur moi. » Voilà les seuls échanges avec mon éditeur jusqu’en octobre 2019, lorsque les éditions Pinolillo ont publié et distribué le livre, malgré les problèmes économiques et politiques du Nicaragua.

Vu qu’il était compliqué de diffuser mon livre imprimé à l’international depuis le Nicaragua, l’éditeur l’a aussi mis à disposition en téléchargement. Et je l’ai aussi envoyé sous ce format à des gens qui étaient intéressés.

Quelle surprise lorsque je reçus, en avril 2020, un mail de Hans-Peter Renk, de Suisse, avec, en pièce jointe, la traduction complète de mon livre en français : il avait jugé « utile » que les francophones du monde puissent me lire.

En même temps, Hans-Peter me proposait de me mettre en contact avec les éditions Syllepse, qui ont accepté le manuscrit malgré les retards survenus à la suite de la pandémie du Covid-19. Du premier contact avec cet éditeur jusqu’à l’impression, Mariana Sanchez a fait preuve d’un engagement infatigable pour traduire et intégrer des mises à jour pour l’édition française. Sans elle, ce livre n’existerait pas en français.

Je tiens à exprimer ma plus sincère reconnaissance à toutes les personnes citées, pas seulement pour la qualité de leur travail, mais aussi pour leur patience face à mes imperfections, mes souhaits et mes exigences. Sans leur soutien politique et leur engagement personnel dans ce projet, les différentes éditions de cet ouvrage n’auraient jamais existé.

Je souhaite que les lecteurs de ce livre y trouvent non seulement des informations importantes leur permettant de mieux comprendre les événements du Nicaragua, mais aussi des pistes pour les futurs débats sur le rapport étroit et complexe entre l’émancipation sociale et la démocratie. J’attends leurs réactions et commentaires.

J’espère que le lecteur ou la lectrice appréciera cette lecture.

Lisbonne, 31 décembre 2020

Matthias Schindler

Matthias Schindler : NICARAGUA (1979-2019). Du triomphe sandiniste à l’insurrection démocratique

Editions Syllepse, Paris 2021, 192 pages, 13 euros

https://www.syllepse.net/nicaragua-1979-2019–_r_22_i_843.html


[1] Le FSLN a gouverné le Nicaragua jusqu’en 1990 puis depuis 2007 et il est toujours au pouvoir lors de la publication de cet ouvrage.

[2] Quand j’utilise les termes « sandinisme » ou « sandiniste », je me réfère aux idées et aux personnes représentant les objectifs originels du FSLN. Quand j’utilise le terme « ortéguisme » ou « ortéguiste », je me réfère au régime politique établi au Nicaragua depuis le début de la présidence d’Ortega en 2007.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.