25 Novembre 2020, Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, intervention pour dire NON à l’esclavage procréatif

Je m’appelle Irène.

Je milite au Collectif Midi-Pyrénées pour les droits des femmes et suis partie prenante de la MMF-Occitanie.

Dans le cadre de cette journée internationale contre les violences faites aux femmes, je vais essayer de vous parler des violences que subissent les femmes, fourvoyées dans de telles pratiques.

Je vous le dis de prime abord et tout net,

mon exposé ne va pas être très court, je suis rétive à la pensée twitter,

je me méfie des sigles,

je pense que nous devons les bannir de notre langue et qu’il faut refuser comme le dit la philosophe Cynthia Fleury cette « ablation des mots » qui porte en elle « une dérive totalitaire » et ne nous « rend plus apte(s) à penser la nature de ce que l’on pense. »

Un défi gigantesque est en train de se jouer,

jouant de nos corps et de nos consciences,

jouant de nos sentiments et de nos désirs,

de nos pensées et de notre liberté.

Il ne faudrait pas qu’il se joue sur et avec nos corps, à nos dépens.

Il ne faudrait pas qu’il se joue SANS NOUS !

Il s’agit de l’appropriation de nos corps par des lobbies du monde médical et de la finance internationale.

Il s’agit de conditionner l’ensemble du corps social et les femmes en particulier pour qu’elles se prêtent à la posture de cobayes et abandonnent leur corps à la Techno-science et à ses profits.

Déjà la machine infernale est en marche.

Plus que jamais nous vivons une période de régression sociale, de renforcement du pouvoir patriarcal et de l’idéologie qu’il induit.

Alors que partout dans le monde, y compris dans les états européens, le droit à l’IVG, recule, l’horizon faussement altruiste ouvert par les puissances de l’argent et par les moyens de communication, anciens (presse) ou nouveaux (internet) ramène les femmes, hétéro ou homo, célibataire ou vivant en couple, mariées ou non, à un seul statut, à une seule figure romantique CLOSE, à un seul idéal pour les femmes, à leur seul destin biologique :

FEMME = MERE, MERE, MERE ! Encore et seulement !

Il y a là un conditionnement qui nous frappe toutes et tous.

Notre lutte s’inscrit dans la défense d’un processus qui nous semble vital pour l’espèce humaine.

Paradoxalement et a contrario des discours usant et abusant des termes « choix – désir – liberté », des femmes entrent de leur plein gré dans un processus où elles acceptent de subir des traitements comme si elles étaient des souris de laboratoire, délégant de fait le Pouvoir de Procréer, ce pouvoir glissant de nos corps, de nos désirs propres aux désirs et décisions d’autrui (époux, acheteur/acheteuse potentiel-le-s) et aux traitements de Médecins et de Biologistes, apprentis sorciers plus respectueux de leurs propres intérêts financiers ou scientifiques que de l’Humain.

C’est l’astuce suprême de l’idéologie capitaliste ultralibérale que de chercher à détruire le potentiel vital existant dans chaque être humain, potentiel à penser par soi-même et à se révolter. Le but semble être de nous chloroformer, de nous annihiler sous de faux désirs, de faux besoins, d’aboutir à la création de faux manques qui prennent l’apparence de vrais manques, de mettre en place une offre qui précède la demande grâce à l’utilisation dévoyée de certaines avancées technologiques et ainsi de faire, de chacun de nous, un être dompté, canalisé, paramétré.

Il s’agit aujourd’hui non seulement de contrôler la production mais aussi de mettre la main sur la reproduction, et dans ce domaine, les initiatives qui ont démarré avec des essais sur les espèces végétales et animales gagnent et menacent l’espèce humaine. Jusqu’où va-t-on aller dans la manipulation du vivant ?

Ainsi, une certaine utilisation de la science, de la technologie et de la médecine, servie par un intense matraquage médiatique publicitaire, précède dans nos sociétés l’assujettissement des individu-e-s et se présente comme garant d’une intégration sociale normative, propice à la « Paix sociale ».

Nous sommes là aujourd’hui pour dénoncer les dangers de la marchandisation à outrance de l’Humain, que ce soit en tant qu’entité ou en tant que pièces détachées. Nous disons non au morcellement marchand de notre corps.

Non à des techniques qui font de fait perdre aux femmes l’entière maîtrise du processus d’engendrement, vital pour l’espèce humaine.

Les profits de la bioéconomie ne doivent pas passer par nos corps.

Il y a une réelle obscénité à voir les profits gigantesques générés par ces techniques de manipulation et de forçage du corps des femmes, pratiques qui se jouent de nos souffrances, qui se joue de leur misère. Ce ne sont pas des femmes riches et privilégiées qui se prêtent à ces pratiques de « mères-porteuses », dans tous les cas, partout dans le monde, il s’agit de femmes parmi les plus démunies. C’est là, dans toute son inhumanité, le vrai visage de l’exploitation des femmes les plus pauvres par le capitalisme et le Patriarcat.

L’enfant va-t-il être considéré désormais comme un bien, c’est-à-dire comme un signifiant de la Norme dans notre société consumériste ?

Si tu n’as pas d’enfant par toi créé, et de tes gènes, un enfant qui te ressemble, toi, homme ou femme, hétérosexuel-le ou homosexuel-le,

n’es-tu pas regardé, considéré par l’ensemble un corps social comme « a-normal », hors norme ?

C’est très significatif d’une époque, la nôtre, dans laquelle l’individu-e, faussement central, est objectivé, chosifié, la programmation sociale idéale de l’être humain de nos sociétés ultra libéralisées pouvant être ainsi réduites à ce slogan :

                         « ma femme, ma maison, ma voiture, mon chien, mon fils ».

                         De ce monde-là, nous ne voulons pas !

Aujourd’hui, 25 novembre 2020, est une journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes.

Encore quelques minutes simplement pour évoquer ce que nos amies, 100 organisations féministes de toute l’Amérique latine (Sud, Centrale, Caraïbes) ont désigné comme 

                         et c’est plus clair pour tout le monde

                         « l’exploitation reproductive ».

J’en profite pour rappeler, c’est une idée, un combat qui me tient très à cœur, combien il faut nous méfier de la Novlangue en cours, capitalisme, patriarcat,  antifémismes déguisés derrière des sigles, des expressions, des termes à la mode, trop souvent vulgarisés dans certaines analyses universitaires coupées d’une pratique féministe des luttes et qui cachent la réalité de ces violences, qui comme des nuages grossissent et vont tomber sur nous :

« GPA, ventres à louer, maternité subrogée, gestation de substitution, maternité de substitution, gestation pour autrui, utérus à louer, don d’organes à des fins commerciales », autant de termes qui dissimulent discriminations, violence, violences des droits humains fondamentaux des femmes et des enfants.

Avec les femmes d’Amérique latine, nous pouvons mettre en avant, avec leurs propres mots, les différents points de violence et d’injustices subies par les femmes dans le contexte de l’esclavage procréatif :

1- La relation contractuelle qui se noue se caractérise par l’inégalité sociale et économique quasi systématique entre les parties contractantes. Les femmes en raison de leur sexe, sont considérées comme des objets de consommation et des instruments pour satisfaire les désirs d’autrui, femmes réduites à l’état de gestatrices ou de donneuses d’ovocytes.

2- Deuxième point particulièrement choquant, c’est que ce contrat contraint les femmes à renoncer à leur droit fondamental à la filiation pour le transférer à des tiers. Pour mémoire, rappelons que Marie-France Brive, inauguratrice à l’université Toulouse Le Mirail des études féministes en histoire contemporaine (équipe Simone) proposait une nouvelle orthographe prenant en compte la place centrale des femmes dans le processus d’engendrement : la Filliation.

3- Dénonciation de ce type de maternité, imposée, contrôlée, confisquée, extrêmement médicalisée, incluant des traitements qui sont autant d’actes de violence médicales, obstétriques (obligation de césarienne) et psychologiques vis-à-vis de ces femmes pauvres engagées comme « gestatrices », avec contrôle de leur vie quotidienne, de leur sommeil, de leur alimentation, de leurs déplacements, de leur activité sexuelle, familiale, sociale avec, en ce qui concerne l’industrie des dons d’ovules, la soumission à des traitements hormonaux agressifs pour la stimulation ovarienne…

4- Impossibilité pour ces femmes de recourir à un avortement, il y a donc là une entrave au droit d’IVG

5- Les enfants deviennent l’objet de transactions commerciales, prix gradués, sélection des gamètes, choix du sexe

6- Enfin, dans ce type de contrat, la femme est sommée de signer la possibilité  et l’acceptation de mourir en couches.

Or, il ne faut pas oublier que les femmes qui vont se soumettre à ces pratiques sont des femmes pauvres vivant dans des pays sous équipés au point de vue médical et hospitalier.

Le risque de mort est réel, il suffit de penser que, même dans nos pays développés, l’accouchement n’est pas un acte banal et sans risque pour la femme qui va être réduite à un ventre ;

la preuve, en France, chaque année, prés de 100 femmes meurent en accouchant, soit une femme tous les 3 jours.

Il y a donc dans le développement de ces pratiques un éclatant recul de la cause des femmes et une aggravation des violences subies ;

C’est pourquoi, nous disons :

Non au corps marché

Non à la marchandisation de nos corps

Non aux gigantesques profits que cette industrie génère

non à l’esclavage procréatif des femmes

Irène, pour le 25 novembre 2020, Toulouse, journée internationale de luttes contre les violences faites aux femmes.

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