Femmes emprisonnées, femmes massacrées, femmes en lutte

De la violence faite aux femmes dès qu’elles prétendent avoir des droits et à l’universel.

L’horreur m’étreint et la tristesse m’envahit à la pensée des violences subies par toutes les femmes qui luttent pour les droits humains et donc pour les droits des femmes partout dans le monde.

Nous approchons du 25 novembre, journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, moment de rappel des luttes nécessaires contre les violences sexistes et sexuelles, expressions de la double appropriation privée et collective du groupe des femmes par le groupe des hommes qui « s’autorisent » à violer, prostituer, harceler.

N’oublions pas celles qui s’exposent, prennent des risques politiques et physiques, qui sont battues, emprisonnées, torturées et assassinées parce qu’elles relèvent la tête, parce qu’elles se dressent pour les droits humains et donc les droits des femmes et contre les dominations :

Nasrin Soutoudeh, 57 ans, a été condamnée à 38 ans de prison et 148 coups de fouet qui la tueraient s’ils étaient donnés. Nasrin, Avocate militante des droits humains condamnée pour incitation à la débauche pour avoir défendu une Iranienne qui avait ôté son voile en public, vient d’être autorisée à sortir temporairement de prison parce qu’après une longue grève de la faim, sa santé est des plus fragiles.

Plusieurs militantes sont aujourd’hui incarcérées en Arabie saoudite, notamment Loujain al-Hathloul, Aziza al-Yousef, Eman al-Nafjan, Nouf Abdelaziz, Mayaa al-Zahrani, Hatoon al-Fassi, Samar Badawi, Nassema al-Sadah et Amal al-Harbi. Elles sont menacées et soumises à des « abus d’ordre sexuel », selon l’avocate britannique Helena Kennedy. Dans un rapport de 40 pages intitulé « Une souillure sur les dirigeants mondiaux et le G20 en Arabie saoudite : la détention honteuse et la torture des femmes saoudiennes », cette avocate détaille les violences employées par les interrogateurs contre les militantes emprisonnées, dont certaines ont été « suspendues au plafond » et « torturées avec des décharges électriques ». Ces femmes croupissent en prison sans aucun jugement et le plus souvent à l’isolement. Loujain al-Hathloul, 31 ans fait la grève de la faim depuis le 27 octobre 2020.

Mozer Hanan est une des cheffes de file des féministes égyptiennes, militante contre les violences sexuelles. Depuis quatre ans elle a interdiction de quitter le pays. Ses avoirs sont gelés. Les locaux de l’association qu’elle a créée sont fermés.

Hanan El-Barassi, avocate féministe, 46 ans, a été abattue à Benghazi le 10 novembre 2020. Elle partageait régulièrement sur les réseaux sociaux des témoignages de femmes victimes de violence et dirigeait une association défendant les droits des femmes.

Je pourrais faire une longue, trop longue liste….

La haine des hommes envers les femmes est décuplée lorsqu’elles disent, lorsque nous disons non !

Ce déchainement de violence et le courage de ces femmes, – et elles sont nombreuses partout dans le monde -, nous obligent, nous qui avons encore la liberté de manifester, de crier notre colère, de faire associations, nous qui avons pu gagner des droits, conquête toujours fragile. La répression qui s’abat sur ces femmes et leur courage nous obligent à la solidarité, et nous rappellent deux impératifs :

  • Les femmes partout, sur tous les continents, se lèvent, depuis longtemps, se rebellent, exigent, trouvent les moyens de leur autonomie et de leur liberté, conçoivent des stratégies de lutte en association ou non avec la lutte de classe, la lutte anticoloniale ou celle contre le racisme : les femmes des peuples autochtones ou premiers, les femmes descendantes de la traite des esclaves au sud et au nord du continent américain, les femmes d’Amérique latine qui ont nourri et nourrissent, qui activent, de nombreux mouvements sociaux, les femmes africaines (au nord et au sud du Sahara) qui ont participé aux luttes de libération anticoloniales et qui doivent continuer à se battre pour leur émancipation des « traditions » patriarcales et leurs droits (excision, mariages forcés etc.). Et nous, en occident ou dans des groupes plus favorisés n’avons aucune leçon à donner ! Nous avons à nous relier à toutes ces femmes, nous avons à dialoguer, nous avons à nous rencontrer, à nous aimer, nous avons à concevoir ensemble les chemins de notre émancipation commune, nous avons à lire, à voir nos œuvres de plus en plus nombreuses partout dans le monde, à écouter nos musiques et nos chants. Nous avons à conforter, aider à construire des mouvements internationaux comme la Marche mondiale des femmes par exemple, et à veiller ensemble à ce que l’internationalisation de la cause des femmes ne servent pas les intérêts du libéralisme et ne soutienne pas la marchandisation mondialisée.

  • Le deuxième impératif à mon sens est la force et la détermination de notre lutte ici dans un pays où nos risques sont moindres (ce qui ne veut pas dire qu’il n’y en a pas : féminicide comme partout, violences lesbophobes, difficultés de carrières, rejets familiaux, injures etc.). Il faut aller le plus loin possible, exiger, prendre à la racine les violences sexistes et sexuelles, les extraire en luttant contre ce qui les engendre, le patriarcat que nous avons déjà bien entamé et la valence différentielle des sexes qui ne disparaîtra pas par l’attitude queer ou les genres performés. Nous avons des marges de liberté, profitons-en et vite. Demain sera peut-être trop tard. Exigeons de ceux et celles qui nous dirigent qu’elles·ils fassent appliquer les lois que nous avons voulues et qu’elles-ils promeuvent celles que nous voulons, sur l’égalité, sur la protection de l’enfance, sur les violences dans le couple, sur le harcèlement, sur l’abolition de la prostitution etc. Exigeons que l’éducation soit réellement bâtie sur la déconstruction des dominations et des représentations inégalitaires. Ne lâchons pas par peur ou par mauvaise conscience la laïcité. Les religions, l’essentiel de leurs messages et leurs institutions masculines ralentissent, empêchent souvent nos conquêtes et renforcent la hiérarchie des sexes, les violences envers les femmes et la lesbophobie.

    Nous avons à jouer un rôle en Europe évidemment. Soutenons nos sœurs polonaises et leurs alliés dans leur lutte pour le plein accès à l’IVG et une politique d’égalité entre les femmes et les hommes, contre l’église catholique polonaise si réactionnaire et misogyne ad nauseum. Soutenons ces combattantes qui témoignent incognito parce que le régime polonais est répressif. N’oublions pas celles et ceux qui réclament la démocratie en Biélorussie et les trois femmes qui se sont mises au-devant de la scène et qui ont dû émigrer pour se protéger. La répression est terrible et des femmes emprisonnées sont violées

Enfin, mais il y aurait tant à rappeler, n’oublions pas les femmes, souvent migrantes pour raison de pauvreté et de guerre, qui sont prises dans les trafics prostitutionnels, « disciplinées », formatées par les viols, les coups et les menaces, à la vente de l’usage de leur corps à des clients. Ces prostitueurs entretiennent un système prostitutionnel colonial qui met à la disposition des hommes des pays riches chez eux ou dans les pays à « tourisme sexuel » des centaines de milliers d’enfants et de femmes. N’oublions pas que le droit que s’octroient les hommes de violer, de prostituer et d’user des corps des femmes est répandu sur toute la planète quelle que soit la culture ou la religion. N’oublions pas que génocide et esclavage ont été et sont pratiqués dans le monde entier. N’oublions pas les jeunes filles enlevées au Nigéria par le groupe sanguinaire Boko Aram et mises en esclavage. N’oublions pas les femmes Yésidies enlevées et mises en esclavage sexuel par les hommes de Daech qui diffusent que pour leur bien-être sexuel la mise en esclavage des femmes enlevées est une meilleure solution que la prostitution. En effet l’esclavage leur donne la pleine propriété de femmes et le droit de vie ou de mort sur elles.

Mais exigeons de mettre au programme de notre enseignement public, l’étude et la dénonciation de nos propres turpitudes, des violences perpétrées contre des femmes qu’elles soient symboliques, psychologiques et physiques, de nos dominations coloniales et néo-coloniales, de leurs pratiques et de leurs effets. Exigeons de nous aligner sur les législations les plus favorables aux droits des femmes. Alors on pourra éventuellement parler d’une diplomatie féministe et pro-droits humains.

Geneviève Duché, féministe

Une réponse à “Femmes emprisonnées, femmes massacrées, femmes en lutte

  1. Merci pour cet écrit.
    Dans ces temps bien incertains de crise sanitaire, nous avons bien besoin de textes qui relient, qui rassemblent toutes les luttes des femmes œuvrant à leur émancipation, car le noyau dur de ces luttes est bien une aspiration, un espoir, une exigence à se libérer d’un carcan idéologique violent d’infériorisation permanente, de la domination masculine qui maintient un ordre social – politique, symbolique, culturel, économique – pensé et organisé encore par les hommes, et ce malgré des avancées effectives dans certains pays.
    Dans de nombreux pays, les femmes doivent déployer une énergie colossale – et souvent risquer leur vie – pour s’affranchir des normes et places qui leur sont imposées par la culture patriarcale.
    Les violences sexistes et sexuelles exercées à l’encontre des femmes à l’échelle du monde et leur dénonciation, condamnation au nom de la liberté des femmes est un vrai trait d’union capable de nous réunir, dans un féminisme universaliste reconnaissant par ailleurs des formes multiples d’oppression et de discrimination.

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