Acquittement d’Adriana Sampaio : la légitime défense enfin reconnue pour une femme victime de violences conjugales !

Communiqué de presse des effronté-es (6 novembre 2020)

Victoire ! C’est un moment extraordinaire que nous avons vécu hier. Adriana Sampaio, condamnée en première instance à 7 ans de prison ferme pour avoir tué son conjoint violent alors qu’il rouait de coups sa fille ainée et la menaçait de viol, a été acquittée hier à l’issue de son procès en appel. L’erreur judiciaire a été établie et la légitime défense reconnue, elle est en droit de demander des dommages et intérêts à la justice pour le préjudice subi, étant donné qu’elle a effectué deux ans de détentions provisoire entre 2015 et 2017 (si tant est qu’une réparation puisse être à la mesure de ce qu’elle a vécu, privée non seulement de liberté mais aussi de son enfant, puisque sa petite fille de 8  ans est actuellement placée).

Il est rare que la justice reconnaisse ses erreurs, aussi nous nous réjouissons doublement de ce verdict qui vient invalider la décision prise par la cour d’assise de Melun en 2019. Adriana Sampaio est une victime de violences conjugales, la justice ne l’avait pourtant jamais traitée et reconnue comme telle. Son premier procès a été le théâtre d’une « justice » absurde, humiliante, inhumaine. Nous avons assisté ces trois derniers jours à un procès tout autre, par la cour d’assise d’appel de Créteil, même si nous avons pu constater une fois de plus que de nombreux manques subsistent dans la formation de la justice. En effet, le verdict donné, à savoir la reconnaissance de la légitime défense conduisant à l’acquittement, demandée par les avocats d’Adriana, n’était pas gagnée d’avance. Malgré une cour manifestement impartiale voire bienveillante, nous avons pu observer beaucoup de failles dans le déroulement du procèscomme le témoignage d’experts non formés à la victimologie, la traumatologie, sciences qui ont mis au jour les phénomènes d’emprise du conjoint violent sur sa victime, de dissociation de celle-ci, de sidération, toutes choses encore méconnues des magistrat-es et des policier-es.

L’enquêtrice appelée à la barre nous a paru compétente et humaine. Pourtant, la défense a fait valoir que lors de l’interrogatoire d’Adriana en 2015, elle a minimisé la question des violences conjugales subies par elle, et totalement occulté la dangerosité que représentait son conjoint pour sa fille Adrielley, sur le plan de la violence sexuelle, alors qu’il l’avait par deux fois agressée sexuellement avant les faits. Ces éléments sont pourtant au coeur des faits, puisqu’ils en sont la cause directe : la peur du viol de sa fille a été déterminante dans la réaction d’Adriana, plus : elle a craint de perdre son enfant devant la violence enragée de son conjoint.

Ainsi, certes mise en cause pour violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner, Adriana n’a jamais été traitée et reconnue comme étant aussi une victime. Il en a été de même pour sa fille, Adrielly qui a pourtant subi une tentative de viol et pour qui le parquet n’a pas requis d’évaluation du retentissement psycologique. Ainsi, aucun jour d’ITT ne lui a été donné, malgré le traumatisme vécu, qui est remonté à la surface pendant son audition en appel (pleurs, tremblements, station debout presque impossible). La non prise en compte de ce retentissement psychologique et l’absence de jours d’ITT avaient eu pour conséquence directe la conclusion d’une disproportion entre la faiblesse des blessures physiques constatées et la mort du conjoint d’Adriana, disproportion ne permettant pas d’établir la légitime défense.

En 2019, l’avocat général avait pris énormément de place pendant le procès, interrogeant très longuement la mise en cause, la discréditant sur des faits étrangers à l’affaire (elle a eu cinq enfants avec trois hommes différents, c’est une « femme facile », entretenue, il lui a été presque reproché de n’avoir pas avorté de la dernière qui avait six mois au moment du procès…), au mépris de toute logique et de toute humanité, et faisant preuve d’un arriérisme et d’un sexisme inimaginables.

C’est de tous ces manquements, cet enchaînement de dysfonctionnements judiciaires, qu’est issue cette peine absurde et injuste de 7 ans de prison.

Hier, l’avocat général a requis en appel 5 ans de prison assortis d’un sursis de 3 ans, une peine qui lui permettait de ne pas trop désavouer le parquet de Melun, tout en garantissant quasiment à Adriana de ne pas retourner en prison, puisqu’elle avait déjà effectué deux ans d’incarcération, et que le jury prononce rarement une peine supérieure aux réquisitions.

Les avocat-es eux, ont plaidé la légitime défense d’une mère qui a protégé son enfant comme elle a pu, faisant valoir la gradation des moyens employés, de la voix à l’interposition physique jusqu’au couteau utilisé non pas pour tuer mais pour stopper les coups donnés. Iels ont finalement eu gain de cause, puisque l’irresponsabilité pénale pour cause de légitime défense a été reconnue par la cour, ce qui est extrêmement rare en appel pour une femme victime de violence conjugale qui s’est défendue d’un conjoint violent et l’a tué : une victoire qui pourra faire jurisprudence. Car comme l’a fait valoir la défense, aujourd’hui la justice sanctionne les femmes et leur refuse le droit de se défendre en ne leur laissant que le « choix » de fuir ou subir.

La dignité d’Adriana et son statut de victime ont été restaurés hier, par la force de la plaidoirie de ses avocats Maître Questiaux et Maître Dekimpe. Il est temps pour la justice de comprendre ses erreurs et de commencer à défendre les femmes victimes de violences. Pour cela, la formation initiale et continue des magistrat-es et des enquêteurs-rices est indispensable, que seule une politique volontariste pourra mettre en place.

Contact presse :

Claire Charlès : 07 60 36 38 29

Pour rappel : texte pétition : une-victime-de-violences-ecope-de-7-ans-de-prison-il-faut-proteger-pas-incarcerer/

Une réponse à “Acquittement d’Adriana Sampaio : la légitime défense enfin reconnue pour une femme victime de violences conjugales !

  1. Quel soulagement! Belle victoire… après 2 ans d’emprisonnement, le placement de la petite …! puisse-t-elle recevoir une indemnisation idoine. tenez-nous au courant.

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