S’arracher au « cours homogène » de l’histoire

« Le moment est venu d’accompagner la mondialisation économique et technologique d’une conception cosmopolitique du monde »

Monique Chemillier-Gendreau indique qu’il faut « en finir avec le marqueur de l’identité nationale, lequel sert à masquer l’autre marqueur décisif, celui de la race et se double parfois de celui de la religion. Ces marqueurs servent de justification aux discrimination… », que l’assignation des peuples dans des espaces déterminés et « sous des gouvernements nationaux a toujours été combinée à des migrations, des brassages, des diasporas et des métissages »…

L’autrice parle de l’avénement de l’être humain-humanité (forme préférable à mon sens à l’expression homme-humanité employée), de solidarités entre tous les humains, de modification du « cadre politique du vivre-ensemble », de « la généralité des humains, sans effacer pour autant les liens qui les regroupent en communautés singulières », de la démocratie qui « ne peut se réaliser pleinement dans l’enfermement sur le territoire », d’association de toutes et tous…

Tout me semble dit dans ces quelques premiers paragraphes, la citoyenneté commune, la prise en compte des communautés singulières, le monde comme espace d’émancipation et d’avenir.

Le livre est court. Il ne me semble pas utile d’en discuter les détails. L’autrice dit à la fois l’urgence et le possible.

Monique Chemillier-Gendreau discute des Nations Unies, des limites de cette organisation institutionnelle du monde, des apports et des carences, des conventions et de leur (non)application – « la possibilité de faire exécuter les normes déclarées » -, de l’Irak, de la Libye, de la Syrie, du refus d’accès à notre sol « aux noyés de la Méditerranée », de refondation et du verrou des membres permanents du Conseil de sécurité…

« Il faut donc s’atteler à un projet qui devra reprendre à nouveaux frais l’objectif de la paix et la concevoir non comme l’absence de guerre mais comme la réalisation d’une société juste et bonne. Cela ne peut se réaliser qu’à travers une nouvelle institution reconnue comme lieu de la communauté mondiale par tous les peuples et pas seulement par des Etats se reconnaissant entre eux comme on entre dans un club, en laissant au-dehors les gueux trop pauvres pour s’acquitter du droit d’entrée, je veux dire par les peuples sans Etat ou les minorités opprimés ».

J’invite à lire attentivement le second texte du livre, Vers des jours heureux…

Je n’en souligne que trois éléments extraits de la partie Les Institutions.

* « le caractère indérogeable du droit international par les autorités des différents États »

* « le caractère démocratique de la nouvelle organisation et notamment des procédures d’élaboration de nouvelles normes internationales. Ces procédures reposeront sur un principe de bicaméralisme, le Parlement mondial bicaméral étant composé d’une Assemblée représentants les États et d’une seconde Chambre représentant des forces sociales proprement dites. Tous les textes internationaux d’importance dans le champ social ou écologique devront être votés par ces deux assemblées, à condition d’avoir reçu préalablement l’avis conforme d’un Conseil écologique et social. Ce Conseil sera composé pour moitié de membres désignés pour leur expertise et pour moitié de citoyens du monde tirés au sort. »

* rendre « obligatoire la compétence de la Cour internationale de justice (actuellement, les États ne sont pas obligés d’accepter cette compétence) et de la Cour pénale internationale »

Un projet non achevé à discuter. L’espoir que toutes celles et tous ceux « qui s’en empareront sauront lui donner vie »… Une contribution importante contre les enfermements, les discriminations, les fantasmes identitaires, les chasses gardées…

Monique Chemillier-Gendreau : Pour un Conseil mondial de la Résistance

Editions Textuel – Petite encyclopédie critique, Paris 2020, 60 pages, 7 euros

Didier Epsztajn


De l’autrice :

Vers des jours heureux…, vers-des-jours-heureux

Régression de la démocratie et déchainement de la violence. Conversation avec Regis Meyran, la-resistance-a-loppression-est-le-droit-a-avoir-des-droits/

Préface au livre de Stéphanie Bossard : Accueillir les migrants. Rien n’est facile mais tout est possible,preface-de-monique-chemillier-gendreau-au-livre-de-stephanie-bossard-accueillir-les-migrants-rien-nest-facile-mais-tout-est-possible/

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