Elle était une fois…

Dans son avant-propos, avant-propos-de-geraldine-franck-au-manifeste-du-collectif-droits-humains-pour-tou·te·s/, publié avec son aimable autorisation ainsi que celle des éditions Libertalia, Géraldine Franckparle du groupe féministe La Barbe (lire entre autres, La Barbe : Cinq ans d’activisme féministe, a-lombre-des-vieux-hommes-vainqueurs/), de visualisation directe de la répartition femmes/hommes dans un événement, de l’Homme avec majuscule ou non, « les femmes ne sont pas des Hommes », de l’effacement des femmes via l’assimilation du masculin au neutre, du mot existant humain·e et de sa facilité d’utilisation..

L’autrice nous rappelle que le langage est politique, que ce qui n’est pas nommé n’existe pas. Il est donc nécessaire de remplacer « droits de l’homme » par « droits humains »…

Il faut répéter que le masculin n’est et ne saurait être neutre, « il est simplement masculin ! » ; que la grammaire n’est pas neutre dans la désignation des êtres humains, qu’elle traduit aussi des rapports sociaux de pouvoir ; qu’il faut démasculiniser le langage…

Géraldine Franck aborde le sexisme dans la langue, les termes qui sexualisent les seules femmes, les différences de traitement des hommes et des femmes dans le langage, les femmes comme fraction de l’espèce et les hommes comme représentants de l’universel, la norme qui ne se nomme pas, les inventions de règles grammaticales masculinistes, les effets politiques de la langue…

« Le collectif Droits humains se dissoudra dès lors que les institutions auront enclenché des changements tangibles. À défaut, il restera actif aussi longtemps que nécessaire. » et « Nous comptons sur vous pour accompagner ce combat ! »…

Des textes érudits et/ou humoristiques, des analyses et une revendication d’égalité.

Je propose de commencer par la belle et ironique variation de Typhaine D : « La pérille mortelle ». Le grotesque et l’insupportable langue régit par un seul genre grammatical. Mais notre réalité est-elle aujourd’hui si différente pour plus de la moité de la population ? Oui, notre langue est ici-et-maintenant grotesque et sexiste, avec ce masculin omniprésent qui invisibilise les femmes. Sans oublier les combats réactionnaires de l’Académie et celleux qui oublient l’histoire de la masculinisation de la langue, les inventions de contes « à rebours » pour refuser l’idée même d’égalité.

Versant érudition, je souligne le texte d’Eliane Viennot « A propos de la croyance en l’inclusion du signifié femme dans le mot homme ». L’autrice revient sur la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, l’Universal Declaration of Human Rights, les francs adeptes de la domination masculine, l’histoire et l’étymologie de mots, les deux récits de la création dans la Bible, l’idée que « les femmes devraient faire le bonheur des hommes », l’Encyclopédie et le « cahier des charges des femmes », l’idée bien ancrée que les hommes relèveraient du général et les femmes du particulier, « Les femmes, on l’a vu, font le bonheur du citoyen, mais elles ne sont pas des citoyens », les prescriptions masculinistes de l’Académie, l’infériorité construite des femmes, les mots pour le dire ou ne pas le faire, le pouvoir supérieur accordé au masculin d’un point de vue lexical et grammatical, les fariboles sur le « masculin générique » ou le « masculin valant neutre », les êtres humains…

Outre ces deux textes, je choisis de souligner certaines analyses développées, un choix très subjectif…

La Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1789, la volonté explicite d’exclure les femmes de la vie politique, la démocratie exclusive pour utiliser une notion travaillée par Geneviève Fraisse, la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne d’Olympe de Gouges, la Déclaration universelle de 1948, la célébration nationaliste d’une traduction incorrecte d’human rights

Masculinisation et de démasculinisation de la langue, impossible désignation d’un groupe par « une expression qui n’en désigne que la moitié », nécessité d’avoir une terminologie non discriminatoire, histoire de la marginalisation des femmes dans les domaines politique et économique, refus inscrit de la citoyenneté des femmes, mademoiselle sans damoiseau, institution du caractère premier du masculin…

Christine Delphy souligne, entre autres, l’universel qui n’en fut pas un, « Comment sait-on quand les femmes sont incluses et quand elles ne le sont pas ? », les droits humains en droit international et la lecture myope et masculiniste en cocoriquisme…

Il faut s’interroger sur cette idée « que la moitié de l’humanité ne serait concernée par des droits que par assimilation », l’assimilation des femmes à des hommes comme les autres, les injonctions et les récits fantasmatiques, « Humain, oui, est un mots qui m’interpelle. Me nomme. Me contient et me désigne »…

Le faux générique, la crispation franchouillarde. « Voyez-vous, ces voyous, ces lâches se cachent derrière un grand H, au début du mot homme censé représenter toute l’humanité » » (Seydi Ba), la discrimination sémantique générale, les activités jugées indignes et incompatibles avec le statut de femme, la suppression de la règle de proximité, le Code civil napoléonien et l’incapacité de femmes, les mots dans la représentation mentale, le programme de masculinisation de la langue, la visibilité des femmes…

« Rendre visible le féminin dans la langue, c’est rendre visibles les femmes »

Droits humains pour tou·te·s

Ouvrage coordonné par Géraldine Franck

Editions Libertalia, Montreuil 2020, 172 pages, 10 euros

https://www.editionslibertalia.com/catalogue/
poche/droits-humains-pour-tou-te-s

Didier Epsztajn

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