Une seule vie n’est pas suffisante pour perdre du temps à demander

Un roman polyphonique. Des personnages, particulièrement des femmes, « Je suis de celles qui se redressent », entre la France et le Sénégal, dans un présent marqué par le passé et un mensonge revêtu de travestissements.

L’écriture et le flux des énonciations est différencié suivant les locutrices. J’ai particulièrement apprécié celui d’Estelle et son « Je suis quelqu’un qui » entrecoupé de messages téléphoniques reçus.

Des souvenirs, le monde saturé de l’enfance, des confrontations, les nuits vidées de leurs rêves, les salamalecs de l’existence, le trouble des relations entre sœurs, celle restée au pays avec le père et celles venues en France dans le sillage des relations entre la mère et Eric, la solitude de Penda, « Maintenant, la solitude de sa mère la met en garde contre le fait qu’il ne faut pas confier son propre bonheur à quelqu’un d’autre »…

Aminata Aidara dessine un paysage contrasté, entremêle les temps et les lieux, les paroles et les rêves des unes et des autres, « La netteté de ses rêves est constamment mise à l’épreuve par ma réalité », les indignations et les promesses, « On ne se cachera rien des choses importantes. On se cachera, plutôt, chaque minute où la vie s’est perdue. On enterrera les moments où l’existence a oublié ce qu’elle valait », le fil d’un amour et d’un enfant perdu.

Des ombres colorent les lignes, Frantz Fanon, les fantômes, la difficulté d’écrire une lettre, la guerre, « Mais les abeilles de mon cœur ont commencé à faire grève très tôt. Puis, elles ont disparu », le départ pour toujours, les promesses, « Je ne verrai pas tes yeux se teinter de terne, ta bouche convoiter des baisers perdus, tes doigts caresser une habitude. Je fuirai l’obscurité parce que je ne serai que la lumière qui te donnera toujours la vie, l’étincelle qui fera battre ton coeur », les bisous sans épargne, le sommeil et le réveil, « Je me suis réveillée et je me suis souvenu », le visage enfin étranger, un enfant…

Un roman de l’intranquillité, des regards en avant. « A partir de maintenant je ne tiendrai aucune de mes promesses »

Aminata Aidara : Je suis quelqu’un

Continents noirs – Gallimard, Paris 2018, 354 pages, 21,50 euros

Didier Epsztajn

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