Vitrine promotionnelle et influence politique

« Ainsi livrés à la prédation des industriels, les médias évoluent ces dernières années sur l’autoroute d’une concentration accrue, facilité en France par l’absence de régulation à même de freiner les conquêtes capitalistes »

Que deviennent dans ces conditions les droits d’informer et d’être informé·es ?

Sommaire :

Concentration des médias : le bal des vampires

Une législation contre – ou pour ? – la concentration

Aux sources du « journalisme de préfecture »

La mise au pas des médias par Drahi et Bolloré

Quand « Le Monde » parraine une start-up parrainée par Niel

Poster à détacher : Médias français – qui possède quoi ?

« Direct Matin », Autolib rime avec autopub

Lire « L’Empire », de R. Garrigos et I. Roberts

Les Dassault fêtent le Rafale

Et Bolloré croqua Éditis

« Intrusion » à la Pitié-Salpêtrière : désinformation générale

 

La revue présente un organigramme de la propriétés des médias en France « Qui possède quoi ? ». une image saisissante. Encore faut-il expliquer comment la concentration capitalistique s’est déroulée et grâce à quelles législations. C’est l’objet du dossier, un vrai Bal des vampires.

Une histoire d’achat et de rachat, Patrick Drahi, Bernard Arnault, Vincent Bolloré, Xavier Niel, Matthieu Pigasse, Pierre Bergé, Daniel Kretinsky et les autres… Presse, radios, télés, presse nationale et presse régionale, « Chaque groupe de presse régionale se retrouve ainsi en position de monopole sur plusieurs départements ».

Les auteurs et autrices expliquent les causes principales de ce phénomène de concentration : « d’une part les bouleversements dans les modèles économiques des médias, conséquents au développement des nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) ainsi qu’à la financiarisation du secteur des médias ; et de l’autre, les intérêts des grands propriétaires des médias en terme d’influence ». Je rappelle que le ver était déjà dans le fruit avec la grande place de la publicité dans l’équilibre financier des sociétés de médias.

Internet, NTIC, autoroutes de l’information, contenus, intégration verticale, déplacement des lecteurs/spectateurs et des lectrices/spectatrices sur le Web, investissements pour valoriser les « images de marques » et développer les « influences », « l’influence, la valorisation de l’« image de marque » d’un groupe industriel (elle-même génératrice de profils via les autres activités du groupe), le contrôle relatif de la parole médiatique et la synergie entre les offres d’abonnement à Internet ou à un réseau téléphonique d’une part, et l’exclusivité de « contenus » d’autre part ». J’ajoute la fiscalité des bénéfices consolidés des groupes diminuées par l’imputation des pertes de certaines sociétés.

Les offensives dans la sphère des médias ne peuvent aujourd’hui être séparées de celles sur les cablo-opérateurs.

Je souligne les analyses des pratiques de lignes éditoriales, le choix des personnels occupant les postes clés, l’influence politique obtenue ou la force de dissuasion, les amitiés et les pratiques d’endogamie de la bourgeoisie (voir par exemple le club de réflexion Le Siècle) et l’évitement des gouvernements successifs à mettre le nez dans le business des médias privés…

L’ordonnance de 1944 interdisait notamment à une personne d’être propriétaire de plus d’un journal quotidien ou périodique au delà d’un certain tirage… Elle ne fut pas appliquée, l’empire Hersant en fut un bon exemple.

La loi de 1984 est plus souple, la réglementation est appliquée. Et à propos des concentrations, comme l’écrivent les auteurs et autrices « On serait même tenté de penser qu’elle les a plutôt permises qu’empêchées ». Un article est consacré à cette législation et aux concentrations dans la presse papier, la radio, la télé… « Encore, une fois, on observe que les règles anti-concentration ont été assouplies au fil du temps au bénéfice des groupes les plus importants ». La défense du pluralisme se réduit à la défense de la pluralité des milliardaires ; et le pouvoir politique « ne semble se préoccuper que de limiter la liberté de la presse (loi sur le secret des affaires, sur les fausses nouvelles) »…

Acrimed fait un certain nombre de propositions, dont un statut juridique pour les rédactions, une véritable législation anti-concentration, un conseil national des médias, un véritable service public de l’information, le renforcement des médias sans but lucratif et des droits des journalistes et des usager·es des médias…

Les articles suivant traitent de la mise au pas des médias par Patrick Drahi et Vincent Bolloré, les « contenus » compatibles avec les intérêts des propriétaires, la censure et les pressions ; les poursuites-baîllons, le parrainage d’une start-up par Xavier Niel dans le journal Le monde, copropriétée de Xavier Niel ; la pub déguisée en information pour Autolib (propriété du groupe Bolloré) par Direct Matin, propriété du même groupe…

Suivent une présentation du livre de Raphaël Garrigos et Isabelle Roberts : L’empire. Comment Vincent Bolloré a mangé Canal + ; la publicité par le Figaro et Valeurs actuelles de l’avion de chasse Rafale du groupe Dassault, une sollicitude appréciée par la Bourse ; le rachat d’Editis par Vincent Bolloré.

En guise de bouquet final, la désinformation générale sur la soi-disante intrusion violente de manifestant·es dans l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, « Un épisode qui témoigne de la précipitation des journalistes, y compris de certains journalistes de terrain, de l’absence totale de vérification et de recoupement des sources, de la reprise en boucle de la communication gouvernementale et de la hiérarchie hospitalière, de la marginalisation des témoignages contradictoires, et enfin d’un mensonge délibéré ». Un fièvre médiatique, loin de la déontologie journalistique la plus élémentaire, la construction d’un mensonge et sa propagation…

Une nouvelle fois, l’œil et l’oreille de la critique sur des médias dominants. Nécessaire.

Médiacritique(s) N°32 – juillet-septembre 2019 : Médias français, le grand monopoly

Le magazine trimestriel de l’association Acrimed

26 pages, 4 euros

Didier Epsztajn

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