Adieu Olympe et ses droits

En mars 2016, quelques jours après la manifestation organisée par la commune autour de la  Journée internationale des femmes, le petit village de Néoules dans le Var faisait poser une plaque donnant lecture de la « Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne » de Olympes de Gouges sur le mur de la salle polyvalente jouxtant ainsi celle, universelle, des Droits de l’homme. En juillet de la même année, cette plaque était officiellement inaugurée en présence de deux maires, celui de Néoules et celui de la ville jumelée d’Italie, Diano d’Alba.

Ce 8 juin 2019, trois ans plus tard, avait lieu au même endroit les festivités liées à la Saint-Hubert, fête des chasseurs. En marge de cette manifestation, deux mobiliers publics ont été détruits : la porte en verre de la salle et la plaque de la « Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne » qui, selon les autorités (maire, 1er adjoint, police municipale) s’est brisée sous les coups « idiots » des tirs de ballon de jeunes « cons ». La plaque sera remplacée mais on ne sait quand.

Ce vandalisme est d’autant plus « idiot » qu’il s’agit de dégradation de bien public, ce qui peut être puni par la loi. En outre, par la pose de cette plaque, Néoules se distinguait puisque cette municipalité a été la première institution publique, avant l’Assemblée nationale (19 octobre 2016), à afficher cette déclaration. Sa destruction passera aussi inaperçue que sa pose. Encore une entorse à la mémoire des femmes qui passe aux oubliettes de l’Histoire, la déclaration en question restant considérée comme symbole négligeable de la démocratie.

Joelle Palmieri, 8 juillet 2019

Pour rappel

La Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne est un texte juridique français, exigeant la pleine assimilation légale, politique et sociale des femmes, rédigé en septembre 1791, par l’écrivaine Olympe de Gouges sur le modèle de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen proclamée le 27 août 1789, et publié dans la brochure Les Droits de la femme, adressée à la reine. Premier document à évoquer l’égalité juridique et légale des femmes par rapport aux hommes, la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne a été rédigée afin d’être présentée à l’Assemblée nationale le 28 octobre 1791 pour y être adoptée.

La Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne constitue un pastiche critique de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, qui énumère des droits ne s’appliquant qu’aux hommes, alors que les femmes ne disposaient pas du droit de vote, de l’accès aux institutions publiques, aux libertés professionnelles, aux droits de propriété, etc. Olympe de Gouges y défend, non sans ironie à l’égard des préjugés masculins, la cause des femmes, écrivant ainsi que « la femme naît libre et demeure égale en droits à l’homme ». Ainsi se voyait dénoncé le fait que la Révolution oubliait les femmes dans son projet de liberté et d’égalité.

Ce projet fut refusé par la Convention.

Des municipalités françaises ont attribué depuis peu (années 2010) le nom d’Olympe de Gouges à des établissements scolaires, des voies publiques, des bâtiments publics : place Olympe-de-Gouges et bâtiment des services centraux du ministère de la Justice à Paris, « centre Olympe de Gouges » (maternité et gynécologie) du CHRU de Tours, amphithéâtre de l’Université Bordeaux Montaigne, « rue Olympe-de-Gouges » à Alfortville, Amiens, Asnières-sur-Seine, Belfort, Besançon, Billère, Dijon, Évreux, Gennevilliers, Libourne, Lille, Nantes, Prades-le-Lez, Rennes, Reims, Saint-Denis, Saint-Herblain, Sainte-Luce-sur-Loire, Saint-Martin-d’Hères, Vitry-sur-Seine, « collège Olympe de Gouges » à Cadaujac, « théâtre Olympe-de-Gouges » à Montauban, etc. Le 19 octobre 2016, un buste d’Olympe de Gouges accompagné d’une plaque donnant lecture de la déclaration étaient érigés dans la salle des Quatre-Colonnes du palais Bourbon, siège de l’Assemblée nationale, première femme politique représentée parmi les œuvres d’art présentées dans l’édifice.

Joelle Palmieri

https://joellepalmieri.wordpress.com/2019/07/08/adieu-olympe-et-ses-droits/

 

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