Ce ne sont jamais les cicatrices visibles qui comptent

L’hiver, le retrait, des femmes et choix radicaux de séparation ou d’éloignement, des hivers personnels. Des hommes aussi et le poids des guerres ou de la perte, « une ville allemande semblable à des centaines d’autres, réduite à des monceaux de gravats par la répétition impitoyable de bombardements alliés, leurs survivants hébétés, affamés, en état de choc » ou « rendu à la vie civile sans ces morceaux d’os et de chair anéantis qu’il avait perdu »

Des portraits saisissant la distance, le silence, les brisures et les décisions, la précision des gestes, les rares mots…

Mabel, Claire, Iris…

Duncan, Oldman, Sam…

Dire exactement ce que l’on veut dire, ne pas poser de question, ne « pas être soumis au déballage de l’histoire et des sentiments d’autrui », la séparatio ou la reconfiguration de lieu, les espaces de solitude, le refus du passé ou de la brisure du temps, le geste photographique, « D’où je viens – venais »…

Et pourtant, l’hiver n’est qu’un moment, un long moment. Dans l’improbable enchainement de vies, un enfant Luke et une jeune femme June, « cet inconfort irrésistible qui vient d’un profond sentiment d’inadéquation » ou « quelqu’un d’aussi passif, d’aussi émotionnellement inerte et comme écrasé par la constance du désespoir ».

Des portraits de personnes en deuil ou en colère, des êtres fragmenté·es. Le grand talent de l’autrice est bien dans la pesée des mots, la construction des phrases, la capacité à donner un poids à ces personnages et à leurs actions par l’écriture même.

Et quand l’espoir de la fin de l’hiver peut être entrevu, la construction se fait moins prégnante, plus ouverte. Jusque dans les mots et leur agencement, la chaleur s’insinue, comme une espérance jamais totalement éteinte derrière les sombres du passé.

Melanie Wallace : Traverser l’hiver

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Brice Matthieussent

Editions Grasset, Paris 2017, 302 pages, 20 euros

Didier Epsztajn

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