La poésie au centre vital d’une vie faite pour être vivable

Dans sa présentation Gérard Roche, aborde l’écho du recueil, sa réputation sulfureuse, le scandale provoqué, la colère et l’indignation de Benjamin Péret, la collaboration de l’auteur à l’Humanité, le « pourfendeur de curés pédophiles, de gradés sadiques toujours prêts à frapper et à opprimer », les débats quant « aux rapports entre la création poétique et l’action pratique révolutionnaire », le refus d’« une instrumentalisation politique de la poésie » ou d’une réduction de la poésie à « l’indignité mercenaire ». Il cite André Breton : « L’imagination artistique doit rester libre. Elle est tenue quitte par définition de toute fidélité aux circonstances grisantes de l’histoire. L’oeuvre d’art, sous peine de cesser d’être elle-même, doit demeurer déliée de toute espèce de but pratique ».

Nous sommes donc bien ici dans la liberté de l’imagination poétique, l’humour comme arme contre les dictateurs, l’audace des images, le ciblage des maux et de problèmes de cette époque, « le pouvoir, la dictature, la religion, la bêtise, la superstition, la peur de la liberté »…

De cris et des mises en mots de Benjamin Péret, de ce tourbillon du refus, je ne souligne que certains éléments. Seule la lecture – si possible à haute voix – rendra compte de l’irrésistible force de cette poésie au vitriol.

Des cibles haïssables, par exemple, monsieur Thiers, Louis XVI et « le droit divin de crever », un cardinal « grâce à l’endurance et au patriotisme / que tu prêchais dans abattoir », Nungesser et Coli, « Quant à nous nous aurons des banquiers soufflés / des généraux couverts de vomissures / et de sombres bourriques de tous les pays », le pape des catholiques, la rencontre des cloportes et des cafards, l’assassin Foch, « et comme un boucher il creva d’une blessure de cadavre », la peste tricolore, le patriotisme, « Soudain un mou de veau auréolé de mouches / suant des patriotismes / comme un général devant le monument de ses morts », les trahissons ou la « vacherie nationale »…

De l’humour et de la tendresse aussi, la petite chanson des mutilés, « j’ai mangé beaucoup de rats /mais ils ne m’ont pas rendu ma jambe / c’est pour cela qu’on m’a donné la croix de guerre / et une jambe de bois », Sacco et Vanzetti à venger, Macia et la Catalogne…

La seconde partie du livre est consacrée à une enquête sur le recueil, des questions et des réponses de diverses personnes, des éclairages possibles sur la lettre et le feu de Benjamin Péret. L’esprit de révolte, le lyrisme survolté, le désir de liberté et de poésie, la vague irrésistible d’images, l’efficacité de l’outrageant excès, le réfractaire aux ritournelle patriotiques et staliniennes, la fureur poétique, la dénonciation de l’insidieux, les spectres pestilentiels, le « contingent de crapules en tout genre, de charognes en état de putréfaction avancée et de monstruosités aussi nouvelles que détestables ! », la jubilation interne, le buveur de soleil…

(Re)lire ce livre reste bien « une question d’hygiène mentale et d’estime de soi »…

Benjamin Péret : Je ne mange pas de ce pain-là

Suivi d’un enquête de Heribert Becker

Edition Syllepse, Paris 2010, 158 pages, 13,50 euros

https://www.syllepse.net/je-ne-mange-pas-de-ce-pain-la-_r_71_i_456.html

Didier Epsztajn

De l’auteur

Trois cerises et une sardine. Suivi d’autres poèmes : jai-jete-ma-crosse-en-lair/

La Commune des Palmares les-yeux-demain-pourront-toujours-profiter-de-la-splendeur-des-orchidees/ 

Sur l’auteur : 

Barthélémy Schwartz : Benjamin Péret l’astre noir du surréalismeje-ne-mange-pas-de-ce-pain-la/

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