Qui peut engager l’avenir sans mensonge ?

Une correspondance imaginaire, se libérer de « ce souci que j’ai de ne pas tout rompre entre nous », Stevan, un mur aujourd’hui sans fissure, l’entre fantôme et l’homme doué d’existence, la remémoration et le temps, « faire passer cet instant dans une durée valable pour toi comme pour moi », une histoire dans un temps de nationalisme, un parti à la fois nationaliste et stalinisé, « c’est aux mensonges que je me heurtais, aux vérités officielles à l’usage des croyants et l’on ne pouvait mettre en doute sans crime d’hérésie », des sentiments prêtés à l’autre, « C’est comme si chacun n’avait jamais à sa disposition qu’un même patron, taillé une fois pour toutes, le jour de sa naissance, par quelque bonne ou mauvaise fée. La mienne sûrement était assez carabosse »…

Le journalisme et ce que n’est pas la vérité, le mensonge et le communiqué de guerre, Claude, la porte entrebâillée derrière Alice, le temps de l’indécision, un mélange de joie et de lourdeur, « C’est oui, Claude » et « A notre porte, le monde commençait d’exister, mais rien, au-dehors, ne permettait de déceler notre secrète féérie. L’hiver se passa ainsi. Au printemps, nous résolûmes d’aller vivre ensemble ». Une femme et une femme, « Si tu étais un homme et que je fusse une femme, je ne pourrais pas accepter d’être définie par toi », les rênes de l’absurde, un récit enclos en lui-même, toujours la même histoire…

Le journalisme sans le parti, les moyens et la fin, « J’avais été persuadée que la fin est incluse dans les moyens employés pour l’atteindre et que les moyens qui admettent le mensonge et la trahison parviendraient à une fin qui serait, elle aussi, un mensonge et une trahison », un récit dans le récit, Esther, le poids d’une mère, la persécution des juifs, des fichiers déjà pleins de poussières, celle et tout ce qui « s’en était allé en fumée », Stephan et son fantôme caché, oublier son remords ou le renouveler à jamais,

Le désespoir, les préjugés, un désir d’enfant, un donneur et non un père, « Je n’avais pas plus à rougir de lui que je n’avais à rougir de moi », n’être le reflet de personne, la solidarité entre femmes, la lourdeur et la fatigue, le désir que l’enfant soit une fille, Anne, « la considérer comme un être libre, extérieur à moi, comme une personne, dont les droits devaient primer mes désirs », ceux et celles qui ont disparu·es pour toujours au coin de la rue, la promesse…

Nicolas Chevassus-au-Louis parle d’Edith Thomas, « Résistante de l’ombre », éclaire le roman d’éléments biographiques (ce qui ne me semble cependant que de peu d’intérêt pour la lecture), du « sentiment d’échec, et ce désespoir lancinant », de mésestime de soi, de l’ombre de Simone, de la résistante, du « refus de confondre haine de l’occupant et haine de Allemands », de la rupture avec le PCF, de Pauline Roland, des Pétroleuses, de lutte contre l’oubli…

Une femme dans le court vingtième siècle.

Edith Thomas : Le jeu d’échec

Viviane Hamy 2018, première édition Grasset 1970, 204 pages, 18 euros

Didier Epsztajn

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