Archives de Catégorie: Travail

« Ce qu’il faut rechercher, ce n’est pas une civilisation du travail et de la production, c’est une société libérée dans ses échanges et dans ses communications… »

Entretien avec Pierre Naville sur l’automation et l’avenir du travail (1977)

Dans cet entretien publié en 1977, Pierre Naville présente sa vision de l’automation et de l’avenir du travail. La lecture de ses propos nous permet, au début de la seconde décennie du 21ème siècle, de remettre en perspective bon nombre de transformations du travail liées à la robotisation, la numérisation du travail ou la mobilisation de l’IA dans le procès de travail. Pierre Naville revient sur les enseignements tirés des enquêtes qu’il a menées ou dirigées au cours des années 1950 et 1960, en particulier celles qui portent un regard novateur et critique sur le développement de systèmes de production semi-automatisés, et dont on peut retrouver les conclusions dans l’ouvrage « Vers l’automatisme social » (1960 [2016]). Sa clairvoyance analytique, son degré de discernement sociologique – il ne faut pas tout confondre – et l’actualité de certaines thèses défendues sont assez uniques en leur genre. Chacun pourra s’en rendre compte d’autant plus facilement que son époque est bien éloignée du temps présent.

Naville nous rappelle l’importance des fondamentaux : la technique n’est pas une malédiction ni une perversion mais progresse en fonction des impératifs de l’extraction de plus-value, de l’accumulation et de leurs rythmes heurtés tout en étant marqué par la division internationale du travail et les rapports stratégico-militaires entre les Etats. Lire la suite

La fatigue actuelle n’est pas seulement celle d’individus libres et autonomes

Dans une tribune récente au journal Le Monde, Alain Ehrenberg a critiqué l’ouvrage de la fondation Jean-Jaures –Une société fatiguée ? – en estimant à juste titre que l’on ne peut pas traiter la société comme un individu, même si des transformations sociales peuvent expliquer une monté de la plainte de fatigue parmi les individus. A propos des entreprises, il explique que « l’imaginaire du travail n’est plus un imaginaire taylorien de l’exécution mécanique des ordres ou du suivi des cadences. On demande aux gens d’être responsables, autonomes, d’avoir de l’initiative, de développer des compétences de « savoir être », etc. Dans le système d’attentes collectives de l’autonomie, la question « que suis-je capable de faire ? » se substitue à « que m’est-il permis de faire ? ». Ce changement de nos régimes d’action exige de chacun des formes d’auto-contrôle émotionnel et pulsionnel qui étaient parfaitement marginales dans le taylorisme, ce qui donne une place nouvelle aux dimensions affectives du travail. »

Une telle analyse peut toutefois sembler bien rapide. Tout d’abord parce que le taylorisme est loin d’avoir disparu. Il s’étend même, sous des formes renouvelées, y compris en dehors de l’industrie, par exemple dans les centres d’appel, les entrepôts logistiques, les caisses des supermarchés ou le travail des postiers (comme l’a montré Nicolas Jounin), notamment du fait des outils numériques de contrôle et de gestion des activités à distance. Ensuite, parce que la fatigue au travail est un phénomène complexe et multiforme. Il n’existe sans doute pas une, mais différentes formes de fatigue qui mêlent de façon variable suivant les époques et les secteurs professionnels, fatigue et usure physique d’une part  et souffrance morale ou psychique d’autre part. Lire la suite

La crise sanitaire, une respiration salutaire ?

La crise sanitaire a fait de gros dégâts. Là où on les attendait pas. La corona, selon Jean-Luc Porquet « a véritablement ébranlée et annihilée la valeur travail ».

Porquet, c’est dans le Canard enchaîné, dans le Monde Léa Iribanegaray nous fait rencontrer des « frugalistes » calculateurs qui, de très près surveillent leur RIB (Revenu Induit par ses Besoins). Le boulot, juste ce qu’il faut…

« A-t-on perdu tout sens de l’effort ? » s’interrogent deux auteurs bretons, Gérard Amicel et Amine Bourkerche, qui dans « L’autopsie de la valeur travail » dissèque l’idéologie du boulot.

Un allemand, Robert Kurz s’en prend lui, à « l’ethos du travail ».

Les éléments de la critique s’accumulent. Procès à charge ?

Mais, est-ce sérieux cette iconoclaste critique ? Allons voir. Lire la suite

Accidents de travail : l’impôt du sang

Le 25 juillet de cette année, un ingénieur de la SNCF est mort au travail dans des circonstances atroces : il a été enseveli vivant suite à un éboulement sur un chantier. Un quotidien de province a publié cette information dans sa rubrique « faits divers » en ne s’attachant quant au contenu de l’article qu’aux conséquences impactant les voyageurs et le trafic des trains (1). Un grand site d’information nationale a titré de façon lapidaire « Accident de chantier mortel à Massy : le trafic SNCF a repris, annonce le ministre délégué aux Transports Jean-Baptiste Djebbari », là aussi le traitement de cette information pourtant tragique reste axé sur l’impact de l’accident sur la circulation des trains (2). Un autre grand hebdomadaire français (3) a présenté les faits de façon similaire : en se contentant de disserter sur l’altération du trafic ferroviaire. Ces analogies sont troublantes et montrent bien comment sont traités médiatiquement les accidents du travail, comme des faits divers isolés, compris indépendamment les uns des autres, faits divers narrés avec une inhumanité sidérante : la victime est reléguée à l’arrière-plan derrière les inconvénients pour les voyageurs et les retards de train. Le pire est sans doute la réaction, telle qu’elle a été rapportée par ces mêmes organes de presse, du ministre délégué au Transport (3) qui a été d’annoncer la reprise du trafic sans un mot pour la victime et ses proches, avec un manque de considération total pour ces derniers, le cynisme froid de nos dirigeants laisse sans voix. Lire la suite

Le Communiqué intersyndical du 30 août 2021 appelant au 5 octobre

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Les organisations syndicales CGT- FO – FSU – Solidaires – FIDL – MNL – UNEF – UNL réunies le 30 août appellent à la mobilisation de l’ensemble des travailleur-ses du secteur privé et public, et la jeunesse, le mardi 5 octobre 2021.

Elles rappellent qu’elles ont mis en garde le gouvernement, au début de l’été, face à ses projets de régression sociale. Elles ont, à cette occasion, formulé des solutions économiques et sociales pour sortir de la crise sanitaire.

Elles s’opposent à ce que la situation sanitaire soit utilisée par le gouvernement et le patronat pour accélérer la remise en cause des droits et des acquis des salarié-es et des jeunes. L’élargissement et l’accélération indispensables de la vaccination demandent de renforcer l’accès à la santé, les moyens de l’hôpital public et de la médecine du travail. Cela nécessite de convaincre et de rassurer, et non de sanctionner les salarié-es. Lire la suite

La pensée magique de l’émancipation du travail

Introduction

On rencontre communément la dénomination d’une ressource allouée à la personne sous les appellations de « Le revenu universel », ou « revenu de base [1] ». Certains peuvent préférer « revenu inconditionnel (d’existence ?) minimum garanti » plus explicite sur la prétention aux droits, là où d’autres l’affirment avec le « salaire à la personne » ou « salaire à la qualification » en l’« inscrivant dans le droit du travail. Le RU est aujourd’hui mis à toutes les « sauces » et imprime les discours d’une certaine droite [2] comme d’une certaine gauche. Encore que bien souvent, il s’agit d’un exercice mené sans conviction, comme pour éviter les controverses d’un sujet clivant qui troublerait les esprits et finiraient comme un enfant mort-né. Les détracteurs de la droite s’efforcent d’assécher la prétendue vocation « émancipatrice » du RU en la dévoyant pour en faire au mieux une mesure sociale qui vise à remplacer celles existantes, et écornées au passage. Nul doute que ceux qui tiendront ce bout de la ficelle chercheront à enfermer le débat selon des principes emprunts de réalisme, à coups de poncifs moraux et de rigueurs budgétaires, et attireront sur leur terrain ceux à la colonne vertébrale trop fragile. Dans un cas comme dans l’autre, le niveau du curseur de sa soutenabilité économique servira de levier aux premiers, bien secondée dans les faits par l’œcuménisme moralisateur des seconds. Lire la suite

La triple charge de travail des syndicalistes indonésiennes

La crise de la COVID-19 accentue les inégalités de genre au sein des chaînes d’approvisionnement mondiales. Dans la mesure où la COVID-19 a frappé les secteurs manufacturiers à bas salaires où travaillent en majeure partie des femmes, ses conséquences touchent un genre plus que l’autre. L’OIT rapporte, par exemple, que deux travailleur·ses de l’industrie de l’habillement en Asie-Pacifique sur cinq n’ont pas repris le travail après la fermeture des usines. La majorité des travailleur·ses du secteur de l’habillement sont des femmes et elles représentent 5,2% de l’ensemble de la main d’œuvre féminine de la région.

Pourtant, au milieu de la pandémie, le travail invisible effectué par un grand nombre de femmes en Asie n’a pas seulement doublé, mais triplé. Beaucoup de femmes salariées, en plus d’être les premières à s’occuper des membres de la famille à la maison, sont aussi des syndicalistes menant une lutte sans merci pour protéger les droits des travailleur·ses les plus vulnérables de la région. Lire la suite

Contre l’amère sensation de « perdre sa vie à la gagner »

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Dans son avant propos, Tony Demonte parle de réduction collective du temps de travail (RCTT), d’un outil « pour convaincre de la légitimité de nos combats », de reconquête idéologique, de pensée utopiste, d’énergie et de force de soulèvement. « Comme syndicaliste, je pense que le rappel des notions qui est fait dans cet ouvrage, notamment celles qui fondent l’exploitation, mériterait, au minimum, d’être (re)lu par tout.e.s les permanent.e.s du mouvement syndical et les délégué.e.s responsables d’équipes syndicales »…

Selena Carbonero Fernandez rappelle que la RCTT peut-être « un outil d’émancipation si on sort d’une conception sexuée du temps ainsi libéré ». Elle plaide comme son organisation syndicale pour la « réduction collective du temps de travail (RCTT) avec maintien du salaire et embauches compensatoires ». Aujourd’hui la réduction du temps de travail, outre le chômage imposé, passe par des solutions individuelles qui « sont loin d’être neutre du point de vue du genre ». Quatre-vingt pour cent des emplois à temps partiel sont occupés par des femmes. Les régimes individuels de baisse du temps de travail pénalisent les femmes et renforcent la division sexuelle du travail…

Seule une réduction collective et massive du temps de travail peut ouvrir une remise en cause de l’ensemble des rapports de domination, permettre de dégager du temps pour gérer les entreprises et les affaires de la cité (autogestion), prendre en charge de manière égalitaire le travail domestique et libérer du temps pour soi… Lire la suite

Le travail à la peine (présentation du dossier de Raison présente)

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Avec l’aimable autorisation de l’auteur

Ce dossier de Raison présente explore les souffrances, frustrations et tensions subies par les travailleurs, hommes et femmes. En CDI, CDD ou en tant qu’intérimaires, ouvriers, caissières, infirmières, techniciens, enseignants, cadres ou universitaires, tous sont confrontés dans leur quotidien à des difficultés qui ont plutôt eu tendance à se renforcer et à se généraliser ces dernières années. La pandémie de la Covid-19 a mis en lumière les professions les plus fragilisées, ainsi que celles qui se sont retrouvées être les plus exposées aux risques de contamination : les travailleuses et travailleurs du commerce, notamment les caissières, les professions de la santé, les éboueurs ou les livreurs. A des degrés divers selon leurs statuts et catégories, tous les travailleurs sont à la peine. Car si la satisfaction, le plaisir ou le bonheur au travail restent des idéaux proclamés, en particulier dans les discours managériaux, la réalité du travail vécue en est trop souvent éloignée. C’est pourquoi les désagréments, le mal-être psychique et physique, la pénibilité ou la fatigue, les évaluations permanentes, l’exposition à des dangers, les atteintes à la santé et les maladies professionnelles sont quelques-unes des dimensions qui seront examinées par les auteurs des articles de ce numéro. Sociologues, spécialistes en sciences de gestion, historiens, juristes ou psychiatre, ils croisent leurs approches pour livrer un tableau de la face sombre du travail après quatre décennies de néo-libéralisme… Lire la suite

La lutte contre les violences faites aux femmes vaut plus qu’un symbole

Ce mercredi 2 juin, le gouvernement discute en Conseil des ministres un projet de loi de ratification de la convention de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) contre les violences et le harcèlement dans le monde du travail. Une bonne nouvelle ? Oui bien sûr car c’est grâce à notre mobilisation collective que cette première loi mondiale contre les violences sexistes et sexuelles au travail a été adoptée en 2019, dans la foulée de #MeToo. Cependant, nous ne pouvons nous satisfaire du projet car, en l’état, cette ratification ne changera rien, ou presque, à la situation en France.

Pourquoi : Parce que le gouvernement a décidé de ratifier à minima il refuse de faire évoluer la loi pour y intégrer les recommandations de l’OIT. La lutte contre les violences faites aux femmes vaut pourtant mieux qu’un symbole. Lire la suite

Le syndicalisme doit se renouveler profondément pour sortir de la spirale du déclin (plus Malaise dans la syndicalisation)

Le résultat des élections professionnelles sur la période 2017-2020, publié le 26 mai par la direction générale du travail, révèle une fragmentation croissante de la représentation syndicale. Sur fond de participation déclinante, la CGT perd 150 000 suffrages et la CFDT, 38 000. Cette dernière ne consolide sa « première place » que du recul de la CGT. La présence syndicale s’étiole, une « a-syndicalisation » rampante poursuit son cours.

Ce ne sont pourtant pas les mobilisations qui manquent : là où ils sont actifs, les syndicats continuent de jouer un rôle important, par exemple dans la défense de l’emploi dans les nombreuses entreprises industrielles mises à l’encan. Ils sont actifs aussi dans les mobilisations sectorielles, celles récentes du monde de la culture, ou dans la santé, même si d’autres modes d’action, à travers des coordinations, ont également trouvé leur place. Mais d’autres formes de contestation aussi le supplantent : « gilets jaunes », mobilisations pour le climat ou féministes…

Cette perte de rayonnement dans la société est un processus ancien, il est contemporain d’une certaine régression de l’Etat social, que le syndicalisme ne parvient pas à enrayer depuis une trentaine d’années. Les victoires locales existent toujours, mais sont de plus en plus limitées en nombre, du fait même du rétrécissement de la présence syndicale sur les lieux de travail et de leur caractère très défensif. Lire la suite

Introduction à l’ouvrage de Vincent Gay : Pour la dignité. Ouvriers immigrés et conflits sociaux dans les années 1980

Avec l’aimable autorisation de l’auteur

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« C’était super, c’était bien. J’ai vécu deux ans les meilleurs de ma vie. Ces années-là, huit mois avant 82, jusqu’à 84, c’étaient les meilleures années de ma vie. C’était bien [1]. »

Revenant sur sa trajectoire militante, un ancien ouvrier immigré de l’usine Citroën d’Aulnay-sous-Bois évoque avec enthousiasme une période qui débute avec sa découverte du militantisme syndical et se clôt après des grèves contre des licenciements collectifs. Rétrospectivement, il ne subsiste pourtant de ces années 1980 que la fin des espérances des décennies précédentes et, concernant l’histoire ouvrière, l’image d’une désindustrialisation galopante qui fera bientôt disparaître les ouvriers des préoccupations médiatiques et politiques. Comment alors comprendre que pour ce travailleur ce moment soit remémoré comme les plus belles années de sa vie ? C’est, entre autres, à l’élucidation d’un tel mystère qu’est consacré ce livre, centré sur deux années de conflits sociaux dans les usines Citroën et Talbot dans lesquels les ouvriers immigrés jouèrent un rôle prépondérant. Pour la dignité ; c’est sous ce vocable que sont souvent évoqués ces conflits, à partir de ce qui constitue un fil rouge pour les ouvriers immigrés mobilisés, une exigence première, qui cristallise, au-delà même de leurs conditions de travail, une dimension existentielle de leur condition sociale, de leur être immigré en France. Lire la suite

Les travailleurs et travailleuses de la restauration disent : pas de retour au travail sans un réel salaire minimum décent

Le 20 mai 2021, une cinquantaine de dirigeants de travailleurs du secteur des services de One Fair Wage, une organisation que je dirige et qui rassemble des travailleurs et travailleuses du secteur des services pour exiger un salaire décent, se sont réunis pour procéder à un vote officiel sur l’opportunité de faire une « grève des salaires ». Certains travailleurs et travailleuses avaient déjà quitté le secteur de la restauration et envisageaient de ne pas y revenir, tandis que d’autres étaient restés, effectuant le travail de deux ou même trois salarié·e·s dans des entreprises en sous-effectif. Tous étaient unis dans leur détermination à ne pas continuer à travailler pour un salaire inférieur à un salaire complet et décent, plus les pourboires.

« Lorsque la pandémie a frappé, j’ai été mis au chômage technique. J’ai essayé de toucher le chômage, mais mon salaire minimum était trop bas pour que je puisse y prétendre », a déclaré Ifeoma Ezimako, une serveuse afro-américaine de Washington D.C. qui est devenue un leader de One Fair Wage juste après le début des fermetures liées à la pandémie l’année dernière. « Mon vrai problème est que les pourboires sont censés être un supplément. Or, ce n’est pas l’obligation du client de nous payer. Du fait que l’employeur ne transmet pas cette obligation au client, et que le client le sait, c’est alors que le harcèlement sexuel intervient. » Lire la suite

La désintégration par le travail

À propos de Robledo, de Daniele Zito

Avec l’aimable autorisation de l’auteur

Depuis des décennies, les politiques de l’emploi sont conduites dans les pays occidentaux au nom de la défense de la « valeur-travail ». L’argumentaire est le suivant : le travail est vecteur d’intégration, ce qui fait société. Et si nos démocraties se délitent, c’est parce que le travail vient à manquer. Il faut donc remettre les personnes au travail pour restaurer la civilisation, quitte à en baisser toujours plus le coût, à le rendre toujours plus flexible pour le distribuer plus largement. « Moins d’argent, plus de travail », pour reprendre – en l’inversant – un slogan ouvrier des années 1970 [1]. Dans Robledo, fable dystopique, Daniele Zito pousse ce raisonnement dans ses ultimes limites en imaginant une société où la prolifération des exclus de l’emploi aurait donné naissance à un mouvement politique de mortification par le travail, une conjuration de travailleurs bénévoles qui endossent le rôle de salarié sans réclamer de salaire. Lire la suite

Les mutations de la division sexuelle du travail et le refus de l’égalité

« Si la rédaction de cet ouvrage est bien antérieure à la crise du covid-19, il nous est néanmoins apparu essentiel en préface d’évoquer cette pandémie tant la crise sanitaire et le confinement ont été des miroirs grossissants des inégalités de genre. Au niveau mondial, l’épidémie a fortement touché les femmes : leur exposition au virus a été plus forte, leur niveau de vie a baissé et leur quantité de travail domestique a augmenté, tout comme les violences conjugales dont elles sont victimes. Elles ont donc été plus que jamais en première ligne, tant sur le front du travail que sur le plan de la vie familiale ». Lire la suite

Pour une conception politique du salaire

Le salaire symbolise bien plus qu’un montant perçu par le travailleur. En tant qu’outil d’émancipation, entre autres, il doit pouvoir rester librement négocié.

Le salaire est un élément central, mais aussi paradoxal de notre société. Central, car il concerne près de 4,5 millions de Belges (employé·e·s, chômeuses et chômeurs). Statistiquement, cette estimation devrait être revue à la hausse tant le revenu d’une part croissante des « faux » indépendant·e·s (Uber, Deliveroo, etc.) relève désormais du rapport salarial. Lire la suite

Le genre au travail. Avant-propos « Les femmes en première ligne face au covid-19 » (+ introduction générale et sommaire)

Avec l’aimable autorisation des Editions Syllepse


Si la rédaction de cet ouvrage est bien antérieure à la crise du covid-19, il nous est néanmoins apparu essentiel en préface d’évoquer cette pandémie tant la crise sanitaire et le confinement ont été des miroirs grossissants des inégalités de genre. Au niveau mondial, l’épidémie a fortement touché les femmes : leur exposition au virus a été plus forte, leur niveau de vie a baissé et leur quantité de travail domestique a augmenté, tout comme les violences conjugales dont elles sont victimes
1. Elles ont donc été plus que jamais en première ligne, tant sur le front du travail que sur le plan de la vie familiale. Lire la suite

Renforcer les moyens d’action du syndicalisme pour garantir une citoyenneté sociale effective

Avec l’aimable autorisation de l’auteur

En recentrant les relations professionnelles sur le niveau des entreprises, les réformes successives visant à « rénover la démocratie sociale » renforcent les inégalités entre travailleur.ses et fragilisent la citoyenneté sociale. Karel Yon nous explique en quoi le « dialogue social », loin d’accroître le pouvoir des salariés sur leur travail, devient un outil de gestion au service de la stratégie de l’entreprise et accompagne la restauration de l’autorité patronale. Il fait des propositions pour donner un sens réellement progressiste à la « démocratie sociale » et une effectivité au droit à l’action syndicale. Lire la suite

Contre l’Accord National Interprofessionnel (A.N.I.) sur la santé au travail.

Appel aux organisations syndicales de salarié.e.s

30 décembre 2020

Le projet d’accord national interprofessionnel « pour une prévention renforcée et une offre renouvelée en matière de santé au travail et conditions de travail », proposé à la signature des organisations syndicales de salariés dites « représentatives », début janvier 2021, précède sur le même sujet, le projet de loi Lecoq déposé le 23 décembre 2020 à l’Assemblée Nationale (1). L’un et l’autre remettent gravement en question le droit fondamental des hommes et des femmes à ne pas être mis en danger dans leur activité de travail, en réduisant la « prévention primaire » à la « prévention du risque de désinsertion professionnelle ». L’objectif central de cet accord est de reporter la responsabilité des atteintes à la santé des travailleurs sur la vulnérabilité de ces derniers et leur propre responsabilité, et non sur les conditions de travail qui menacent leur intégrité physique et psychique. L’analyse critique proposée dans le présent texte reprend quelques points essentiels qui n’épuisent évidemment pas les commentaires et critiques qui pourraient en être faits. Mais cette analyse nous amène à lancer un appel solennel aux organisations syndicales pour qu’elles refusent de signer un tel accord. Lire la suite

Sans pouvoir mais avec une capacité de contraindre ceux qui en ont

Dans son avant-propos, Une expérience lyonnaise, avant-propos-du-livre-de-marielle-benchehboune-balayons-les-abus/, publié avec l’aimable autorisation des Editions Syllepse, Marielle Benchehboune aborde l’externalisation par les entreprises de certaines activités dont le nettoyage, les emplois féminisés et à majorité à temps partiel dans ce secteur, le paiement à la tâche, le travail non déclaré et donc non rémunéré, le non respect du code du travail, la répression anti-syndicale… Lire la suite