Archives de Catégorie: Sociologie

Inégalités sociales, groupes dominés et préjugés

Je ne partage pas les définitions des « classes populaires » les notions d’« ouvrier·e » et d’« employé e » utilisées par les auteurs et autrices, encore moins les utilisations de ces termes au simple masculin. Je reviendrai donc sur ces éléments en complément de ma lecture.

Cependant, les analyses faites de ces couches sociales, au sens du livre, restent le plus souvent pertinentes. Porter le regard sur cette majorité de travailleurs et de travailleuses, sur les idées reçues et les pré-jugés, sur les appréciations sans fondement, me semble nécessaire. J’en partage les grandes lignes, même si certains points me semblent plus discutables. Lire la suite

Un chapitre de La France d’en bas ? Idées reçues sur les classes populaires

Avec les aimables autorisations de Jean-Pierre Terrail
e
t des Editions Le Cavalier Bleu

« Les enfants des milieux populaires souffrent d’un handicap socioculturel à l’école »

Bien des enfants arrivent à la porte de l’école de la République en situation d’extrême insécurité linguistique et de terrible déficit culturel […] ayant noué avec le langage un malentendu fondamental : ils n’ont aucune idée de ce qui légitime et justifie l’effort et le soin de la mise en mots ; la volonté de laisser une trace d’eux-mêmes sur l’intelligence d’un autre leur est totalement étrangère […]

La Maternelle : au front des inégalités linguistiques et sociales, Alain Bentolila (dir.), rapport au ministre de l’Éducation nationale, décembre 2007

Les exigences intellectuelles de la scolarisation sont les mêmes pour tous. Or tous ne réussissent pas à y satisfaire, et le constat s’impose année après année : ce sont les élèves issus des classes populaires qui forment le gros du bataillon de l’échec scolaire. Comment ne pas en conclure que les ressources qui permettent aux autres de s’assurer un parcours réussi leur font défaut ? L’idée est de bon sens, et elle n’est pas récente. On utilisait volontiers, depuis la fin du XIXe siècle, la notion d’aptitude, celle des enfants d’ouvriers et de paysans étant censée les porter, comme par une sorte de penchant naturel, vers des scolarités courtes et des emplois… d’ouvriers et de paysans. Le sentiment que le ressort des destinées scolaires est moins d’ordre biologique que sociologique émerge dans les années 1960, sous l’effet de la critique des sciences humaines et de la biologie elle-même. Lire la suite

Ordre social raciste et discriminations

Dans son portrait, avant-propos-au-recueil-de-textes-de-veronique-de-rudder-sociologie-du-racisme-portrait-par-etienne-balibar/, publié avec l’aimable autorisation des Editions Syllepse, Étienne Balibar nous propose un très riche avant-propos au livre. Je n’en souligne que certains éléments. A commencer par le rappel nécessaire : « Une œuvre qui démontre de façon irrécusable combien il importe à toute véritable sociologie, sans renoncer à aucune de ses spécificités, de communiquer avec les espaces concurrents de la politique et de la philosophie, dans un échange réglé de connaissances et d’hypothèses, soigneusement contrôlé par les normes de la vérification et de la conceptualisation, mais dégagé de tout a priori bureaucratique. » Lire la suite

Introduction au recueil de textes de Véronique De Rudder : Sociologie du racisme

Avec l’aimable autorisation des Editions Syllepse

Cet ouvrage est une sélection de dix-sept articles représentatifs de l’œuvre et du parcours intellectuel de Véronique De Rudder.

Véronique De Rudder a contribué au débat public, politique et scientifique, notamment dans le domaine de la sociologie de l’immigration, du racisme, des relations inter-ethniques et au-delà de la sociologie générale. Dès les années 1970, le caractère précurseur et parfois dérangeant de ses analyses se manifeste dans des domaines encore marqués par la méconnaissance et le déni, que ce soit au sein même ou hors de l’Université. À une époque où l’immigration était pensée avant tout comme un phénomène marginal et provisoire, l’approche du racisme était, de son côté, réservée à des essais de philosophie politique ou de psychologie sociale, par ailleurs très peu nombreux en France. La définition du racisme comme rapport social de domination, à l’instar du sexisme, ouvre la voie à des travaux sociologiques empiriquement fondés sur des données d’enquête qualitatives et quantitatives. Lire la suite

Avant-propos au recueil de textes de Véronique De Rudder : Sociologie du racisme. Portrait par Étienne Balibar

Avec l’aimable autorisation des Editions Syllepse

Les éditrices du volume rassemblant dix-sept études de Véronique sur la cohabitation pluri-ethnique et le racisme, et Patrick Germe son époux, me demandent de rédiger un « portrait » de Véronique pour « introduire » cet ouvrage. J’accepte, évidemment, bien que peut-être je ne possède pas toutes les compétences qui seraient requises pour le faire. Je ne veux pas manquer l’occasion de dire toute l’importance que j’attache à la diffusion d’une œuvre essentielle, qui se réclame de la sociologie (et, je crois, apporte à cette discipline une contribution fondamentale), mais aussi – en raison de son objet et de la façon dont elle l’a redéfini – déborde très largement ce champ disciplinaire particulier. Une œuvre qui démontre de façon irrécusable combien il importe à toute véritable sociologie, sans renoncer à aucune de ses spécificités, de communiquer avec les espaces concurrents de la politique et de la philosophie, dans un échange réglé de connaissances et d’hypothèses, soigneusement contrôlé par les normes de la vérification et de la conceptualisation, mais dégagé de tout a priori bureaucratique. Lire la suite

La construction d’une mémoire falsificatrice et négationniste

« Le projet de recherche « Transmission de la conscience historique », dont les résultats sont présentés dans ce volume, était consacré à la manière dont on parlait, dans les familles allemandes, de l’époque nazie et de la Shoah, et aux images et représentations du « Troisième reich » qui étaient transmises dans les discussions entre générations ».

Sabine Moller, Karoline Tschuggnall, Harald Welzer soulignent, dans leur avertissement, que les images du passé national-socialiste transmises dans les familles diffèrent de celles présentées à l’école, que la souffrance de proches recouvrent les autres éléments de cette période, que la transmission se fait sous forme de certitude et non de savoir, que « contre toute attente, le souvenir de la Shoah n’a pratiquement pas de place dans la mémoire des familles allemandes », que la signification des processus émotionnels de restitution de l’histoire a « clairement été sous-estimée ». Lire la suite

Penser l’émancipation, construire l’égalité réelle entre les femmes et les hommes

Dans son introduction, Margaret Maruani, parle du travail et des études féministes, de la précarité des savoirs sur le genre, du genre comme « un outil indispensable à l’intelligence du monde social et non une variable facultative  », des vertus heuristiques d’une lecture sexuée du monde social, des inégalités entre hommes et femmes, du chômage et de l’emploi,« Au fond , nous défendons deux idées différentes mais indissociables : la pertinence durable du concept de genre pour l’analyse du monde du travail, d’une part ; la centralité du travail dans les sciences humaines et sociales, et en particulier dans les études de genre, d’autres part », de la mosaïque de thèmes traités et des passerelles entre domaines souvent dissociés, de logiques « postcoloniales » et d’« intersectionnalité », des migrantes qui ne sont pas que des femmes de… Lire la suite