Archives de Catégorie: Santé, médecine…

Politique sanitaire, vaccins, pass sanitaire… (quelques textes)

 

Pourquoi je me suis fait vacciner contre la Covid-19
par Marc Zaffran/Martin Winckler

En des temps où les inquiétudes vis-à-vis des vaccins (et pas seulement) vont bon train, et où les gouvernements ont parfois (suivez mon regard) des discours au moins incohérents, au pire totalitaires, je me permets de dire ici pourquoi, en tant que citoyen, je me fais vacciner – et en particulier, tout récemment, contre la Covid-19. 

Important (1) : si vous faites partie des personnes qui contestent la réalité de la pandémie de Covid-19, je ne discuterai pas votre opinion et cet article n’est pas fait pour vous.

Important (2) : Je vis à Montréal (Québec) et j’ai bénéficié de l’organisation communautaire de santé. Je suis allé me faire vacciner dans un centre municipal près de chez moi, à la date indiquée par le site ClicSanté quand je me suis inscrit. 

Lire ici la description de mon parcours de vaccination 

Ensuite, une précision : je suis médecin de formation et, même si je n’exerce plus depuis fin 2008, je continue à baigner dans les informations médicales et sanitaires. Mes choix sont issus à la fois de ma formation, de mes lectures et de mon expérience, qui est celle d’un citoyen, d’un soignant, mais aussi d’un parent. 

Ensuite, une déclaration de conflits d’intérêts : je n’en ai aucun dans le domaine considéré. (J’en ai sûrement dans d’autres domaines…) 

Je ne suis pas rémunéré/financé/sponsorisé par un fabriquant de vaccins et j’ai la réputation (depuis mon passage sur France Inter, en 2002-2003) d’être critique avec les industriels du médicament. Cette attitude critique remontait à ma collaboration à la Revue Prescrire, entre 1983 et 1989, elle ne date donc pas d’hier. On pourra d’ailleurs lire sur cette page ce que cette revue, très pointilleuse, pense de différents vaccins. 

Se faire vacciner ou non 

Se faire vacciner ou faire vacciner ses enfants quand on est parents est une décision importante, qui soulève toutes les questions de l’autonomie en santé. Il s’agit d’une part d’opter ou non pour une méthode à visée préventive (on peut rejeter la méthode dans son ensemble) et, d’autre part, d’opter pour un ou plusieurs vaccins. 

Cette décision devrait presque toujours faire l’objet d’une information, d’un échange de point de vue, de la prise en compte des craintes des personnes concernées par les professionnelles, et (à mon avis) ne jamais se solder par une décision autoritaire desdits professionnelles, ni être commentée par des jugements de valeur. Le soin est incompatible avec les rapports de force et avec le mépris. 

Je suis une personne comme les autres, avant d’être médecin je n’étais pas médecin, et mes décisions personnelles sont fondées sur ce que j’ai observé ou vécu au cours de ces différentes périodes : mon enfance/adolescence, mes études, mon exercice médical (1983-2008), et les quinze années écoulées. 

Ce que j’ai vécu dans mon enfance n’est pas neutre : mon père était médecin. Il avait grandi à une époque où les vaccins n’existaient pas, et il nous a vaccinés, mes frère et soeur et moi-même, mais aussi ma mère et tous les membres de la famille qui le demandaient, sans aucune hésitation. Je ne l’ai jamais entendu contraindre personne à se faire vacciner. Dans son esprit, la vaccination était un bienfait pour l’humanité et quand on s’intéresse à l’histoire des maladies (en commençant par la variolisation, pratiquée depuis le 18e siècle, bien avant qu’on sache ce qu’était un virus) il est difficile de prétendre le contraire. (Encore une fois, je parle ici de la méthode, ce qui ne veut pas dire que je mets tous les vaccins dans le même panier, j’y reviens plus loin). 

Avant qu’un vaccin existe, j’ai souffert de la rougeole et de la coqueluche. Grâce à la vaccination, j’ai échappé à la polio, à la diphtérie et au tétanos. (Enfin, jusqu’ici. Je pense qu’il faudrait que j’aille me faire faire un rappel…) 

Quelques souvenirs : 

Je me souviens d’un de mes camarades de classe qui avait avait contracté la poliomyélite à une époque où tout le monde n’avait pas été encore vacciné en France (probablement entre 1955 et 1965). L’un de ses bras était paralysé, et sa main toujours bloquée dans la poche de sa blouse ou de sa veste, pour que son bras ne ballotte pas. 

Je me souviens aussi d’avoir reçu, quand j’étais étudiant hospitalier/externe en pédiatrie au centre hospitalier du Mans, un garçon de huit ans qui faisait une encéphalite rougeoleuse, c’est à dire une infection grave du système nerveux provoquée par le virus de la rougeole. Il a gardé des séquelles graves : paralysies, épilepsie, handicap psychomoteur profond. Sa famille ne l’avait jamais vacciné. 

Je me souviens d’avoir vu plusieurs personnes mourir de tétanos en réanimation, après un avortement clandestin ou après s’être écorchées à une épine de rose dans leur jardin. 

Je me souviens avoir soigné une fratrie de trois enfants de moins de dix ans d’une coqueluche carabinée (les parents étaient opposés au fait de les faire vacciner). Les trois enfants ont beaucoup dérouillé (c’est une saloperie, la coqueluche) mais les parents aussi. Je n’ai pas porté de jugement de valeur, j’ai soigné les enfants, un point c’est tout. Quelques semaines après, la mère est revenue me voir pour discuter des vaccins à leur faire, l’un après l’autre. Et on en a parlé posément. Et elle a pris sa décision posément. 

D’un autre côté, en tant que médecin qui vaccinait couramment adultes et enfants, j’ai pu observer des effets indésirables de la vaccination : douleur et rougeur au point d’injection (très fréquent), fièvre et courbatures (également) et parfois fièvre très élevée (en particulier chez deux de mes propres enfants). 

Je n’ai pas, au cours de ma carrière, eu à constater d’effets secondaires graves d’un vaccin. Ca ne veut pas dire qu’ils n’existent pas, mais qu’ils sont suffisamment rares pour que je n’en ai pas vus (alors que, je le répète, des effets bénins, j’en ai vu souvent). 

Chaque vaccin mérite réflexion 

En tant que médecin, j’ai été interrogé par de nombreuses personnes sur la sécurité, l’efficacité et la légitimité des vaccins. Et je leur ai toujours répondu ceci : chaque vaccin concerne une maladie particulière. En principe, vous êtes en droit de peser le pour et le contre de l’intérêt de chaque vaccin face à la probabilité de contracter la maladie concernée. 

C’est assez simple à concevoir : quand on ne vit ou ne voyage pas dans un pays où la fièvre jaune est endémique, il n’est pas légitime de se faire vacciner contre elle. 

Quand, à l’opposé, une maladie existe partout, et si cette maladie n’a pas de traitement curatif il est légitime de s’en protéger (diphtérie, tétanos, polio). 

A noter que lorsqu’une maladie a été éradiquée du globe (c’est le cas de la variole au milieu des années soixante-dix, ce sera bientôt nous l’espérons tous le cas de la polio), il devient moins bénéfique de vacciner que de ne pas le faire : les effets indésirables deviennent inévitablement plus nombreux que les cas de maladie et, bien entendu, les effets graves du vaccin sont alors plus nombreux que ceux de l’infection. Et, de fait, la vaccination contre la variole a été supprimée sur toute la planète. Celle contre la polio pourrait bien l’être d’ici quelques années. 

Est-il, pour autant, obligatoire de se faire administrer (ou de faire administrer à ses enfants) tous les vaccins qui existent ? 

Il me semble, raisonnablement, que non. Si j’étais encore médecin de famille aujourd’hui, je défendrais la liberté, pour les parents, de peser le pour et le contre de chaque vaccin, en leur donnant les informations nécessaires, sans leur imposer quoi que ce soit. On peut à la rigueur imposer la vaccination contre une maladie transmissible (quand je me vaccine, je protège aussi les autres et je me protège des personnes qui pourraient me contaminer) mais on ne devrait pas imposer la vaccination contre une maladie qui n’est pas transmissible (provoquée par une bactérie non transmissible à l’entourage, par exemple, comme le pneumocoque). 

La France est notoirement autoritaire en ce domaine, alors que rien ne prouve que ce soit nécessaire : en Grande-Bretagne, aucune vaccination n’est obligatoire, on informe la population, et la couverture vaccinale (la proportion de personnes vaccinées) est similaire à celle de la population française. 

Comme l’a été la vaccination contre l’hépatite B, maladie grave qui peut tuer à court terme ou à long terme en provoquant l’apparition de cancers, la mise au point d’un vaccin anti-VIH (qui protègerait de l’infection provoquant le SIDA) serait certainement bien accueillie par une grande partie de la population mondiale, en particulier dans les pays émergents, où les deux maladies sont très répandues et s’aggravent mutuellement. 

Est-ce que tous les habitants des pays industrialisés se vaccineraient contre le VIH si c’était possible ? Probablement pas, car beaucoup ne se sentent pas menacés par cette maladie uniquement liée à l’activité sexuelle. Et aussi parce qu’aujourd’hui, on peut vivre en étant VIH-positif, grâce à la trithérapie antivirale mise au point ces dix dernières années. La possibilité de traiter une maladie (même sans la guérir) modifie l’intérêt/l’urgence/l’importance d’un vaccin. 

Mais il y a fort à parier que le fabriquant d’un tel vaccin inciterait certainement les parents à vacciner leurs enfants… (J’ai écrit ici ce que je pense de la vaccination contre le HPV, en particulier.) 

Les vaccins sont-ils un marché ? 

Oui. Comme tous les médicaments. On en a eu une illustration éclatante en 2009 lors de la pandémie de grippe A/H1N1, qui était présentée comme « la » pandémie du siècle (et ça fait bien rire aujourd’hui). On en a une autre démonstration en ce moment : une demi-douzaine de vaccins contre la Covid-19 sont en développement, quatre ou cinq sont déjà approuvés ou en voie de l’être. Il y a un marché mondial, littéralement, à prendre. 

Est-ce qu’une vaccination contre la Covid-19 est légitime ? 

Sans avoir besoin de citer des chiffres, il me semble que ça n’est pas discutable. Sauf, évidemment, si l’on conteste l’existence de la pandémie. 

Est-ce qu’une vaccination de TOUTE la population est légitime ? 

Dans la mesure où l’on n’a pas démontré qu’une partie de la population mondiale est déjà immunisée contre la Covid (et ne risque donc ni d’en souffrir, ni de contaminer les personnes non immunisées) il me semble que la réponse est oui. 

Si l’on fait partie d’une population à risque élevé, le vaccin nous protège. 

Si l’on fait partie d’une population à risque faible, le vaccin sert à nous protéger ET à protéger les plus vulnérables. C’est une démarche solidaire – comme pour la variole et la polio, par exemple ; et peut-être aussi dans une certaine mesure pour l’Hépatite B et, si le vaccin existait, le VIH.

Est-ce que tous les vaccins contre la Covid-19 se valent ? 

C’est difficile à dire, et la réponse est probablement non, mais en toute bonne logique ça n’a pas d’importance : d’abord parce que leur efficacité est suffisante pour prévenir la maladie, même si (et ça n’est jamais) une efficacité à 100%. Ensuite parce que, plus le nombre de personnes vaccinées sera grand, quel que soit le vaccin utilisé, moins la maladie circulera. Rappelons ainsi qu’un vaccin, même très efficace, ne l’est pas de la même manière pour toutes les personnes vaccinées. L’immunité contractée lors d’une maladie (la grippe, par exemple) est elle aussi variable d’une personne à une autre. Il n’est donc pas illogique de penser que si tous les vaccins contre la Covid-19 (qu’ils soient efficaces à 75 ou 95%) sont diffusés sur l’ensemble de la planète, la protection obtenue sera meilleure (et plus rapide) que si on essaie de vacciner toute la planète avec le vaccin « le plus efficace » (qu’on ne va probablement jamais identifier précisément…) 

Ce ne sera pas la première fois qu’on utilise plusieurs vaccins différents pour combattre une maladie planétaire : c’était déjà le cas de la polio. Et pour chaque maladie infantile, par exemple, il existe de nombreux vaccins selon le pays/le marché où il est diffusé… 

Est-ce que les risques de la vaccination l’emportent sur celui de contracter la Covid-19 ? 

En l’état actuel des choses, il me semble que non (je dispose des mêmes informations que tout le monde). J’ai 66 ans, je m’approche donc de l’âge où c’est problématique (même si je n’ai pas de maladie chronique qui me rende particulièrement vulnérable) mais même si je n’en avais que 50 (ou 45) je me ferais vacciner, pour protéger les personnes âgées de mon entourage, et les patientes à qui j’aurais affaire en tant que soignante. 

Quand toutes les personnes vulnérables seront vaccinées, est-ce que les personnes qui ne se feront pas vacciner s(er)ont des inconscientes ou des criminelles ? 

Non, parce que ne pas se vacciner n’empêchera personne de le faire et parce que le risque qu’elles prendront ne concernera qu’elles. (Comme pour les personnes qui ne se vaccinent pas contre la grippe et qui ne sont pas au contact de personnes vulnérables, ou sont au contact de personnes vulnérables vaccinées.) 

En attendant, je suis d’avis que la solidarité de chacune vis-à-vis des personnes non vaccinées qui nous entourent nous impose de porter un masque, de se laver les mains, de garder ses distances et d’éviter les réunions en lieu clos. C’est ce que je fais, c’est ce que fait mon entourage. Et nous n’avons pas le sentiment que ça entrave notre liberté. (Il faut préciser aussi que je vis dans un pays où la liberté n’est pas décrétée par l’Etat…) 

Est-ce que les discours gouvernementaux sur les vaccins sont fiables ? 

Là encore, je ne pense pas que ce soit important. Il y a suffisamment de sources d’informations scientifiques (revues médicales indépendantes, organismes internationaux comme l’OMS, ONG) pour se faire une idée raisonnable. Les gouvernements eux-mêmes n’ont d’importance pour votre décision que dans la mesure où ils contrôlent l’accès au vaccin (ce qui n’est pas rien). Mais pas pour votre réflexion en elle-même. 

Voilà, je vous ai dit pourquoi, à titre personnel, je me suis fait vacciner contre la Covid-19. J’espère que ces réflexions vous aideront à prendre une décision sereine. 

Quelle que soit cette décision, bon vent à vous. 

Martin Winckler/Marc Zaffran 

Publié sur :

L’école des soignant.e.s

Un blog participatif et coopératif rédigé pour et par des citoyen.ne.s, des patient.e.s, des soignant.e.s.

https://ecoledessoignants.blogspot.com/2021/03/pourquoi-je-me-suis-fait-vacciner.html

*******

Face au covid-19 tout le monde mérite protection

Pas de profit sur la pandémie

La COVID-19 se propage comme un feu de forêt. Les solutions doivent se propager plus rapidement encore. Personne n’est en sécurité tant que tout le monde n’a pas accès à des traitements et des vaccins sûrs et efficaces.

Nous avons tous droit à la protection.

Signez cette initiative citoyenne européenne afin que la Commission européenne prenne des mesures pour faire des vaccins et des traitements anti-pandémiques un bien public mondial, librement accessible à tous.

Pour signer : https://eci.ec.europa.eu/015/public

*********

Sur la vaccination…

Quelques remarques sur le débat en cours.

1. Le problème de la vaccination ne peut pas être traité comme un simple problème de liberté individuelle, tout simplement parce que ne pas être vacciné a des conséquences sur les autres. Toute liberté est toujours encadrée et relative au bien commun. La vaccination obligatoire existe déjà, et depuis longtemps, pour un certain nombre de vaccins. De plus, quand on va dans un certain nombre de pays, il est obligatoire de se faire vacciner contre telle ou telle maladie. Dans son principe, la vaccination obligatoire ne pose pas de problème particulier. Elle relève des politiques de santé publique qui, par définition, sont contraignantes.

2. La cohérence voudrait donc que la vaccination contre la covid soit obligatoire pour tout le monde au vu des conséquences sociales que cette maladie entraine. Or cette obligation ne s’applique que pour les soignants (et je crois les pompiers). Ni les flics, ni les militaires ne sont concernés. Le fait de ne cibler que les soignants est un scandale qu’il faut dénoncer, mais pas au nom de la liberté individuelle, mais au nom du fait que, face à la gravité de la situation, il faut vacciner tout le monde.

3. Il vaut toujours mieux convaincre que d’obliger. Mais une fois cela dit, comment on fait ? Ce qui est sûr, c’est qu’il faut lutter contre les inégalités sociales en matière de vaccination. Le fait par exemple que le 93 ait un taux de vaccination dérisoire par rapport au quartiers huppés de Paris n’est pas dû au fait que les habitants du 93 soient rétifs à la vaccination mais au fait que les conditions concrètes de celle-ci sont très difficiles dans ce département. Ce qui pose problème dans ce que dit Macron c’est qu’il reporte tout sur une responsabilité individuelle. Les antivax s’appuient sur la liberté individuelle, lui sur la responsabilité individuelle. Or, comme toutes les politiques publiques, la vaccination dépend des moyens que l’on met pour que ça marche. Un député LFI (Corbière je crois) a dit qu’il fallait amener la vaccination au pied des immeubles. Il a raison.

4. La cohérence voudrait aussi que la vaccination soit généralisée à l’échelle internationale car, au-delà même des questions humanitaires quand même essentielles quand on est à Attac, si ce n’est pas le cas on aura, comme pour le variant delta, de nouveaux variants qui nous reviendront comme un boomerang sans que l’on soit sûr que la vaccination déjà effectuée soit efficace. La bataille pour la levée des brevets devrait être une priorité politique.

5. Aujourd’hui des centaines de millions de personnes sont vaccinées contre la covid et les cas de réactions négatives graves sont infinitésimales. Tout médicament peut entrainer des réactions nocives. Il n’y a qu’à lire les notices dans les boites de médicaments… Le fait de dire que l’on a pas de recul sur les vaccins est un faux argument. Les vieux vaccins ne l’ont pas toujours été et il a bien fallu à un moment donné commencer à vacciner les gens alors même que l’on ne connaissait pas les conséquences à long terme. La question aujourd’hui est de savoir si on considère que le fait que les agences de sécurité du médicament aient donné leur agrément à ces vaccins est malgré tout une garantie qui permet de les utiliser. Si on pense que toutes sont pourries et vendues à l’industrie pharmaceutique, alors évidemment… Mais ce qui vaut pour les vaccins vaut aussi pour tout nouveau médicament. Plus généralement aucune société ne peut fonctionner sans un minimum de confiance. Je sais que, en général, les entreprises veulent faire le maximum de profit, mais a priori je pense quand même qu’elles ne vont pas m’empoisonner pour cela, sinon la vie de tous les jours devient impossible. Alors certes, il y a des salauds qui le font, par exemple Servier, mais si on pense que tout le monde est un Servier en puissance comment peut-on vivre ?

6. Il y a donc un problème profond qui renvoie à la défiance envers les scientifiques, défiance qui est souvent justifiée : liens financiers avec les laboratoires, jeux de pouvoir internes au corps médical ou autre, scandales récurrents et instrumentalisation par l’industrie… Tout ça a miné la confiance envers les scientifiques et nourri le complotisme. Il ne suffit donc pas de se référer à la Science pour convaincre. D’où la nécessité absolue du débat démocratique, de la transparence et de la confrontation des opinions. Or la façon de gouverner de Macron, qui pousse à l’extrême les caractéristiques de la Ve République, vont à l’encontre de ces exigences : décisions autoritaires prises par un seul individu dans un cadre de délibération obscur, le conseil de défense. Les conditions de mise en place du pass sanitaire – en pleine vacances, dans des délais très rapprochés impossibles à tenir – en portent la marque.

7. Le succès des manifs antivax, pilotées plus ou moins par une certaine extrême droite (Philippot, Dupont-Aignan), montrent la nécessité d’un positionnement qui se démarque de Macron mais qui ne laisse aucune ambiguïté sur la question de la vaccination. On ne gagnera rien à courir après les complotistes et l’extrême droite.

Pierre Khalfa 

************

Covid-19 (France) : Refusons le projet de loi sanitaire

et les régressions sociales

Un collectif de responsables associatifs, d’élus et de personnalités s’opposent à la nouvelle loi étendant le pass sanitaire, discutée ces jours-ci à l’Assemblée. Ils appellent à une mobilisation sur le long terme contre une politique sanitaire autoritaire.

Le pass sanitaire marquera la vie de millions de Français·es, puisqu’en très peu de temps, et encore plus dès lors que le test PCR ne sera plus gratuit, toute vie sociale et professionnelle sera contrainte par le fait d’être vacciné. Pourtant, cette décision a été prise de façon autoritaire, non démocratique, dans un cadre de délibérations obscures, celui d’un seul homme : le président de la République qui n’aura réuni que le seul Conseil de défense. Elle passe outre toute discussion réelle au Parlement qui est, une fois encore, considérée comme une chambre d’enregistrement. La démocratie ne saurait être sacrifiée, et elle est pour nous plus que jamais la clé pour sortir de cette crise.

Pourtant, il y a moins d’un mois, Emmanuel Macron, le ministre de la santé, les député.es de la majorité, à l’image de la présidente de la commission des lois qui avait même déposé un amendement pour en figer l’impossibilité d’avoir une obligation publique dans la loi, tou.te.s se disaient opposées à la généralisation du pass sanitaire au nom des libertés et individuelles tout comme à une vaccinale. Alors que tout indique que nous avons pour au moins des mois à vivre avec le virus, on ne peut rentrer dans la société du contrôle généralisé que le gouvernement veut imposer ainsi à la population.

Une vaccination large et massive est nécessaire pour combattre cette pandémie, à commencer par la couverture des plus fragiles. Nous nous démarquons de toutes celles et ceux qui font de leur opposition frontale au vaccin un déversoir sectaire et complotiste et nous dénonçons fermement toute assimilation de la stratégie vaccinale à la Shoah ou à l’apartheid.

Le pass sanitaire est antisocial

Nous dénonçons la méthode employée par le gouvernement, génératrice de fortes tensions, ce qui est délétère en pleine crise épidémique. Les premiers leviers activés devraient être un grand débat démocratique, une information d’ampleur, des droits d’utilisation sur le temps de travail pour se faire vacciner, une prévention notamment par la gratuité des masques, une couverture bien plus importante des centres de vaccination et des moyens associés plus conséquents… La corrélation entre la vaccination et les revenus fait dire qu’en l’état actuel le pass sanitaire est antisocial. Ce sont des milliers de milliers de travailleurs·se·s qui se trouvent contraint·es et menacé·es de sanctions graves.

Depuis le début de la pandémie, les moyens financiers et humains réclamés par les syndicats et associations de soignants, pour remettre debout les hôpitaux publics et soigner correctement, n’ont pas été octroyés. Il en est de même pour les Ehpad. Pire, dans certains endroits nous constatons même que la casse de l’hôpital public continue (fermeture de lits, suppressions de poste…).

Et pendant ce temps, la France s’oppose toujours, avec l’Union européenne, à la levée des brevets au sein de l’Organisation mondiale du commerce, alors que c’est la seule façon pour que, dans les pays pauvres et émergents, les vaccins puissent être fabriqués et distribués massivement. C’est à la fois une question de solidarité internationale, de santé publique et d’efficacité. Car tant que la pandémie ne sera pas résolue à l’échelle mondiale, elle ne le sera nulle part.

Enfin, pendant que ces décisions heurtent et divisent la population, de graves attaques contre les droits sociaux sont annoncées. Autoritarisme et casse sociale vont de pair. La réforme régressive de l’assurance-chômage serait entérinée dès le 1er octobre, diminuant fortement les durées et les montants des allocations des chômeurs. Et Emmanuel Macron a confirmé sa volonté de reporter l’âge légal de départ en retraite et la fin de tous les régimes spéciaux. Alors que le patrimoine cumulé des 500 plus grandes fortunes de France a augmenté de 30% en 2020, le gouvernement ne revient aucunement sur toutes les largesses qu’il leur a accordées depuis le début du quinquennat et veut faire payer la crise aux chômeurs et aux retraités. A l’inverse, nous demandons que soient mis à contribution, bien davantage qu’aujourd’hui, les multinationales et les très riches, au profit de la solidarité nationale. Nous exigeons une politique sociale ambitieuse, passant par des services publics de qualité et des droits sociaux plus importants.

Pour cette raison, au nom de l’efficacité sur le long terme contre l’épidémie et pour préserver nos libertés, nous nous opposons à la nouvelle loi proposée à l’assemblée, tout comme aux mesures antisociales qui visent à faire payer la note de la crise sociale au monde du travail. A cette fin, nous aspirons à des mobilisations dans les semaines et mois qui viennent.

Premiers signataires

Responsables d’organisations : Aurélie Trouvé et Raphaël Pradeau (porte-parole d’Attac), Céline Verzeletti (secrétaire confédérale de la CGT), Simon Duteil et Murielle Guilbert (délégué·es généraux de l’Union syndicale Solidaires), Thomas Portes (porte-parole de Génération·s), Mélanie Luce (présidente de l’UNEF), Khaled Gaiji (président des Amis de la Terre France), Pierre Khalfa et Willy Pelletier (Fondation Copernic), Emmanuel Vire (secrétaire général du SNJ-CGT), Mireille Stivala (secrétaire générale de la fédération CGT Santé et action sociale), Jean Marc Devauchelle (secrétaire général de la Fédération SUD Santé Sociaux), Thierry Amouroux (porte-parole du Syndicat National des Professionnels Infirmiers SNPI), Hafsa Askar (Secrétaire Générale de la FSE), Denis Lalys (secrétaire général de la FNPOS de la CGT), Ana Azaria (présidente Femmes égalité), Lenny Gras (porte parole du MNL), Mathieu Devlaminck (UNL), Aneth Hembert (co-secrétaire fédérale des Jeunes Ecologistes), Jean-Christophe Sellin et Hélène Le Cacheux (coordinateurs du Parti de Gauche), Jean-François Pellissier et Myriam Martin (porte parole d’ENSEMBLE !), Christine Poupin et Olivier Besancenot (porte-parole du NPA), Christian Pierrel (porte parole du PCOF), Christian Eyschen (secrétaire général de la Libre Pensée), Martin Méchin et Louise Tort (Black Robe Brigade), Anthony Caillé CGT-Police, Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole Droit Au Logement, Delphine Glachant, présidente de l’Union syndicale de la psychiatrie.

Elu·e·s : Éric Coquerel (député LFI), Elsa Faucillon (députée PCF), Eric Piolle (maire EELV), Jean-Luc Mélenchon (député LFI), Sébastien Jumel (député PCF), Emilie Carriou (députée Nouveaux Démocrates), Clémentine Autain (députée LFI), Aurélien Taché (député Nouveaux Démocrates), Mathilde Pannot (députée LFI), Pierre Dhareville (député PCF), Caroline Fiat (députée LFI), Manon Aubry (députée LFI), Adrien Quatennens (député LFI), François Ruffin (député LFI), Muriel Ressiguier (députée LFI)

Personnalités : Youcef Brakni (militant antiraciste), Sandrine Rousseau (EELV), Caroline Mecary (avocate), Taha Bouhafs (journaliste), Jean-Marie Harribey (économiste), Arie Alimi (avocat), Kevin Vacher et Deborah Ozil (Rencontre des Justices), Stéphane Joueux (syndicaliste), Nicolas Mayart (journaliste), Dominique Plihon (économiste), Paul Poulain (spécialiste des risques industriels), Laure Vermeersch (L’ACID), Gilles Perret (réalisateur)

https://www.liberation.fr/idees-et-debats/tribunes/refusons-le-projet-de-loi-sanitaire-et-les-regressions-sociales-20210722_UB4ASS6UARC5PLCU3FJVN5VV7U/

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article58975

******

Oui à la vaccination, non au passeport sanitaire et aux licenciements ! 

Face à cette pandémie mondiale, l’Union syndicale Solidaires réclame depuis des mois la levée des brevets et l’accès au vaccin pour tous les pays afin que l’ensemble de la population mondiale puisse y avoir accès.

La vaccination, un des outils de lutte contre la pandémie, ne peut occulter l’incurie gouvernementale en matière de moyens humains et matériels pour les hôpitaux. Elle ne doit pas non plus être un prétexte à l’explosion d’un discours anti-scientifique voire complotiste, ni à stigmatiser les personnes qui craignent encore de se faire vacciner.

Les craintes sur la vaccination peuvent exister, liées au légitime manque de confiance envers ce gouvernement. Il faut des moyens humains massifs d’accompagnement pour répondre aux questions qui peuvent se poser.

C’est dans ce contexte que le gouvernement entend généraliser dans la société le passe sanitaire. Dans sa construction actuelle, c’est une réponse autoritaire et inadaptée. C’est également une mesure antisociale : ce sont les plus précaires et les plus pauvres qui sont les moins vacciné-es.

Solidaires se positionne contre le passe sanitaire qui se construit contre les travailleuses et les travailleurs, avec des menaces fortes (pertes de salaires, mises à pied, licenciements…), et qui met en danger le secret médical. Solidaires dénonce fortement l’amendement qui permet la suspension du contrat de travail, et le licenciement à l’issue d’un délai de deux mois, des salarié-es ne justifiant pas de passe sanitaire.

Ceux et surtout celles qui étaient premier-es de corvées, travaillant sans aucune protection lors de la première vague, seront cette fois-ci les premier-es sanctionné-es ! Ce n’est pas acceptable.

D’autres solutions urgentes doivent être mises en place : vaccination au plus prêt de la population et des salarié.es, y compris dans les quartiers populaires, levée des brevets sur les vaccins, moyens humains et matériels massifs pour la recherche et la santé publiques, socialisation de l’industrie pharmaceutique…

L’Union syndicale Solidaires appelle sur ces bases à participer aux mobilisations sociales et de défense des libertés qui se construisent et qui n’ont rien à voir avec les rassemblements initiés par l’extrême-droite et les mouvances complotistes, que nous combattons.

23 juillet 2021

ae0303bad0694056-87854

*******

Communiqué de la Coordination Nationale du 20 Juillet 2021 - Plus nous vaccinerons A

Communiqué de la Coordination Nationale du 20 Juillet 2021 - Plus nous vaccinerons B

Communiqué de l'USP_Sommes-nous des obligés

 

 

*******

Quelques réflexions sur la contestation
à la politique sanitaire

La situation actuelle – en France mais surtout, « dans la rue », dans les réactions aux annonces, dans les polémiques – amène à la réflexion. 

Et surtout, devrait inviter un peu plus à l’action de la « gauche de lutte » dans son ensemble.

À mon avis il faut calmement mais sérieusement prendre la mesure de ce qui est entrain de se jouer, sans ignorer aucun éléments. 

Certes, on aimerait que la réaction immédiate de la population soit de se mobiliser massivement contre les réformes des retraites et du chômage et la casse de la Sécu. 

Et il faut espérer qu’en septembre un mouvement de masse affronte le gouvernement sur ces questions, avec pourquoi pas une grève générale. Et si on veut que cela ait lieu, on doit par ailleurs y travailler.

Mais.  Lire la suite

Tropiques toxiques, le scandale

tropiques-toxiques-5739c

Dans cette bande-dessinée dense et extrêmement bien documentée, l’autrice Jessica Oublié nous emmène sur les traces du chlordécone, un pesticide massivement utilisé dans la culture de la banane de 1972 à 1993, et démontre point par point en quoi cette pollution relève, aux Antilles, d’un scandale d’État. Alors que la toxicité de cette molécule était connue et documentée dès les années 1970, elle a malgré tout été épandue pendant 22 ans, entraînant une pollution des sols pour des centaines d’années et une contamination de 65% des cours d’eau. Conséquence : toute l’alimentation produite sur ces sols est possiblement toxique (selon les zones et le type d’aliments, à des degrés variables), que ce soient les poissons, le bétail, les légumes, et à ce jour 9 personnes sur 10 ont des traces de chlordécone dans le sang. L’existence de cette pollution ne fait aujourd’hui plus aucun doute, pourtant, l’Etat refuse de lui reconnaître un lien de causalité avec la santé des Antillais.es et prend ce prétexte pour retarder une réelle prise en charge du problème, comme si la pollution n’était problématique que si elle était visiblement et directement mortelle. Hélas, comme l’explique la bande-dessinée, avant que le scandale sanitaire advienne enfin, et avec lui des mesures d’indemnisation pour les victimes et le jugement des personnes responsables, il faut « être patients et apprendre à compter les morts ». Lire la suite

Décider d’agir ensemble pour ne pas subir

sans-titre

L’hôpital public est malade.

« Nous avons écrit ce manifeste dans un élan de résistance vital, un entre-deux, en attendant de nous retrouver à Marseille, là où nous avons choisi de tenir notre seconde rencontre publique « en chair et en os », depuis que nous avons lancé notre Appel à la tenue d’Ateliers pour la refondation du service public hospitalier. Cet Appel a été initié à l’orée de l’été 2020 par cinq collectifs : le Collectif Inter-Urgences, les Économistes atterrés, le Collectif Inter-hôpitaux, le Printemps de la psychiatrie, les Ateliers travail et démocratie. Il a été suivi par de nombreux collectifs et signataires individuels.

Nous avons lancé notre Appel au moment où le «Ségur de la santé » s’achevait sur une note très amère. Nous souhaitions alors engager une réflexion collective sous forme d’ateliers ouverts à toutes et tous, pour recueillir la parole de celles et ceux qui ont traversé la crise sanitaire, soignant·es, soigné·es, usager·es et à partir de cette parole travailler ensemble à la refondation du service public hospitalier avec deux principales préoccupations : investir la question des collectifs de soin et à partir d’eux réfléchir à des formes de gouvernance fondées sur le soin, plus autonomes, plus horizontales et démocratiques. »

En introduction, Fabienne Orsi parle d’urgence, de sortir l’hôpital de ses murs, de réflexion collective, d’affaire commune, de réappropriation collective… Lire la suite

Création d’un réseau de résistance internationale des soignant.es !

26d41471703f661ff5f2e3a264ffc0

Le 29 mai 2021, plus de 6  collectifs, associations et syndicats se sont mobilisés internationalement, pour défendre un accès égalitaire et équitable à la santé. Cette date marque le point d’orgue d’un ensemble de mobilisations du secteur de la santé organisées dans plusieurs pays.

Plusieurs organisations québécoises ont joint leurs voix à ce réseau de résistance internationale : Association Québécoises des Infirmières et Infirmiers (AQII), Travailleurs et Travailleuses Progressistes de l’Éducation (TTPE), Auxiliaires Santé Services Sociaux (ASSS), Coalition Féministe des Métiers du soin, Mob Services Publics, Conseil Central du Montréal Métropolitain CSN, Regroupement RÉCIFS, Coalition Main Rouge opposée à la tarification et à la privatisation des services publics et Regroupement des Sage-Femmes du Québec (RSFQ). Lire la suite

Mettons fin au système de brevets privés ! Pour une industrie pharmaceutique sous contrôle social et un système de vaccination public, universel et gratuit

arton19824-89c3a

Grâce à un énorme effort scientifique basé sur une collaboration internationale et des sommes historiques d’argent public, l’humanité a pu développer plusieurs vaccins efficaces contre la COVID-19 en moins d’un an.

Toutefois, cette grande réussite pourrait être totalement éclipsée par la cupidité de l’industrie pharmaceutique. Dans une situation aussi critique que celle que nous vivons, le caractère exceptionnel des mesures exigées de la majorité de la population doit également s’appliquer à l’industrie pharmaceutique privée et à sa soif permanente de profit. La suspension des brevets liés au Covid-19 doit être une priorité et une première étape. Lire la suite

Appel à la mobilisation internationale de la santé

Diagnostic

Depuis des années, le financement des systèmes de santé en Europe n’est plus à la hauteur des besoins de santé de la population (que ce soit au niveau préventif, curatif ou palliatif). Les normes budgétaires et le prétexte du remboursement de la dette publique poussent au sous- investissement de nos systèmes de soins. Considérée comme « non rentable », la santé est devenue une variable d’ajustement. Ces coupes budgétaires successives ont un impact direct sur le bien-être des travailleurs et travailleuses du secteur et sur la qualité des services. Partout, la marchandisation et la privatisation de la santé gagne du terrain, le plus souvent sous la forme de la sous-traitance, ce qui empire encore la situation. Lire la suite

Pandémie et santé mentale. Quelques réflexions à propos du « corona-blues »

6b6340f607de3e1efa4799a3eed49adbLa pandémie représente un évènement exceptionnel qui bouscule chacun dans son rapport au monde et à l’existence. Les mesures de confinement visant à endiguer les contaminations rajoutent une dimension coercitive aux sentiments d’effroi et de peur que la plupart des personnes ont éprouvé au cours de l’année écoulée.

Depuis l’automne 2020, les psychologues sonnent l’alerte à propos de la santé mentale. En novembre, la Fondation Jean Jaurès publie les résultats alarmistes d’un sondage réalisé par l’institut IFOP [1]. Fin janvier, Emmanuel Macron refusait un troisième confinement en évoquant comme raison parmi d’autres la nécessité de préserver la santé mentale de la population. Au mois de mars, le ministre de la santé Olivier Véran exprimait ses craintes à propos d’une « quatrième vague de dépressions ».

Le vécu de cette pandémie a transformé la santé mentale en question sociale à part entière. Auparavant, il n’y avait guère que la psycho-dynamique du travail pour appréhender le bien-être psychique dans ses dimensions collectives [2]. Lire la suite

Pandémie, capitalisme et climat 

Merci à Jean-Luc pour avoir signalé cette conférence

Daniel Tanuro est agronome, militant écosocialiste en Belgique, auteur (notamment) de L’impossible capitalisme vert (La Découverte) et de nombreux articles pour Contretemps. Le 3 avril dernier il donnait une conférence (confinée) sur les enjeux politiques qui se nouent actuellement entre crise du coronavirus et crise climatique. On peut retrouver la vidéo de cette conférence ici, dont nous présentons une retranscription ci-dessous.

Cette pandémie est un véritable événement avec un E majuscule, un événement historique : il y aura un avant et un après à l’échelle mondiale, pas tellement par rapport au nombre de victimes, même s’il est important, il est tout de même nettement inférieur à celui de la grippe « espagnole » après la première guerre mondiale qui avait causé plus de 20 millions de morts, on en est heureusement loin aujourd’hui.

Ce qui donne à l’événement une portée historique c’est que la machine capitaliste à profits est quasiment arrêtée à l’échelle mondiale, parce qu’il y a une petite chose qui n’est même pas un animal, qui est un virus, à peine une forme du vivant, qui détraque toute la machine et qui menace la santé des gens. Il faut donc protéger la vie, il faut protéger les malades, il faut les soigner, il faut protéger aussi la main d’œuvre pour l’économie capitaliste. Et cette crise très profonde intervient dans un contexte particulier : elle intervient au moment où le capitalisme avait commencé une récession, depuis déjà 2019. Cette récession avait commencé et la pandémie l’amplifie de façon absolument extraordinaire. Un point important est que cette situation déplace le focus médiatique et politique : en temps normal de quoi nous parle-t-on ? On nous parle de la croissance du PIB, de la balance des paiements, on nous parle de l’inflation, du taux de change, des taux d’intérêt, etc., tous ces indicateurs abstraits de l’accumulation du profit capitaliste, de l’accumulation de valeur abstraite… Et aujourd’hui à la faveur de cette pandémie le focus est tout à fait différent : l’attention politique et médiatique est complètement focalisée sur le travail des infirmiers, des infirmières, leur surcharge de travail, sur les malades qui meurent, ceux qui guérissent, sur le travail des éboueurs ou du personnel dans les magasins d’alimentation, le sort des personnes confinées, des non-confinés, etc. Lire la suite

Covid et santé publique. « Nous avons besoin d’un vaccin social ! »

Entretien avec Joan Benach

Joan Benach, professeur de sociologie au département des sciences politiques et sociales de l’université Pompeu Fabra de Barcelone, a publié de nombreuses études et ouvrages sur la « commercialisation de la santé » comme sur les politiques de santé publique. A l’occasion de cet entretien il développe ses idées et options à la « lumière » ou à l’« ombre » de la pandémie du Covid-19.

Quelles sont les causes fondamentales de la santé ? Pourquoi tombons-nous malades et pourquoi les inégalités se créent-elles ?

Les causes fondamentales qui déterminent la santé d’une population ne sont pas, comme beaucoup le pensent, la biologie et la génétique, les « modes de vie » ou les soins sociaux et de santé, mais des causes sociales. Pourquoi ? Parce que les facteurs biologiques et génétiques sont presque toujours « activés » ou non en fonction de l’environnement, parce que les comportements associés à la santé, comme les habitudes alimentaires ou le tabagisme, sont conditionnés par la famille et l’environnement social. Et parce que les soins de santé, bien qu’étant un service fondamental lorsque nous tombons malades, contribuent relativement peu à la santé de la population et dépendent également de facteurs sociopolitiques. Lire la suite

Vaccination, droits de la santé et travail des femmes dans la pandémie

Le 7 avril, Journée Mondiale de la Santé, nous avons recueilli les messages de trois militantes féministes de différentes régions du monde sur la lutte pour le droit à la santé, la bataille contre la pandémie et les effets de cette crise sur la vie des femmes, en particulier des femmes noires. Talitha Demenjour (Brésil), Julie Maenaut (Belgique) et Wilhelmina Trout (Afrique du Sud) ont montré comment la lutte pour le droit à la santé est liée à la lutte contre le néolibéralisme et contre la privatisation des services publics. La course transnationale et capitaliste aux brevets et l’inégalité colonialiste de l’accès aux vaccins ont un impact profond sur la vie des femmes, en particulier dans les pays du Sud.
Les réponses féministes et populaires à la pandémie passent par la valorisation des systèmes de santé publique, la distribution et la production justes de vaccins, et la réorganisation du travail qui pèse sur les femmes et soutient la vie.

Lire la suite

Des vaccins et une santé publique gratuite pour toutes et tous, partout dans le monde !

 

MANIFESTE MONDIAL POUR LA VIE. Déclaration de la journée internationale de lutte anti-impérialiste

La pandémie du Covid-19 a mis en évidence, partout dans le monde, les contradictions du capitalisme qui fait passer le profit avant la vie des gens.

  • Des sociétés pharmaceutiques multinationales, intéressées uniquement par leurs profits, livrent leurs vaccins d´abord à ceux et celles qui ont de l´argent. Du total des vaccins distribués, 75% sont restés dans les 30 pays les plus riches, tandis que les populations des 130 pays pauvres du Sud Global n’y ont pas encore eu accès.

  • Les gouvernements, dans leur immense majorité, ont pris des mesures pour protéger davantage l´économie, en lui sacrifiant la vie, rares sont ceux qui ont eu le courage de décréter l’arrêt total des activités non essentielles afin de freiner l’avancée du virus.

  • Une grande partie de la population se trouve impuissante, sans vaccin, sans emploi, sans aucun revenu, sans aucun espoir pour l’avenir. Cette situation, du point de vue de l’appartenance ethnique et de genre, est encore plus grave parmi les femmes, les jeunes, les noirs/noires et les peuples autochtones.

  • Nous vivons une véritable guerre contre un ennemi invisible, qui affecte l’ensemble de l’humanité et qui a déjà tué près de trois millions de personnes.

  • L’impérialisme américain et ses alliés ne se préoccupent que de la géopolitique et des profits de leurs sociétés, malgré le fait d´avoir de larges ressources économiques, techniques et financières qui pourraient contribuer à sauver des vies.

  • Cependant, le gouvernement américain, de manière criminelle, maintient et intensifie le blocus économique, commercial et financier contre plusieurs pays, notamment Cuba, le Venezuela et l´Iran.

  • En outre, ils continuent de promouvoir la pratique d’une nouvelle « Guerre Froide » contre la Chine, avec une rhétorique hostile contre le gouvernement et le peuple chinois, appliquant des sanctions économiques et harcelant leurs entreprises, faussant la vérité en affirmant que l’État chinois serait le responsable de la pandémie.

Lire la suite

Regagnons nos libertés par la stratégie Zéro Covid Solidaire !

Contre le virus et son monde, nous proposons ici une stratégie zéro Covid solidaire offrant des perspectives de sortie de crise. Cette stratégie sera la clé pour reconquérir nos libertés individuelles et collectives afin de retrouver une véritable vie sociale et culturelle. Soyons nombreux à signer et relayer cette tribune.

Déjà une année s’est écoulée depuis le début de la pandémie. Pourtant, toute l’Europe se trouve encore dans une situation très critique. Des milliers de personnes continuent de mourir et des dizaines de milliers d’autres sont contaminées et subissent des covids longs. Les nouveaux variants du virus se multiplient et se propagent encore plus rapidement entraînant désormais un sentiment d’impuissance tandis que la vaccination peine encore à produire ses effets.  Lire la suite

Fukushima à 10 ans : répliques, mensonges et décontamination ratée

Dix ans se sont écoulés depuis la triple fusion catastrophique des réacteurs de Fukushima au Japon. Comme l’a dit Joseph Mangano, du projet « Radiation and Public Health », il y a trois ans, « d’énormes quantités de produits chimiques radioactifs, dont du césium, du strontium, du plutonium et de l’iode, ont été émises dans l’air, et les rejets de ces mêmes toxines dans le Pacifique n’ont jamais cessé, alors que les travailleurs luttent pour contenir plus de 100 produits chimiques cancérigènes ». Lire la suite

« Il faut dissoudre l’ordre des médecins »

Après le rapport accablant de la Cour des Comptes paru en décembre 2019, l’ordre des médecins tente de se justifier et réaffirme « être au service des médecins dans l’intérêt des patient·e·s ».

Comme pour l’ensemble des ordres des professions de santé, l’ordre des médecins se présente comme indispensable. Qui l’ordre sert-il vraiment ? Dans l’intérêt de qui ? Lire la suite

« Le problème des effets nucléaires sur les populations est resté longtemps tabou en Algérie »

Dans cet entretien, le Pr Mostéfa Khiati, président de la Forem et auteur de « Les irradiés algériens, un crime d’État », revient sur les effets néfastes des essais nucléaires français dans le Sahara algérien, le retard pris dans la décontamination des sites des essais…

L’analyse d’un échantillon du sable du Sahara algérien, qui s’est propagé en France début février, a montré la présence d’un élément radioactif, le césium-137. Que signifie cette découverte ?

Le césium-137 retrouvé dans le sable du Sahara algérien en France a été produit par les quatre explosions nucléaires atmosphériques menées par la France dans la région de Regganne à partir du 13 février 1960. Lire la suite

Vaccins : Comment ça marche ? La panoplie. Faire face à la logique capitaliste

Le fonctionnement des vaccins est complexe et délicat, ce qui doit provoquer une grande prudence et une collaboration scientifique dans leur conception et leur mise en service.

Lire la suite

Justice pour les victimes de l’amiante

Nous sommes des victimes de l’amiante. Plusieurs d’entre nous sont atteints d’une maladie grave ou d’une insuffisance respiratoire qui nous rend la vie très difficile. Beaucoup de nos amis, de nos collègues de travail en sont morts. Nous avons perdu un mari, un père, une mère et, parfois, plusieurs membres de notre famille.

Nous sommes nombreuses et nombreux dans cette situation. Avec 100 000 morts estimées par les épidémiologistes, l’amiante représente la plus importante catastrophe sanitaire que la France a connue. Lire la suite

Pour le droit à la gratuité des soins de santé publique pour toutes les populations

« La quarantaine sociale, oui ; l’isolement, jamais ;
des soins collectifs pour arrêter la propagation du virus, oui ;
démobilisés et en silence jamais »

Communiqué de la Via Campesina

(Harare, février 2021) Nous sommes plus d’un an après le début de la crise provoquée par la pandémie de la COVID19 dans le monde. Cette crise sanitaire a causé la mort d’environ deux millions de personnes, et il y a plus de 77 millions de personnes infectées, selon les rapports officiels. Toutefois, si l’on tient compte des chiffres non officiels, ceux-ci pourraient être encore plus élevés. Parmi les personnes infectées, beaucoup souffriront toute leur vie de conséquences sur leur santé physique et mentale. Lire la suite

La santé mentale au temps du coronavirus

Le ministre de la santé Olivier Véran a annoncé, à la fin 2020, sa crainte d’une troisième vague de santé mentale dans la pandémie du virus SARS-CoV-2. Ce lien des effets de l’épidémie avec un psychisme humain par nature vient de loin. En effet, la notion de santé mentale, apparue à la fin du 19ème siècle, s’inscrit dans l’apport de la science pasteurienne comme traitement préventif et curatif des épidémies des siècles passés, qui fonde la notion d’hygiène publique comme politique d’Etat et le traitement de folie par un hygiénisme social. Sa reprise par le ministre indique une toute autre gestion gouvernementale des populations, en rupture avec les conquêtes sociales de 1945 que sont la protection sociale solidaire collective et la sécurité sociale. L’actualité du ministre, dans la crise sanitaire, est un contrôle médicalisé et d’ordre public centrée sur la responsabilité de l’individu. Son programme public-privé est la maitrise de l’individu dans un ordre public dont la « gouvernementalité » est soumise aux conflits d’intérêt entre les besoins de santé publique comme ordre social et la financiarisation de l’économie portée par les entreprises pharmaceutiques du marché de libre concurrence.. Or, ces entreprises ont délaissé les recherches épidémiologiques comme non rentables en termes de retour de bénéfice sur investissement. En France, cela s’est traduit au niveau de l’Etat par l’abandon de moyens de protection préventifs au nom du coût de gestion des stocks. Le ministre promeut donc la politique de transformation du service public en objet de marché néolibéral, dont la continuité dans la crise sanitaire reste les restructurations permanentes des hôpitaux publics, de la santé publique, du secteur de psychiatrie public et du médicosocial souvent associatif. Une santé mentale dite positive de gestion de plateformes informatisées se substitue à un service public de soin basé sur la relation humaine et participe de sa destruction. Lire la suite

Sexe, genre et nouveaux cadres d’analyse de pathologies humaines

Introduction

Lutter contre les inégalités sociales en matière de santé est, aujourd’hui, un enjeu majeur des politiques publiques. Au sein de celles-ci, les inégalités entre les femmes et les hommes dans l’accès au soin et la prise en charge médicale constituent un sujet longtemps ignoré. Si les inégalités de santé liées au statut économique et à l’environnement social et culturel sont de mieux en mieux connues, d’autres restent dans l’ombre. Lire la suite