Archives de Catégorie: Contretemps

Coopération égalitaire et citoyenneté intégrale

Europe, élections européennes – en fait des élections nationales pour un parlement européen aux faibles pouvoirs – sans réelle citoyenneté européenne, des fonctions étatiques segmentées et sans contrôle, des politiques néolibérales menées tant au niveau de l’Europe que dans les différents pays, des « ruptures » brisées par l’ordre européen, des affirmations « souverainistes », « l’acceptation (im)morale des conditions catastrophiques dans lesquelles des êtres humains engagent leur périple vers l’Europe », le cynisme des accords de sous-traitance du contrôle des migrant·es, les paniques identitaires (j’ajoute, parfois sur fond de non règlement de questions nationales et nationalitaires), la question d’une citoyenneté européenne ouverte sur le monde et la nécessaire radicalisation du droit du sol (et probablement l’abandon de toute référence au sang)… Lire la suite

Parler encore et toujours de la Syrie…

Avec l’aimable autorisation de ContreTemps

Entretien avec Farouk Mardam-Bey

Farouk Mardam-Bey est historien. Il anime les « Dimanches de Souria Houria » et vient de publier avec Subhi Hadidi et Ziad Majed Dans la tête de Bachar Al-Assad (éditions Solin/Actes Sud).

ContreTemps : Après sept ans de répression et de guerre, la révolution syrienne apparaît défaite, et le peuple syrien condamné à rester victime d’une tragédie sans fin… Une fois donnée leur part aux larmes et à la colère, comment résister au désespoir ?

Farouk Mardam-Bey : Donnons d’abord leur part, qui devrait être très grande, à la douleur et à la colère. Si la Syrie et les Syriens en sont là, dans cet interminable calvaire, c’est que peu de gens dans le monde, pendant près de huit ans, se sont souciés de leur sort. Ces centaines de milliers de morts, ces dizaines de milliers de disparus, ces millions de réfugiés, ces villes et ces villages ravagés, tout un peuple sacrifié dans le jeu cynique des nations, nous réclament davantage de larmes, et plus encore de colère, et que nous nous efforcions de les faire partager autour de nous. C’est difficile par les temps qui courent, la lassitude ayant gagné les sympathisants de la cause syrienne, mais c’est sans doute le premier moyen de résister au désespoir. Lire la suite

L’outil du droit communautaire dans les luttes pour la santé au travail en Europe

Avec l’aimable autorisation de ContreTemps

Je travaille depuis plusieurs décennies sur les questions de santé au travail dans un cadre syndical européen. Une des questions auxquelles je me heurte souvent est celle du recours au droit communautaire pour soutenir des luttes dans ce domaine. Il s’agit rarement d’un refus explicite, mais plutôt d’un ensemble de doutes, d’interrogations, de réticences. Discuter de ces questions me paraît particulièrement important dans un contexte où des militantes et militants qui ont un engagement fort sur les questions de santé au travail, se sentent proches d’une sorte de « souverainisme de gauche » et considèrent qu’il faut éviter ce qui leur apparaît comme un simple mécanisme de légitimation de la construction communautaire aujourd’hui. Récemment, au cours d’une discussion avec des syndicalistes danois, j’avais attiré leur attention sur la possibilité de construire une stratégie judiciaire en s’appuyant notamment sur des directives européennes. Leur réaction a été plus que réservée. Comme beaucoup au sein de la gauche radicale danoise, ils défendent la perspective d’une sortie du Danemark de l’Union européenne et ont peur qu’une telle initiative n’affaiblisse leur position. Lire la suite

Penser politiquement la militarisation et les guerres

Sale caractère ! Une double remarque préalable.

Je trouve plus que curieux qu’une revue militante, tournée vers l’émancipation n’use pas d’une écriture plus inclusive, – le point médian, l’accord de proximité, les acteurs et les actrices, les militant·es, les ouvrier·es, les employé·es, pour rendre visibles les unes et les autres, les iels et toustes. Reprendre et répandre une langue masculinisée par la force académique me semble aujourd’hui incompréhensible (Voir par exemple le dernier livre d’Eliane Viennot : Le langage inclusif : pourquoi, commentadopter-le-langage-inclusif-est-a-la-portee-de-tout-le-monde-tout-de-suite/)

Mais cela ne saurait suffire si le prisme du genre n’est pas intégré à toutes les analyses. Comment en effet analyser la guerre ou la paix, sous le seul angle de la moitié mâle de l’humanité ? Comment aussi faire politique dans un dossier où seuls des hommes écrivent ? Lire la suite

Critique et contestation de 1968 à nos jours en regard de l’ethnologie de Robert Jaulin

Avec l’aimable autorisation de ContreTemps

Entretien avec Roger Renaud

Élève puis compagnon de Robert Jaulin, dont il a édité l’ouvrage posthume Exercices d’ethnologie (PUF, 1999), Roger Renaud a enseigné l’ethnologie à Paris VII (1979-2006) et à Paris V (2007-2014). Ses recherches ont principalement porté sur les relations entre Indiens nord-américains et Européens d’origine, des premiers contacts auXVIe siècle à nos jours. Il a rejoint le groupe surréaliste parisien en février 1968 et a participé aux côtés de Vincent Bounoure à l’aventure du Bulletin de liaison surréaliste (1970-1976), avant de s’éloigner non du surréalisme en soi mais de toute activité collective. À la même époque, avec Jaulin, il a fondé une section française de soutien à l’American Indian Movement. Il nous livre ici quelques données sur une œuvre, en grande partie méconnue, qui a encore beaucoup à dire, au-delà même de l’ethnologie. Lire la suite

Transition, pistes pour un autre futur…

Avec l’aimable autorisation de la revue ContreTemps

Particulièrement utilisé à propos des enjeux énergétiques, le terme de transition sature les discours écologistes. Ou du moins d’une certaine écologie. Ainsi, depuis mai 2017, Nicolas Hulot dirige le ministère de la Transition écologique et solidaire ; et en 2015, c’est une loi de transition énergétique pour la croissance verte qui est adoptée par le gouvernement. Mais ce sont également les villes en transition apparues à la fin des années 2000 qui s’inscrivent dans un mouvement plus large, fait d’initiatives multiples, à diverses échelles, au sein d’un réseau international pour la transition1, et soutenu notamment par Horst Köhler, ancien président allemand (CDU) et ancien directeur général du FMI : « Je vois la transition comme une merveilleuse combinaison d’engagement citoyen local et de réseau mondial. Dans de nombreuses villes à travers le monde, les gens se réunissent, forment des communautés, enthousiastes à l’idée d’envisager ensemble un modèle futur pour leur ville où il fera bon vivre… » Cette injonction à la transition interroge. Lire la suite

Retours sur mai 68…

Lorsque mai 68, anniversaire oblige, revient en une de l’actualité, on voit refleurir les jugements péremptoires. « Mai 68 fut ceci », « a signifié cela », tout est dit, fermez le ban…

Rien de plus contraire à l’esprit de liberté de mai 68 !

Les contributions de ce dossier, dont nous remercions chaleureusement les auteurs, en portent témoignage.

Ce que fut mai 68, ses ressorts et ses effets, reste une question ouverte. Et mai 68 ce fut aussi, dans ce vaste soulèvement populaire, une incroyable diversité de sensibilités et d’idées. On était socialiste ou communiste, libertaire, révolutionnaire ou réformiste… On se revendiquait de sensibilités d’obédiences multiples, trotskistes, maoïstes, anarchistes, autogestionnaires… On lisait Sartre et Deleuze, Bourdieu et Foucault, Marx et Freud…

De tout cela les traces ne sont pas effacées. Elles sont ici présentes comme autant de repères au cœur de ce dossier. Lire la suite