Archives de Catégorie: Revue

Le corps « handicapé » n’est envisagé que comme un objet de soin

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« Mille autres expressions, inventives, attendues, douloureuses, nécessaires, critiquées, font exister les réalités vécues par les femmes et les groupes marginalisés », Dans son éditorial, Les mots justes… Ne sont pas juste des mots, Sabine Panet aborde ces « mots justes », le féminicide, le harcèlement de rue, la mecsplication (en complément possible, Rebecca Solnit : Ces hommes qui m’expliquent la vie, ce-quon-ne-dit-pas-quand-on-ne-parle-pas-de-genre/), la racisation, la misogynoir, les mots contribuant au « mensonge universel », les récits médiatiques, les femmes au cœur des histoires, la dénonciation des inégalités, le journalisme et le féminisme…

Dossier : Femmes en situation de handicap. Voir enfin les invisibles Lire la suite

Des élans d’égalité et d’autogestion

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De l’édito « Floutage de gueule », je souligne le troisième paragraphe. « Notre attention se porte bien sûr toujours aux femmes qui subissent les violences. Nous continuerons à sortir de l’ombre femmes militantes et artistes oubliées de l’histoire, à applaudir les mouvements de résistance menés par des femmes sur tous les continents, mais nous devons aussi rendre compte des luttes sociales pour la défense des libertés : contre la loi de Sécurité globale, pour l’abrogation complète de la réforme de l’assurance chômage, du projet de loi de programmation de la recherche, contre les décrets qui étendent le champ de collecte de fichiers de police aux opinions politiques, convictions philosophiques, à l’appartenance syndicale et à des données de santé… et nous en oublions ! »

J’ai déjà signalé cette petite revue, féministe et libertaire, qui joue bien son rôle d’éducation populaire. Lire la suite

Dettes et déplacements

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Penser les migrations sous le prisme de leur contexte politique, c’est en refuser les explications qui reposent sur des causes conjoncturelles et qui invisibilisent les responsabilités des pays dominants. La majorité des personnes migrantes viennent de pays qui se situent dans des régions du Sud lourdement fragilisées par des siècles de colonialisme, puis de politiques néolibérales imposées par les pays du Nord. Les personnes migrantes se déplacent donc bien souvent pour tenter d’échapper à la misère engendrée dans leur pays d’origine par les politiques d’ajustement liées au remboursement de la dette imposées par principaux créanciers : les Institutions financières internationales (IFIs), banques et gouvernements du Nord. Ces mesures reposent sur l’extractivisme, l’accaparement des terres, sur la perturbation des économies locales et le détricotage des mécanisme de protection sociale. Lire la suite

Interroger les récits téléologiques et réducteurs

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« le rapport occidental à la « menace chinoise » est loin d’être universel. Et les représentations d’une Chine conquérante, homogène et univoque, souvent exagérées. ». Dans son éditorial, introduction-au-livre-dattac-quebec-vingt-ans-daltermondialisme-au-quebec/, publié avec l’aimable autorisation des Editions Syllepse, Cédric Leterme discute de performances économiques, de retour du « péril jaune », d’atelier du monde, de brevets déposés, de planification et de coordination étatique (je ne pense cependant pas que cela représente un « modèle alternatif »), de concentration de pouvoir, de « virage autoritaire, nationaliste, conservateur », de la place des différents pays au sein des institutions internationales, de système financier, « le cœur du pouvoir hégémonique américain réside toujours dans le « privilège exorbitant » que leur confère le statut de monnaie de réserve internationale du dollar », de « monde libre » et d’interventions militaires et de néocolonialisme… Lire la suite

De quoi la Syrie est-elle le nom ?

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Avec les aimables autorisations
de l’auteur et de ContreTemps

En mars 2012, à l’occasion du 1er anniversaire de la révolution syrienne, Yassin Al Haj Saleh a publié un article sous le titre « Syrie, la révolution impossible », dans lequel il analyse les conditions locales, régionales et internationales qui interdisent aux Syriens qui se sont soulevés de remporter la victoire, c’est-à-dire, non seulement de renverser le régime des Assad, mais aussi et surtout de bâtir sur ses décombres le régime démocratique, pluraliste, dont ils rêvent. D’où à la fois, selon lui, la grandeur de leur révolution et son caractère tragique, celui d’une lutte désespérée contre le destin. Lire la suite

La pensée et l’action féministe comme promesse démocratique

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« pour que les femmes puissent avorter dans des conditions dignes, sécurisées et respectueuses de leurs droits élémentaires ». Dans son éditorial, « Au nom de Ndeye Khady Gueye », Sabine Panet parle du droit à l’avortement, de la situation dans l’Etat belge, des pays où l’IVG est passible de prison, de sa rencontre avec la militante féministe sénégalaise Ndeye Khady Gueye (le Sénégal est parmi les pays les plus restrictifs au monde en matière d’IVG), d’asile et de refus de celui-ci, « Nous appelons l’Etat belge à prendre ses responsabilités juridiques et morales, à mettre en place une politique d’asile et de migration qui tienne compte des femmes et des situations spécifiques qu’elles rencontrent, et à protéger les femmes qui défendent les droits des femmes ». Lire la suite

La fabrique du « rien » n’a pas de frontière

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Acrimed, qui fête discrètement ses 25 ans cette année, se voit souvent reprocher de pratiquer l’amalgame ou d’adopter une démarche critique manquant de complexité. En effet, écrire « les médias » consiste à englober l’ensemble des médias sans nuance.

Alors oui (et à nouveau), nuançons : les médias ne sont pas tous les mêmes. Mais les élections présidentielles, au même titre que les mobilisations sociales ou les interventions militaires occidentales, sont des « verres grossissants ». Elles éclairent sur les pratiques et les dérives récurrentes de tous les médias dominants, et doivent interroger sur leur mode de fonctionnement. C’est entendu : les prescripteurs d’opinions – des présentateurs de JT aux matinaliers en passant par les éditorialistes et les chefs de service – n’ont pas la même responsabilité éditoriale ni le même poids dans les rédactions que les simples pigistes. Mais en intégrant les contraintes qui leur sont imposées, et en validant les consignes qui leur sont transmises, tous les journalistes – à des degrés divers – font tourner la machine et concourent à la production d’une information mutilée (p.11).

Qu’ils dictent l’agenda médiatique ou se portent garants du consensus, les médias dominants non seulement se comportent en gardiens du statu quo, mais accentuent les tendances les plus négatives inscrites, plus ou moins en pointillé, dans le mécanisme même de l’élection présidentielle. À coups de sondages commandés à l’infini (p.24), ils construisent (ou déconstruisent) des personnages « présidentiables » (p.22) et effacent les véritables enjeux politiques. Lire la suite

Les savoir-faire sont toujours socialement acquis

« Le sang circule à nouveau dans les veines. On s’échauffe, même. On crée, les unes pour les autres, de la force, on se la passe, on relève l’échine ». Dans son éditorial, « Peut-on ramer dans la même direction ? », Sabine Panet parle, entre autres, du 8 mars, de rassemblement, de mouvement féministe, « dans mouvement, il y a plusieurs vagues, plusieurs courants, le vent du large et le vent de terre, la mousse salée de l’écume, les remous des profondeurs », de révolutionner le monde ou de transformer sa vie, des femmes et de leurs expériences…

« Ramer dans le même sens suppose enfin de s’accorder sur un rythme essentiel : pas de violence entre nous. Pas de sexisme, pas de racisme, pas de discrimination entre nous. Pas de rapports de force. Pas de hiérarchie entre nos priorités et nos combats. Toutes les luttes pour les droits de toutes les femmes sont légitimes. Un jour par an… Un jour » Lire la suite

Au-delà de la « menace » chinoise

Avec l’aimable autorisation des Editions Syllepse

La Chine fascine autant qu’elle inquiète. Rivale de plus en plus affirmée des États-Unis, elle en conteste aujourd’hui la suprématie dans un nombre croissant de domaines. Bonne ou mauvaise nouvelle pour le Sud ? Un peu des deux, sans doute. Mais deux choses sont sûres : le rapport occidental à la « menace chinoise » est loin d’être universel. Et les représentations d’une Chine conquérante, homogène et univoque, souvent exagérées. Lire la suite

Chaque nuit recèle un matin

Il y a de nombreuses façons d’aborder, du coté de l’émancipation (je laisse de coté les contre-révolutionnaires et anti-communard·es divers·es), la Commune de Paris. Je n’en donne que trois dimensions.

Au delà des histoires falsifiées, des mythes et des contes, il est possible de retrouver les flammes de la révolte, les aspirations à maitriser sa vie, les luttes contre les dominations, les possibles non advenus car anéantis par les vainqueurs, les tensions vers des avenirs plus radieux.

Nous pouvons analyser les déclarations et les actes des communard·es et réfléchir aux limites, aux erreurs, telles qu’il était possible de les entrevoir à cette époque.

Enfin, à partir du temps présent, nous pouvons examiner d’autres dimensions, mettre en lumière des possibles bridés, des impasses et des manques. A commencer par cette question à laquelle se heurtent tous les soulèvements populaires : Comment confiner les dominants (nationaux et internationaux) ? Comment résister aux attaques militarisées ? Comment développer une solidarité (internationale et internationale) suffisamment puissante pour arrêter les bras meurtriers des possédants ? Lire la suite

Cheminons, ensemble, au pas des femmes

« Pour ce 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, et tous les jours de l’année, axelle est plus que jamais déterminée à détricoter les violences patriarcales et à mettre en lumière les résistances des femmes ».

Dans son éditorial, « Le sexe du gâteau n’est pas un mystère », Sabine Panet parle, entre autres, du « nous », de « faim d’égalité, de solidarité et de justice », du 8 mars, d’argent et de répartition, « Et les femmes, celles qui prendront l’espace public ou virtuel, celles qui se mettront en grève ou celles qui ne pourrons pas, celles qui afficheront leurs valeurs féministes ou celles qui les garderons pour elles, sont avides de changements ; elles exigent que chacun·e reçoive une juste part. Car un gâteau, ce n’est pas censé avoir de sexe »…

Dossier : Préhistoire. Les femmes sortent de l’ombre des cavernes Lire la suite

Une dette ne se rembourse pas par principe et sous n’importe quelle condition

De l’introduction, Don’t owe, won’t pay. Audit the debt !, je souligne premièrement des questions indispensables, « d’où vient la dette ? A-t-elle été contractée dans l’intérêt général de la population, ou bien au bénéfice de minorités déjà privilégiées ? Qui détient et profite de ses titres ? Peut-on alléger son fardeau autrement qu’en appauvrissant les populations ? Quels effets le remboursement de la dette a-t-il sur l’accès aux droits humains ? ». Les questions posées exigent des réponses qui permettront de déterminer des politiques à mener pour que demain ne soit pas le simple prolongement (en pire) d’aujourd’hui. « Agir sur les dettes est nécessaire afin d’envisager un autre horizon politique que ceux de l’austérité et des inégalités croissantes ». Lire la suite

L’écologie, un moteur de la transformation sociale radicale…

Dans le mouvement syndical, certain·es opposent la défense immédiate de l’emploi aux dimensions écologiques. Les deux ne sont pourtant pas incompatibles, pour autant que l’on ne réduise pas les emplois aux emplois aujourd’hui existants, que l’on s’interroge sur les productions inutiles ou dangereuses, que l’on pense les transformations du point de vue des salarié·es aussi comme citoyen·nes, que l’on n’oublie pas la solidarité internationale des travailleurs et des travailleuses. Se saisir des dimensions environnementales, climatiques, écologiques dans les rapports sociaux de travail est une nécessité pour ne pas rester sur la défensive face aux restructurations capitalistes. Si la dimension réduction du temps de travail est essentielle, elle devrait être articulée avec une transformation des procès de travail, des débats démocratiques sur les utilités sociales, des localisations au plus près des utilisateurs et des utilisatrices, le refus des accords dits de libre-échange et des primes à l’exportation, la souveraineté de toutes les populations… Lire la suite

Contre les injonctions sociales, le corps et les droits des femmes

De l’édito « Floutage de gueule », je souligne le troisième paragraphe. « Notre attention se porte bien sûr toujours aux femmes qui subissent les violences. Nous continuerons à sortir de l’ombre femmes militantes et artistes oubliées de l’histoire, à applaudir les mouvements de résistance menés par des femmes sur tous les continents, mais nous devons aussi rendre compte des luttes sociales pour la défense des libertés : contre la loi de Sécurité globale, pour l’abrogation complète de la réforme de l’assurance chômage, du projet de loi de programmation de la recherche, contre les décrets qui étendent le champ de collecte de fichiers de police aux opinions politiques, convictions philosophiques, à l’appartenance syndicale et à des données de santé… et nous en oublions ! » Lire la suite

Routines délétères et surenchères sécuritaires : les éditocrates contre le droit à l’information

C’est peu dire que l’année 2020 n’a pas été de tout repos : épidémie mondiale, crise économique et sociale, attaques terroristes et surenchère sécuritaire… L’occasion de salutaires remises en cause ? Rien de tel en tout cas sur le terrain médiatique, où les mêmes routines délétères sont toujours bel et bien à l’œuvre. Lire la suite

Les utopiques – La Commune

Le numéro 16 des Cahiers Les utopiques sortira en mars. Le dossier portera sur les 150 ans de la Commune. La couverture et le sommaire sont ici :

www.syllepse.net/la-commune-de-paris-memoires-horizons-_r_37_i_846.html 

où on peut également commander ce numéro.

Un numéro copieux, avec un CD de chansons en supplément .

Pour s’abonner aux Cahiers Les utopiques :

www.lesutopiques.org/boutique/

1871-2021, la Commune a 150 ans. Un siècle et demi ! Deux écueils possibles : la commémoration acritique, à grand renfort d’images sacrées, de récits hagiographiques (souvent préconçus) ; l’ignorance d’un pan d’histoire ouvrière inconnue car vieille, combattue par l’ordre, mal ou non enseignée, masculinisée… Dans les deux cas, ce serait ne pas servir nos réflexions et actions d’aujourd’hui, et de demain, pour l’émancipation sociale. Lire la suite

Faire avec Christine Delphy

Appel à contributions pour un numéro hors-série de NQF

Laurence Bachmann, Ellen Hertz, Amel Mahfoudh, Marianne Modak, Patricia Roux, Lucile Ruault (coord.)

Pionnière et inspiratrice d’un féminisme matérialiste toujours vivant parce qu’en débats, Christine Delphy continue d’y occuper une place prépondérante à de multiples égards. En tant que théoricienne dont les idées restent incisives et indispensables pour qui veut penser le monde en féministe. Mais aussi, et autant, en tant que militante ayant engagé une lutte radicale contre le patriarcat ; ses divers engagements au fil du temps témoignent d’une pensée non figée, toujours en mouvement, souvent courageuse et à l’écoute, comme en attestent ses réflexions sur le racisme. Autrement dit, l’œuvre et la trajectoire de Delphy sont mues par une visée aussi bien analytique que transformatrice des rapports sociaux, laquelle a nourri nombre de luttes. Cette démarche, soutenue par une pensée forte, sans concessions, continue de susciter des élans et débats collectifs passionnés. Lire la suite

Le commun et les spécifiques, les nous et le pluriversel

Dans l’éditorial, Soulèvements populaires : « révoltes logiques » ?, soulevements-populaires-revoltes-logiques/, publié avec l’aimable autorisation des Editions Syllepse, Frédéric Thomas parle, entre autres, d’enjeux, de traits spécifiques, de soulèvements locaux et d’internationalisation des crises, d’interdépendances et de configurations nationales, « La gageure de ce texte d’introduction tient dès lors à mettre en évidence les convergences et correspondances sans jamais céder à l’illusion d’une unité, à relever les spécificités locales, à l’origine des révoltes ainsi que des formes qu’elles empruntent, sans occulter pour autant les paramètres internationaux qui ne cessent d’intervenir dans le recodage de ces mobilisations ». Lire la suite

L’énergie d’imaginer et de construire de nouveaux futurs

Dans son éditorial, « La somme que nous sommes », Sabine Panet parle du choix d’une revue papier, « c’est s’ancrer dans la résistance à la toute puissance de l’instantané, de la course au clic, au scoop,à l’exclusivité », de prendre le temps pour soi, « c’est ressentir, penser, critiquer, dans l’intimité et par soi-même – ni par, ni pour les autres », de journalisme et de féminisme, d’exercice pratique de la démocratie.

« C’est ce que nous vous proposons par exemple dans le projet « Le Front du vivant » au cœur de ce numéro : nous avons jugé nécessaire de consacrer du temps – plus de 6 mois – à découvrir dix femmes, menant de multiples activités, toutes essentielles, à nos yeux, pour « recoller » notre société abîmée »… Lire la suite

De « soi » au positionnement féministe du « nous »

« Non seulement les formulations théoriques, présumées neutres, constituent l’immense majorité de l’attirail de pensée transmis dans les lieux de savoirs, mais de surcroît, bon nombre de textes canoniques s’appuient sur des présupposés misogynes ou présentent des angles morts à l’endroit de la situation des femmes, exclues de ce qui est généralement conçu et présenté comme l’Universel. »

Dans leur édito, Pour un usage fort des épistémologies féministes, Marie Mathieu, Vanina Mozziconacci, Lucile Ruault et Armelle Weil rappellent, à la suite d’Audre Lorde, que « les outils des maîtres enferment nos façons de penser le monde et de produire des connaissances », que la « neutralité du sujet » pensé « sans sexe, sans race, sans âge, sans classe, etc. » ne permet pas une analyse critique… Lire la suite