Archives de Catégorie: Revue

Conserver notre faculté de comprendre ce qui nous arrive

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« Féminicides ici. Talibans là. Portes fermées, oreilles soudées. Inondations ici. Incendies là. Rapports fermés, yeux clos. Violences, précarité pandémie, extinctions, incertitudes, basculement. Un été plombé. Qui nous suffoque, qui nous submerge ». Dans son éditorial, Rester, résister, rentrer, Sabine Panet souligne que face aux événements terrifiants, « lorsque s’enfuir n’est pas la seule option, « rester », non pas au sens strict de « se tenir debout » (on se tient à nouveau, comme on peut), mais rester pour demeurer, ferme, solide, s’approche d’une résistance ». L’éditorialiste ajoute : « Rester intelligentes toutes ensemble, conserver notre faculté de comprendre ce qui nous arrive… » Lire la suite

Perte d’imagination sociale au sein de la communauté progressiste

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Dans son éditorial, la-demondialisation-est-elle-laffaire-du-nord/, publié avec l’aimable autorisation des Editions Syllepse, François Polet discute, entre autres, d’insertion « plus souveraine » dans l’économie mondiale, des coûts et des risques de la dépendance « aux flux internationaux », de la vulnérabilité liée à l’approvisionnement dans des chaines de valeurs internationales, « Les contributions rassemblées dans cette livraison laissent entendre l’existence d’une tension forte entre insertion dans les chaînes de valeur internationales et volonté de préservation d’un haut niveau de souveraineté économique. Une souveraineté que certains auteurs s’emploient à problématiser, les usages locaux et populaires des ressources naturelles s’opposant régulièrement à leur exploitation dans le cadre des politiques de « développement national » », de « mal organisation du monde »…

L’éditorialiste revient sur les mobilisations contre l’Organisation mondiale du commerce (OMC), la place du soi-disant libre marché, l’importance de la construction de « commun », la doxa libre-échangiste, les effets de la crise de 2008 et de la pandémie, les évolutions de et dans la division internationale du travail, le raccourcissement des chaines d’approvisionnement, le nouveau contexte de guerres commerciales, les débats autour de l’« autonomie stratégique »… Lire la suite

18 mois d’enquête auprès de femmes détenues

Avec l’aimable autorisation de la revue ContreTemps

Entretien entre Samah Dellai et Natacha Chetcuti-Osorovitz (*)

(*) : Natacha Chetcuti-Osorovitz est sociologue, enseignante-chercheuse à CentraleSupélec, Maîtresse de conférence HDR et chercheuse au Laboratoire institutions et dynamiques de l’économie et de la société de l’École Normale Supérieure Paris-Saclay.

Natacha Chetcuti-Osorovitz vient de publier aux éditions La Dispute (mai 2021) un livre intitulé Femmes en prison et violences de genre. Résistances à perpétuité. S’appuyant sur les récits de femmes incarcérées, l’auteure retrace leurs itinéraires marqués par la violence de genre subie en amont de leur passage à l’acte et de leur condamnation. Elle s’attache dans cet ouvrage à la mise en évidence de ce continuum de violences. La Société Louise Michel a reçu Natacha Chetcuti-Osorovitz le 27 mai 2021, pour une conférence qui est disponible sur le site via le lien : http://www.societelouisemichel.org/jeudi-27-mai-natacha-chetcuti-osorovitz-femmes-en-prison-et-violences-de-genre-resistances-a-perpetuite/

Suite à cette soirée, qui fut animée par Samah Dellai, le présent entretien prolonge la réflexion alors engagée.

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Nicaragua. Ce n’est plus le moment des rêves socialistes

Avec l’aimable autorisation de la revue ContreTemps

 

Entretien avec Matthias Schindler*

* Matthias Schindler est l’auteur du livre Nicaragua 1979-2019 – Du triomphe sandiniste à l’insurrection démocratique, que les éditions Syllepse viennent de publier en français.

ContreTemps : Alors que s’est installée une espèce d’indifférence à l’égard du Nicaragua, vous avez décidé d’écrire sur l’expérience sandiniste, porteuse de tant d’espoirs il y a quarante et qui a tourné au cauchemar depuis le retour de l’ancien commandant sandiniste Daniel Ortega. Pouvez-vous nous expliquer vos motivations ? Lire la suite

Des récits bricolés à partir de contenus frelatés

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Édito

Le 19 mai, Le Berry républicain exhale un « parfum de liberté », tandis qu’un « souffle d’espoir » s’engouffre dans L’Alsace. « Le grand jour » se lève au Télégramme, « Le jour J » illumine Nord Éclair, et La Voix du Nord fait « les premiers pas vers la vie d’avant ». « C’est (re)parti ! » au Bien public, « Ça s’arrose ! » au Courrier picard, et La Dépêche trinque même « À notre santé ». « On se retrouve dehors », propose Sud-Ouest… et « Bas les masques », suggère Var-Matin. Bref, La Provence, et la France médiatique avec elle, exulte : « Enfin ! »

Enfin le retour à la normale ! Les reporters d’images font le pied de grue devant les centres commerciaux, les télés usinent du micro-trottoir sous les stores bannes et le choeur des éditorialistes entonne le « tenir ensemble » jupitérien. Sans oublier cette entrevue caféinée entre le Président et son Premier ministre, multi-médiatisée, et dont BFM-TV a initié la propagande au gré d’une « priorité au direct » qui restera dans les annales : « [Devinez] qui est en train de boire un café en terrasse ? Mais c’est Emmanuel Macron avec Jean Castex ! Les voici tous les deux attablés autour d’un café. » Tant il est vrai que l’« actualité » des rédactions parisiennes gravite autour de l’Élysée, jusqu’à l’absurde (p. 11). Lire la suite

Normes d’allaitement et construction du genre

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Dans leur introduction, « Mon corps nous appartient », Isabelle Zinn, Alix Heiniger, Marianne Modak et Clothilde Palazzo-Crettol abordent l’allaitement comme injonction paradoxale. Elles constatent que ce sujet reste à la marge de la pensée féministe et proposent de penser l’allaitement en féministes matérialistes.

L’acte d’allaiter ou de ne pas le faire, les jugements ou les suspicions sur les mères, « vise de fait à les remettre en place en tant que femmes ». Des reproches, de l’implicite, des injonctions « en provenance des institutions et des professionnel·le·s de la santé et du social »… Lire la suite

Une revue itinérante d’enquête et de critique sociale

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Un grand format, une belle mise en page, de riches illustrations, des analyses en grand angle qui ne s’arrêtent pas à la surface des choses…

De l’éditorial, je choisis deux paragraphes :

« De mars 2020 à avril 2021, plus d’un an d’incertitudes permanentes, pour la revue comme pour tout le monde. Plus d’un an à jouer avec les règles du gouvernement, à s’écharper sur celles que l’on devrait inventer nous-mêmes, à mettre et enlever nos masques au gré de la dernière discussion en date. Une position bien trop fragile pour prendre parti dans les batailles autour des protocoles sanitaires.

Pour autant, nous ne pensons pas que la pandémie ait subitement réduit les luttes des classes à une question de masques. Alors on s’attaque à cette institution surpeuplée et sous-dotée qu’est l’école publique, en se demandant quels types d’adultes elle façonne. En démontant le mythe persistant de la méritocratie renouvelé par l’obsession de l’évaluation. En cherchant la subversion d’un lieu matrice des inégalités de genre, où la prévention des violences n’existe quasiment pas, où les associations qui permettent aux enfants de libérer leur parole sont chassées par la hiérarchie. En démasquant enfin l’hypocrisie d’une « éducation au développement durable » qui culpabilise les héritiers·ères d’une planète en feu. Et on la défend, à longueur de lignes, parce que les gosses s’y confrontent à l’altérité, y apprennent parfois à réfléchir, y échappent à la famille et à l’entre-soi de certains établissements privés, et parce qu’on peut s’y battre pour en faire un lieu d’émancipation ». Lire la suite

Nous ne sommes pas d’équerre… et nous en sommes plutôt fières

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Dans son éditorial, Les codes aux antipodes, Sabine Panet aborde les normes, les angles droits, l’équerre, « L’équerre pour construire des monuments puissants, majestueux… virils, en quelque sorte », les injonctions, les cases, et les étiquettes, « Un faisceau convergent d’injonctions s’efforce pourtant de faire rentrer tout le monde dans un rang, bien rectiligne, dans sa case étroite, en particulier les femmes, intégralement recouvertes d’étiquettes : riche et intelligente versus pauvre et incapable ; bonne à marier ou à jeter, fertile ou infertile, madone ou prostituée, belle ou moche, mince ou grosse, docile ou rebelle, soumise ou à brider, féminine ou masculine, « valide » ou rien, hétérosexuelle ou rien, et j’en passe ».

L’éditorialiste souligne : « Les normes qui râpent nos identités et nos rêves, ces normes qui nous usent, qui nous rabotent, qui abîment, pour nous donner la forme d’un moule, d’un archétype féminin : nous n’en voulons plus »… Lire la suite

La démondialisation est-elle l’affaire du Nord ?

Avec l’aimable autorisation des Editions Syllepse

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La crise du covid renforce les tendances à la « démondialisation » apparues suite à la crise de 2008 et au « trumpisme ». Les pays en développement en feront-ils les frais, comme le suggèrent certaines déclarations ? La réalité est autrement contrastée. Beaucoup de gouvernements du Sud défendent surtout une insertion plus souveraine dans l’économie mondiale. Et des mouvements sociaux vont plus loin, exigeant de rompre avec le capitalisme international.

Une mutation idéologique semble s’être achevée avec la crise du covid : l’idée que la mondialisation avait été « trop loin » et qu’une forme de « démondialisation » était dès lors souhaitable a quitté les marges politiques pour s’imposer dans le débat public. Les coûts et les risques de la dépendance aux flux mondiaux semblent prendre le dessus, dans l’imaginaire collectif, sur les avantages et opportunités qu’offre l’intensification des échanges transfrontaliers. A minima, c’est la vulnérabilité induite par l’approvisionnement de domaines stratégiques pour la sécurité collective à des chaînes de valeurs internationales que la crise sanitaire met au jour. Lire la suite

Le travail à la peine (présentation du dossier de Raison présente)

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Avec l’aimable autorisation de l’auteur

Ce dossier de Raison présente explore les souffrances, frustrations et tensions subies par les travailleurs, hommes et femmes. En CDI, CDD ou en tant qu’intérimaires, ouvriers, caissières, infirmières, techniciens, enseignants, cadres ou universitaires, tous sont confrontés dans leur quotidien à des difficultés qui ont plutôt eu tendance à se renforcer et à se généraliser ces dernières années. La pandémie de la Covid-19 a mis en lumière les professions les plus fragilisées, ainsi que celles qui se sont retrouvées être les plus exposées aux risques de contamination : les travailleuses et travailleurs du commerce, notamment les caissières, les professions de la santé, les éboueurs ou les livreurs. A des degrés divers selon leurs statuts et catégories, tous les travailleurs sont à la peine. Car si la satisfaction, le plaisir ou le bonheur au travail restent des idéaux proclamés, en particulier dans les discours managériaux, la réalité du travail vécue en est trop souvent éloignée. C’est pourquoi les désagréments, le mal-être psychique et physique, la pénibilité ou la fatigue, les évaluations permanentes, l’exposition à des dangers, les atteintes à la santé et les maladies professionnelles sont quelques-unes des dimensions qui seront examinées par les auteurs des articles de ce numéro. Sociologues, spécialistes en sciences de gestion, historiens, juristes ou psychiatre, ils croisent leurs approches pour livrer un tableau de la face sombre du travail après quatre décennies de néo-libéralisme… Lire la suite

Esquisse pour une histoire des jeunes dans la France capitaliste

Avec l’aimable autorisation de la revue Les utopiques

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La jeunesse est un âge social – et socialement différencié : les contrastes sociaux interdisent d’évoquer une « jeunesse » au singulier. C’est pourquoi évidemment, les jeunes ne forment pas une classe sociale. Leurs origines, leur situation, leurs conditions de vie sont profondément variées, au point que parler de « la jeunesse » comme si elle existait en tant que telle, en-dehors de toute appartenance sociale, est non seulement périlleux mais idéologiquement orienté. Lire la suite

En tant qu’humain sur cette terre : personne n’est illégal

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« Penser les migrations sous le prisme de leur contexte politique, c’est en refuser les explications qui reposent sur des causes conjoncturelles et qui invisibilisent les responsabilités des pays dominants. La majorité des personnes migrantes viennent de pays qui se situent dans des régions du Sud lourdement fragilisées par des siècles de colonialisme, puis de politiques néolibérales imposées par les pays du Nord. Les personnes migrantes se déplacent donc bien souvent pour tenter d’échapper à la misère engendrée dans leur pays d’origine par les politiques d’ajustement liées au remboursement de la dette imposées par principaux créanciers : les Institutions financières internationales (IFIs), banques et gouvernements du Nord. Ces mesures reposent sur l’extractivisme, l’accaparement des terres, sur la perturbation des économies locales et le détricotage des mécanisme de protection sociale. » Lire la suite

Le corps « handicapé » n’est envisagé que comme un objet de soin

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« Mille autres expressions, inventives, attendues, douloureuses, nécessaires, critiquées, font exister les réalités vécues par les femmes et les groupes marginalisés », Dans son éditorial, Les mots justes… Ne sont pas juste des mots, Sabine Panet aborde ces « mots justes », le féminicide, le harcèlement de rue, la mecsplication (en complément possible, Rebecca Solnit : Ces hommes qui m’expliquent la vie, ce-quon-ne-dit-pas-quand-on-ne-parle-pas-de-genre/), la racisation, la misogynoir, les mots contribuant au « mensonge universel », les récits médiatiques, les femmes au cœur des histoires, la dénonciation des inégalités, le journalisme et le féminisme…

Dossier : Femmes en situation de handicap. Voir enfin les invisibles Lire la suite

Des élans d’égalité et d’autogestion

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De l’édito « Floutage de gueule », je souligne le troisième paragraphe. « Notre attention se porte bien sûr toujours aux femmes qui subissent les violences. Nous continuerons à sortir de l’ombre femmes militantes et artistes oubliées de l’histoire, à applaudir les mouvements de résistance menés par des femmes sur tous les continents, mais nous devons aussi rendre compte des luttes sociales pour la défense des libertés : contre la loi de Sécurité globale, pour l’abrogation complète de la réforme de l’assurance chômage, du projet de loi de programmation de la recherche, contre les décrets qui étendent le champ de collecte de fichiers de police aux opinions politiques, convictions philosophiques, à l’appartenance syndicale et à des données de santé… et nous en oublions ! »

J’ai déjà signalé cette petite revue, féministe et libertaire, qui joue bien son rôle d’éducation populaire. Lire la suite

Dettes et déplacements

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Penser les migrations sous le prisme de leur contexte politique, c’est en refuser les explications qui reposent sur des causes conjoncturelles et qui invisibilisent les responsabilités des pays dominants. La majorité des personnes migrantes viennent de pays qui se situent dans des régions du Sud lourdement fragilisées par des siècles de colonialisme, puis de politiques néolibérales imposées par les pays du Nord. Les personnes migrantes se déplacent donc bien souvent pour tenter d’échapper à la misère engendrée dans leur pays d’origine par les politiques d’ajustement liées au remboursement de la dette imposées par principaux créanciers : les Institutions financières internationales (IFIs), banques et gouvernements du Nord. Ces mesures reposent sur l’extractivisme, l’accaparement des terres, sur la perturbation des économies locales et le détricotage des mécanisme de protection sociale. Lire la suite

Interroger les récits téléologiques et réducteurs

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« le rapport occidental à la « menace chinoise » est loin d’être universel. Et les représentations d’une Chine conquérante, homogène et univoque, souvent exagérées. ». Dans son éditorial, introduction-au-livre-dattac-quebec-vingt-ans-daltermondialisme-au-quebec/, publié avec l’aimable autorisation des Editions Syllepse, Cédric Leterme discute de performances économiques, de retour du « péril jaune », d’atelier du monde, de brevets déposés, de planification et de coordination étatique (je ne pense cependant pas que cela représente un « modèle alternatif »), de concentration de pouvoir, de « virage autoritaire, nationaliste, conservateur », de la place des différents pays au sein des institutions internationales, de système financier, « le cœur du pouvoir hégémonique américain réside toujours dans le « privilège exorbitant » que leur confère le statut de monnaie de réserve internationale du dollar », de « monde libre » et d’interventions militaires et de néocolonialisme… Lire la suite

De quoi la Syrie est-elle le nom ?

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Avec les aimables autorisations
de l’auteur et de ContreTemps

En mars 2012, à l’occasion du 1er anniversaire de la révolution syrienne, Yassin Al Haj Saleh a publié un article sous le titre « Syrie, la révolution impossible », dans lequel il analyse les conditions locales, régionales et internationales qui interdisent aux Syriens qui se sont soulevés de remporter la victoire, c’est-à-dire, non seulement de renverser le régime des Assad, mais aussi et surtout de bâtir sur ses décombres le régime démocratique, pluraliste, dont ils rêvent. D’où à la fois, selon lui, la grandeur de leur révolution et son caractère tragique, celui d’une lutte désespérée contre le destin. Lire la suite

La pensée et l’action féministe comme promesse démocratique

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« pour que les femmes puissent avorter dans des conditions dignes, sécurisées et respectueuses de leurs droits élémentaires ». Dans son éditorial, « Au nom de Ndeye Khady Gueye », Sabine Panet parle du droit à l’avortement, de la situation dans l’Etat belge, des pays où l’IVG est passible de prison, de sa rencontre avec la militante féministe sénégalaise Ndeye Khady Gueye (le Sénégal est parmi les pays les plus restrictifs au monde en matière d’IVG), d’asile et de refus de celui-ci, « Nous appelons l’Etat belge à prendre ses responsabilités juridiques et morales, à mettre en place une politique d’asile et de migration qui tienne compte des femmes et des situations spécifiques qu’elles rencontrent, et à protéger les femmes qui défendent les droits des femmes ». Lire la suite

La fabrique du « rien » n’a pas de frontière

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Acrimed, qui fête discrètement ses 25 ans cette année, se voit souvent reprocher de pratiquer l’amalgame ou d’adopter une démarche critique manquant de complexité. En effet, écrire « les médias » consiste à englober l’ensemble des médias sans nuance.

Alors oui (et à nouveau), nuançons : les médias ne sont pas tous les mêmes. Mais les élections présidentielles, au même titre que les mobilisations sociales ou les interventions militaires occidentales, sont des « verres grossissants ». Elles éclairent sur les pratiques et les dérives récurrentes de tous les médias dominants, et doivent interroger sur leur mode de fonctionnement. C’est entendu : les prescripteurs d’opinions – des présentateurs de JT aux matinaliers en passant par les éditorialistes et les chefs de service – n’ont pas la même responsabilité éditoriale ni le même poids dans les rédactions que les simples pigistes. Mais en intégrant les contraintes qui leur sont imposées, et en validant les consignes qui leur sont transmises, tous les journalistes – à des degrés divers – font tourner la machine et concourent à la production d’une information mutilée (p.11).

Qu’ils dictent l’agenda médiatique ou se portent garants du consensus, les médias dominants non seulement se comportent en gardiens du statu quo, mais accentuent les tendances les plus négatives inscrites, plus ou moins en pointillé, dans le mécanisme même de l’élection présidentielle. À coups de sondages commandés à l’infini (p.24), ils construisent (ou déconstruisent) des personnages « présidentiables » (p.22) et effacent les véritables enjeux politiques. Lire la suite

Les savoir-faire sont toujours socialement acquis

« Le sang circule à nouveau dans les veines. On s’échauffe, même. On crée, les unes pour les autres, de la force, on se la passe, on relève l’échine ». Dans son éditorial, « Peut-on ramer dans la même direction ? », Sabine Panet parle, entre autres, du 8 mars, de rassemblement, de mouvement féministe, « dans mouvement, il y a plusieurs vagues, plusieurs courants, le vent du large et le vent de terre, la mousse salée de l’écume, les remous des profondeurs », de révolutionner le monde ou de transformer sa vie, des femmes et de leurs expériences…

« Ramer dans le même sens suppose enfin de s’accorder sur un rythme essentiel : pas de violence entre nous. Pas de sexisme, pas de racisme, pas de discrimination entre nous. Pas de rapports de force. Pas de hiérarchie entre nos priorités et nos combats. Toutes les luttes pour les droits de toutes les femmes sont légitimes. Un jour par an… Un jour » Lire la suite