Archives de Catégorie: Psy…

La solidarité protège plus que le chacun pour soi

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« C’est le constat angoissant de voir un nombre significatif d’adolescents et de jeunes gens « comprendre » et excuser la violence politique excessive, en particulier celle du terrorisme, voire être tenté de s’y engager, qui fut le point de départ de ce livre. En comprendre les causes et les mécanismes m’est apparu nécessaire pour contribuer à limiter cette tendance inquiétante et pour aider ceux qui pourraient être tentés par la violence politique excessive à s’en déprendre. Cette violence est omniprésente dans notre monde. Elle est celle des États dictatoriaux, « illibéraux », ou « démocratiques autoritaires », des groupes armés (aux divers objectifs, souvent mêlés), des génocides, massacres, guerres barbares menés par ces groupes, des partis ou des États. La destructivité m’a semblé être une porte d’entrée et une ligne directrice pertinente pour cette réflexion ». En introduction Daniel Oppenheim discute, entre autres, de la violence et de la destructivité, de pulsion de mort. Il présente le plan du livre, sa progression logique. Il propose de réfléchir dans un premier temps sur les mécanismes et les processus. Il souligne que « Néanmoins, tous ceux qui partagent ces caractéristiques ne basculent pas pour autant dans la tentation de la destructivité en acte ou dans sa mise en œuvre ». Il aborde dans une seconde partie « une réflexion sur les moyens que les victimes et leurs enfants ont pour résister à la violence barbare et pour se déprendre de leurs effets traumatiques et destructeurs », sans négliger les séquelles traumatiques des descendants d’exécuteurs. Pour enfin discuter de résistance civile, du candomblé au Brésil, de la résistance par la littérature. L’auteur présente aussi la destructivité pour les psychanalystes… Lire la suite

De la violence faite aux enfants

1540-1Dans sa préface, Genevieve Avenard, Défenseure des enfants, indique, entre autres, que « Ainsi, dans la continuité des recommandations de la Défenseure des enfants dès 2008, nous avons recommandé dans notre rapport d’appréciation remis au Comité des droits de l’enfant de l’ONU en février 2015, à l’occasion du cinquième examen périodique de la France, d’inscrire dans la loi la prohibition des châtiments corporels dans tous les contextes, au sein de la famille, à l’école et dans toutes les institutions accueillant des enfants. » et « Depuis lors, l’Assemblée nationale vient d’adopter, le 1er juillet dernier, dans le cadre de l’examen du projet de loi « Égalité et citoyenneté », un amendement complétant l’article 371.1 du Code civil relatif à l’autorité parentale, pour interdire « tout traitement cruel, dégradant ou humiliant, y compris tout recours à la violence corporelle ». » Lire la suite

Lettre ouverte DES PSYCHANALYSTES FACE A L’EGALITE DES DROITS ET AU « MARIAGE POUR TOUS ».

Le projet de loi « Le mariage pour tous » a pour visée l’ouverture du droit au mariage de personnes de même sexe et par voie de conséquence, de l’adoption aux couples mariés de même sexe. Cette évolution de notre code civil mettrait enfin la France au diapason de neuf pays européens, treize dans le monde et neuf états américains.
En réaction à cette évolution démocratique, certains propos mettant en avant une supposée orthodoxie psychanalytique s’opposent formellement à ce projet.

Nous, psychanalystes (ou en formation psychanalytique), souhaitons par ce communiqué exprimer que « La psychanalyse » ne peut être invoquée pour s’opposer à un projet de loi visant l’égalité des droits. Au contraire, notre rapport à la psychanalyse nous empêche de nous en servir comme une morale ou une religion.
En conséquence, nous tenons à inviter le législateur à la plus extrême prudence concernant toute référence à la psychanalyse afin de justifier l’idéalisation d’un seul modèle familial.

Nous soutenons qu’il ne revient pas à la psychanalyse de se montrer moralisatrice et prédictive. Au contraire, rien dans le corpus théorique qui est le nôtre ne nous autorise à prédire le devenir des enfants quel que soit le couple qui les élève. La pratique psychanalytique nous enseigne depuis longtemps que l’on ne saurait tisser des relations de cause à effet entre un type d’organisation sociale ou familiale et une destinée psychique singulière.
De plus, la clinique de nombre d’entre nous avec des enfants de couples « homosexuels » atteste que ce milieu parental n’est ni plus ni moins pathogène qu’un autre environnement.

Il n’est pas inutile non plus de faire un retour aux prises de position de Freud concernant l’homosexualité. Pour s’en tenir, par exemple, aux toutes premières années de la naissance de la psychanalyse (1896), Freud signa une pétition initiée par le médecin et sexologue allemand Magnus Hirschfeld (1897) demandant l’abrogation du paragraphe 175 du code pénal allemand réprimant l’homosexualité masculine (recueillant plus de 6000 signatures dont celles aussi de Krafft-Ebing, Andréas-Salomé, Zola, Rilke, Mann et Einstein).

Aussi nous tenons à rendre publique notre position et ces éléments de réflexion dans le cadre du débat national qui est engagé.

Vous pouvez signer cette pétition ici.

Parmi les premierEs signataires :

Nicole Aknin, Stéphane Amar, Chawki Azouri, Anthony Ballenato, Carina Basualdo, Ariane Bazan, Fethi Benslama, Nicole Beauchamp, Jean-Baptiste Beaufils, Michèle Benhaïm, Isée Bernateau, Elie Bessac, Francis Bismuth, Jean-Pierre Bourgeron, Didier de Brouwer, Sophie Cadalen, Régine Cassin, Ingrid Chapard, Christiane Charmasson, Franck Chaumon, Natacha Chetcuti, Alice Cherki, Christian Colbeaux, Xavier Coquerelle, Marie Cousein, Laurence Croix, Alejandro Dagfal, Geneviève Delaisi de Parseval, Pierre Delion, Martine Denoyelle, Olivier Douville, Vincent Estellon, Lila Ferreira Lobo, Henri Fontana, Jacques Fousset, Nathalie Georges, Jacqueline Goffin-Grunchard, Thierry Goguel d’Allondans, Dominique Guevenoux, Philippe Grauer, Pascale Hassoun, Charlotte Herfray, Anne-Marie Houdebine, Jean-Pierre Journet, Hagger Karray,Elisabeth Lagache, Laurie Laufer, Sylvie Lausberg, Bernard Lemaigre, Jaak le Roy, Hubert Lisandre, Jean-Michel Louka, Houari Maïdi, Guy Massat, Pascal le Maléfan, Marika Moisseeff, Simone Molina,Pascale Molinier, Jean Mouchard, Claude Nachin, Mireille Nathan-Murat,Patrick De Neuter, Anick Ohayon, Jenyu Peng, Isabelle Perrin, Philippe Poret Serge G. Raymond, Frédéric de Rivoyre, Bernard Roland, Joseph Rouzel, Frédéric Salès, Marie-Jean Sauret, Carol Shapiro, Gilles-Olivier Silvagni, Dominique Texier, Carine Tiberghien, Saverio Tomasella, Marion Vallet-Armellino, Serge Vallon, Jean-Michel Vives, Josette Zouien…

Une histoire des pervers

« Où commence la perversion et qui sont les pervers », telle est la question centrale du livre d’Elisabeth Roudinesco. L’auteure tente d’y répondre en réunissant « des approches jusque-là séparées, en mêlant à une analyse de la notion de perversion non seulement des portraits de pervers et un exposé des grandes perversions sexuelles, mais aussi une critique des théories et des pratiques qui ont été élaborées, notamment depuis le XIXe siècle, pour penser la perversion et désigner les pervers. »

Le livre se divise en cinq chapitres : « Le sublime et l’abject », « Sade envers et contre lui-même », « Sombres lumières ou science barbare ? », « Les aveux d’Auschwitz » et « La société perverse » et présente des analyses sur Gilles de Rais, les mystiques et les flagellants de l’époque médiévale occidentale, le nazisme, la pédophilie, le terrorisme dans l’actualité du nouveau siècle, sans oublier les obsessions du XIXe siècle avec l’enfant masturbateur, l’homosexuel et la femme hystérique.

A une époque où l’émancipation par l’exercice de la liberté humaine semble inactuelle sous la dictature du marché et de la marchandise, où l’on feint de supposer que la science, et ses techniques médicamenteuses ou répressives, nous permettrons d’en finir avec la perversion, l’auteure souligne qu’avec cette éradication recherchée, nous prenons le risque de détruire l’idée même de possible distinction entre le bien et le mal, fondement de la civilisation.

La perversion « arrachement de l’être à l’ordre de la nature », présente dans toutes les sociétés humaines est une nécessité sociale. « Elle préserve la norme tout en assurant à l’espèce humaine la permanence de ses plaisirs et de ses transgressions ».

Il reste toujours possible d’opposer à l’auteur, d’autres angles d’attaques, d’autres problématiques, mais cet ouvrage affronte très nécessairement et très humainement notre devenir en tant qu’individu-e, nos constructions psychiques, en ne délaissant ni notre condition de genre ni nos orientations sexuelles diverses.

Ce beau livre est une invitation à penser. En guise de conclusion, je reproduis la fin de l’introduction d’Elisabeth Roudinesco : « Que ferions-nous sans Sade, Mishima, Jean Genet, Pasolini, Hitchcock, bien d’autres encore, qui ont donné les œuvres les plus raffinées qui soient ? Que ferions-nous si nous ne pouvions plus désigner comme boucs émissaires – c’est-à-dire pervers – ceux qui acceptent de traduire par leurs actes étranges les tendances inavouables qui nous habitent et que nous refoulons ? Que les pervers soient sublimes quand ils se tournent vers l’art, la création ou la mystique, ou qu’ils soient abjects quand ils se livrent à des pulsions meurtrières, ils sont une part de nous-mêmes, une part de notre humanité, car ils exhibent ce que nous ne cessons de dissimuler : notre propre négativité, la part obscure de nous-mêmes. »

Elisabeth Roudinesco : La part obscure de nous-mêmes

Editions Albin Michel, 2007, 229 pages, 18 euros

 Didier Epsztajn

Pouvoir être

Il convient de lire attentivement le livre de Nicole-Edith Thévenin, au delà des approches divergentes que chacun-e pourra avoir avec les théories de Freud ou l’analyse de l’idéologie.

Le cœur de cet ouvrage est l’impact de la première guerre mondiale sur les théorisations de Freud, et en particulier sur la pulsion de mort.

« Freud dépasse l’analyse de la stabilité des groupes humains, des règles de filiation, d’alliance et reproduction de structure, pour entreprendre d’approcher ce qui dissout et subvertit tout lien social, ce qui oblige toute organisation humaine à se confronter à un irreprésentable, sur lequel se construisent les formes de l’illusion et en même temps qui va venir à chaque fois les remettre en question, les désintégrer au profit d’un renouvellement de l’histoire et de l’investissement de la libido. »

En désillusionnant la violence étatique, la question du pouvoir peut-être posée autrement, de même que les modalités des processus d’assujettissement des individus-e-s.

L’auteure souligne que « l’individu ne fait pas que subir, mais il contribue activement à reproduire ce qui l’asservit, courant après une reconnaissance qui le légitime dans son existence. »

Elle nous rappelle aussi que « Se libérer de cette emprise et de cette appropriation demande, non seulement une créativité qui ouvre l’espace à une désidentification, mais la constitution d’une puissance qui par les luttes menées au sein des rapports de force, active les contradictions et subvertisse aussi bien les conditions sociales et le processus économique que les structures symbolique et imaginaires qui les soutiennent. »

Agir en politique c’est s’opposer à « Appartenir une fois pour toutes pour ne plus avoir à se poser de questions, ne plus avoir à se confronter à la mort » c’est aussi « recomposer le narcissisme individuel éclaté et dilué », « pouvoir penser par soi-même » ou « prendre le temps quel que soit le temps qui presse. »

La richesse de cet ouvrage ne découle pas seulement des problématiques rapidement présentées ici. Il insiste sur les dimensions subversives de la psychanalyse. Contre l’ordre du temps mais avec le réel incompressible, une invitation à inventer et non se soumettre.

« L’issue est improbable désormais, il nous revient de le savoir. Seul ce savoir de la chose peut encore peser sur l’inéluctable. »

Nicole-Edith Thévenin : Le prince te l’hypocrite. Ethique, politique et pulsion de mort

Editions Syllepse, Paris 2008, 229 pages, 20 euros

 Didier Epsztajn