Archives de Catégorie: Politique

Afrique du Sud, France, Turquie ou comment se banalise la militarisation de la société

Introduction

En dehors des stricts constats de situation de guerre ouverte ou de mouvement de troupes, la militarisation peut être étudiée sous l’angle de ses impacts quotidiens sur les relations sociales en tant que processus construit. Ce texte propose d’analyser cette construction. Dans un premier temps, nous isolerons les définitions : militarisation, militaire, militarisme, militarité. Dans un deuxième temps, nous établirons que la militarisation se base sur la subordination/attachement des États et populations aux forces armées, sur leur fonctionnement militaire et les valeurs qui l’accompagnent – ordre, obéissance, hiérarchie, sublimation de la virilité1, etc. Nous verrons qu’en tant que telle, la militarisation n’est pas figée dans le temps. Elle est le produit d’une histoire coloniale autant qu’elle produit de nouveaux effets économiques, politiques et sociaux, de nouveaux comportements, rapports sociaux et épistèmês et renforce les rapports de domination (race, classe, genre) existants. Lire la suite

Mexique -1968 dans la tempête de l’histoire

Constellation et lutte de classes, les espoirs du passé au présent1

Ta pâle chevelure ondoie

Parmi les parfums de ta peau

Comme folâtre un blanc drapeau

Dont la soie au soleil blondoie.

Las de battre dans les sanglot

L’air d’un tambour que l’eau défonce,

Mon cœur à son passé renonce

Et, déroulant ta tresse en flot,

Marche à l’assaut, monte, – ou roule ivre

Par des marais de sang, afin

De planter ce drapeau d’or fin

Sur ce sombre château de cuivre

-Où, larmoyant de nonchaloir,

L’Espérance rebrousse et lisse

Sans qu’un astre pâle jaillisse

La Nuit noire comme un chat noir.

 Le Château de l’Espérance

Mallarmé, 2005

Le regard de l’ange de l’histoire de Walter Benjamin (Sur le concept d’histoire, Thèse IX)nous rappelle que l’action révolutionnaire peut arrêter le temps de l’horloge du Capital. Dans cette métaphore, l’ange lutte contre le vent du Progrès qui souffle une force destructive. Mais, malgré tout, son regard est fixé, disloqué, face aux promesses de rédemption des histoires et des morts du passé. L’ange annonce la révolution, une nécessité inscrite dans l’histoire des vaincus, millions de particules à la recherche d’un mieux-être ? Son regard épouvanté interpelle le désir renouvelé par la douleur des morts, ces blessures du travail-concret, lutte de classes active dans le présent du monde des résistances, délires d’utopies et espoirs en ces temps de fantasmagorie totalitaire de la marchandise. Il concrétise les rêves éloignés des conditions objectives de la privatisation et de la domination. Ses yeux, ouverts sur le passé, sont les portes de l’âme, des pensées par où peut venir la révolution, celle qui n’a pas culminé et dont les rebellions et insoumissions sont des pas de résistance qui continuent à demander et chercher comment marcher pour atteindre et faire un autre monde de notre monde. Lire la suite

Panta rhei

(Université de Cergy-Pontoise – 33, boulevard du Port – Cergy-Pontoise – Val-d’Oise — 5 Août 2018)

En grec ancien, la formule « Panta rhei » signifie littéralement « Toutes les choses coulent ». Utilisée par le philosophe Héraclite d’Éphèse, l’expression synthétise l’idée d’un monde en mouvement perpétuel. Et pourtant, mouvement perpétuel ou non, bien souvent tout recommence.

Vacances studieuses, nous sommes aujourd’hui au Département d’Histoire de l’Université de Cergy-Pontoise, où se tient depuis quelques jours, sous la présidence du Pr Edward Gibbon, un colloque consacré à la Décadence de l’Empire Romain.

Le Pr Edward Gibbon, historien britannique, chercheur et enseignant encore aujourd’hui à l’Université d’Oxford, reste la référence absolue pour les historiens romains et byzantinistes. Éminemment érudit, mais profondément désabusé – on cite volontiers de lui la formule lapidaire « L’Histoire n’est au fond guère plus que le registre des crimes et des folies de l’humanité » – le Pr Edward Gibbon a tenu aujourd’hui à nous parler du règne tourmenté de l’Empereur Commode qui régna de 180 à 192 ap. J.C. Lire la suite

Les vertus de l’échec

Avec l’aimable autorisation des auteurs
et de la revue Les utopiques

L’intérêt des échecs est de pousser à en analyser les causes. Or depuis plus de trente ans, nous sommes arc-bouté.es sur la défense des acquis ou de ce que l’on appelle le « modèle social français » pour ne cesser d’aller de reculs en reculs.

Si nous ne voulons pas être conduit.es au renoncement peut-être faut-il déconstruire ce qui est trop souvent présenté comme allant de soi pour le mouvement ouvrier et ouvrir d’autres pistes inédites à explorer. Il ne s’agit pas de la pierre philosophale mais d’exploration et de tâtonnements. La normalité est notamment caractérisée par deux dimensions proposées conjointement : des luttes qui dressent le bilan de ce qui ne va pas et confient la réalisation des solutions à un autre espace, déterminé de manière étanche : le politique et l’attente d’un arbitrage de l’Etat. Outre l’aspect confiscatoire des partis vis-à-vis du mouvement social, cela induit grandement le type d’alternatives imaginées en mettant le corps social en extériorité vis-à-vis du politique. Lire la suite

Au feu !

Les campagnes et les villes brûlent, ici et ailleurs, les températures montent, le changement climatique fait son œuvre. Au même moment, en France, une affaire entre toutes occupe toutes les ondes. Ou presque. Avec elle, ses commentaires, ses polémiques, ses non-dits… Le mois de juillet 2018 est fébrile et cache une pathologie sournoise et délétère. Lire la suite

La couleur de peau, les origines : ce n’est pas la race !

Le projet de révision constitutionnelle actuellement en cours a vu réapparaître une revendication déjà portée en 2013 par une proposition de loi : la suppression de la notion de race du texte de la Constitution du 4 Octobre 1958.

L’examen en commission a été le moment d’une quasi-unanimité sur la pertinence de la suppression, du fait de la connotation raciste de la race : un appel à un vote à l’unanimité de l’Assemblée a été émis, un amendement propose de remplacer la notion de race par la notion de genre, et, dans l’enthousiasme antiraciste généralisé, certains envisagent même, brièvement, de se débarrasser de l’ensemble de ces catégorisations encombrantes de l’article 1 du texte de 1958. La Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 suffirait bien.

S’il n’y a pas de races alors pourquoi ce terme figure-t-il encore dans notre loi fondamentale ? Comment ne pas vouloir supprimer la race de la Constitution ? Lire la suite

Retraites des femmes, un enjeu décisif pour toute réforme

Avec l’aimable autorisation de l’autrice

Les réformes passées des retraites ont été menées au nom de l’équilibre financier des régimes. Aujourd’hui que le déficit des caisses est en voie de résorption (moyennant la baisse programmée des pensions et le départ plus tardif en retraite), c’est la recherche de l’équité qui est la principale raison invoquée pour remettre à plat le système de retraites. Le projet est de le transformer en un système par points, qui aurait vocation à unifier les différents régimes. « L’objectif est qu’à carrière identique, revenu identique, la retraite soit identique » a précisé Jean-Paul Delevoye, Haut commissaire à la réforme des retraites. Quid alors des mécanismes de solidarité qui permettent de compenser – un peu – les aléas de carrière et les basses pensions ? Quid des inégalités de pension entre les femmes et les hommes ? Les carrières en moyenne plus courtes des femmes, leurs salaires plus faibles génèrent des pensions bien inférieures à celles des hommes. Il ne serait donc pas prévu de s’attaquer à ces inégalités, mais simplement de s’assurer que ces (plus faibles) pensions seront les mêmes pour les femmes quel que soit leur régime de retraite ? Autant dire un objectif qui abandonne la réduction des inégalités… au nom de l’équité ! Lire la suite