Archives de Catégorie: Politique

La shoah n’est pas un folklore, nos morts et nos souffrances ne sont pas vos cautions

Depuis l’allocution d’Emmanuel Macron le 12 juillet dernier, dans plusieurs villes de France, des dizaines de milliers de manifestant·e·s sont descendu·es dans les rues pour crier leur colère face à l’extension du pass sanitaire, l’obligation vaccinale pour les soignant·e·s ou encore la fin du remboursement des tests PCR, pour « convenance personnelle ».

Ces manifestations ont été le théâtre d’une récupération de rhétorique, de symboles et d’un champ lexical appartenant à la Seconde guerre mondiale, l’Occupation et les camps d’extermination. Nous, membres de la communauté juive, dénonçons de tels discours. Pour s’opposer aux mesures jugées liberticides, une partie des anti-vaxx et des pro-choix (pour le vaccin mais contre l’obligation) ont dénoncé un pass « nazitaire », affublé Emmanuel Macron d’une moustache hitlérienne ou encore porté des étoiles jaunes sur leurs vêtements. Lire la suite

Communiqué : Projet PRAXIS, MEMOIRE, ARCHIVES, Genève

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RESISTANCE ET HOSPITALITE POLITIQUE

50 ans. Aujourd’hui… (1968-2021)

Le projet PRAXIS, MEMOIRE, ARCHIVES (base de données, 1 000 matériaux, textes, Déclaration publique 2021), publié en ligne en mai 2021 (desexil@gmail.ch). C’est le résultat d’un travail mémorial de résistance.

Ce qui était le refus d’une Europe néo-libérale, capitaliste, guerrière est devenu la création d’une Europe alternative en cours.

Ce qui était de l’ambiguïté structurelle est devenu, par l’analyse critique, le repérage de mensonges politiques visant la passivité et la compromission.

Ce qui était de la violence, violence d’Etat est devenu de la torture et dans certains cas des crimes pénaux internationaux.

Ce qui était l’attaque de la Résistance par le délit dit de « solidarité » est devenu un autre délit commis par un autre criminel : le délit de refus de l’hospitalité politique par la violence d’Etat.

Ce qui était un savoir autonome, fragile, devient le tissage du « droit d’avoir des droits » (Hannah Arendt), de liens entre des luttes, actions de Résistance de la « société civile » qui s’étend aux professions, aux universités, à de nouveaux liens multiples, etc.

Il est possible d’imaginer, de vivre, d’expérimenter le desexil de l’exil et l’hospitalité politique en refusant l’apartheid, des mensonges politique de la force, une civilisation de pillage, de destruction. Des praxis de Résistance nous l’apprennent. Lire la suite

Coups de cœur (Juillet 2021)

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Einstein et Landau : Génies scientifiques mais aussi … anticapitalistes antistaliniens !

Pratiquement tout le monde connaît le nom d’Einstein (1), mais le nom de Lev Landau (2) est familier seulement à quelques adeptes des sciences exactes. Et pourtant, tous les deux présentent plusieurs traits communs: Ils occupent des positions de choix dans la petite liste des plus grands génies du siècle passé. Ils se sont distingués par leur liberté de pensée et l’anticonformisme de leur vie. Et surtout, ils partagent des positions politiques d’habitude traitées, et plutôt à juste titre, d’« extrémistes », de révolutionnaires et de subversives de tout ordre établi ! Et de quelles, « naturellement », personne ne vous a jamais parlé… Lire la suite

Affaire Mila : stop à la haine en ligne (plus deux textes)

Communiqué LDH

Dès qu’elle a été rendue publique, l’affaire Mila a remis sur le devant de la scène le droit à la libre critique des religions, à la liberté d’expression et elle est devenue un des éléments du débat autour de la laïcité. Dans notre pays, il n’est pas de délit de blasphème et quel que soit le jugement que l’on puisse porter sur les propos de Mila et sur ses intentions, on ne saurait tolérer la violence des dizaines de milliers de messages haineux et les menaces de mort qu’elle a reçus et continue de recevoir. Il est inadmissible qu’hier, cette jeune femme ait dû choisir entre sa scolarité et sa sécurité et qu’aujourd’hui, elle doive vivre en permanence sous la protection de gardes du corps. Mila a le droit de mener une vie normale, de sortir, d’aller et venir, de s’amuser en toute liberté, comme toutes les jeunes femmes de son âge. Lire la suite

Le syndicalisme doit se renouveler profondément pour sortir de la spirale du déclin (plus Malaise dans la syndicalisation)

Le résultat des élections professionnelles sur la période 2017-2020, publié le 26 mai par la direction générale du travail, révèle une fragmentation croissante de la représentation syndicale. Sur fond de participation déclinante, la CGT perd 150 000 suffrages et la CFDT, 38 000. Cette dernière ne consolide sa « première place » que du recul de la CGT. La présence syndicale s’étiole, une « a-syndicalisation » rampante poursuit son cours.

Ce ne sont pourtant pas les mobilisations qui manquent : là où ils sont actifs, les syndicats continuent de jouer un rôle important, par exemple dans la défense de l’emploi dans les nombreuses entreprises industrielles mises à l’encan. Ils sont actifs aussi dans les mobilisations sectorielles, celles récentes du monde de la culture, ou dans la santé, même si d’autres modes d’action, à travers des coordinations, ont également trouvé leur place. Mais d’autres formes de contestation aussi le supplantent : « gilets jaunes », mobilisations pour le climat ou féministes…

Cette perte de rayonnement dans la société est un processus ancien, il est contemporain d’une certaine régression de l’Etat social, que le syndicalisme ne parvient pas à enrayer depuis une trentaine d’années. Les victoires locales existent toujours, mais sont de plus en plus limitées en nombre, du fait même du rétrécissement de la présence syndicale sur les lieux de travail et de leur caractère très défensif. Lire la suite

Tribune collective : Loi séparatisme : Il est encore temps

Tribune collective : Le projet de loi confortant le respect des principes de la République est à nouveau examiné par l’Assemblée nationale, après l’échec de la commission mixte paritaire et une version durcie par le Sénat.

Tribune collective – « Loi séparatisme : Il est encore temps » (publiée dans Libération)

Le projet de loi confortant le respect des principes de la République est à nouveau examiné par l’Assemblée nationale, après l’échec de la commission mixte paritaire et une version durcie par le Sénat.

Nous alertons solennellement sur ce texte de division et de surenchère sécuritaire qui met gravement en péril l’équilibre réalisé par les grandes lois laïques de 1882, 1901 et 1905, avec des mesures dans tous les sens, soit imprécises, soit disproportionnées, qui sont dangereuses pour les libertés publiques de toutes et tous.

Nous nous alarmons de ce projet qui vient encore fragmenter la société française et jette une suspicion généralisée à l’encontre des personnes de confession musulmane, comme sur toutes les associations et les citoyennes et citoyens engagés. Lire la suite

Crise de l’Impérialisme français en Afrique et processus de fascisation dans l’hexagone

Coup d’État au Tchad approuvé et soutenu par Macron avec un appel à « mettre en œuvre un processus démocratique le plus rapidement possible » ; « Coup d’État » au Mali condamné par Macron alors qu’il est soutenu par de nombreuses organisations populaires maliennes ; manifestations et déclarations politiques contre l’ingérence française à Bamako, N’Djaména, Ouagadougou ou Niamey, accusation publique par le Chef de l’État de la Russie accusée d’« alimenter un sentiment anti-français en Afrique », etc. L’impérialisme français en Afrique est indéniablement dans une séquence historique de crise. Dans la même période se déploie dans l’hexagone un processus de fascisation que nous avons longuement analysé dans nos derniers articles [lois jumelles liberticides sur la sûreté globale et sur le « séparatisme », basculement du centre de gravité des discours politiques du ministre de l’intérieur vers l’extrême-droite, tribunes de militaires, manifestations policières devant l’assemblée nationale, multiplication des discours et analyses sur le déclin à conjurer, etc.]. Les deux réalités externe et interne sont rarement mises en lien dans les analyses politique. La cécité sur ces liens est un obstacle à la compréhension des enjeux et dangers politiques contemporains en France.

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La propagande néolibérale mensongère sur les impôts

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À propos du livre d’Attac :
Impôts : idées fausses et vraies injustices, Manuel de désintox

Fidèle à sa double vocation, théorique en décodant le discours néolibéral, et pédagogique en mettant sa critique à la portée du citoyen, Attac publie un livre collectif [1] bienvenu Impôts : idées fausses et vraies injustices (Les Liens qui libèrent, 2021), au terme d’un quinquennat du président Macron marqué par l’injustice fiscale accrue et par le délabrement des services publics, qui ne peuvent plus être camouflés par l’idéologie erronée et cynique du néolibéralisme.

Le livre se présente sous la forme d’une mise à mal de dix-sept idées fausses, toutes illustrées par un dessin humoristique, regroupées en cinq chapitres : le modèle fiscal français, la fiscalité des plus riches, la fiscalité des plus pauvres, la fiscalité des entreprises et la fiscalité écologique. Pour rassembler les concepts expliqués, le livre se termine par un lexique détaillé auquel le lecteur est renvoyé lorsque ceux-ci se présentent dans le texte. Lire la suite

Les activités humaines ne sont pas solubles dans les modélisations

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Un physicien, spécialiste des systèmes complexes, nous rappelle l’impossibilité « de mettre les sociétés humaines en équation »

En introduction, Pablo Jensen aborde les réseaux de neurones, les applications de deep learning, les algorithmes, l’« intelligence artificielle ». L’auteur questionne « Comment fonctionnent ces algorithmes magiques ? Comment a-t-on pu créer de l’intelligence à partir de transistors, au fonctionnement aussi stupides que des interrupteurs ? »

Pour comprendre la logique de ces réseaux, il revient sur l’article « fondateur en ce domaine » du psychologue Frank Rosenblatt. Surprise, ce chercheur cite comme source d’inspiration Friedrich Hayek qui obtiendra en 1974 le prix de la Banque de Suède, mal-nommé « pris Nobel d’économie ».

Friedrich Hayek, un économiste contre les droits humains, un idéologue antidémocratique, « Personnellement, je préfère un dictateur libéral à un gouvernement démocratique qui manque de libéralisme », un admirateur de la dictature d’Augusto Pinochet, un grand prêtre de la religion du marché…

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Introduction à l’ouvrage de Vincent Gay : Pour la dignité. Ouvriers immigrés et conflits sociaux dans les années 1980

Avec l’aimable autorisation de l’auteur

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« C’était super, c’était bien. J’ai vécu deux ans les meilleurs de ma vie. Ces années-là, huit mois avant 82, jusqu’à 84, c’étaient les meilleures années de ma vie. C’était bien [1]. »

Revenant sur sa trajectoire militante, un ancien ouvrier immigré de l’usine Citroën d’Aulnay-sous-Bois évoque avec enthousiasme une période qui débute avec sa découverte du militantisme syndical et se clôt après des grèves contre des licenciements collectifs. Rétrospectivement, il ne subsiste pourtant de ces années 1980 que la fin des espérances des décennies précédentes et, concernant l’histoire ouvrière, l’image d’une désindustrialisation galopante qui fera bientôt disparaître les ouvriers des préoccupations médiatiques et politiques. Comment alors comprendre que pour ce travailleur ce moment soit remémoré comme les plus belles années de sa vie ? C’est, entre autres, à l’élucidation d’un tel mystère qu’est consacré ce livre, centré sur deux années de conflits sociaux dans les usines Citroën et Talbot dans lesquels les ouvriers immigrés jouèrent un rôle prépondérant. Pour la dignité ; c’est sous ce vocable que sont souvent évoqués ces conflits, à partir de ce qui constitue un fil rouge pour les ouvriers immigrés mobilisés, une exigence première, qui cristallise, au-delà même de leurs conditions de travail, une dimension existentielle de leur condition sociale, de leur être immigré en France. Lire la suite

Au-delà de vagues références …

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Une relecture qui suscite curiosité et débat

Un « sentiment de nostalgie ou ce rien de mélancolie », souligné dans sa préface amicale par Jean-Pierre Dozon, met en valeur la distance à laquelle se tient l’auteur, Dominique Frager, qui fut membre du groupe. Cette retenue ne nuit pas à son choix, restituer une des manifestations de critique du communisme stalinisé : il s’agit d’un vrai travail de mémoire d’une entreprise qui se situait dans une perspective de transformation révolutionnaire de la société [1].

L’auteur propose une présentation d’un laboratoire d’idées où passent nombre d’intellectuels dont Cornelius Castoriadis, Claude Lefort, Jean Laplanche, Jean-François Lyotard, Guy Debord… Il souligne que le Groupe et la revue Socialisme ou Barbarie constituaient également un collectif engagé dans des interventions militantes concrètes, et provoque ainsi l’attention de lecteurs contemporains et curieux. Une militante, Martine Vidal, avait déjà réagi, en 1998, à la mort de Cornélius Castoriadis : « On s’est efforcé de faire de cette revue une sorte de point de départ de quelqu’un qui serait devenu par la suite le « penseur universel » tant attendu » [2]. « Cependant, le groupe n’était pas seulement un organe de discussion et d’élaboration théorique. C’est ainsi, par exemple, que ses militants participèrent à la création d’un journal ouvrier chez Renault (« Tribune Ouvrière »), se rendirent en Belgique lors des grandes grèves de l’hiver 60-61, et en Pologne en 1956 ». L’ouvrage comporte de présentations de pratiques politiques dans diverses luttes, ainsi celle parmi les Auberges de jeunesse, inspiré des « amis de la nature » en Allemagne et Autriche et du bulletin Révoltes, ou celle de Tribune ouvrière à partir de Renault (p .56-60). L’organisation envoie, en 1960-61, onze de ses membres en deux semaines pour prendre des contacts en Belgique et en vue de produire une brochure « Les grèves belges » [3]. Lire la suite

Chronique d’occupation de l’Odéon. Le communisme selon Bernard Friot

OCCUPATION DU THEÂTRE DE L'ODEON. MAI 2021. ALBUM 18. PHOTOGRAPHIES (c) ELISABETH ET MUSTAPHA SAHA. C 6

Mercredi, 12 mai 2021. Agora de l’Odéon. Bernard Friot, habillé en gentleman farmer,  commence son intervention debout, puis s’assoit sur une chaise. Une posture de rapprochement avec son auditoire. Il se définit comme économiste et sociologue. Il se défend d’être un philosophe. Je l’imagine justement en philosophe. « Il y a dans l’intelligence de cet homme comme un sens naturel de la philosophie » (Platon, Phèdre). Peut-on enseigner la révolution ? Il se dit communiste et chrétien. Il s’étonne que son parti choisisse son secrétaire national comme candidat à la prochaine présidentielle. Chassez le culte de la personnalité par la porte, il revient par la fenêtre. « Le parti, c’est comme une famille, comme une maison, nous n’avons pas tous les mêmes inclinations, les mêmes attractions, les mêmes intentions. J’y suis depuis un demi-siècle, j’y reste, sans état d’âme, en sachant qu’il y a beaucoup de communistes hors du parti et beaucoup de non-communistes à l’intérieur ». Il s’esclaffe quand il se prend en contradiction. Il a la certitude que son montage théorique est un paradigme communiste. La foi n’est-elle pas une grâce, qui s’éprouve et ne se prouve pas ? Il se dit ouvert aux critiques, il ne démord pas de son parangon. Ici, le conférencier est libéré de son image mandarinale. Il dialogue avec plusieurs classes d’âge, plusieurs conditions sociales, plusieurs convictions. Lire la suite

Messieurs Macron et Darmanin, cessez de jouer les pompiers pyromanes !

Le 12 mai, le président de l’Association France Palestine Solidarité (AFPS), Bertrand Heilbronn est arrêté et mis en garde à vue à la sortie d’une rencontre au ministère des Affaires étrangères, menotté et libéré seulement tard le soir. 

Le 15 mai, la manifestation prévue à Paris en soutien au peuple palestinien est interdite sur ordre du ministre de l’intérieur

Cette interdiction visait d’après Emmanuel Macron et Gérald Darmanin à empêcher toute éventuelle expression d’antisémitisme et à protéger les juives et les juifs français.es d’actes antisémites. Et pourtant, le même jour, plusieurs dizaines de défilés ont eu lieu en France sans le moindre incident. 

Nous, qui sommes juives et juifs français.es, disons ça suffit !  Lire la suite

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L’état de nécessité reconnu par le tribunal de Foix pour les actions de peinturlurage de bidons de pesticides de 21 Faucheurs et Faucheuses Volontaires ariégeois·es.

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La solidarité protège plus que le chacun pour soi

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« C’est le constat angoissant de voir un nombre significatif d’adolescents et de jeunes gens « comprendre » et excuser la violence politique excessive, en particulier celle du terrorisme, voire être tenté de s’y engager, qui fut le point de départ de ce livre. En comprendre les causes et les mécanismes m’est apparu nécessaire pour contribuer à limiter cette tendance inquiétante et pour aider ceux qui pourraient être tentés par la violence politique excessive à s’en déprendre. Cette violence est omniprésente dans notre monde. Elle est celle des États dictatoriaux, « illibéraux », ou « démocratiques autoritaires », des groupes armés (aux divers objectifs, souvent mêlés), des génocides, massacres, guerres barbares menés par ces groupes, des partis ou des États. La destructivité m’a semblé être une porte d’entrée et une ligne directrice pertinente pour cette réflexion ». En introduction Daniel Oppenheim discute, entre autres, de la violence et de la destructivité, de pulsion de mort. Il présente le plan du livre, sa progression logique. Il propose de réfléchir dans un premier temps sur les mécanismes et les processus. Il souligne que « Néanmoins, tous ceux qui partagent ces caractéristiques ne basculent pas pour autant dans la tentation de la destructivité en acte ou dans sa mise en œuvre ». Il aborde dans une seconde partie « une réflexion sur les moyens que les victimes et leurs enfants ont pour résister à la violence barbare et pour se déprendre de leurs effets traumatiques et destructeurs », sans négliger les séquelles traumatiques des descendants d’exécuteurs. Pour enfin discuter de résistance civile, du candomblé au Brésil, de la résistance par la littérature. L’auteur présente aussi la destructivité pour les psychanalystes… Lire la suite

Ces « ombres rouges » poursuivies par une vengeance d’État sans limite

Mercredi 28 avril, une opération de police d’ampleur arrêtait neuf Italiennes et Italiens dans le cadre d’une procédure d’extradition visant à expulser dix femmes et hommes vers l’Italie où les attend la prison à vie. 

Ces dix personnes visées par la procédure d’extradition qui a débuté mercredi dernier vivaient en France où elles avaient été accueillies il y a plusieurs décennies. Des vies ont été reconstruites, des familles fondées, protégées par le refus de principe de la France de répondre aux demandes d’extradition de militantes et militants politiques. Lire la suite

La politique de la couleur : le racisme et le colorisme

La peau est notre plus grande barrière protectrice naturelle. Pourquoi la couleur de la peau a-t-elle une signification sociale infiniment plus grande que la couleur de la pupille des yeux ?

Tant dans la tradition chrétienne (y compris la laïcité dans laquelle elle s’est poursuivie) que dans la tradition bouddhiste, l’obscurité et la clarté étaient des métaphores conceptuelles qui prétendaient expliquer le perfectionnement de la personne humaine dans ses relations avec les pouvoirs qui la transcendent. Elles concernent des mouvements de la connaissance et de la vie intérieure. La trajectoire de l’obscurité à la clarté est ouverte à tous les êtres humains. Et, en effet, la plus grande clarté (par exemple en présence de la divinité) peut devenir la plus grande obscurité, comme en témoigne l’horreur divine de George Bataille, ou dans le silence maximum de l’univers, dans le cas de José Saramago. Lire la suite

Pour un renforcement des collaborations entre mouvement social et quartiers populaires

Dans le mouvement social et écologique français, le déficit d’inclusion des minorités d’origine non européenne est récurrent sauf exceptions. Or, du fait de leur visée égalitaire et émancipatrice, les organisations progressistes ont un devoir d’exemplarité ; elles peuvent et doivent s‘affranchir des préjugés et autres réflexes d’exclusion que véhicule une partie de l’opinion publique.

Le contexte géopolitique et national incite vivement à des avancées significatives sur ce front. Du fait de l’essor inquiétant des nationalismes xénophobes, spécialement en France, les exécutifs, guidés par les droites et les extrêmes droites, mettent au point depuis une décennie un arsenal de lois et de décrets aux effets clairement discriminatoires : lois anti-terroristes, anti-migratoires, anti-séparatiste ; chasse aux sorcières à l’Université et dans l’Education nationale, lettre de généraux adressée au président Macron préconisant un recours militaire, pour un « retour à l’ordre public ». L’application de cette politique par les forces de l’ordre militaires, policières et judiciaires attente régulièrement aux droits démocratiques et humains dans les pays du Sud (pays du Sahel et subsahariens…), comme dans les quartiers populaires et dans la chasse aux migrant·e·s. Le terrorisme que cette situation alimente frappe lui aussi les peuples et les communautés des Suds. Lire la suite

La garantie d’emploi au milieu du gué

L’objectif de garantie d’emploi devrait être un élément-clé d’un projet de transformation sociale. A condition d’en assumer toutes les implications.

Le retour de l’objectif de plein emploi

Le projet de garantie d’emploi (Job Guarantee) est réapparu récemment aux Etats-Unis ; il s’inscrit dans une longue tradition ouverte par le New Deal de Roosevelt, puis abandonnée [1]. Il est aujourd’hui porté par des économistes post-keynésiens [2] qui trouvent leur inspiration dans les travaux de l’économiste Hyman Minsky. Ce disciple de Keynes pensait que la relance de la demande ne pourrait suffire à atteindre le plein emploi. Son idée centrale était que l’Etat (au sens large) devait devenir l’« employeur en dernier ressort ».

Minsky proposait en outre de « prendre les chômeurs tels qu’ils sont et adapter les emplois publics à leurs compétences [3] » afin d’assurer une création immédiate (on the spot) d’emplois. Plutôt que d’attendre que la formation rende les chômeurs « employables », Minsky et ses disciples proposent d’inverser le calendrier : créons des emplois d’abord, formons les travailleurs ensuite. C’est ce principe que l’on retrouve aujourd’hui en France, au cœur de l’expérimentation passionnante des « Territoires zéro chômeur de longue durée [4] ».

Le projet de garantie d’emploi a été soutenu par Bernie Sanders lors de sa campagne : il proposait un plan garantissant à tout travailleur « qui le demande ou en a besoin » un emploi payé 15 dollars de l’heure et couvrant le risque maladie [5]. La présentation la plus complète de ce projet est aujourd’hui le livre de Pavlina Tcherneva, récemment traduit en français [6]. Il a bien des mérites, notamment celui de battre en brèche les théories dominantes sur le chômage, mais présente aussi des faiblesses qu’il convient de repérer, si on veut les dépasser.  Lire la suite