Archives de Catégorie: Politique

Une importation américaine en France : les guerres culturelles réactionnaires

On désigne aux États-Unis sous le vocable de culture wars (guerres culturelles) les polémiques interminables relatives aux questions religieuses, culturelles ou de civilisation, tels l’avortement, l’euthanasie, le port des armes, etc. Ces conflits de nature non économiques sont omniprésents car les deux principaux partis américains sont, à quelques différences près, d’accord sur la nature capitaliste du système et les politiques macro-économiques à mener.

La France, pays qui a inventé la partition politique entre une gauche (parti du mouvement et de l’émancipation individuelle) et une droite (formation de l’ordre et des traditions), semble en apparence éloignée de ce schéma. À y regarder de plus près, il faut observer un premier paradoxe : la politique française est, pour paraphraser la ministre de l’Enseignement supérieur, « gangrénée » par les guerres culturelles. Lire la suite

L’actualité de La Commune de Paris et l’altermondialisme

1. La Commune de Paris est un moment d’universel

C’est un moment auquel on revient, qui donne du sens et auquel on redonne un sens. C’est un moment qui crée de l’inattendu et qui révèle des nouveaux possibles, une bifurcation de l’Histoire. Pour le comprendre, il faut revenir à son histoire et à ses conséquences immédiates. On redécouvre à chaque fois sa signification par rapport aux questions nouvelles qui se posent pour construire l’avenir.

Il faut évidemment tenir compte de la situation particulière de la France et de Paris en 1870. Et rappeler l’histoire de cet événement et sa densité spécifique particulière. Pour la comprendre, il faut resituer La Commune de Paris dans la suite des révolutions depuis 1789 et 1793, et puis celles de 1830 et 1848. Il faut aussi la resituer par rapport aux révolutions suivantes ; la révolution soviétique de 1917, la révolution chinoise, la décolonisation, les années 1968, les mouvements des places. La Commune les éclaire, et celles qui la suivent approfondissent son sens et ses apports. Lire la suite

Sarah Halimi : combattre l’antisémitisme, refuser les manipulations

L’ampleur des mobilisations du dimanche 25 avril à Paris et dans de nombreuses autres villes témoigne d’une inquiétude et d’une colère forte, profonde et légitime, face aux nombreux crimes antisémites commis ces dernières années en France. 

Les Juifs de France, qui représentent moins de 1% de la population, sont, selon les statistiques officielles, la cible d’un tiers des actes haineux recensés dans le pays.

De plus la minimisation récurrente de la dimension antisémite de ces crimes a renforcé la colère.

Cela a été le cas pour le meurtre de Ilan Halimi, celui de Mireille Knoll et celui justement de Sarah Halimi.

Alors que Kobili Traoré était mis en examen depuis juillet 2017 pour « homicide volontaire » il avait fallu attendre la fin du mois de février 2018, après une seconde audition du suspect par la juge d’instruction, pour que le caractère antisémite de son acte soit retenu. Or cette qualification était demandée depuis le début par les parties civiles et le parquet.

Nous partageons au plus profond de nous-même la peine immense ressentie face à la mort de Sarah Halimi. Nous sommes ulcérés par l’attitude de la force de police alertée et présente sur place ce jour là et qui a fait preuve de passivité en laissant se dérouler les évènements tragiques.

Mais il y a aussi d’autres aspects qu’il faut exposer. La colère de nombreux Juifs a été détournée et manipulée, en partant d’une protestation contre les crimes antisémites et d’une volonté de solidarité avec Sarah Halimi, vers une mise en cause des décisions de justice, une stigmatisation des experts psychiatriques, des accusations graves contre les juges de la Cour de Cassation et des affirmations confuses et mensongères sur la consommation de drogues.  Lire la suite

Quand les ultra-riches donnent…

Voler en grand, restituer en petit, c’est la philanthropie.
Paul Lafargue

Il y a un peu plus d’un an, les élans de solidarité pour l’hôpital public s’entendait depuis les balcons, et divers dons affluaient jusque dans les services. Chacune et chacun devait donner de soi quand l’Etat depuis des lustres se refusait à écouter les attentes et besoins des soignant-es. C’est toujours le cas après la mascarade du Ségur.

Nous étions en guerre mais le matériel manquait, nous étions en guerre mais pas assez pour que l’Etat oublie ses objectifs, entre autres avec toujours plus de fermetures de lits. En guerre, mais aucune entreprise n’était réquisitionnée, et les avancées médicales restaient privatisées. Depuis bien longtemps, nous n’en étions plus au stade du dégraissage du service public hospitalier – si tant est qu’un surplus existait – mais à celui de l’os rongé jusqu’à la moelle. Nous étions en guerre pour les plus grands bénéfices des ultra-riches. Lire la suite

Manifeste pour la laïcité


Signez à votre tour le Manifeste pour la laïcité sur notre site :

https://laiciteunpointcesttout.fr

Nous sommes la France d’aujourd’hui

Nous sommes des citoyen·ne·s engagé·e·s dans la cité, nous militons dans des partis politiques, nous agissons dans nos associations, nous écrivons et enquêtons pour des médias professionnels indépendants, nous fabriquons de la connaissance et des données dans des universités et des laboratoires, nous sommes élus et élues locales, ou étudiant·e·s menacé·e·s par la précarisation. Nous sommes celles et ceux qui voudront bien se retrouver dans cet appel.

Nous héritons des cultures juives, chrétiennes et musulmanes, de celles issues des philosophies émancipatrices, certain·e·s d’entre nous prient et lisent des textes sacrés, d’autres se revendiquent agnostiques ou athées, luttent contre les dogmes religieux, répandent la bonne parole du Pastafarisme.

Et certainement plus que tout cela, car nos identités ne s’arrêtent pas à nos héritages ni à nos pratiques. Tenter de nous y résumer, c’est déjà empêcher de comprendre l’autre. Tout comme une nation n’a pas à avoir « d’identité », le « français moyen » n’existe pas, pas plus que celui « de souche ». 

Enfants de la République, identifiée à la démocratie, nous voulons préserver ses principes fondateurs que sont la liberté, l’égalité et la fraternité, qui permettent le débat, l’échange d’arguments, la dispute, y compris la querelle. Et c’est la loi de 1905 qui rend possible l’expression de ces grands principes, en participant au socle législatif garantissant nos libertés individuelles et collectives.

La laïcité est notre rempart contre l’exclusion et la discrimination. Lire la suite

Semences : la spoliation d’un bien commun

El gran robo-FR-6MARSans les semences, il ne pourrait pas y avoir d’agriculture et nous ne jouirions pas de tout ce que cette dernière nous offre. Les peuples du monde l’ont compris depuis des milliers d’années. La protection et l’accès aux semences sont un entendement fondamental, qui dépasse les cultures, les idéologies, les religions et les façons de voir le monde. Lire la suite

Tribune des généraux : ils parlent, nous les combattons

Les vieilles ganaches étoilées auteurs de la tribune publiée dans Valeurs actuelles – hebdomadaire qui avait fait paraître la semaine précédente « L’appel à l’insurrection » de Philippe de Villiers – sont ces mêmes officiers qui, au cours des années 1974 à 1981, ont impitoyablement combattu les droits démocratiques d’expression et d’association aux armées. Ces mêmes officiers qui ont embastillé pour de longs mois des centaines de soldats, appelés du contingent et engagés, qui revendiquaient leurs droits de citoyens et de travailleurs sous l’uniforme. Ces mêmes officiers qui réprimaient ce qu’ils appelaient alors l’« ennemi intérieur » ou l’« anti-France ». Lire la suite

Pandémie, capitalisme et climat 

Merci à Jean-Luc pour avoir signalé cette conférence

Daniel Tanuro est agronome, militant écosocialiste en Belgique, auteur (notamment) de L’impossible capitalisme vert (La Découverte) et de nombreux articles pour Contretemps. Le 3 avril dernier il donnait une conférence (confinée) sur les enjeux politiques qui se nouent actuellement entre crise du coronavirus et crise climatique. On peut retrouver la vidéo de cette conférence ici, dont nous présentons une retranscription ci-dessous.

Cette pandémie est un véritable événement avec un E majuscule, un événement historique : il y aura un avant et un après à l’échelle mondiale, pas tellement par rapport au nombre de victimes, même s’il est important, il est tout de même nettement inférieur à celui de la grippe « espagnole » après la première guerre mondiale qui avait causé plus de 20 millions de morts, on en est heureusement loin aujourd’hui.

Ce qui donne à l’événement une portée historique c’est que la machine capitaliste à profits est quasiment arrêtée à l’échelle mondiale, parce qu’il y a une petite chose qui n’est même pas un animal, qui est un virus, à peine une forme du vivant, qui détraque toute la machine et qui menace la santé des gens. Il faut donc protéger la vie, il faut protéger les malades, il faut les soigner, il faut protéger aussi la main d’œuvre pour l’économie capitaliste. Et cette crise très profonde intervient dans un contexte particulier : elle intervient au moment où le capitalisme avait commencé une récession, depuis déjà 2019. Cette récession avait commencé et la pandémie l’amplifie de façon absolument extraordinaire. Un point important est que cette situation déplace le focus médiatique et politique : en temps normal de quoi nous parle-t-on ? On nous parle de la croissance du PIB, de la balance des paiements, on nous parle de l’inflation, du taux de change, des taux d’intérêt, etc., tous ces indicateurs abstraits de l’accumulation du profit capitaliste, de l’accumulation de valeur abstraite… Et aujourd’hui à la faveur de cette pandémie le focus est tout à fait différent : l’attention politique et médiatique est complètement focalisée sur le travail des infirmiers, des infirmières, leur surcharge de travail, sur les malades qui meurent, ceux qui guérissent, sur le travail des éboueurs ou du personnel dans les magasins d’alimentation, le sort des personnes confinées, des non-confinés, etc. Lire la suite

A propos du livre de Noiriel et Beaud : Race et sciences sociales – essai sur les usages publics d’une catégorie

« I am not your negro » James Baldwin

Racisme et classisme

Au début de la conclusion de leur livre, S. Beaud et G. Noiriel écrivent :

« Si nous avons consacré tout un livre à cet enjeu à la fois scientifique et politique de la question raciale dans la France contemporaine, en sachant à l’avance que sa réception dans notre milieu des sciences sociales sera largement biaisée par le climat passionné, voire éruptif (et de ce fait fort peu propice au débat scientifique) qui règne sur ce sujet depuis quelques années, c’est bien parce que l’accent mis, souvent de manière exclusive, sur ce mode de catégorisation du monde social dans l’espace public nous paraît constituer aujourd’hui une forme d’impasse pour le combat en faveur de l’émancipation, tant sur le plan de la science sociale elle-même que sur le plan politique ».

Il est légitime et nécessaire en effet de soumettre à la critique la perspective raciale en science sociale, d’en critiquer les usages , qu’ils soient exclusifs ou non. Y compris, et même surtout, dans les manières d’appréhender et de combattre les inégalités et les discriminations qui frappent les groupes victimes de racisme eux-mêmes (racisme pour faire simple, pris au sens générique très large). Ne serait-ce que parce qu’en effet comme le soulignent les auteurs, il faut se méfier des mécanismes d’assignation. Mais c’est nécessaire surtout parce les inégalités et les discriminations effectivement à l’œuvre empruntentinextricablement aux différentes dimensions de l’identité et de l’appartenance des individus. En réalité, pour une part essentielle, ces inégalités et discriminations sont produites et reproduites sous une forme largement intégrée et combinée. Dès lors, s’il va de soi que le racisme peut difficilement être appréhendé indépendamment des autres dimensions d’oppression, la réciproque est vraie : on ne peut faire l’économie ni du racisme, ni de la production politique et sociale de la « race » (ou des autres catégories de discrimination en raison de l’origine) dans la critique des oppressions et de l’exploitation et dans les combats pour l’émancipation. Bien entendu il est acquis dans ce cadre que la notion de race n’épuise pas à elle seule toutes les formes prises par la stigmatisation raciste et l’usage raciste et xénophobe des éléments qui composent l’identité des individus ou des groupes. Lire la suite

Edwy Plenel : L’heure de nous-mêmes a sonné 

Avec l’aimable autorisation de l’auteur

La récente polémique sur le droit de se réunir exclusivement entre personnes concernées par une discrimination est la nouvelle étape d’une offensive généralisée contre l’auto-organisation des dominé·e·s. Que ce soit en raison de leur apparence, de leur croyance, de leur genre ou de leur condition. Démonstration.

« France, réveille-toi, songe à ta gloire » : le 7 janvier 1898, soit six jours avant la parution dans L’Aurore de son célèbre « J’accuse… ! » en défense du capitaine Alfred Dreyfus, Émile Zola publie une « Lettre à la France » où il conjure « tous les libres esprits, tous les cœurs larges » à se ressaisir face à la haine antisémite qui ruine la République. « France, si tu ne te méfies, tu vas à la dictature », lance-t-il avant d’énoncer ce constat : « La République est envahie par les réactionnaires de tous genres. Ils l’adorent d’un brusque et terrible amour. Ils l’embrassent pour l’étouffer. » Lire la suite

Ghetto de Varsovie : une insurrection au coeur des ténèbres, hommage le 18 et 19 avril

Lorsque les troupes nazies pénètrent dans le ghetto de Varsovie le 19 Avril 1943, afin de le liquider, elles ne s’attendent pas a trouver 750 Juifs et Juives armé·es derrière des barricades, prêt·s à les combattre.

Enfermée et tassée entre des murs et des barbelés depuis novembre 1940, la population du ghetto a déjà chuté de 450 000 à 70 000 personnes en moins de 3 ans, en raison des déportations quotidiennes vers le camp de mise à mort de Treblinka.

L’organisation juive de combat (OJC) qui planifie et organise l’insurrection a été initiée par les mouvements de jeunesse présents dans le ghetto.

Mais c’est tout le ghetto de Varsovie qui se soulève et soutient les 750 combattant·es. Malgré les conditions dramatiques de leur lutte, des milliers de personnes acculées se sont dressées et organisées contre les nazis. Ces femmes et ces hommes se sont aussi battu·e·s pour que leur mémoire nous parvienne et nous inspire dans nos combats actuels.  Lire la suite

Mina Idir : Lettre de démission du PCF

J’ai décidé il y a presque une semaine de quitter le parti communiste français, et de démissionner de toutes mes fonctions. Cela a été rendu public ce samedi, et rien ne doit être caché, occulté. J’ai reçu depuis des messages de soutien qui font chaud au coeur, et la lutte continue, encore plus déterminée et libre que jamais.

Ci dessous, la lettre adressée à la direction par transparence et par honnêteté intellectuelle, une longue lettre qui explique les raisons de mon départ. Lire la suite

Soutien à l’Observatoire de la laïcité (deux appels)

Communiqué commun

Après huit ans d’existence, l’Observatoire de la laïcité va donc disparaître. A la place, le gouvernement envisagerait un Haut conseil à la laïcité doublé d’une administration de la laïcité.

Créé pour éclairer les pouvoirs publics, fournir des données et organiser ou valider des formations liées à la laïcité et à la gestion du fait religieux, l’Observatoire était aussi un lieu de démocratie où nos associations laïques étaient écoutées.

Ce que montrent les nombreux avis, guides et documents élaborés pendant sa période de fonctionnement, c’est que l’Observatoire de la laïcité a constamment éclairé le cadre laïque formé par la législation, notamment les lois de 1882, 1905 et plus récemment 2004. Ce travail essentiel a permis aux différents acteurs de faire vivre ce cadre. L’indépendance d’esprit revendiquée par son Président et par son Rapporteur général permettait de lutter contre les idées reçues et les idées fausses sur la laïcité générées par un débat souvent confus dans notre pays sur ce principe d’organisation de notre République. Lire la suite

Arnault, Bettencourt, Drahi, Pinault, Attac affiche le « gang des profiteurs » dans la station de métro Bercy

Ce samedi matin, 40 activistes d’Attac ont mené une action symbolique à Paris, dans la station de métro Bercy, sous le ministère de l’Economie et des finances. Les militant·e·s ont recouvert 5 panneaux de publicité par des affiches du « gang des profiteurs », Arnault, Bettencourt, Drahi, Pinault en demandant « Qui doit payer la crise ? ». Lire la suite

Retrait de la loi séparatisme (deux appels, une lettre, un texte)

 

Projet de loi « confortant le respect des principes de la République », le 8 avril refusons la limitation des libertés publiques et les menaces qui pèsent
sur les associations et les syndicats ! 

Communiqué commun à l’initiative de la LDH et appel à rassemblement le jeudi 8 avril de 12h à 14h, place Pierre Dux à Paris, devant le Sénat, et devant toutes les préfectures de France !

La loi en discussion au Sénat « confortant le respect des principes de la République » inscrit dans une perspective sécuritaire une série de mesures touchant toutes les libertés publiques.

Elle met gravement en péril l’équilibre réalisé par les grandes lois laïques de 1882, 1901 et 1905. 

Cette loi fourre-tout jette une suspicion généralisée sur les personnes de confession musulmane et propose des mesures tantôt imprécises, tantôt disproportionnées, mais globalement dangereuses pour les libertés, notamment au regard d’un certain nombre de libertés fondamentales.

Le préambule de l’exposé des motifs vise la liberté de conscience et de conviction et la liberté associative en mettant sous surveillance les idées qui, s’introduisant dans « le débat public », « détourn(eraient) le sens des mots, des choses, des valeurs et de la mesure ».  Est ainsi mise en péril la liberté d’expression : la loi de 1881 sur la liberté de la presse est impactée. En ce sens, elle orchestre le séparatisme qu’elle prétend combattre. Lire la suite

Facebook, Google et co : les plateformes contre la démocratie

Les grandes plateformes numériques ont acquis une place prépondérante dans la diffusion et la production de l’information. Elles posent de nombreuses questions pour notre critique. Ces plateformes sont-elles des médias à part entière ? Comment interviennent-elles dans le débat public ? Ont-elles une ligne éditoriale, voire politique ? Pour amorcer une réflexion critique sur le rôle des grandes plateformes dans le système médiatique, nous nous sommes entretenus avec Arthur Messaud et Benoît Piédallu de la Quadrature du Net, association de défense et de promotion des droits et liberté sur Internet. Lire la suite

La Déclaration de Jérusalem sur l’Antisémitisme

Préambule

Nous, les soussignés, présentons la Déclaration de Jérusalem sur l’antisémitisme, produit d’une initiative qui a vu le jour à Jérusalem. Nous comptons parmi nous des chercheurs internationaux du monde entier travaillant sur l’antisémitisme et les domaines connexes, notamment les études sur les Juifs, l’Holocauste, Israël, la Palestine et le Moyen-Orient. Le texte de la Déclaration a bénéficié de la consultation de juristes et de membres de la société civile.

Inspirés par la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale de 1969, la Déclaration du Forum international de Stockholm sur l’Holocauste de 2000 et la Résolution des Nations Unies sur la mémoire de l’Holocauste de 2005, nous soutenons que, si l’antisémitisme présente certaines caractéristiques distinctives, la lutte contre celui-ci est indissociable de la lutte globale contre toutes les formes de discrimination raciale, ethnique, culturelle, religieuse et de genre. Lire la suite

De la métamorphose de l’être en spectre urbain

De l’évanescence spatio-temporelle du droit à la ville

La fossilisation de la cité historique articulée autour d’un centre spirituel et culturel, la désagrégation de la ville industrielle en périphéries éloignées, isolées, ghettoïsées d’une part, en épicentres décisionnaires encellulés, barricadés, surprotégés d’autre part, dans une répartition ségrégationniste des frustrations et des jouissances, ouvre la voie à l’urbain diffus, confus, métallique, sans essence et sans substance. L’atomisation sociale se propage et s’amplifie au détriment du droit à la ville. L’espace émietté par la spéculation immobilière et l’absurdité technocratique perd sa grammaire, sa syntaxe et sa morphologie stylistique. Sa pauvre sémantique s’enferme dans des codifications illisibles. Sa circulation se cloisonne dans la signalétique en circuits fermés. Sa sémiologie désintégrée, dépouillée de sens sociologique, déboulonne l’esthétique, désoriente le questionnement philosophique, paralyse la pensée des possibles, affecte d’agnosie l’observateur lucide. Le monde se rétrécit à la ville, qui se cybernétise, se transforme à vitesse d’éclair sans se penser et sans se comprendre. Les concepts mercatisés, dévitalisés, ne sont plus que des idées-latex porteuses de projets financiers, de données d’ordinateur, sans intuition, sans inspiration, sans imagination, sans étincelle utopique, sans éclair poétique, sans lueur onirique, sans d’autre raison que le retour sur investissement. Lire la suite

« Tokyo-Paris:  extinction de la flamme olympique »

« Crevez la panse à l’idéalisme, tordez le cou aux bons sentiments, videz le pus des émotions généreuses, faites exploser le mensonge de l’humanisme, apprenez donc à regarder la vérité en face.» Jacques Ellul (à propos des Jeux olympiques de Tokyo 1964), Exégèse des nouveaux lieux communs (1966)

Vers l’annulation des Jeux olympiques de Tokyo ? La flamme olympique, bloquée à Fukushima depuis le report de « Tokyo 2020 », partira-t-elle le 25 mars prochain pour un relais de 121 jours à travers le Japon ? Tout semble indiquer le contraire. Les Jeux Olympiques (JO), après leur report d’une année du fait de la pandémie liée à la Covid-19, seront même peut-être annulés avant cette date hautement symbolique. La présence des touristes étrangers est déjà interdite au Japon pour la durée des JO. Une annulation de ces derniers aura de lourdes conséquences économiques, sociales et politiques pour le Japon et pour la France. Le Comité International olympique (CIO), certes assuré (dans plusieurs compagnies dont la société de réassurance Swiss Ré) à hauteur de 1,3 à 1,5 milliard de dollars en cas d’annulation des JO, sera en grande difficulté du seul fait de la perte des droits de retransmission des épreuves estimés à plus de 70% de ses revenus. Avec une réserve supputée à 1 milliard de dollars, le CIO aura du mal à assurer le passage de la flamme entre Tokyo et Paris. Lire la suite

Le barnum commémoriel d’Emmanuel Macron

« Une des choses qui a le plus contribué à rendre de son vivant Napoléon haïssable, était son penchant à tout ravaler (…). Il se complaisait dans l’humiliation de ce qu’il avait abattu ; il calomniait et blessait particulièrement ce qui avait osé lui résister. Son arrogance égalait son bonheur ; il croyait paraître d’autant plus grand qu’il abaissait les autres. » Châteaubriand (1846)

« Quand un homme d’Etat (…) ne comprend pas que la première condition du progrès, c’est la paix ; s’il formule une doctrine de guerre, c’est peut-être un grand homme dans le sens vulgaire du mot, ce n’est pas un démocrate. » Clemenceau (1885)

Le 20 janvier dernier, Benjamin Stora remettait au président de la République un rapport dans lequel il se déclarait favorable à de nombreuses commémorations relatives à la colonisation de l’Algérie et au conflit que la métropole y a mené entre 1954 et 1962. Pour Emmanuel Macron, la multiplication de ces gestes prévus est une aubaine. Elle doit lui permettre de faire coup double ou triple : rendre hommage à plusieurs personnalités emblématiques afin de satisfaire diverses fractions de l’électorat, occuper régulièrement l’agenda politique et médiatique, susciter ainsi les louanges de ses courtisans qui s’empresseront de saluer son courage et sa fidélité aux promesses faites, et tenter enfin d’occulter l’essentiel : son refus persistant de toute reconnaissance officielle des nombreux crimes de guerre et crimes contre l’humanité perpétrés par les autorités françaises depuis la prise d’Alger en 1830. Lire la suite