Archives de Catégorie: Politique

Nouvel âge et nouvelles figures du racisme. Ce que révèle un été et une rentrée aux senteurs islamophobes et négrophobes

La fin des vacances d’été et la rentrée se caractérisent par une multiplication des propos et actes racistes, tant islamophobes que négrophobes, deux figures du racisme contemporains désormais avérées. La succession de ces expressions du racisme fait courir le risque certain qu’une partie des habitant de l’hexagone « s’habitue au mal », s’acclimate à l’inacceptable et « s’adapte à l’invivable ». Certes des condamnations de ces actes sont prononcées, des déclarations antiracistes sont produites, des communiqués de presse sont publiés. Cependant ces expressions antiracistes restent en réaction à chacune des agressions sans prendre la mesure de ce que révèle la succession des faits racistes et l’accélération de celle-ci. Rappelons quelques-uns de ces passages à l’acte raciste dont la succession indique le passage d’un seuil dans l’enracinement et la banalisation du racisme dans la société française. Analysons ensuite la signification de cette accélération raciste et les raisons possibles d’une riposte bien en dessous des enjeux.

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Il maniait fort bien la critique radicale. David Graeber va nous manquer

J’ai acquis et mal lu son gros bouquin sur l’histoire de la dette (1), avec satisfaction en poussant des grognements jubilatoires j’ai dévoré « Bullshit jobs », les « boulots à la con » (2).

La « valeur travail » est attaqué radicalement (à la racine), est éventée la ruse de la raison capitaliste.

Nombre de boulots ne servent qu’a reproduire la société du travail, à conforter l’idéologie de capitalisme. Lire la suite

Covid-19 : boulevard des indifférents

En ces temps de pandémie, certains messages politiques, scientifiques, médiatiques, populaires poussent à se demander « où trouver la vérité ? », « quelle est-elle ? », « comment faire la différence entre le vrai et le faux, la vérité et le mensonge ? », « comment faire la part des choses ? », « comment savoir ? ». Grâce au fabuleux texte de Jean Cocteau sur la poésie, on pourrait s’amuser à imaginer que chacun d’entre nous est « un mensonge qui dit toujours la vérité »1. Pourtant certains se détachent de cette allégorie et pensent « qu’on ment à la population pour restreindre ses libertés ». On assisterait donc à un looping entre vérité et liberté au détriment d’une valse entre vérité et mensonge. Lire la suite

Serments de Buchenwald et de Mauthausen

Le serment de Buchenwald a été prononcé sur la place d’appel du camp de Buchenwald le 19 avril 1945, une semaine après la libération du camp.

« Nous, les détenus de Buchenwald, nous sommes venus aujourd’hui pour honorer les 51 000 prisonniers assassinés à Buchenwald et dans les Kommandos extérieurs par les brutes nazies et leurs complices. 51 000 des nôtres ont été fusillés, pendus, écrasés, frappés à mort, étouffés, noyés, empoisonnés et tués par piqûres. 51 000 pères, frères, fils sont morts d’une mort pleine de souffrances, parce qu’ils ont lutté contre le régime des assassins fascistes. 51 000 mères, épouses et des centaines de milliers d’enfants accusent. Nous, qui sommes restés en vie et qui sommes des témoins de la brutalité nazie, avons gardé avec une rage impuissante la mort de nos camarades. Si quelque chose nous a aidés à survivre, c’était l’idée que le jour de la justice arriverait. Lire la suite

La République Sociale en péril

« Oui, c’était bien l’Empire ! Les prisons pleines, la peur et les délations à l’ordre du jour, les défaites changées en victoires sur les affiches. » (1)

Ainsi parlait Louise Michel dans son ouvrage politique majeur : « La Commune », nous sommes peut-être revenus à des jours aussi sombres que ceux qu’elle évoque dans ses souvenirs du soulèvement pour une république véritablement sociale. Lire la suite

D’HIROSHIMA A BEYROUTH

Le monde, en totale disruption, en dérive algorithmique, à la merci de l’intelligence artificielle qui le vide de sa raison naturelle et de son essence humaine, est orphelin de ses philosophes. Bernard Stiegler, le dernier penseur socratique des réalités virtualisées et des virtualités réalisées, l’implacable critique des paradoxalités technologiques, l’intrépide analyseur de l’ignorantisme technocratique, s’éclipse ce 6 août 2020 à l’âge de soixante-huit ans, sans tambour ni trompette. Beyrouth explose dans le tintamarre médiatique. Réveille-toi Albert Camus, la planète a besoin de tes mots. Lire la suite

Il faut toujours aller voir de l’autre coté du miroir

« Tout a commencé en 2017 avec une représentation d’Un démocrate, pièce écrite et mise en scène par Julie Timmerman, consacrée à la figure d’Edward Bernays, le père des Public Relations ».

Dans son introduction, introduction-de-stephane-resche-au-livre-un-democrate-une-piece-de-julie-timmerman/, publiée avec l’aimable autorisation des Editions C&F, Stéphane Resche aborde le rôle d’Edward Bernays en termes de « structuration textuelle, publicitaire, communicationnelle de notre actuelle société de la suggestion », le texte de la pièce de Julie Timmerman et ses accompagnements artistiques et critiques… Lire la suite

Nous sommes là parce que nous sommes des hybrides

Comme je l’ai déjà indiqué, à propos d’un autre livre, Je suis d’autant plus sensible aux analyses de Gilbert Dalgalian que je suis handicapé linguistique, malgré ou à cause de l’étude tardive de l’anglais puis de l’espagnol au lycée. Le peu de yiddish, entendu de grands-parent·es, est presque totalement effacé de ma mémoire. Je ne sais m’exprimer qu’en français. Il s’agit bien d’un handicap socialement construit, limitant les possibles relations avec autrui…

Le livre est composé d’un certain nombre de conférences, dont certaines avec des dimensions auto-biographiques. « Celui-ci se compose d’une partie des textes de conférences, congrès et séminaires où j’ai eu l’occasion de plaider pour le respect et la transmission des langues, notamment par les filières d’éducation bilingue précoce ». Lire la suite

Séparatisme et ensauvagement. Le vocabulaire officiel accompagnant le libéralisme autoritaire et la fascisation

Les innovations langagières dans le vocabulaire politique dominant [qui pour paraphraser Marx à propos de l’idéologie est celui de la classe dominante (1)] sont rarement anodines. Elles expriment et reflètent les rapports de force et les enjeux des luttes sociales et se faisant y participent. Deux nouveautés lexicales sont apparues récemment avec la promotion de deux termes : séparatisme et ensauvagement. Ces termes ont en commun de signaler des pseudo-dangers contre lesquels il faudrait lutter sous peine de voir disparaître les fondements mêmes de la vie sociales, les « valeurs de la République », la sécurité des citoyens, etc. Ils expriment également l’affirmation d’une aggravation de la situation de danger rendant obsolète et/ou insuffisant le vocabulaire ancien. Une telle aggravation rendrait nécessaire une politique ferme de défense et de riposte. Dans une séquence historique caractérisée par une crise massive de légitimité [sous l’effet des luttes sociales des Gilets jaunes au mouvement contre la réforme des retraites, du discrédit lié à la gestion néolibérale de la pandémie du Corona, du mouvement massif contre les violences policières] ces nouveautés annoncent et préparent un durcissement des politiques répressives. Elles précisent également des cibles pour détourner les colères sociales : les séparatistes et les ensauvagés. Lire la suite

Nous ne sommes pas des sujets parlés, nous parlons pour nous-mêmes

« Ce livre n’est pas celui que je « devais » écrire, c’est en avançant sur un autre projet qu’il a émergé. Ce manifeste aurait pu s’appeler « Être Noir·es de/en France », mais ce titre obscur n’aurait pas beaucoup renseigné sur la tentative de proposition d’horizon politique que contiennent ces pages. »

Dans son introduction, introduction-au-livre-de-fania-noel-thomassaint-afro-communautaire-appartenir-a-nous-memes/ publiée avec l’aimable autorisation des Editions Syllepse, Fania Noël-Thomassaint parle de ce qu’elle aurait « aimé dire à beaucoup d’occasions », d’horizon politique, du sentiment « de vider l’océan avec une petite cuillère (qui a un trou) », des structures d’exploitation « économique, sociale et politique », du racisme, du patriarcat, du capitalisme. Elle interroge l’unité de ces trois dimensions et ses limites (je préfère pour ma part parler d’imbrication)… Lire la suite

Introduction de Stéphane Resche au livre « Un démocrate », une pièce de Julie Timmerman

Avec l’aimable autorisation des Editions C&F

On commence par céder sur les mots
et on finit parfois par céder sur les choses.

Sigmund Freud, Psychologie collective et analyse du moi

Tout a commencé en 2017 avec une représentation d’Un démocrate, pièce écrite et mise en scène par Julie Timmerman, consacrée à la figure d’Edward Bernays, le père des Public Relations. Né à Vienne en (1891 et mort à Cambridge (près d’Harvard, aux États-Unis) en 1995, Bernays est aujourd’hui une figure discrète du panorama médiatique occidental. Globalement, on ignore en effet le rôle fondamental qu’a joué, tant du point de vue théorique que pratique, le « double neveu » de Sigmund Freud dans la structuration textuelle, publicitaire, communicationnelle de notre actuelle société de la suggestion.

Alors que le spectacle Un démocrate de la compagnie Idiomécanic Théâtre tournait (il tourne encore !), le texte réclamait une attention, un écrin, une diffusion. Son édition s’est imposée comme une évidence. Il a été décidé de l’accompagner d’autres contributions – artistiques et critiques –, autant d’outils potentiels de compréhension d’un monde malmené par les apparences. Lire la suite

Au-delà de la « politisation du voile » : résister pour être libres

La décision de justice autorisant l’interdiction du hijab dans l’enseignement supérieur en Belgique ne fera que marginaliser les femmes voilées en niant leur droit fondamental à l’éducation. Mais une nouvelle génération se bat pour lutter contre ces mesures liberticides

Le 4 juin dernier, la Cour constitutionnelle de Belgique a autorisé l’interdiction du foulard islamique et de tous les autres signes religieux, politiques et philosophiques visibles dans l’enseignement supérieur. La ville de Bruxelles s’est réjouie d’une telle décision.

Celle-ci est pourtant à la fois infantilisante et liberticide.  Lire la suite

Covid-19 et répercutions sociales de la pandémie et du confinement

« Ce livre résulte d’un sentiment d’impuissance intellectuelle devant l’enfermement, devant la mort. Sa réalisation, dans la hâte, est une sorte de rite de passage, notre rite, signal de notre envie de reprendre le travail de chercheuses et chercheurs en sciences sociales et humaines, tout en réactivant la mission fondamentale de nos disciplines : produire de l’orientation. Et nous voulons partager ce réveil et cette envie avec tout un chacun. ». Dans leur avant propos, Fiorenza Gamba, Marco Nardone, Toni Ricciardi et Sandro Cattacin soulignent, entre autres, qu’à défaut de médicament spécifique ou de vaccin, « un virus relève surtout de subjectivités, d’émotions, voire d’irrationalités, autrement dit d’êtres humains, dans tous les aspects personnels, sociaux et culturels qui peuvent les caractériser », le manque de connaissance en sciences sociales de celles et ceux qui occupaient la scène médiatique, l’expérience du VIH/sida et de l’intervention des associations, l’importance de la « production de connaissances sur l’agir humain »… Lire la suite

Les déboulonneurs de statues n’effacent pas l’histoire, ils nous la font voir plus clairement

Avec l’aimable autorisation de l’auteur

L’anti-racisme est une bataille pour la mémoire. C’est l’une des caractéristiques les plus remarquables de la vague de protestations qui a déferlé sur le monde après l’assassinat de George Floyd à Minneapolis. Partout, les mouvements antiracistes ont remis le passé en question en ciblant des monuments qui symbolisent l’héritage de l’esclavage et du colonialisme : le général confédéré Robert E. Lee en Virginie ; Theodore Roosevelt à New York ; Christophe Colomb dans de nombreuses villes américaines ; le roi belge Léopold II à Bruxelles ; le marchand d’esclaves Edward Colston à Bristol ; Jean-Baptiste Colbert, ministre des finances de Louis XIV et auteur du tristement célèbre Code noir en France ; le père du journalisme italien moderne et ancien propagandiste du colonialisme fasciste, Indro Montanelli, etc. Lire la suite

Combattre l’antisémitisme ET la spoliation des Palestiniens

Communiqué de presse de l’UPJB (2/7/2020)

Une fois encore, des cris antisémites détournent l’attention d’une manifestation digne et juste 

L’Union des progressistes juifs de Belgique (UPJB) a participé au rassemblement organisé par l’Association belgo-palestinienne (ABP) ce 28 juin place du Trône à Bruxelles, pour protester contre le projet d’annexion par Israël de 30% de la Cisjordanie. A un moment de cette manifestation, un slogan en arabe, appelant à la guerre contre les Juifs a été lancé par une personne inconnue des organisateurs. Il a été repris par une vingtaine de personnes (sur un total d’au moins 500 participant·es). Suite à l’intervention immédiate de Palestinien·nes et des organisateurs, cet incident fut de courte durée. Après la manifestation, qui n’a connu aucun autre incident, l’Association belgo-palestinienne a publié un communiqué de presse condamnant ces slogans antisémites et rappelant « que la cause palestinienne repose sur la défense du droit et des aspirations à la justice et à l’égalité » et qu’« elle est par conséquent incompatible avec toute forme de racisme, l’antisémitisme inclus ». Nous saluons ces réactions exemplaires. Lire la suite

Pour une République française antiraciste et décolonialisée

Les extraordinaires manifestations qui se sont multipliées aux États-Unis puis dans le monde entier en réaction à l’assassinat par un policier de George Floyd le 25 mai 2020 à Minneapolis marquent un tournant historique majeur. La soudaine popularité du slogan « Black Lives Matter », lancé en 2013 au sein de la communauté afro-américaine, a permis qu’il soit enfin compris comme il devait l’être : la dénonciation d’un lien direct entre le mépris des « vies noires », qui fut au fondement de la première colonisation esclavagiste européo-américaine, et les violences policières dont les Afro-Américain.e.s sont aujourd’hui les cibles privilégiées. Et en Europe, ces mobilisations ont aussi permis de mieux comprendre en quoi les violences policières actuelles, ciblant particulièrement les citoyen.ne.s issu.e.s des anciennes colonies, mais aussi des populations des territoires, départements et collectivités dites d’outre-mer, étaient tout autant nourries des traditions racistes d’une longue histoire coloniale, esclavagiste en Afrique et en Amérique (Nord et Sud) à partir du xvie siècle, puis d’exploitation économique à partir du XIXe siècle, en Afrique, en Asie, en Océanie et en Amérique du Sud. Lire la suite

Covid-19 : la vague des invisibles

Je n’écris pas souvent à la première personne sur ce blog. Je n’évoque pas davantage des « problèmes personnels » auxquels je pourrais être confrontée. Ma situation de femme sexagénaire malade en milieu rural dans un contexte épidémique m’invite aujourd’hui à le faire. Car enfin, quels sont les impacts de la gestion française du Covid-19 sur ma vie courante et sur celle de mes proches ? En quoi ces impacts qui peuvent paraître très individuels valent pour beaucoup et donc prennent une dimension collective ? Si je confronte ma réponse à la première question avec mes conversations devenues plus nombreuses (au téléphone, par visio, par texto, par mail), je peux répondre à la deuxième. Lire la suite

Réflexions sur le problème raciste

Depuis les 100 000 participants de la Marche pour l’égalité et contre le racisme de 1983, les militant.e.s de la cause antiraciste et anti-violences policières n’étaient jamais parvenus à rassembler autant de manifestants dans les rues de Paris. C’est probablement chose faite avec le rassemblement du 2 juin et la manifestation du 13 juin 2020 organisée par le comité Vérité et Justice pour Adama Traoré. L’accélération de la temporalité antiraciste en France et à travers le monde à la suite du meurtre de George Floyd pose certaines questions centrales dans l’analyse des racismes et des anti-racismes. Sous réserve de futures recherches qui ne manqueront pas de mettre en lumière la spécificité du moment antiraciste que nous vivons, j’aimerais en discuter quelques-unes qui peuvent être utiles au débat public. Lire la suite

Antiracisme : la France d’après est dans la rue

Avec l’aimable autorisation de deux des signataires

Depuis la mort de George Floyd à Minneapolis, un mouvement international relance le combat antiraciste. Black Lives Matter résonne dans le monde entier. On aurait pu craindre que la pandémie, qui incite au repli domestique, n’étouffe tout désir de politique ; c’est le contraire. Il est vrai que les populations les plus touchées par le virus, y compris parmi le personnel soignant, recoupent celles qui sont le plus frappées par les violences policières : les classes populaires, en particulier noires ou arabes. Lire la suite

Faire sauter le pont Alexandre III

Que ces messieurs de la police de la pensée et ceux de la police tout court se rassurent. C’est une mé-ta-phore, une al-lé-go-rie, une figure de style. Une image ni trop ni glycérine à laquelle il nous est difficile de ne pas céder. Toutefois, répétons-le, tant il est vrai que ces jours-ci certains semblent prompts à sortir leur revolver pour défendre les symboles de la domination, nous n’avons d’autre dynamite que la dynamique des idées. Et une belle idée se répand sur la planète comme une traînée de poudre : les racistes, les esclavagistes et les colonialistes célébrés sur nos murs doivent être démis de leur place et remis à leur place. Lire la suite