Archives de Catégorie: Politique

L’abondance frugale comme art de vivre

Le pape de la décroissance entend dans ce dernier livre nous faire découvrir une gastronomie, comme art de bien manger grâce à une cuisine saine et raffinée élaborée avec des produits de terroirs échappant à la mondialisation, « cocalisation, macdonaldisation ».

Avant la bonne bouffe, Serge Latouche nous propose une petite révision ou remémoration des grands principes de la philosophie décroissante. Le bonheur, une idée neuve (St Just), mais encore qu’en est-il aujourd’hui ? « Force est de constater le bonheur dans son appréciation contemporaine est réduit à sa dimension économiciste, le produit intérieur brut « per capita. ». la critique des indicateurs de richesse a fait émerger d’autres mesures qualitatives : la prospérité sans croissance (Tim Jackson), l’abondance frugale, la sobriété heureuse. » Lire la suite

Il faut protéger les enfants musulmans comme les autres

Depuis l’assassinat de Samuel Paty, des centaines d’enfants et d’adolescents se sont vu accuser de complaisance vis-à-vis du terrorisme, signalés aux autorités rectorales, assignés en justice pour apologie du terrorisme. Certains, scolarisés en CM2, ont passé une journée entière en retenue judiciaire, auditionnés dans un commissariat. D’autres ont subi perquisitions et interrogatoires, parfois pour la simple possession d’une feuille avec une inscription en arabe. Lire la suite

Zoom : « Un empire invisible »

Covid-19, meurtre de Samuel Paty, campagnes électorales, complot… les exemples ne manquent pas où les usages internet font recette. Les échanges, les dénonciations, les calomnies, les appels au meurtre, les droits de circulation, les achats, le travail, se passent désormais « en ligne ». Les cours de l’Éducation nationale ou de l’enseignement supérieur, mais aussi les cours de yoga ou de danse, la diffusion d’un rapport ou la prise de contacts, les réunions professionnelles et militantes, les messes, les consultations médicales, les ventes, le visionnage de films, se font prioritairement « en ligne ». Cet engouement par défaut (tout n’est pas choisi – on préférerait « se voir » – d’autres intervenants optent pour l’anonymat) pose la question des paradoxes des réseaux sociaux numériques [1] et du P2P (peer-to-peer : salles virtuelles). Lire la suite

De la liquidation technocratique de la culture

« Il faut être un fou, un criminel ou un lâche pour consentir à la peste, et en face d’elle le seul mot d’ordre d’un homme est la révolte » (Albert Camus, Carnets 2, Janvier 1942 – Mars 1951, éditions Gallimard, 1962).

« Tout ce qui dégrade la culture raccourcit les chemins qui mènent à la servitude. Une société qui supporte d’être distraite par une presse déshonorée et par un millier d’amuseurs cyniques, décorés du nom d’artistes, court à l’esclavage malgré les protestations de ceux-là mêmes qui contribuent à sa dégradation » (Albert Camus, entretien avec Jean Daniel, revue Caliban, 1951).

Paris. 28 octobre 2020. Le nouveau confinement à durée indéterminée, les régimes d’exception ayant habituellement tendance à se prolonger indéfiniment, impose la fermeture, dans tout le territoire, de tous les établissements culturels, les théâtres, les opéras, les salles de concert, les musées, les cinémas, les bibliothèques. Dans son discours décrétant le deuxième confinement, le président ne prononce pas une seule fois le mot culture. Les librairies sont classées dans les commerces non essentiels et les livres rangés dans les produits superflus. Pendant ce temps, le gouvernement belge décide de laisser ouvertes les librairies : « Il nous semble essentiel de développer une attention à l’égard des plus fragiles mais aussi au niveau de la santé mentale de tous les Belges. La culture a un rôle énorme à jouer en la matière. Parce qu’il n’y a rien de mieux que d’ouvrir un livre pour s’évader de la situation terrible que nous vivons ». Lire la suite

France : complexité et diversité du racisme

Les mobilisations antiracistes et contre les violences policières surgies après le confinement ont donné une grande visibilité à des termes ou expressions jusque-là cantonnés dans certains espaces. « Racisé-e-s », « privilège blanc », « blanchité »… « Racisme d’État » fait partie de ces expressions qui ont acquis une nouvelle visibilité, alors que le terme est utilisé depuis de longues années. Comment en retracer la genèse ? Lire la suite

Le triomphe de la Réaction

« Toutes les affections de Haine sont mauvaises ; qui vit donc sous la conduite de la Raison, s’efforcera autant que possible de ne pas être dominé par des affections de Haine (…). La Haine est accrue par une Haine réciproque. » Spinoza, Ethique, IV, XLVI, Démonstration. 

« Ameuter les masses, lancer les foules est un exercice d’autorité non moins étranger à la raison que d’amasser quelque majorité (…). Nous sommes aujourd’hui sous le gouvernement de la démagogie beaucoup plus que sous le gouvernement de la démocratie. » Ch. Péguy. De la raison (1901).

« Ce que je veux dire aux Français, c’est que nous sommes en guerre », déclarait Manuel Valls, premier ministre, le 14 novembre 2015 au lendemain des attentats particulièrement meurtriers (130 morts et 413 blessés) commis la veille à Paris et revendiqués par l’organisation terroriste « Etat islamique ». Depuis, défait comme son maître François Hollande et fort marri de n’être plus courtisé, « monsieur 5% » erre comme une âme en peine entre Paris et Barcelone, et donne de la voix en espérant trouver une personnalité haut placée intéressée par ses services. En vain, jusqu’à présent. Mais il a fait des émules car les orientations mises en œuvre à l’époque constituent un tournant majeur qui a vu de nombreuses personnalités de droite comme de gauche emprunter à Marine Le Pen certaines de ses positions sécuritaires. En atteste, à la suite de l’assassinat de Samuel Paty et de l’attaque sanglante de la basilique de Nice, la multiplication des déclarations martiales, des sommets de l’Etat à de nombreux éditorialistes en passant par une foultitude d’élus, de l’extrême-droite jusqu’à certaines figures du Parti socialiste sans oublier Les Républicains et le parti présidentiel. Lire la suite

Punition collective, maccarthysme et préparation de l’opinion aux sacrifices

Les dessous de l’instrumentalisation de l’émotion face à l’horreur

« Entre l’annonce du confinement et l’émotion suscitée par les attentats de Conflans et de Nice, Emmanuel Macron bénéficie d’un « effet drapeau » et d’un resserrement de la communauté nationale autour de la figure du chef de l’État » Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l’Ifop [1].

Il y a l’horreur, l’émotion qu’elle suscite et l’instrumentalisation de celle-ci. Ces trois dimensions de l’actualité sont aisément et en permanence confondues dans le tsunami idéologique qui a déferlé dans nos médias jusqu’à donner la nausée. Communicants, pseudo experts, chroniqueurs et hommes politiques se sont succédés sur les plateaux pour nous appeler de manière convergente à renoncer à la réflexion sur les causes, pour menacer ceux qui refuseraient de le faire, pour légitimer les mesures liberticides prises par le gouvernement, pour imposer une logique de guerre de l’intérieur, etc. Le deuil partagé, l’émotion collective et sa signification, le besoin de savoir et de comprendre, etc., ont été sacrifiés sur l’autel de l’instrumentalisation écœurante par un gouvernement tentant de contrecarrer une crise de légitimité béante. Les conséquences prévisibles n’ont pas tardé : nouvelles mesures législatives liberticides, annonce de la volonté d’interdire des associations comme le CCIF ou baraka city, diffusion de la peur chez les musulmans ou supposés tels, surenchères islamophobes, tétanie de tous ceux qui ont peur d’être taxés « d’islamo-gauchistes ». Reprendre l’initiative est une urgence. C’est en effet dans de telle séquence d’accélération de l’histoire et d’imposition de la peur que se réunissent les conditions de possibilité du consentement au pire. Lire la suite

De la difficulté et de la nécessité de prendre la parole après un massacre. Du sacré, du profane et du travail de l’histoire

Dans les réactions à l’assassinat de Samuel Paty comme à la liberté de caricaturer, dans les cérémonies d’hommage ou dans les manifestations hostiles, les questions du sacré et du profane ne cessent d’intervenir, de façon explicite ou implicite. Il est nécessaire de se demander en quoi elles nous concernent toutes et tous, parfois même à notre insu, et travailler ainsi à une distanciation dont l’urgence n’est plus à démontrer. Membre du CVUH, professeur d’histoire-géographie au lycée et chargé de cours à l’université, l’auteur a voulu également réagir comme enseignant confronté aux mêmes enjeux que Samuel Paty. Lire la suite

Covid-19 : les seigneurs revisitent la basse-cour

Résumons-nous. En France, après l’instauration le 14 octobre 2020 d’un couvre-feu pour gérer la crise sanitaire, le gouvernement décide, le 30 courant sans consultation du Parlement, le retour à un confinement national, ouvrant cette fois l’accès au travail, à l’école, aux maisons de retraite et aux supermarchés, mais toujours pas aux commerces de proximité, aux lieux culturels, de loisirs ou sportifs (hors professionnels et chasseurs1)… et interdisant tout déplacement d’une région à l’autre. En même temps, des projets de loi sont examinés. Arrêtons-nous sur trois d’entre eux. Le premier, le 4e Plan de loi de finances rectifié (PLFR)2, adopté le 4 novembre par le Conseil des ministres, répond à « l’urgence économique ». Le deuxième, présenté le 22 juillet en Conseil des ministres, adopté par l’Assemblée nationale le 23 septembre, en partie amendé par le Sénat le 28 octobre, concerne l’enseignement supérieur et la recherche3 et le troisième, présenté à l’Assemblée nationale le 20 octobre, puis examiné le 4 novembre, porte sur la « sécurité globale »4. Lire la suite

L’islamo-gauchisme : comment (ne) naît (pas) une idéologie

Avec les aimables autorisations de l’auteur et du NouvelObs

Alors que l’assassinat de Samuel Paty créait l’effroi dans toute la population, donnant lieu à de multiples prises de position et cérémonies officielles, des personnalités et courants politiques de droite en profitaient pour faire avancer leurs projets et leurs intérêts. Au sein du champ politique, ce fut l’occasion pour certain·es, comme le ministre de l’Intérieur, de se distinguer par des commentaires particulièrement outranciers. Il se préservait ainsi un espace à la droite du macronisme, en campagne contre le « séparatisme » – un thème jusque-là porté par la droite la plus nationaliste. Lire la suite

La politique du couvre-feu

Pour répondre à la pandémie, le pouvoir a choisi la politique du couvre-feu. Au-delà du fait que l’on se demande en quoi le couvre-feu peut freiner la progression du virus (à moins que le virus soit bien sage et rentre chez lui le soir et la nuit), sans doute importe-t-il de s’interroger sur la signification politique d’une telle mesure. Lire la suite

Contre les amalgames et les manipulations racistes, nous défendons les libertés

Nous condamnons les assassinats de Samuel Paty et de Nice qui viennent nous rappeler le danger représenté par le terrorisme islamiste que nous combattons. Toutes nos pensées vont aux familles et aux proches des victimes. Prendre le prétexte de convictions religieuses ou politiques pour attenter à la vie de celles et ceux qui ne partagent pas les mêmes idées met en danger toute la société, en premier lieu les femmes. Lire la suite

La fabrique de la folie et de l’horreur

Cela s’est donc passé dans la banlieue parisienne, à Conflans Sainte-Honorine. Un professeur d’histoire a été tué. Aujourd’hui, après la stupeur et l’émotion, il importe de réfléchir à ce qui a pu produire un tel acte.

Une crise à la fois psychique et politique

Ne nous trompons pas : l’acte de Conflans a deux dimensions. S’il apparaît, d’abord, lors de sa survenue, comme un acte de folie, il prend peu à peu, au fur et à mesure que l’on en sait davantage, notamment sur le fait qu’il a fait l’objet d’une préparation dans les jours qui ont précédé sa commission, une dimension plus politique. Il apparaît, peu à peu, aussi, comme un acte terroriste. Mais, au fond, ce que nous enseigne l’acte de Conflans, c’est que ce que l’on appelle le radicalisme, aujourd’hui, apparaît bien comme ce que l’on pourrait appeler une forme politique de manifestation de la folie, une sorte de mise en scène d’une forme particulière de la folie dans l’espace politique. Sans doute s’agit-il d’une différence entre l’extrémisme, qui consiste dans une expression intensive des projets politiques, des engagements et des identités politiques, et le radicalisme, qui, lui, consiste dans cette expression politique de la folie, de la forclusion du sujet dans un engagement fondé sur la dénégation de l’autre et de l’appartenance sociale. Lire la suite

À Samuel Paty : pour la défense de la liberté d’expression

Un communiqué d’Acrimed.

Lorsque notre association Acrimed fut créée en 1996, nos combats étaient précurseurs. Critiquer les dérives médiatiques. Combattre l’appropriation des médias par les capitalistes. Dénoncer les mensonges d’État relayés par la presse inféodée aux gouvernements et aux intérêts militaires. S’attaquer à la « circulation circulaire de la désinformation ». Défendre la réappropriation démocratique des médias. Soutenir les journalistes face aux directions autoritaires. Proposer des outils pour reconstruire la presse. Et s’élever contre toutes les formes de censure. Lire la suite

Haine, arbitraire : nous ne céderons rien (plus : Tribune de Pierre Tartakowsky « Samuel Paty, en souvenir d’avenir »

Communiqué LDH

Samuel Paty avait fait vocation de transmettre les valeurs de la République. L’horreur de sa décapitation nous frappe au cœur de notre attachement à la République.

La Ligue des droits de l’Homme (LDH) veut d’abord rendre hommage au pédagogue qui lui avait demandé de venir dans ses cours illustrer ce que sont les droits de l’Homme.

Mais à quoi sert de se réunir autour de Samuel Paty, à quoi servent notre colère et notre révolte si, en même temps, la haine désigne des boucs émissaires, la liberté d’expression est sommée de se censurer et l’arbitraire est publiquement revendiqué ? Lire la suite

Corona-profiteurs du ruissellement d’argent public vers le CAC40

Résumé

L’épidémie de Covid a justifié des aides massives aux entreprises, dont les grands groupes ont très largement profité.

Toutes les firmes du CAC40 ont bénéficié de plusieurs formes d’aides au moins indirectes dans le cadre de la crise sanitaire. En plus du chômage partiel, des prêts garantis par l’État et des reports de charges, il y a aussi eu les plans de sauvetage et de relance sectoriels, les achats d’obligations par la Banque centrale européenne, les apports en capitaux pour protéger des entreprises « stratégiques », et la baisse de 20 milliards d’euros d’impôts de production.

Le gouvernement a beaucoup communiqué sur le fait que ces aides massives étaient assorties de « contreparties » en matière de partage des richesses, de protection de l’emploi ou d’écologie. Le présent rapport montre que ces promesses n’ont pas été tenues. Lire la suite

De la laïcité

La laïcité, qui s’est imposée comme le meilleur cadre pour assurer la paix sociale par la liberté pour chacun de croire ou de ne pas croire, est brandie aujourd’hui par certains comme une arme de guerre. Des secteurs rétrogrades de la société qui avaient combattu la laïcité hier s’emparent aujourd’hui de ce terme à l’encontre des musulmans.  Lire la suite

Notre peine est immense, et les charognards sont là

Horreur, sidération, effroi : c’est ce que nous ressentons face à l’assassinat de Samuel Paty, professeur d’histoire-géographie au collège du Bois d’Aulne à Conflans-Sainte-Honorine, par un meurtrier fanatique. Cette mort est atroce. Elle l’est dans l’absolu d’un homme tué en pleine rue. Elle l’est par la manière épouvantable dont le meurtre a été commis : la décapitation. Elle l’est encore parce son auteur l’a justifiée en se référant au cours dispensé par Samuel Paty sur la liberté d’expression, cours durant lequel il a présenté à ses élèves une caricature de Mahomet ; qu’un cours puisse déboucher sur un assassinat est insupportable. Lire la suite

Inde : Des intellectuels et des militants musulmans condamnent la décapitation de Paris, demandent l’abolition des lois sur l’apostasie et le blasphème

Communiqué de presse de l’IMSD :

Des intellectuels et des militants musulmans condamnent la décapitation de Paris, demandent l’abolition des lois sur l’apostasie et le blasphème

Des intellectuels et des militants musulmans qui ont pris la parole lors d’un webinaire dimanche ont condamné la décapitation à Paris d’un enseignant, Samuel Paty, par un fanatique musulman de 18 ans, Abdullakh Anzorov. Lire la suite

De la liberté

Quelle est aujourd’hui la place de l’école ? Comment la liberté d’expression, l’apprentissage de la connaissance, le doute, le questionnement peuvent-ils encore avoir droit de cité dans ces lieux de plus en plus privatisés, ouverts au marchandage, où les élèves ne sont plus des écoliers en apprentissage mais des usagers, sous l’œil sceptique de parents, parfois suspicieux, de plus en plus intrusifs ?

Nous avons tous et chacune été sidérés par la décapitation de notre collègue d’histoire-géographie Samuel Paty. Les nombreux hommages ne peuvent effacer l’acte barbare dont il a été victime. Si le moment est opportun pour les autorités de rappeler les grands principes républicains dont la liberté d’expression, le CVUH se doit de restituer l’histoire de la longue dégradation de ces mêmes principes à l’école. Des échanges ont eu lieu entre nous et nos adhérents. Ce texte a été écrit à la demande d’un de nos collègues du secondaire. D’autres réflexions vont suivre, notamment sur la laïcité. Lire la suite