Archives de Catégorie: Philo…

« Il y aura un avant et un après ! »

Si nous voulons comprendre où nous en sommes,
regardons ce que nous avons fait.
Si nous voulons savoir où nous allons, regardons ce que nous faisons.

M. De La Palisse n’aurait pas dit mieux. Il y a toujours un après après un avant. Evidemment, l’idée sous jacente, c’est que l’après ne sera plus comme l’avant. Soit ! La difficulté commence quand nous devons définir comment a été l’avant et comment devra être l’après. L’avant, c’est tout ce qui a été jusqu’à maintenant. Cette réalité est une et indivisible. Elle a une dimension infinie dans tous les domaines, dans l’espace comme dans le temps. Elle est d’une telle complexité qu’il est impossible pour un cerveau humain d’en percevoir la totalité. Lire la suite

Desexil. Praxis – Mémoire – Archives

COMMENT LIRE LES MATERIAUX ?

CONDITIONS D’ACCES ET D’USAGE

REVUE DESEXIL. PRAXIS-MEMOIRES-ARCHIVES

« Mettez tout cela par écrit sans rien cacher, car rien n’est plus émouvant que l’expérience vécue et l’observation directe (…).
Je suis toujours impressionnée par l’incompréhensible car cela cache peut être quelque chose qui nous est favorable. C’est rationnel chez moi ».
Ajar Emile, Gros Calin.

I. INFORMATIONS GENERALES

COMMENT LIRE TOUS CES MATERIAUX ?

Ce qui était prévu comme un petit travail de quelques semaines de mise en ordre de publications, de documents, de livres, de sources diverses au moment de transmettre un héritage après 50 ans de travail, a pris une ampleur inédite au fil des mois. Avec des limites inédites aussi. Le Covid-19 a représenté à la fois une limite matérielle, sociale, un ralentissement du temps et un miroir extraordinaire pour repérer ce qui était caché sous le tapis ou alors invisible durant ces 50 dernières années. Notre souci, lier le travail de mémoire sur l’avant à l’après Covid-19. Nous avons compté avec nos propres limites matérielles et nos propres choix ouverts à la réflexion critique. Lire la suite

La tyrannie de la croyance

Il y a longtemps, avant l’apparition sur terre de l’humain, la vie ignorait la croyance. L’animal, une gazelle dans la savane, ne connait que ce que ses sens lui permettent de percevoir : ce qu’elle voit, entend, sent, ressent. Cette perception est dans l’instant présent et à une distance spatiale limitée et tout est vrai. Tout ce qui se trouve hors de son cercle de perception n’existe pas pour elle. Si cette gazelle vit en Afrique, elle ignore que l’Australie brûle. Lire la suite

Le jazz, Adorno et Benjamin

« Il fallait que notre art occidental fût d’abord saturé d’harmonie et d’orchestre pour que celui-ci passât, d’accord avec le jazz, à l’extrême opposé et pour qu’ainsi la musique pût reprendre un nouveau départ ».1

Appréciée ou pas, il est aujourd’hui difficile de nier que le jazz a été une des musiques les plus créatrices du XXème siècle. Cet article voudrait attirer l’attention sur ce paradoxe qui veut qu’un phénomène culturel majeur, bien que marginal, ait subi les foudres d’un philosophe engagé dans une critique acerbe de la culture de masse. Certes Adorno – il s’agit bien du philosophe allemand de l’Ecole de Francfort – n’est pas le seul à exprimer une aversion pour ce langage musical : par exemple, Pierre Boulez, compositeur et chef d’orchestre ira jusqu’à considérer le jazz comme « une musique de bar » et l’improvisation qui le caractérise comme « une sorte d’onanisme en public ». Mais Adorno tranche avec les autres détracteurs par sa hauteur de vue. Il est sans aucun doute le seul philosophe d’envergure à avoir pris au sérieux le jazz, même si souvent de façon rigide et injuste. Également musicien et chef d’orchestre, sa critique combine une dimension musicologique avec l’étude de la dynamique de l’industrie culturelle. Ce dernier thème alimentera un échange avec Walter Benjamin concernant la reproductibilité de l’œuvre d’art qui se révèle utile dans l’appréhension de la singularité du jazz. Lire la suite

L’universel comme privilège d’une catégorie sur les autres

Dans son introduction, Geneviève Fraisse aborde un discours philosophique chez Platon, la servante de Thrace, celle qui n’a pas de nom, la question des sexes, un problème philosophique encore incertain, l’être et la pensée « à coté ».  Le texte se termine par Dix clés pour ouvrir les textes qui suivent, dix-cles-pour-ouvrir-les-textes-qui-suivent-extrait-de-lintroduction-du-livre-de-genevieve-fraisse-a-cote-du-genre-sexe-et-philosophie-de-legalite/, publié avec l’aimable autorisation de l’autrice. Elle y aborde, entre autre, le genre comme concept, la neutralisation des femmes et les effets du sexe, les mots sexe et genre, la « différence des sexes » comme catégorie vide, la pensée démocratique, l’opérateur « égalité », la démocratie exclusive, l’alliance égalité liberté, l’émancipation des femmes, le service, le consentement, la tradition philosophique, la reconstruction de la pensée et l’insuffisance de la déconstruction, l’invisibilité des femmes, l’histoire et l’inachèvement démocratique, l’égalité et l’inexistence d’un mouvement spontané, la représentation intemporelle des sexes et le refus de l’historicité, la contradiction entre le féminisme et les pensées radicales, le contretemps de la finalité féministe, l’exigence épistémologique, le sujet et l’objet, le statut particulier de la pensée des sexes… Lire la suite

Dix clés pour ouvrir les textes qui suivent (extrait de l’introduction du livre de Geneviève Fraisse : A côté du genre. Sexe et philosophie de l’égalité – 2010)

Avec l’aimable autorisation de l’autrice

1. Le genre est un concept philosophique neuf. Il s’emploie au singulier plutôt qu’au pluriel. Il déplace les sexes vers un espace de pensée prometteur. Mais il est à la fois une loupe grossissante et un écran trompeur; un écran qui neutralise les femmes autant qu’une surface où s’écrivent les effets du sexe.

2. « A côté du genre » est un titre qui incite à la distance. Parce que sexe et genre sont des mots qui n’ont pas fini de jouer avec la dualité et le neutre, on maintiendra que la « différence des sexes » est une catégorie vide et on choisira de ne pas courir après les définitions (quel sexe, quelle sexualité, quelle identité). Lire la suite

Sortir de l’embarras et dégager une position d’émancipation insurrectionnelle

J’ai suivi les indications de Marie-Claire Caloz-Tschopp, « Ce livre s’adresse à tout le monde. La pratique philosophique est à tout le monde. Le nombre de pages ne doit pas effrayer et éloigner les lectrices et les lecteurs. J’aurais voulu être artiste, peintre, musicienne, danseuse. Et qu’il n’y ait pas tant de mots ». Mes compétences dans le domaine philosophique sont limitées et je ne connais que certain·es des auteurs et autrices étudiées. Cependant, j’ai savouré les présentations, réfléchi aux lectures et analyses, recoupé les lignes de force avec certaines de mes préoccupations, trouvé des convergences, parcouru ces espaces tendus vers l’émancipation. Je fais mien son prologue, « Désir de partager une trouvaille cachée sur la scène de la migration, au bout d’un long périple derrière des arbres qui cachent la forêt : la liberté politique de se mouvoir. Egarée, retrouvée par bribes, appropriée, grâce à un jeu de curiosité d’enfance qui a pris quelques longs mois. Ni un jeu d’échec, ni un jeu de go. Un puzzle de l’étonnement, des pièces à rassembler autour d’un fil rouge » Lire la suite

Mondialité et processus de créolisation

Les six entretiens retranscrits (Les entretiens radiophoniques ont été réalisés en direct. Ils ont été transcrits par Théodore Dillerin, et l’entretien privé sur la politique par Steeve Baccarard) dans ce volume portent principalement sur la réflexion philosophique de Glissant. Ils sont suivis par des articles qui prolongent nos discussions sur des enjeux théoriques (la transmission sans universel), poétiques (les figures motrices de l’écriture) et politiques (l’Europe depuis l’Afrique, les concurrences mémorielles, la comparaison entre la Traite et la Shoah). Dans les traces et les échos de Glissant se dessine, selon son expression, « une nouvelle région du monde », à la fois un espace et une direction, une écoute et un appel. Lire la suite

Les mots subversifs de l’émancipation de toustes et de chacune

« Alors le concept, outil de compréhensions donne à la fois le relatif d’un moment donné, et l’absolu de l’exigence d’abstraction »

La reprise avec de petites introductions de textes publiés depuis le début des année 2010. Une invitation à déambuler à la lumière rougeoyante de l’égalité et de l’émancipation. « La colporteuse emprunte le chemin de l’Histoire tout en offrant à qui voudra ce que les événements et les conflits lui ont permis de penser »… Lire la suite

Démocrates… et sexistes

Avec l’aimable autorisation de l’autrice

Des Lumières jusqu’à la fin du XXe siècle, la majorité des penseurs progressistes ont refusé l’égalité des sexes. Pour Rousseau ou Proudhon, pour les révolutionnaires de 1789 comme pour les leaders du mouvement ouvrier, la démocratie s’arrête aux portes de l’espace privé.

La question n’est pas celle de la misogynie mais du lien entre pensée politique (contrat social, Révolution, mouvement ouvrier) et refus de l’égalité des sexes.

Entretien avec Geneviève Fraisse 

Propos recueillis par Charles Giol

Vous avez été la première, en France, à étudier les fondements de ce que vous appelez la « démocratie exclusive »… Lire la suite

Post-scriptum : la « multiple vérité » (Geneviève Fraisse : Les excès du genre)

Avec l’aimable autorisation de l’autrice

L’expression est de Simone de Beauvoir au bas d’un bref texte où elle accompagnait une brochure polémique, au temps du Mouvement de libération des femmes. Je l’emprunte et la déplace vers le moment où nous nous trouvons : non pas celui de la vérité relative, vérités partielles ou vérités de points de vue, mais celui de la multiple vérité, vérité ouverte sur aujourd’hui, vérité en travail. La vérité vacille, écrivais-je dans les dernières lignes de ce livre, ce qui signifie que, depuis Nietzsche, depuis cent cinquante ans, la vérité nous occupe toujours, à juste titre, mais qu’elle oblige à quelques précisions, ici et maintenant. Lire la suite

Vérité(s), contretemps historiques, excès…

En premier lieu, une couverture. Hilma af Klint : The Swan, 1915. une pionnière dans l’art abstrait. Une peintresse (pour utiliser un terme banni par la masculinisation de la langue orchestrée par l’Académie française) oubliée comme beaucoup de femmes dans les histoires écrites par les hommes.

Ayant chroniqué ce livre en 2014 sous le titre : L’opérateur égalité permet de concevoir et d’inventer les nouveaux rapports entre sexesloperateur-egalite-permet-de-concevoir-et-dinventer-les-nouveaux-rapports-entre-sexes/, je ne traite que du post-scriptum intitulé « La « multiple vérité » ». Lire la suite

Entretien : Geneviève Fraisse, l’indocile philosophe

Avec l’aimable autorisation de l’autrice

Directrice de recherche émérite au CNRS, Geneviève Fraisse travaille notamment sur la controverse des sexes, d’un point de vue épistémologique et politique. Elle décline ses travaux suivant trois axes : la généalogie de la démocratie, les concepts de l’émancipation et la problématisation philosophique de l’objet « sexe/genre ». Pour l’InSHS, elle revient sur son parcours et livre sa vision des études sur le genre. Lire la suite

Elle aura un livre entre ses mains qui l’aidera à comprendre

Arrêtée le 22 février 1975 par le Service de renseignement de la Marine (SIN), amenée dans une maison de torture de la police politique (DINA), Teresa Veloso Bermedo dans une belle introduction, qui donne son titre au livre, revient sur la douleur, la liberté et un passé toujours au présent. « Au moment où je sens des mains qui me saisissent, je perçois en un éclair « le sens de la liberté ». J’étais en train de la perdre ». La violence politique, les personnes disparues, les prisonnier·es politiques, les tortionnaires, l’exil… Lire la suite

Pour une réactivation des gestes de Gilles Châtelet (membre du FHAR et Naturphilosophe)

Gilles reviens, ils sont devenus normaux !

Diptyque d’Alain Naze, Manifeste contre la normalisation gay, La fabrique, 2017 et de Philippe Roy, L’immeuble du mobile. Une philosophie de la nature avec Châtelet et Deleuze, PUF, 2017. Lire la suite

Quand Maxime Rodinson calait devant la spiritualité politique et réglait ses comptes avec Michel Foucault (et la philosophie en général)

Le refus décidé de prendre en compte la spiritualité politique, dans l’analyse des situations où les facteurs religieux sont indissociables des enjeux politiques, s’identifie distinctement chez un historien marxiste comme Maxime Rodinson, spécialiste de l’islam et des civilisations arabes. C’est la raison pour laquelle nous choisissons de privilégier son approche du religieux, pour autant qu’elle constitue un témoignage probant du réductionnisme opéré en la matière par l’orthodoxie marxiste en général (à commencer par Marx lui-même), avec certes d’heureuses exceptions1, et non sans susciter, au demeurant, de vigoureuses lignes de fuite hétérodoxes2. Lire la suite

Un effort constant pour saisir le politique dans ses multiples et différents points d’irruption

« l’étranger porte au cœur du monde autochtone le type d’hétérogénéité et de diversité qu’on n’attend et qu’on ne tolère normalement qu’à distance »

Dans leur introduction générale « La République vue par une étrangère », introduction-generale-la-republique-vue-par-une-etrangere-disabelle-clair-et-delsa-dorlin-a-louvrage-eleni-varikas-pour-une-theorie-feministe-du-politique/, publiée avec l’aimable autorisation des Editions iXe, Isabelle Clair et Elsa Dorlin présentent le parcours de l’autrice et abordent, entre autres, la recherche historique, l’enfouissement de « l’histoire des vaincus », la mise à jour de « traditions cachées », du Journal des dames (au XIXe siècle en Grèce), ce qui relève déjà du « politique » dans les expériences singulières, les graines de révolte, « le personnel est politique », Olympe de Gouges, ce qui « se trame à l’ombre des Lumières », le féminisme, ce qui empêche la fête de se tenir, la philosophie politique, la critique de la naturalisation, le privé et ce qui légitime pour certain·e·s « un territoire d’exception aux pensées de l’émancipation », la notion de « genre », les catégories d’analyse et leurs situations historiques et sociales, la parité versus l’égalité, le travail d’historicisation, le « risque de fâcher », la multiplicité, les « parias ». Lire la suite

Etre exclue du pouvoir ne prémunit pas nécessairement contre ses sortilèges

Le livre de Geneviève Fraisse « du consentement » vient d’être réédité. Je rappelle ma note de lecture parue en janvier 2014, sous le titre : Car dire « oui », c’est aussi pouvoir dire « non », car-dire-oui-cest-aussi-pouvoir-dire-non/

Le texte initial est complété d’un nouveau chapitre : « Et le refus de consentir ? » Lire la suite

Les politiques d’« humains superflus »

« La « crise des réfugiés », la « crise de l’Europe », la « crise de l’humanité » ? Pourquoi résistons-nous à l’asile ancré dans l’hospitalité, évidence philosophique et politique, et pourquoi la crise des réfugiés suscite-t-elle autant de désarroi, d’impuissance, de cynisme ? Cet essai est un défi pour la politique et la philosophie. Il montre en quoi la philosophie dys-topique du mouvement qui intègre la violence extrême peut être un pari tragique positif d’exercice de la liberté, de l’hospitalité. Que signifie aujourd’hui les « humains superflus », les « sans-Etat », « le droit d’avoir des droits », la « violence extrême », quand on voit ces mots depuis les routes, les camps de réfugiés ? Choisir de résister a un sens. La question est de savoir comment parier. »

L’évidence de l’asile. « Son évidence a les pieds dans la boue de l’histoire, la matérialité des conditions d’existences humaines, les luttes les refus des guerres, le désarroi, un travail entre inconvertibilité/convertibilité de la « violence extrême » ». Comprendre et résister à ce qui se joue dans les politiques de fermeture des frontières, dans la création d’« humains superflus », dans la « catastrophe ». Lire la suite

Les Lumières en question. À propos du livre de Jonathan Israel, Une révolution des esprits. Les Lumières radicales et les origines intellectuelles de la démocratie moderne

Cet ouvragei, synthèse d’une œuvre monumentale de quatre volumes de 1 000 pagesii, dont seul le premier a été traduit en français, permet d’entrevoir la nature encyclopédique du travail effectué par l’auteur, professeur aux États-Unis à l’Institute for Advanced Studies de Princeton. L’intérêt d’une synthèse, surtout quand elle est effectuée par l’auteur lui-même, est qu’elle permet d’aller à l’essentiel de sa pensée et facilite donc la discussion de la thèse avancée et de la méthode employée. Lire la suite