Archives de Catégorie: Territoires coloniaux français

Patrick Chamoiseau : CONTRE LES STATUES : LES TRACES-MÉMOIRES

Nos monuments demeurent comme des douleurs.

Ils témoignent de douleurs.

Ils conservent des douleurs.

Ce sont le plus souvent des édifices produits par la trajectoire coloniale : forts, églises, chapelles, moulins, cachots, bâtiments d’exploitation de l’activité esclavagiste sucrière, structures d’implantation militaire… Les statues et les plaques de marbre célèbrent découvreurs et conquistadores, gouverneurs et grands administrateurs. En Guyane, comme aux Antilles, ces édifices ne suscitent pas d’écho affectif particulier ; s’ils témoignent des colons européens, ils ne témoignent pas des autres populations (Amérindiennes, esclaves africains, immigrants hindous, syro-libanais, chinois…) qui, précipitées sur ces terres coloniales, ont dû trouver moyen, d’abord de survivre, puis de vivre ensemble, jusqu’à produire une entité culturelle et identitaire originale. Lire la suite

Le RIN réaffirme l’inscription automatique et sans condition des kanak sur la liste référendaire de 2018

Le RIN réaffirme sa demande, celle d’inscrire automatiquement et sans condition de tous les kanak sur la liste référendaire de 2018. Les indépendantistes et nationalistes annoncent aussi qu’ils seront sur le terrain pour informer les populations de leur démarche. Lire la suite

Pas de consensus sur la revendication légitime d’inscription des kanak sur la liste référendaire

Réunis en conférence de presse le jeudi 10 novembre 2016, les membres du Rassemblement des Indépendantistes et Nationalistes (R.I.N.) ont réagi sur le relevé de conclusions du dernier Comité des signataires qui s’est tenu à Paris en début de semaine. Positions. 

En ouverture de la conférence de presse, Sylvain Pabouty rappelle la revendication du R.I.N. : « l’inscription automatique des kanak et sans condition sur la liste référendaire, la marche du 26 octobre » qui a rassemblé entre 5 à 6 000 personnes dans les rues Nouméa, et «  le contexte avec les prises de positions des uns et des autres » sur ce sujet.  « On espérait qu’ils examinent notre revendication et se positionnent là-dessus », ajoute-t-il. Ce souhait a été entendu à Paris puisque le sujet a été largement débattu entre les politiques. Lire la suite

Communiqué de presse du Rassemblement des Indépendantistes et Nationalistes (R.I.N.)

Suite à la forte mobilisation du 26 octobre dernier sur l’inscription automatique et sans condition des Kanak sur la liste de consultation en 2018, le RIN (Rassemblement des Indépendantistes et Nationalistes) remercie les militants qui se sont déplacés de tout le pays pour répondre massivement à l’appel sur Nouméa et également celles et ceux qui se sont mobilisés sur Drehu et Nengoné. Lire la suite

Droit à l’autodétermination pour tous les kanak !

Une marche dans les rues de Nouméa pour revendiquer l’inscription automatique et sans condition de tous les kanak sur la liste de consultation de 2018. Objectif annoncé des représentants du Rassemblement des Indépendantistes et des Nationalistes (RIN) est d’interpeller l’Etat et le Comité des signataires de novembre prochain.

Une grande mobilisation le 26 octobre 2016. « Une marche qui partira du Mwa Ka à 13 heures, elle fera un arrêt à la mairie et se dirigera vers le Haussariat », indique ce matin1, Olga Nassele, militante du mouvement des indépendantistes en ouverture de la conférence de presse. Objectif clair et sans détour, « interpeller l’Etat et le Comité des signataires du 7 novembre 2016 sur l’inscription automatique et sans condition des kanak sur la liste électorale spéciale de consultation de 2018 », souligne-t-elle.  Lire la suite

L’USTKE appelle à la grève générale ce mercredi 3 aout 2016

2016 Affliche mobilisation 3 août-page-001 Lire la suite

Crise à Mayotte, le retour de boomerang d’une politique depuis longtemps inacceptable

Communiqué

« Mayotte asphyxiée ! » « Vols, agressions et meurtres au quotidien » « Climat de psychose installé », « Système de santé débordé » « Écoles surchargées = enfants en danger = délinquance juvénile et chômage en masse ». Voici quelques formules proclamées le dimanche 15 mai 2016 par une centaine d’habitants du village de Bouéni, au sud de l’île, et par d’autres à Koungou, au nord de l’île. Leur tract appelle à une opération d’expulsion « des clandestins » qu’il qualifie de « pacifique ». Lire la suite

Au mépris du droit international, l’Etat français…

412EW8GY2WL._SX210_« En 1975, lors de la décolonisation du Territoire des Comores, la France viole la règle internationale du respect des frontières en arrachant Mayotte à cet archipel »

Pierre Caminade revient sur cette situation illégale mainte fois condamnée par l’ONU, son histoire ainsi que celle des « confettis de l’empire », la place du patrimoine maritime français induite par la non-décolonisation, le « mur de Berlin aquatique » construit avec le visa imposé par le gouvernement Balladur… Lire la suite

Mayotte : grève générale, silence colonial et blindés pour la répression

Au 12e jour de grève générale illimitée pour «l’égalité réelle et la justice» démarrée au lendemain des deux journées de grève contre la loi travail les 30 et 31 mars, pas un seul média n’en parle en France métropolitaine, pas une ligne, pas une seconde. Mayotte est pourtant un département français. En réalité, c’est parce que les 210000 habitants de Mayotte (et les dizaines de milliers de clandestins venant des Comores) vivent dans une des pires sociétés coloniales ; 82% à 92% de la population y vit sous le seuil de pauvreté alors que le coût de la vie est le plus élevé de tous les territoires français1 ; le taux de chômage y est de 20% (46,5% pour les jeunes) auquel il faut ajouter les clandestins; le taux d’illettrisme bat des records ; il n’existe qu’un seul centre hospitalier, soit moins de deux lits pour 1000 habitants contre six en métropole ; le nombre d’écoles est tellement insuffisant qu’il leur faut parfois fonctionner par rotation ; tout cela sur le territoire le plus pauvre de la République et où 50% de la population a moins de 20 ans. C’est explosif. Lire la suite

Elles et ils sont français-e-s mais pas français-e-s

an_dot2Dans son avant-propos, publié avec l’aimable autorisation des Editions Syllepse, avant-propos-de-nicolas-rey-a-son-livre-an-dot-soley-regards-noirs-sur-la-ville-lumiere/, Nicolas Rey parle, entre autres, de « sa » communauté antillaise, « de part et d’autre des deux rives », d’être comme « étranger dans son propre pays ! », de migration, de vivre dans un pays « qui n’est pas celui de votre naissance »… L’auteur revient sur le mouvement de 2009…

« C’est dans la même dynamique que sort ce nouvel ouvrage, An Dot Soley. Regards noirs sur la Ville Lumière. Douze des trente entretiens réalisés originellement il y a une dizaine d’années ont été retenus, en mettant l’accent cette fois principalement sur la communauté antillaise bien plus nombreuse en proportion dans la région parisienne que toutes les autres également issues des DOM-TOM. Je n’ai néanmoins pas oublié d’évoquer dans l’analyse du contexte général, le parcours des Guyanais et Réunionnais ayant dans une moindre mesure migré vers la Métropole ». L’auteur souligne « Livrées telles quelles, sans détours et souvent crues, parfois amères ou enfouies sous la violence d’une vie, ces paroles toutes recueillies au beau milieu des quartiers, mettent à nu des solidarités inespérées ou des forteresses étonnantes entre groupes ethniques, classes sociales, genres, cultures « de banlieue » ou plus traditionnelle, statuts liés au logement ou religions ». Une invitation à « à plonger à pic dans les méandres de l’interculturalité concrète », dans les interstices de la domination où « quelque chose d’autre s’invente ».

Le livre comporte trois parties :

1er temps. Les Antilles à Paris : contexte

2ème temps. Grands témoins : parole donnée

Dernier temps. Au croisement des regards

Nicolas Rey parle de l’organisation d’une « migration de masse vers l’hexagone », en particulier dans les années 60, du Bumidon, de la combinaison de « développer sur place et pousser au départ », de la crainte de luttes pour l’indépendance, des postes dans les échelons peu qualifiés (hôpitaux, police, PTT), de logique coloniale et capitaliste…

« Durant les années 1990, les « originaires des DOM-TOM » sont donc de plus en plus des personnes nées et vivant sur le sol métropolitain, et de moins en moins de nouveaux arrivants ».

L’auteur souligne le rôle de la solidarité familiale pour l’hébergement, la surreprésentation dans les logements sociaux, dans les localités du nord-est de l’agglomération parisienne. Il analyse la politique d’attribution des logements « animée par une maîtrise du peuplement selon l’origine ethnique »…

Nicolas Rey souligne le poids du passé d’esclavage pour les Antillais-e-s, « Sa fabrication c’est 213 années d’esclavage sur 379 ans de vie » et indique que « le préjugé de la couleur qui est issu de l’esclavage agit toujours ». Les « catastrophes » du passé ne sont pas que du passé, elles s’inscrivent, non seulement dans les rapports sociaux d’aujourd’hui, mais dans les individu-e-s elles/eux-mêmes en fonction des itinéraires personnels. Une trace, comme ces numéros tatoués sur les bras des déporté-e-s, mais comme réinscrite en permanence… La reconnaissance tardive mais géographiquement limitée d’un crime contre l’humanité, suivant la formule actuelle, ne saurait suffire, d’autant que des politiques de réparation ne sont toujours pas mis en œuvre, sans oublier le présent (néo)colonial…

L’auteur analyse cette « question mémorielle », le fait que les Antillais-e-s soient considéré-e-s « comme des étrangers non européens », les impacts des consonances de leur nom et prénom…

Nicolas Rey parle de musique, « La musique devient alors non seulement structurante pour ces jeunes, mais elle renforce le lien entre la culture héritée des parents, et la leur, multiculturelle, développée en banlieue », des hôteliers marchands de sommeil, de l’intégration « multiculturelle »…

Je reste très dubitatif sur la notion de « libido pleinement exprimée » à propos de la succession de compagnes.

Dans leurs témoignages, les femmes antillaises soulignent les violences racistes et/ou sexistes, les viols, les menaces de morts, les violence intrafamiliales et le silence qui les entourent, les attaques par les « religieux »…

L’auteur souligne la place du religieux dans les échanges interculturels, les conséquences de la prison « qui casse les hommes », « qui vous broie lentement, à petit feu », les pratiques « magico-religieuses », le machisme et l’irresponsabilité des hommes, la déstructuration de la famille antillaises (mais sans interroger la « famille » dans les rapports sociaux de sexe)…

Sont, entre autres, aussi abordés, la « violence du combat pour se loger » (Une des personnes interrogées indique : « Pour la première fois, j’étais comme un chien, je n’avais pas de toit »), les rapports entre Africain-e-s et Antillais-e-s, les fractures entre les différents « communautés », la « concurrence des victimes », l’essentialisation des identités, l’ethnicisation des rapports sociaux, les révoltes des jeunes contre l’injustice sociale, l’organisation des politiques de ségrégation, la ghettoïsation, les difficiles départs et les douloureux retours, le retissage de liens, « les enfants de migrants sont ceux qui poussent parfois les parents à retisser les liens rompus avec le pays de provenance », les doubles cultures, les cultures mondialisées…

En « Dernier temps : Au croisement des regards », Nicolas Rey revient sur le mal-logement, les quartiers dits de la ségrégation, la difficulté de sortir de l’habitat social, la discrimination au logement, le contentieux entre Antillais-e-s et Africain-e-s lié à l’esclavage, le « spirituel », l’interculturalité qui « se développe sur des lignes de front invisibles mais pourtant là, omniprésentes »…

Des analyses et des témoignages sur l’autre face de la « Ville Lumière » et la ligne de couleur qui stigmatise les un-e-s et invisiblise la « blancheur » des autres.

Du même auteur, avec Frédéric Gircour : LKP Guadeloupe : le mouvement des 44 jours : une-democratie-qui-ne-tienne-plus-les-populations-a-lecart-des-decisions-quon-dit-prendre-en-leur-nom/

Nicolas Rey : An Dot Soley.

Regards noirs sur la Ville Lumière

Editions Syllepse

http://www.syllepse.net/lng_FR_srub_37_iprod_630-an-dot-soley.html, Paris 2015, 168 pages, 12 euros

Didier Epsztajn

TRACT DU GROUPE FEMMES RENAULT (MAI 1984) : MERES VEILLEUSES OU MERVEILLEUSES ?

Avec l’aimable autorisation des Editions Syllepse

benoits-algerieÀ l’occasion de la Fête des mères, le Groupe femmes Renault vous propose un petit jeu culturel. Parmi ces personnages célèbres, quels sont ceux que vous connaissez ? (Répondre par oui ou non)

Femmes : Christine de Pisan (1364-1429) ; Olympe de Gouge (1748-1793) ; Camille Claudel (1864-1895) ; Berthe Morisot (1841-1895) ; Clara Zetkin (1857-1933) ; Marguerite Durand (1865-1936) ; Cécile Brunschvicg (1877-1946) ; Coline Serreau (contemporaine).

Hommes : François Villon (1431-1463) ; Camille Desmoulins (1760-1794) ; Auguste Rodin (1840-1917) ; Édouard Manet (1832-1883) ; Léon Trotsky (1879-1940) ; Émile Zola (1840-1902) ; Jean Zay (1904-1944) ; Maurice Pialat (contemporain).

Compter 1 point par oui dans chaque colonne, 0 point par non.

Réponses : pour les hommes, vous les connaissez sûrement, sinon, reportez-vous à votre dictionnaire ; pour les femmes, qui ne sont pas toutes au dictionnaire, voir au verso.

Nous sommes presque sûres que votre total côté hommes est supérieur au total côté femmes… De là à conclure que c’est normal, puisque tous les hommes sont les meilleurs, il n’y a qu’un pas. Eh bien non, ce n’est pas la bonne explication.

Les exemples ci-dessus montrent que les femmes sont aussi peintre, sculpteur, journaliste, écrivain, ministre, cinéaste, militante… Mais on les oublie car 2 000 ans d’histoire ont façonné une image de la Femme un peu étroite : avant tout épouse et mère au foyer.

Mère, vous avez dit mère ? Mais au fait, c’est la fête des mères !!!

Rappelons que cette institution date du temps de Vichy et qu’elle se maintient grâce à la complicité bienveillante des commerçants et des médias… On glorifie un jour par an la maternité, à grand renfort de cadeaux – bien souvent ménagers – et, le reste du temps, on ne parle plus des femmes.

Ah si, le 8 mars, mais pas partout.

Rappelons que le 8 mars est la Journée internationale des femmes, célébrée depuis le début du siècle en hommage à leurs luttes, qu’elles soient mères ou pas.

« Elles ont deux fêtes par an et elles ne sont pas contentes ! »

Il ne faut pas que ces fêtes servent à donner bonne conscience à nos gouvernants et à notre entourage. Nous ne voulons pas être réduites uniquement aux rôles d’épouse et de mère, que nous ne nions pas, mais qui ne sont que des composantes – pas obligatoirement indispensables – de notre vie. Nous voulons que l’on reconnaisse notre identité et notre valeur dans la vie professionnelle, politique, culturelle, économique, etc., au même titre que les hommes. Définit-on un homme uniquement par ses fonctions d’époux ou de père ? Impensable ! Cela susciterait immédiatement l’hilarité générale. Pourquoi devrions-nous alors accepter pour nous, femmes, ces images restrictives et stéréotypées ?

Nos comités d’entreprises, qu’ils soient CIB ou Siège, ne dérogent pas à la sacro-sainte coutume qui fait le bonheur des fleuristes et des vendeurs de gadgets en tout genre tous les ans, fin mai : ceci à l’aide de toute une panoplie de cadeaux plus utilitaires que culturels, et parfois aussi superbement inutiles que le « service à lapin trois pièces » (Y avait déjà eu celui à moules, à asperges… à quand celui à dinde ou cornichon ?)

Mais était-il vraiment nécessaire au comité d’entreprise Siège d’assortir cette présentation de cadeau d’une missive dans le plus pur style paternaliste, limitant les problèmes des femmes à leurs soucis familiaux et, le comble, évoquant comme sujet d’inquiétude la menace du chômage… des maris (!)… comme si les femmes en étaient à l’abri…

Il y avait tout de même plus, et mieux à dire sur le sujet… […]

Réponses au jeu

Christine de Pisan : première femme de lettres à vivre de sa plume.

Olympe de Gouge : révolutionnaire, auteur de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne. Guillotinée.

Berthe Morisot : peintre impressionniste et, comme le dit le dictionnaire, belle-sœur de Manet. Le même dictionnaire ne fait pas mention que Manet est le beau-frère de Berthe Morisot.

Camille Claudel : sculpteur – victime de la non-reconnaissance de son talent, fut internée en hôpital psychiatrique. En cours de réhabilitation (voir l’exposition, le livre – Reine-Marie Paris, « Camille Claudel » – et différents articles la concernant).

Cécile Brunschvicg : sous-secrétaire d’État à l’Éducation nationale en 1936 (les femmes n’avaient pourtant pas encore le droit de vote).

Marguerite Durand : comédienne, journaliste, a fondé le premier quotidien féministe, La Fronde, entièrement géré par des femmes.

Clara Zetkin : militante révolutionnaire et féministe. Contribua au développement du parti communiste allemand. Fut à l’origine de l’adoption du 8 mars comme Journée internationale des femmes.

Coline Serreau : cinéaste, réalisatrice de Mais qu’est-ce qu’elles veulent ?, Pourquoi pas ?, Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux ?… […]

Clara et Henri Benoits, avec Jean-Claude Vessilier : L’Algérie au cœur

Révolutionnaires et anticolonialistes à Renault-Billancourt

Editions Syllepse, http://www.syllepse.net/lng_FR_srub_37_iprod_609-l-algerie-au-c-ur.html#, Paris 2014, 224 pages, 14 euros

Extrait N°1 : Clara et Henri Benoits : L’Algérie au cœur Révolutionnaires et anticolonialistes à Renault-Billancourt

Avec l’aimable autorisation des Editions Syllepse

benoits-algerieTout est relaté dans le témoignage que nous avons rédigé pour Jean-Luc Einaudi lors du procès que Papon lui a intenté en 1998, plus de trente ans après les faits. Ce témoignage portait sur le parcours de la manifestation entre Opéra et le cinéma Le Rex, au métro Bonne-Nouvelle. Le voici :

Nous, soussignés Benoits Henri et Clara, connaissance prise des articles 200, 201, 202 et 203 du nouveau Code de procédure civile, attestent les faits ci-dessous relatés pour les avoir personnellement constatés :

Travaillant chez Renault l’un et l’autre, liés d’amitié avec des Algériens syndicalistes comme nous, nous avons été pressentis pour assister en tant que témoins-observateurs à la manifestation que se proposait d’organiser le FLN le 17 octobre 1961.

Cette manifestation n’était pas autorisée, mais nos amis nous expliquèrent qu’elle avait pour but de dénoncer le couvre-feu auquel seuls les « Français musulmans algériens » étaient soumis d’une part, et montrer que la population algérienne immigrée adhérait massivement et librement à la cause de l’indépendance revendiquée par le FLN d’autre part. Cet objectif était contesté par une partie de l’opinion publique prétendant que l’audience du FLN n’était due qu’à la « terreur » qu’il exerçait sur la population algérienne.

Pour nous à Renault-Billancourt, où était rassemblée probablement la plus grande concentration d’Algériens en France, cette adhésion « libre et massive » était évidente.

Encore fallait-il le prouver à la masse des citoyens français. Tout moyen d’expression légale du FLN étant interdit, il ne restait plus que la voie publique pour le faire savoir.

C’est dans ces conditions qu’un rendez-vous nous fut fixé à 19 heures place de l’Opéra. Dès la sortie du métro, ceux des passagers dont le faciès pouvait évoquer l’origine étaient conduits dans des bus stationnés face à la sortie du métro.

Cette opération se déroulait dans le calme, chaque Algérien n’opposant aucune résistance. Le nombre de cars était limité et le flot d’Algériens surgissant de tous horizons, un regroupement se forma à l’angle du boulevard des Capucines. Vers 20 heures, le cortège des manifestants s’ébranla en direction de Richelieu-Drouot. Il occupait la chaussée sur une longueur de 200 à 300 mètres dans un calme impressionnant. Nous distinguions même des jeunes filles, habillées dans des couleurs évoquant le drapeau algérien. La nuit était tombée. Nous nous tenions sur le trottoir près de la queue du cortège.

Derrière nous, dans le lointain, 200 à 300 mètres peut-être, la chaussée étant libérée, nous entrevoyions une masse noire de cars de police. Le cortège se poursuivit, passa Richelieu-Drouot, et continua sur les grands boulevards, puis marqua un temps d’arrêt à la hauteur de la station Bonne Nouvelle, au moins pour nous qui étions placés à la queue du cortège. Nous n’en connaissions pas la cause car la pénombre ne nous permettait pas de distinguer la tête du cortège.

C’est à ce moment que retentirent de fortes détonations. Il ne nous semble pas qu’elles provenaient de l’arrière mais plutôt de l’avant du cortège. Ce fut soudain la plus grande confusion dans un grand tumulte et des cris, une partie des manifestants refluant vers l’arrière et les bouches de métro. Chacun s’égaillait comme il pouvait vers les portes cochères, les rues adjacentes…

Près de nous, un homme s’affala sur le trottoir, le visage couvert de sang. Il ne pouvait être question de l’abandonner et aidés de deux de ses compatriotes, nous réussîmes à nous réfugier dans le métro. Le premier train pris, une ou deux stations plus loin, on ressortit. On rencontra alors un ami de Billancourt sollicité pour les mêmes motifs que nous mais placé côté place de la République. Il a accompagné un cortège se déroulant dans un sens opposé au nôtre. « Cela va mal », nous dit-il, la police ou les CRS, nul ne le sait, a tiré. Il a vu des corps étendus. Il s’agit de Georges Lepage habitant Ivry-sur-Seine. Nous nous engouffrons dans sa voiture garée près de là et nous « tournons » dans le quartier.

En remontant par le boulevard Haussmann et en obliquant vers l’Opéra, nous découvrons l’arrière du théâtre où existe un local dépendant de la Préfecture de police. Un car de police décharge sa cargaison de manifestants. Une vingtaine de mètres les sépare de l’entrée du commissariat. Tout le long de ce parcours, entre deux haies de policiers, les « manifestants » défilent en essayant de se protéger la tête de leurs mains. Des coups de matraque leur sont méthodiquement et violemment assénés par ces « policiers ». Ces derniers ne répondent pas à une menace quelconque ou à la moindre agression. Ils frappent de façon systématique, sans la moindre gêne, se sentant peut-être protégés par leur hiérarchie, ou bien ont-ils des ordres ? Nous n’en savons rien, mais cela nous apparaît, de toute façon, inacceptable.

Retournant vers notre domicile, rue Olivier-de-Serres à l’époque, nous remarquons de nombreux cars stationnés aux abords du Palais des Sports, boulevard Lefebvre. Il est largement passé minuit, le silence règne. Nous pensons que c’est un lieu de rassemblement des personnes appréhendées. Nous ne pouvons soupçonner la vérité. Nous n’apprendrons que plus tard les abominations qui s’y sont déroulées.

Nous attendons encore aujourd’hui une manifestation de « repentance » de l’incitateur ou de l’ordonnateur de ces atrocités. Papon !

Fait à Issy-les-Moulineaux le 17 novembre 1998

 

Clara et Henri Benoits, avec Jean-Claude Vessilier : L’Algérie au cœur

Révolutionnaires et anticolonialistes à Renault-Billancourt

Editions Syllepse, http://www.syllepse.net/lng_FR_srub_37_iprod_609-l-algerie-au-c-ur.html#, Paris 2014, 224 pages, 14 euros

Mayotte : Territoire d’exception ou colonie française ?

4L’archipel des Comores, au nord-ouest de Madagascar, est composé de 4 îles
volcaniques : Mayotte , Grande Comore, Mohéli, et Anjouan. Le sort réservé
à Mayotte, département français d’Outre-Mer depuis 2009 et région européenne ultrapériphérique depuis le 1er janvier 2014, nous semble
emblématique des politiques coloniales et racistes menées par l’État français dans les restes de son Empire.
Absent, invisibilisé par les grands médias français, le dessein des habitant-e-s de Mayotte et des Îles sœurs est marqué par l’arbitraire et la violence d’État. Quant aux migrant-e-s qui réussissent à débarquer à Mayotte, ils/elles font les frais d’une politique d ’immigration d’exception.
Pour la Commission Nord/Suds , Mayotte apparaît comme un laboratoire des
politiques antisociales , racistes et coloniale s .
Dans cette brochure, nous vous livrerons une analyse sur la manière dont
s’imbriquent ces politiques et présenterons les effets délétères et mortifères de
ces dernières. 
La Commission Nord/Suds de la Fasti

Pour lire la brochure  : Kwado_Mayotte

Guadeloupe « Le résultat de la désespérance »

Depuis le spectaculaire mouvement de grève qui  avait mobilisé la Guadeloupe durant quarante-quatre jours de grève en 2009, il semble que rien n’a été fait pour sortir la Guadeloupe du mal-développement. Analyse d’Alex Bandou,  secrétaire général de l’UPG, suppléant au comité national de la Confédération paysanne.

Comment s’explique la violence sociale que vivent aujourd’hui les Guadeloupéens ?

Avec une  cinquantaine de meurtres en 2013, pour une population d’environ 400 000 habitants, la Guadeloupe détient un triste record , c’est vrai. Mais n’exagérerons pas  la situation, comme le font les médias nationaux. Ce ne sont pas des meurtres crapuleux mais plutôt le résultat de la désespérance, notamment des jeunes. Quand vous avez 60% des 15-24 ans au chômage, presque 25% d’illettrisme, aucune perspective pour la jeunesse et que vous ajoutez de la drogue et de l’alcool, vous avez un cocktail explosif. Il ne faut pas s’étonner que la paix sociale en prenne un coup. La situation est la conséquence de mauvaises décisions politiques.

Après les 44 jours de grève et de révolte en 2009, il y avait eu pourtant un protocole d’accords mis en place ?

Les points majeurs de cet accord signé par le LKP1 et les pouvoirs publics nationaux et locaux n’ont jamais été respectés. Nous n’avons rien vu sur la baisse des prix ou la dépollution des eaux. Quant aux plans d’insertion et de formation des jeunes, ils sont restés dans les tiroirs. Le plus grave, c’est que le gouvernement accélère la dépossession de la Guadeloupe de sa matière grise. Les jeunes diplômés s’en vont en métropole ou au Canada. Ceux qui restent n’ont aucune formation. Par contre, ce sont les diplômés de métropole ou d’ailleurs qui viennent occuper les postes d’encadrement. Les dispositions du code des marchés publics censés favoriser l’emploi des Guadeloupéens ne sont pas appliquées. La directive européenne Bolkestein, qui permet la liberté d’établissement des prestataires et leur libre circulation, impose un dumping social en mettant les travailleurs des pays de l’UE en concurrence. Et en cherchant toujours le moins disant social. En Guadeloupe, ses conséquences  sont terribles, notamment dans le secteur du bâtiment.

Autres conséquences terribles, cette fois dans l’agriculture : les accords de partenariat économique (APE)  visant à développer le libre échange entre l’Union européenne et les pays ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique). Sous couvert de légalité, les productions agricoles guadeloupéennes subissent de plein fouet une concurrence déloyale.

Dans quelle situation se trouve l’agriculture guadeloupéenne ?

Nous sommes toujours dans le même ratio : 80 % de la nourriture consommée par les Guadeloupéens est importée, alors qu’aucune contrainte climatique ou pédologique n’impose cette réalité. A la remarque près qu’aujourd’hui, une partie des terres sont contaminées par le chlordécone. La législation alimentaire en vigueur tient le producteur pour responsable de la qualité sanitaire des produits qu’il met sur le marché. Un paysan guadeloupéen – qui n’est en aucun cas responsable de la pollution par cet insecticide organochloré – ne sait pas ce qu’il peut cultiver sans risque en fonction de la contamination de son sol, ni vers quelle production se reconvertir…Toutes les conditions sont réunies pour que l’activité agricole n’attire pas les jeunes. D’ailleurs, il n’existe plus d’ouvriers agricoles guadeloupéens. Ils sont en majorité Haïtiens maintenant.

Quels sont les chantiers prioritaires de l’Union des producteurs agricoles (UPG) ?

Justement, revaloriser l’image du métier, inciter l’installation de nouveaux paysans et former les cadres du syndicat font partie des orientations prises à la dernière assemblée générale de l’UPG. Dans cet objectif là, l’UPG, en lien avec différents chercheurs et d’autres partenaires, organise un cycle de formation qui rassemblera 25 paysans ou futurs paysans. Les sessions d’une journée, bimestrielles, seront étalées sur toute l’année. La première aura lieu d’ici la fin de l’année et sera axée sur l’historique des rapports sociaux en Guadeloupe et les conditions de l’émergence de sa paysannerie. Nous espérons un renforcement organisationnel et idéologique du syndicat.

Le rapport de force avec la Fdsea est rude. Nous avons récolté 20% des voix aux dernières élections chambre d’agriculture. Mais cela ne reflète pas la réalité, car les Guadeloupéens et notamment ses paysans ne veulent pas d’un modèle de production à la bretonne (productiviste et corporatiste), comme le prône la Fdsea d’ici. Malheureusement, ses dirigeants, comme nos politiques, savent très bien se servir des leviers de la peur, voire même de la corruption lorsqu’il s’agit de voter. Nous l’avons bien vu avec le référendum de 20112.

Où se trouvent les graines d’espoirs ?

Malgré tout, depuis 2009, la société civile a pris conscience qu’il faut assurer l’autonomie alimentaire du pays par la reconquête du marché local. Les débats publics sur la souveraineté alimentaire, l’empoisonnement des sols, les épandages aériens de pesticides, les accords de partenariat économique font toujours le plein.

L’UPG est à l’initiative de KAP Gwadloup, l’équivalent des Amis de la Conf’.  C’est un relais essentiel qui soutient et popularise le concept d’agriculture paysanne auprès des Guadeloupéens. Depuis trois ans, elle a mis en place un programme qui tourne régulièrement dans les écoles pour inciter à « manger local », en lien avec des paysans et des chefs cuisiniers.

Quand on va le mercredi après-midi au marché de Moule, commune de Grande Terre, comment ne pas être fier d’être paysan ? 5 000 à 6 000 personnes viennent y faire leurs achats, pas moins de 50 000 euros s’y échangent ! Les grandes surfaces ont bien essayé avec leurs grands moyens de tirer à eux cette clientèle. Mais en vain.

L’UPG, avec d’autres partenaires de la société, a aussi crée en 2011 une association pour une agriculture paysanne dans les Caraïbes, APECA.

Ce réseau solidaire nous renforce et nous fédère  dans notre combat pour un autre modèle d’agriculture, écologiquement équilibrée, économiquement viable, socialement juste et culturellement adaptée.

Les graines d’espoir sont semées, elles doivent maintenant  germer.

Propos recueillis par Cécile Koehler, publié le 06/01/2014 sur le site de la Confédération Paysanne, http://www.confederationpaysanne.fr/actu.php?id=2179

1 Lyannaj kont pwofitasyon, collectif d’organisations syndicales, associatives, politiques et culturelles de Guadeloupe. www.lkp-gwa.org/

2 Étrange paradoxe : alors qu’en 2009, un quart des Guadeloupéens était descendu dans la rue, en 2011 la population a voté contre un changement de Constitution qui aurait permis d’adapter certaines lois et directives au contexte du pays.

Lettre ouverte aux intellectuels de la Guadeloupe

Pointe-à-Pitre le 14 novembre 2013

LETTRE OUVERTE AUX INTELLECTUELS DE LA GUADELOUPE

« Se murer dans le silence c’est se suicider »

Mesdames, Messieurs,
Honorables intellectuels,

Vous n’avez reçu de mandat de personne et le statut dont vous bénéficiez ne vous a été accordé par aucune autorité officielle. Vous êtes, donc, les plus démunis des hommes. Mais, vous êtes aussi les mieux armés puisque le souci de la liberté, de la clar-té, de la rigueur et de l’honnêteté intellectuelles constitue, en principe, votre marque dis-tinctive.

Je prends, alors, le risque de m’adresser à vous.

Je suis préoccupé par la résurgence, dans la vie publique guadeloupéenne, de propos ouvertement racistes sans que ceux-ci provoquent l’indignation du pays tout entier.

• Hier, la Responsable des Ressources Humaines de la Maison Départementale de l’Enfance, en pleine réunion, s’est permis de lancer au visage des cadres de l’établissement « l’omniniant crachat », remettant en cause le bien-fondé de l’abolition de l’esclavage. Sans vergogne, elle a prétendu vouloir « mettre de l’ordre » dans la Fonction Publique Hospitalière, comparée ici à une république bananière. Les représentants du Conseil Général en sont informés. J’attends, avec une certaine impatience, les mesures appropriées qu’ils ne sauraient manquer de prendre.

• Le 5 décembre, ce sont deux salariés de l’ex-Carrefour Milénis qui vont devoir se présenter devant le Tribunal de Grande Instance de Point-à-Pitre pour avoir distribué un tract dans lequel est écrit : « la famille Despointes a bâti toute sa fortune sur la traite négrière, l’économie de plantation et l’esclavage du salariat ». Jean et Martin Huygues Despointes demandent au tribunal de condamner ces deux salariés à 50.000 euros pour chacun au titre de dommages et intérêts et à 5.000 euros au titre des frais engagés.

Il n’est pas utile de vous préciser que les salariés poursuivis ne sont d’aucune loge maçonnique qui pourrait les protéger de ses bras tentaculaires. Ils sont simplement militants d’un syndicat ouvrier : la C.G.T.G.

Ainsi, de manière curieuse et scandaleuse, l’histoire est revisitée. Les héritiers de la barbarie esclavagiste réclament de l’argent. Pourtant, quelque soit leur appartenance ethnique, n’avaient-ils pas déjà été « dédommagés » en 1848, lorsqu’à l’abolition de l’esclavage ils ont été privés du service de leur « bétail humain » ? Encore une fois, ce sont les victimes qui doivent se présenter devant un tribunal pour se justifier de ne pas savoir taire la vérité historique, économique et sociale.

Permettez-moi, honorables intellectuels, de m’adresser à vous sur un mode franc et direct : il y a beaucoup de manières de perdre son honneur. L’une d’elles serait de garder le silence quand un procès inique est intenté à des militants salariés et à leur syndicat. Tout au long de votre parcours d’intellectuels, vous avez rédigé des thèses de grande ambition destinées à un cercle étroit. Sauriez-vous, aujourd’hui, vous adresser à un public plus large ?

Vous ne pouvez ignorer que l’opinion attache plus de poids à votre parole qu’à celle de deux commerçants affairistes dont l’idéal de vie se résume à acheter et à revendre pour amasser des fortunes.

Vous aurez compris que ce n’est pas la personne de Jean ou de Martin Huygues Despointes qui importe. Notre devoir consiste également à tordre le cou à toute idéologie racialoïde, forcément démagogique, à toute propagande noiriste, profondément obscuran-tiste. Il faut refuser de céder à la tentation de remplacer une mystification par une autre. Ce qui importe, donc, ce sont les questions que je pourrais formuler en ces termes :

➢ Sous quelles conditions politiques, sociologiques et morales, dans un pays ayant connu deux siècles d’esclavage, un bénéficiaire de ce crime contre l’humanité, peut-il s’estimer autorisé à porter plainte contre ceux qui lui rappellent la macabre histoire et l’ignoble actualité ?

➢ Comment un magistrat, fonctionnaire assermenté de la République Française, peut-il concevoir un seul instant que cette plainte est recevable et digne d’être examinée par un Tribunal de Grande Instance ?

Il faut bien admettre que la magistrature, dans ce pays, pour qu’elle agisse de la sorte, se trouve privée de tout sentiment de responsabilité et de pudeur. Il faut bien ad-mettre que le magistrat nourrit un fantastique mépris de son métier, de l’opinion et de lui-même pour prétendre que les deux syndicalistes doivent être jugés. Naguère, ce genre d’individus faisait carrière dans d’autres trafics. Ils évitaient de se mêler des questions de justice ; justice pour laquelle nous nous faisons la plus haute idée.

Honorables intellectuels !

Ce dont nous sommes responsables, ce n’est pas de la vérité éternelle des Mathématiques, de l’Astrophysique ou de la Métaphysique. Ce dont nous sommes responsables, c’est de la présence effective de la vérité historique dans et pour le monde dans le-quel nous vivons. C’est cette vérité que veut ruiner le procès intenté aux militants de la C.G.T.G.

Ne pas se dresser contre cette imposture, ne pas la dénoncer publiquement, c’est se rendre co-responsable de son éventuelle victoire. On ne ruse pas, on ne truque pas, on ne triche pas avec l’histoire.

Quand on se mure dans le silence, c’est déjà un suicide moral, un suicide politique, un suicide tout court.
Je sais qu’un alibi, fort commode, a été forgé pour justifier que l’on puisse concéder indulgence et absolution aux juges qui garantissent la pérennité de l’injustice. « Le Tribunal doit pouvoir délibérer dans la plus grande sérénité » nous dit-on.

Hélas ! Cette complaisante astuce, ce bavardage saumâtre, ne peut être éternellement de mise.

Pour ce qui me concerne, je préfère me fier à la sagesse de Jean de La Fontaine :« Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous feront blanc ou noir ».

J’ai la conviction que l’une des qualités premières de l’intellectuel, c’est le courage physique. C’est en toute lucidité, et à ses risques et périls, qu’il se jette dans le feu de l’action. Vous le savez : « Chaque parole a des retentissements. Chaque silence aussi ».

Il convient, donc, de fermer la voie à l’entreprise de falsification de l’histoire dont le dessein essentiel reste l’expression des plus vieilles pulsions racistes.

C’est ici que votre fonction d’intellectuel devient importante, non parce qu’elle est facile, mais précisément parce que vous avez la passion des causes difficiles : ne pas vous faire complices d’un pouvoir oppresseur, ne pas vous situer dans l’ordre des acquiescements et des aménagements, des continuations et des conservations ; être à l’initiative d’un ordre de créations et de fondations, de refus et de rébellions.

La Guadeloupe a déjà vu naitre des hommes parmi les plus courageux : des syndicalistes qui n’ont pas hésité à prendre la direction de la prison, des dissidents qui se sont soulevés contre le régime de Vichy, un prêtre qui, au nom de la justice, a engagé deux réelles grèves de la faim, des intellectuels exilés par l’ordonnance de 1960…

Assurer la relève est une tâche à la fois éthique et politique. Ce qui trop longtemps, bâillonné, trop systématiquement refoulé, doit finir par s’exprimer. Les évi-dences officielles et l’histoire instituée finiront par se défaire. Sous cette croûte desséchée remonteront de la mémoire les paroles enfouies et les vérités étouffées.

Honorables intellectuels !

Les damnés de la Terre, assurément, se sentiraient moins seuls si un seul d’entre vous, indigné par les noces barbares de l’injustice et de la finance, se levait pour proclamer :

« Je ne suis pas d’accord ! »

Alex Lollia
Professeur de philosophie
Membre Fondateur de la Centrale des Travailleurs Unis

Marine Le Pen « non grata » en Martinique : un appel

Cette fois, la rejeton Le Pen n’a pas choisi la méthode discrète. Confortée par une atmosphère nauséabonde de montée des groupes néonazis dans divers pays européens, elle annonce urbi et orbi qu’elle visitera les colonies avant la fin de l’année. Elle pousse la provocation jusqu’à prétendre que les problèmes des Le Pen avec nous seraient de l’histoire ancienne à ranger dans les souvenirs désuets.

Nous, soussigné-e-s, répondons au contraire que tout dans le contexte prouve la malfaisance des thèses et des pratiques développées par les groupes d’extrême droite : aux assassinats odieux de Grèce s’ajoutent ceux de Paris ou d’ailleurs.

Aux propos racistes de telle lepéniste même désavouée pour outrance maladroite, s’ajoutent les dérives des personnages contaminés par la vague bleu marine. Il y a quelque chose de pourri dans le monde du capitalisme en crise et Marine Le Pen en est la sécrétion caricaturale.

Sur les côtes italiennes, des milliers de victimes de la faim et de l’oppression prennent le risque de perdre la vie, et les institutions et forces dominantes européennes n’ont, au-delà de l’hypocrisie de la pitié, qu’une réponse : rendre plus imperméables les frontières pour barrer la route aux plus démuni-e-s. Plus près de nous, quand ce n’est pas l’ONU qui sème le choléra par ses troupes d’occupation en Haïti, c’est la cour suprême de République dominicaine qui jette dans le néant juridique des centaines de milliers de Dominicain-e-s qui ont le malheur d’être d’ascendance haïtienne.

La venue de Le Pen chez nous serait un coup de pouce donné à ces manifestations de la honte sans frontières.

Marine Le Pen prétend faire oublier les déconvenues de son père en Martinique et en Guadeloupe, mais n’a jamais dénoncé son racisme éhonté. Elle n’a jamais désavoué son approbation de la torture pratiquée contre nos frères et sœurs algérien-e-s pendant la guerre de libération. Elle ne s’est jamais démarquée de ses propos scandaleux sur le génocide des juifs, un détail dans l’histoire de la deuxième guerre mondiale. Elle prétend fouler le sol martiniquais, mais n’a jamais daigné reconnaître le peuple qui l’habite comme un peuple spécifique. Elle refuse de dénoncer l’esclavage comme un crime contre l’humanité appelant réparations.

La démagogie « sociale » dont elle s’affuble ne trompera que les naïfs. Elle prétend défendre les travailleurs, mais ses deux députés n’ont jamais fait un seul geste politique en ce sens. L’histoire nous a montré les nazis hitlériens et les fascistes mussoliniens se déguisant en national-socialistes, amis des pauvres contre la ploutocratie apatride. En réalité, les Le Pen et autres apprentis fascistes servent toujours les intérêts du grand capital. Pour cela, ils veulent tromper les plus crédules en divisant les peuples, en dressant les travailleuses et les travailleurs les uns contre les autres au nom du rejet de l’immigré, de l’étranger, du rrom,  du musulman et finalement, quoi qu’ils disent, du rejet du nègre.

Le Pen c’est pas la peine ! Fou kan avan’w rivé !

Signataires :

Arnaud Christian, GRS, Fort-de-France
Arnauld George, GRS
Augusty Alex, Sainte-Marie
Balland Didier, restaurant La Lanterne
Bonheur Rita, présidente UFM
Bonheur Rose, So.Li.D, François
Bouhot Gérard, Morne Rouge
Bourgade Jacqueline
Bourgeois Jean-Claude, citoyen martiniquais
Branchi Michel, économiste, rédacteur en chef de Justice
Cage Nicole, poétesse, GRS, Schoelcher
Cassildé David, CNCP
Célia, artiste, professeur de chant
Césaire Ina, ethnologue
Chamoiseau Patrick, écrivain
Charles-Hélène Christian
Choux Florent
Cidalise-Montaise Murielle, cadre fonction publique d’État
Clément Emmanuelle, enseignante
Cossou Claude, Sainte Marie
de Vassoigne Christian, géographe
Dorléans Max, Collectif martiniquais pour la santé
Fontaine Alfred
Fortuné Martine
Grandjean Frederic, délégué du personnel, Carbet
Hemart Catherine, ingénieur
Jean-François Anne-Marie, Éducation nationale, Case-Pilote
Joseph-Auguste Lucien, CNCP
Login Frédéric, CDMT
Louison Lucien, ancien responsable Snetaa, artiste, Trinité
Louzé Véronique, enseignante, Fort-de-France
Monthieux Miguel, So.Li.D., Lamentin
Pago Gilbert, historien, GRS
Permal Victor, Cercle Frantz Fanon, artiste, sociologue
Perutin Dany, antiraciste, antifasciste, anticolonialiste
Petro-Patrice Claudinette, ancienne secrétaire académique Snetaa, Morne-Vert
Philippy Pierre, philosophe
Pierre-Charles Philippe, historien, GRS, CDMT
Pierrodé Manuela, enseignante, Fort-de-France
Ratenan Marie-France, Diamant
Ravoteur Renée, GRS
Raymond Franck, CDMT
Relautte Félix, GRS, CDMT
Renard Thierry
Rosier-Coco José, GRS, Robert
Rustal Max, GRS, Fort-de-France
Sellaye Marcel, GRS, Ajoupa
Sellaye Marie-Josèphe
Seveur Léon, CNCP
Tally Jacqueline, GRS, CDMT, Fort-de-France
Tournier François, anticapitaliste
Zénoki Hervé, secrétaire général adjoint CSTM

Semaine anticoloniale 2013 : Plateforme des Syndicats des Nations Sans Etats

Les organisations syndicales membres de la PSNSE (Plateforme des Syndicats des Nations Sans Etats) seront présentes à cette rencontre des dernières colonies françaises et feront état de leurs luttes, notamment contre une double domination :

– contre la logique de l’argent roi qui découle de la domination capitaliste, donc pour défendre et améliorer les conditions de vie et de travail des salariés, des chômeurs, des jeunes…

– contre l’étreinte  sociale et économique liée à la domination de type colonial subie par chacun de nos peuples.

Dans des conditions historiques, politiques, institutionnelles, très différentes pour les uns et les autres, nous avons l’ambition d’agir en tant que syndicat pour associer de manière « indissoluble et complémentaire » ces deux dimensions du combat de nos peuples, la lutte de libération sociale et la lutte de libération nationale, afin d’affirmer le droit de nos peuples à disposer d’eux-mêmes.

Les organisations de la PSNSE  présentes lors de cette rencontre  évoqueront leurs avancées, leurs difficultés et ce qu’elles attendent les unes des autres, en particulier lorsqu’elles sont confrontées aux mêmes conditions administratives, réglementaires, institutionnelles imposées par un même Etat dominant.

L’UGTG (Guadeloupe), l’UGTM (Martinique), SLB (Bretagne), LAB (pays basque), le STC (Corse), USTKE (Kanaky) sous domination de l’Etat français, donneront en introduction un exemple récent de leur combat pour une véritable représentativité (élection dans les TPE) et pour une réelle défense de l’emploi (accord « flexisécurité »).

– Une large place sera consacrée à la lutte des travailleurs guadeloupéens avec la venue du représentant de l’UGTG.  L’UGTG étant  victime d’une forte répression anti-syndicale, alors que les accords issus du combat du LKP de 2009 ne sont toujours pas appliqués.

– Quant à Mayotte, après la mascarade de sa  départementalisation par la France, au mépris du droit international, cette île comorienne évoluerait vers un statut de RUP (Région Ultra Périphérique) … Le peuple maori continue de se soulever contre la vie chère, tandis que le visa criminogène de Pasqua-Balladur (instauré en 1995) continue de faire des victimes comoriennes (plus de 10 000 morts dans le bras de mer entre les îles de Mayotte et d’Anjouan)!

– En kanaky, Le processus d’indépendance gagne du terrain, le drapeau KANAKY flotte désormais au côté du drapeau tricolore.  Les transferts de compétences de l’état français à l’île s’enchaînent, et doivent être achevés avant 2014, cette date signifie la fin de l’accord de NOUMEA. Le référendum d’autodétermination doit avoir lieu entre 2014 et 2018.  Mais la population kanak est minoritaire sur sa propre terre, et les formations de cadres traînent.

Les flux migratoires prennent des proportions alarmantes depuis quelques années. Les inégalités sont de plus en plus criantes. Les mines de nickel exploitées par des multinationales, sont loin de profiter à des populations kanak et océaniennes de plus en plus dépourvues.

 

Répression anti-syndicale – Appel à la solidarité de l’UGTG aux Organisations ouvrières et démocratiques de Martinique

Pointe-à-Pitre, le 17 Novembre 2012

Aux Organisations ouvrières et démocratiques, De Martinique,

Chers Camarades, Chers Amis,

Le 13 Décembre prochain, Régine DELPHIN, déléguée syndicale UGTG, est convoquée devant la Cour d’Appel de Fort de France, à la demande de la Société SODIMAT et de Béatrice et Frédéric VIVIES (ses employeurs). Cette affaire remonte à l’année 2009.

Pour rappel, il lui est reproché d’avoir, lors d’un meeting devant le palais de la Mutualité organisé par la LKP, le 21/04/2009, tenu des propos qui sont présentés comme :

- Diffamation publique envers un particulier,

- Injure publique envers un particulier,

- Provocation à commettre un crime ou un délit,

- Provocation à la discrimination et à la haine radiale,

Par jugement en date du 25/03/2010, le Tribunal correctionnel de Pointe-à-Pitre a relaxé Régine DELPHIN pour les faits de provocation au vol et de diffamation à l’encontre de la Société SODIMAT et Frédéric VIVIES. Par contre, elle a été déclarée coupable de diffamation publique à l’encontre de Béatrice VIVIES, d’injures publiques à l’encontre de Béatrice VIVIES et Frédéric VIVIES, de provocation à la discrimination. Et tout cela sur la base d’une traduction en français des propos que Régine DELPHIN a tenu en créole le jour du meeting effectuée par un huissier non interprète qui de surcroit ne maitrise pas la langue créole.

Le tribunal, composé de juges non créolophones, l’a condamnée à un mois d’emprisonnement avec sursis et au paiement de dommages-intérêts à Béatrice VIVIES (800 euros +400 euros +3000 euros) et à Frédéric VIVIES (400 euros + 3000 euros) et d’une indemnité de procédure de 600 euros à chacun d’eux. Et tout cela sur la base de la traduction effectuée par un huissier non interprète et non créolophone. Devant cette décision injuste, Régine DELPHIN décide de faire appel le 26/03/2010 et est convoquée devant la cour d’appel de Basse-Terre le mardi 14 Septembre 2010.

Dès le début de l‘audience, le Président du tribunal lance en direction de la salle « vous avez fait le nombre mais vous ne me faites pas peur ». Il est vrai qu’habituellement les procès des membres de l’UGTG ne sont pas ouverts au public car les grilles du Tribunal sont systématiquement gardées par la police et les gendarmes qui interdisent l’accès au palais de justice.

Quelques minutes plus tard, le Président de la cour interroge notre camarade et cette dernière répond en Créole, comme elle l’a fait en première instance au Tribunal de Pointe-à-Pitre, où elle a bénéficié de l’assistance d’un interprète.

C’est alors que le Président de la Cour d’Appel s’exprimant sur un ton particulièrement arrogant, voire méprisant à l’égard de cette jeune camarade, lui interdit de parler créole dans son tribunal en indiquant que les décisions de justice sont prises en français ; que dans son tribunal on parle français et que de toutes les manières, elle serait jugée et condamnée.

Cette interdiction de s’exprimer en créole est d’autant plus incohérente que notre camarade était poursuivie pour une prétendue diffamation qu’elle aurait prononcée en créole Ce manque évident d’impartialité a provoqué une réaction indignée de l’assistance.

S’en suit alors quelques grognements dans la salle et il n’en faut pas plus au président du tribunal pour exiger l’évacuation de la salle qui se fera par la gendarmerie en arme, dans des conditions choquantes. Régine DELPHIN sera la première à être reconduite hors de l’enceinte du palais de justice.

Quelques instants plus tard, nous apprenons que l’avocat de notre camarade (Me FALLA) a eu un malaise nécessitant l’intervention des pompiers et du SAMU. Et pourtant, curieusement la décision a été mise en délibéré au 08 novembre 2010 sans que notre camarade ait pu se défendre ni son avocat plaider.

La Constitution Française n’assure-t-elle pas l’égalité devant la loi sans distinction d’origine ?

Tout justiciable n’a-t-il pas droit à un procès équitable ?

La Cour Européenne des Droits de l’Homme ne prévoit-elle pas que toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement et publiquement par un tribunal ?

Toute personne accusée d’une infraction, n’est-elle pas présumée innocente jusqu’à ce que sa culpabilité ait été légalement établie ? Toute personne accusée d’une infraction ne peut-elle se défendre elle-même ou bénéficier de l’assistance d’un défenseur de son choix ?

Le créole n’est-elle pas une langue reconnue par la constitution française et la charte européenne des langues régionales ?

Et pourtant, par arrêt du 9/11/2010, la Cour d’Appel de Basse-Terre a confirmé le jugement en toutes ses dispositions civiles et pénales sauf en ce qu’il a relaxé Régine DELPHIN du chef de provocation au crime ou au délit. Ajoutant au jugement, la Cour l’a donc déclarée également coupable du délit de provocation et l’a condamné à payer à la Société SODIMAT la somme d’un euro à titre de dommages-intérêts outre la somme de 2500 euros en application de l’article 475 du Code de Procédure Pénale.

Devant cette parodie de procès, Régine DELPHIN décide de se pourvoir en cassation.

Par arrêt du 3/01/2012, la Chambre criminelle de Cour de Cassation a cassé et annulé en toutes ses dispositions l’arrêt du 9/11/2010 rendu par la Cour d’Appel de Basse-Terre au motif que la prévenue n’a pas eu la parole la dernière. Elle n’était même pas dans la salle. La cour de cassation a donc renvoyé l’affaire devant la Cour d’Appel de Fort-de-France pour être à nouveau jugée.

Dans un arrêt du 28/06/2012 la Cour d’Appel de Fort-de-France a sursis statuer et ordonné le renvoi de l’affaire à l’audience du 20/09/2012 pour qu’il soit procédé au visionnage des pages internet rapportant la conférence du 21 avril 2009 en Guadeloupe et à la traduction en français par un interprète des propos litigieux que Régine DELPHIN aurait tenus en créole à cette occasion. Il est donc évident que notre camarade a été condamnée lors des jugements précédents, sur la base d’une traduction effectuée par un huissier non interprète et ne pratiquant pas la langue créole. Pourquoi le tribunal n’a-t-il pas prononcé un non lieu en faveur de Régine DELPHIN ? Bien au contraire, le tribunal décide de convoquer une nouvelle audience en présence d’un interprète en langue créole désigné par la cour d’appel.

Le 20 septembre 2012, l’interprète traduit certains passages de la vidéo afin de comparer avec la traduction faite de l’Huissier de justice saisi par les parties civiles.

Aussi invraisemblable que cela puisse paraitre, le tribunal décide d’ordonner à nouveau la traduction des propos litigieux par un autre expert en créole guadeloupéen car non satisfait de la traduction faite par la traductrice désignée par la Cour.

Visiblement, il faut absolument condamner Régine DELPHIN coute que coute sur la base des propos retranscrits par l’huissier non interprète et non créolophone.

L’affaire est donc renvoyée à l’audience du JEUDI 13 DECEMBRE 2012 à 8H à la Cour d’Appel de Fort de France.

Pourquoi un tel acharnement ? Est-ce dû à la présence d’une certaine Dominique HAYOT comme juge ? Est-ce une vendetta en représailles du mouvement de 2009 contre les profitants ? Est-ce une vengeance à l’encontre de l’UGTG pour s’être impliquée une affaire dite « Sylvie HAYOT » que la justice voulait étouffer.

Pour rappel : « Pa mannyé mwen, sal nèg » (ne me touchez pas sales nègres), jets de crachats, gifles, …. Voilà en résumé ce qu’ont subi les sapeurs pompiers venus secourir une automobiliste accidentée samedi 01 octobre 2011 vers 19 heures 45 à Destrellan – Baie-Mahault – Guadeloupe. Et cette dernière ajouta qu’elle fait partie d’« une grande famille qui a ses entrées à l’Elysée » . Et de poursuivre qu’elle ferait son chien les manger…… Ainsi que cela ressort de l’instruction à l’audience.

Tous ces propos ont été confirmés lors du procès par les sapeurs pompiers eux-mêmes.

Le mardi 24 avril 2012, le tribunal de Pointe-à-pitre n’a pas retenu de condamnation à son encontre pour le délit d’injure raciale car il existe un vice de procédure, imputable aux services du Procureur. Incroyable mais vrai !

Rien d’étonnant. En effet, le jour de l’audience, le vice procureur a répété à trois reprises : « le parquet a fait une boulette » . Tous les étudiants en droit le savent, la procédure à mettre en œuvre en matière d’injure publique à caractère racial est régie par la loi du 31 juillet 1881. Or, aux dires du vice procureur, le parquet se serait trompé, aurait commis « une boulette » en usant d’un mode de convocation inapplicable pour les délits de presse dont fait partie le délit d’injure raciale.

Et bien entendu, l’avocat de la prévenue a mis en avant cette  » boulette » (pain béni) pour exiger et obtenir l’annulation des poursuites pour insultes à caractère racial. Le tribunal s’est donc déclaré non valablement saisi sur ce chef de prévention.

En vérité, cette erreur grossière nous laisse pour le moins dubitatifs. Car le même parquet ne commet pas d’erreurs aussi grossières quand il s’agit de syndicalistes. De là à penser qu’il s’agit en réalité d’une manœuvre destinée à soustraire cette jeune femme ou plutôt ce nom de grande famille béké qu’elle porte à une condamnation pour délit d’injure raciale, …………..

Le tribunal correctionnel a finalement condamné la prévenue au-delà des réquisitions du vice procureur comme pour tenter de se racheter et compenser l’abandon des poursuites pour insultes à caractère racial. D’ailleurs le procureur a annoncé qu’il n’y aurait pas de nouvelles poursuites, estimant la réponse judiciaire « satisfaisante ».

Dans cette affaire, elle était également poursuivie pour défaut de maîtrise, conduite en état d’ivresse, usage de cocaïne, rébellion, violences et outrages à des gendarmes mais ces derniers n’ont pas porté plainte. Elle est finalement condamnée à 8 mois de prison avec sursis, à 10 mois de suspension de son permis de conduire et à d’autres amendes dont 1€ symbolique de dommages intérêts comme l’avaient demandé les 4 pompiers.

Eh bien oui, « selon que vous soyez puissants ou misérables, les jugements de cour vont rendront blancs ou noirs ». Décidément, ce vieil adage est plus que jamais d’actualité.

Voila donc les informations que nous souhaitions portées à votre connaissance dans cette affaire.

Au nom de la solidarité ouvrière, au nom de la démocratie, au nom du droit des Travailleurs de Guadeloupe et de leurs organisations syndicales luttant pour leurs légitimes revendications, nous faisons appel 13 Décembre 2012 pou pòté fòs pou kanmarad annou.

Le Secrétaire Général

Elie DOMOTA

Publié par la Centrale UGTG le mercredi 21 novembre 2012

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Répression anti-syndicale en Guadeloupe. Info solidarité UGTG

Après la journée importante du 13 décembre où la Cour d’Appel de Martinique devait se prononcer sur l’accusation de « racisme anti-blanc » à l’encontre de notre camarade et soeur Delphin de l’UGTG nous avons reçu quelques premières infos de nos camarades de la Guadeloupe.

Les éléments déterminants fournis ci-dessous prouvent que l’action paie mais qu’elle doit continuer en s’amplifiant afin de déchouker la politique d’injustice coloniale frappant la Guadeloupe et tout l’Outre Mer.

ARMADA le 14 décembre 2012

Solidarité avec les syndicalistes de l’UGTG

En Guadeloupe la mobilisation des militants de l’UGTG avec le soutien de certaines organisations de LKP a permis aujourd’hui 13 décembre, jour prévu pour le procès de Delphin, le blocage de l’entreprise où elle travaille (entreprise appartenant à des békés). Le procès qui devait avoir lieu en Martinique a été reporté au 7 février 2013;

Dans la Caraïbe, nous avons obtenu le soutien d’organisations d’Haïti, de la Dominique, de la Martinique, de Trinidad and Tobago;

Les camarades du Comité international contre la répression, CICR, ont continué la pression sur le gouvernement français, notamment sur le ministère de la justice. Ils ont aussi organisé mardi 11 décembre dernier un meeting à la Bourse du travail de Paris avec le soutien de responsables syndicaux français;

Ce combat et cette solidarité ont déjà imposé certains reculs au pouvoir colonial français, en particulier dans les affaires concernant R.Gauthiérot, ancien secrétaire général de l’UGTG, et celle concernant un membre du conseil syndical.

Ces premiers signes doivent nous encourager à poursuivre la mobilisation contre la répression anti-syndicale, plusieurs dizaines de militants de l’UGTG sont toujours inquiétés par la justice française.

  Le procès qui devait avoir lieu en Martinique a été reporté au 7 février 2013.

« Le système colonial perpétue les inégalités et les injustices, en humiliant les réunionnais »

Les évènements de ces derniers jours à La Réunion, sont révélateurs d’une situation coloniale, qui perdure et accentue les inégalités dans notre pays.
Pendant 66 ans, les élus réunionnais de droite, comme de gauche, ont cautionné et accompagné toutes les politiques anti-sociale et anti-réunionnaise, Ils sont tous co-responsables et complices de la situation catastrophique et de l’impasse dans laquelle ils ont conduit notre pays. Ils se sont discrédités devant le peuple réunionnais.
Si l’on ne se pose pas les bonnes questions aujourd’hui, si l’on apporte pas les bonnes réponses aux problèmes posés, nous allons vers une explosion d’une ampleur insoupçonnable , dont l’issue est imprévisible.
Notre pays est à la veille d’un réveil brutal et d’un changement d’une portée
historique.
A ne pas respecter le peuple, à continuer à l’humilier et à utiliser la répression
coloniale, comme seul moyen, pour étouffer la révolte populaire, le peuple finira par descendre en masse dans la rue, comme il a commencé à le faire depuis plus d’une semaine.
Le problème aujourd’hui, ce n’est pas l’octroi de mer, la solution ce n’est pas non plus d’aller réclamer les mêmes prix qu’en France, ou donner 200 € de plus, en attendant la prochaine vague d’augmentation. Dans quelques mois, après les élections, on se retrouvera au même point et on aura rien réglé.

La vraie solution aujourd’hui, pour ramener les marchandises à un juste prix, est de réclamer dès à présent la suppression de toutes les primes coloniales, qui a pour effet, de gonfler artificiellement les prix et peser lourdement sur la cherté de la vie.
Supprimons la surrémunération, les prix deviendront plus accessibles aux plus
démunis et aux réunionnais en général.
L’autre effet pervers de la surrémunération, est de priver les réunionnais qualifiés, diplômés et compétents d’un travail au pays et au service de leur pays. Leur seule perspective un exil sans retour.
SUPPRIMONS LA SURREMUNERATION :
–> lo pri komision va bésé (Les prix des marchandises vont baisser)
–> lo rénioné nora travay dans son péi (Le réunionnais aura du travail dans son pays)
–> kréol an Frans va gingn rantré (Les réunionnais en exil vont pouvoir rentrer)
Les indépendantistes et nationalistes réunionnais soutiennent le combat légitime des réunionnais contre la vie chère et dénoncent la répression coloniale.
Fait à Etang-Salé, le 24 février 2012
Aniel BOYER, Bernard GRONDIN, Jean-Claude BARRET

Communiqué de Presse L.P.L.P.

LPLP
LORGANIZASION POPILER PO LIBER NOUT PEI
FRONT POPULAIRE DE LIBERATION NATIONALE
Porte-Parole : Bernard GRONDIN
Mail : lp051111@gmail,com
Tél : 0262 353 476
Port : 0692 168 947

Indignons nous ! réagissons aux publicités sexistes

Chèr-e compatriote,
Nous avons avec succès, et grâce à la mobilisation du réseau féministe, dénoncé en juin dernier une publicité sexiste de Suzuki Antilles, qui assimilait un véhicule à une silhouette sexy de femme, sans tête.
Nous repartons à la bataille et nous vous faisons passer une publicité circulant sur le net par le groupe Monplaisir.
Nous vous laissons vousmêmes juger : Il s’agit de montrer que cet hôtel plutôt considéré comme un hôtel d’affaires permet de conjuguer affaires et loisirs. Et que montre t’on parmi les photos ? Une femme de chambre, faisant le lit d’une chambre ou plutôt le corps de cette femme de chambre.

– Faut-il penser que le dé-troussage de soubrette est au forfait dans cet établissement qui se veut prestigieux ?….
– Non seulement la femme de chambre est assimilée à un service possible de détente offert par le groupe, mais de plus elle est sans tête….
– Et toute référence à une récente affaire serait-elle fortuite ?
C’est une véritable agression vis à vis de l’intégrité de l’image des femmes ! à dénoncer sans faiblir !
Si vous êtes comme nous interpellé-es et indigné-es par cette publicité qui, vu son mode de diffusion, traversera les frontières, nous vous invitons à réagir :
Soyons nombreux et nombreuses à envoyer un mail de protestation à Mr Monplaisir :
“ Nous sommes écoeuré-es par cette pub qui réduit une femmes à son corps, qui est opportuniste et racoleuse. Vous n’hésitez pas à utiliser une affaire dont ne sortent grandies ni la justice états-unienne, ni la classe politique française. il faudrait apprendre à conjuguer Monplaisir et bon goût ! ”.

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publié sur le site de L’Union des Femmes de la Martinique

http://www.unionfemmesmartinique.com/