Archives de Catégorie: Territoires coloniaux français

Moi, française anticolonialiste, je ne suis pas fière ce soir (plus autres textes)

  • Isabelle Leblic : Moi, française anticolonialiste, je ne suis pas fière ce soir 
  • Kanaky : et maintenant ? 
  • CGT : Le colonialisme triomphe, la liberté en berne !
  • Kanaky : Sur les résultats de la 3e consultation du 12.12.2021
  • Daniel Guerrier : Nouvelle-Calédonie : les colons veulent rester colons. Quel scoop !
  • Déclaration des poètes considérant la Kanaky
  • Quatre experts électoraux des Nations Unies ont rencontré l’exécutif du Bureau confédéral de l’USTKE
  • Vaimu’a Muliav’a : lettre ouverte à Emmanuel Macron


Moi, citoyenne française anticolonialiste, je ne suis pas fière ce soir

L’allocution du président de la république française ce soir, à propos du référendum « tronqué* » qui vient de se dérouler, me remplit de honte.

(* dixit un jeune issu d’une union mixte caldoche-kanak qui expliquait sur NC1e pourquoi il n’irait pas voter)

Le non l’a emporté ! quelle surprise !!! Même les sondages pour une fois ne se seraient pas trompés. Mais il n’y en a pas eus. Pas la peine, le résultat était connu…

En effet, la victoire du non quand seuls les partisans du non ont participé, quelle victoire ! Plus de 56% d’abstention, moins de 44% de participation dans les résultats encore provisoires… 80 938 votants se sont exprimés, 78 517 pour le non et quelques 2 755 oui.

Il n’y a vraiment pas de quoi crier victoire comme le font les Loyalistes et Macron ce soir. C’est un résultat digne d’une république bananière. Lire la suite

Lettre ouverte du peuple Kanak au peuple de France (plus autres textes)

  • Lettre ouverte du peuple Kanak au peuple de France
  • Alain Castan : Pourquoi ne veulent-ils pas lâcher la Kanaky – Nouvelle Calédonie ?
  • La France en Nouvelle-Calédonie : Eviter l’indépendance, quoi qu’il en coûte ?
  • Respectez le droit inaliénable du peuple kanak à l’autodétermination !
  • Solidaires : Kanaky, quel avenir après le coup de force colonial

Nouméa, le 23 novembre 2021

Chères Françaises, chers Français,

Vendredi 12 novembre 2021, le Haut-Commissaire de la République a annoncé la décision du gouvernement français de maintenir la date du 12 décembre 2021 pour la troisième et ultime consultation référendaire de l’accord de Nouméa sur l’avenir de la Nouvelle-Calédonie.

Cette décision a été prise par le gouvernement en toute conscience des implications et des conséquences délétères qu’une telle décision ne manquera pas d’avoir.

Cette décision a été prise par le gouvernement alors même que les représentants politiques et coutumiers du peuple kanak avaient explicitement demandé son report pour cause de deuil.

Dire que nous sommes surpris serait mentir. Nous nous y attendions. Mais comme toujours nous espérions. Nous espérions que le gouvernement français malgré 168 ans de colonisation saurait pour une fois faire preuve d’humanité, de compassion, d’intelligence, de respect, de bon sens. Nous espérions que le gouvernement français agirait dans l’esprit de consensus de l’Accord de Nouméa, dans l’esprit de son préambule. Nous espérions… et nous avions tort.

Des questions viennent à l’esprit, auxquelles il va nous falloir absolument répondre dans les prochaines semaines, mais sans nous tromper cette fois, sans nous faire d’illusions sur l’humanité de l’État français et de son gouvernement. Des questions à nous-mêmes, au gouvernement français, au peuple de France et à ses élus. Des questions aussi à tous ceux qui vivent dans ce pays, disent l’aimer et vouloir le construire. Lire la suite

Guadeloupe : Communiqués de Solidaires et de la CGT (plus entretien avec Élie Domota)

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Soutien et solidarité avec les Guadeloupéen.ne.s 

La Guadeloupe est touchée par une crise sociale majeure. Le gouvernement veut réduire la mobilisation à un  simple mouvement contre la vaccination. C’est camoufler la profondeur de la crise et les revendications au cœur de l’explosion sociale (voir ci-dessous). Pour l’Union syndicale Solidaires, le vaccin est un outil efficace pour lutter contre le COVID-19. Mais l’imposer est encore moins possible dans un contexte local de méfiance accru envers  l’Etat, en raison des  mensonges et violences multiples contre la population de l’île, en particulier avec le chlordécone.

Le gouvernement, comme aux pires heures coloniales, entend répondre par la force et la violence pour écraser la contestation. Ce ne sera en rien une solution. L’urgence est à la mise en place de moyens et d’investissements massifs pour les services publics, en particulier de santé et d’éducation, à l’arrêt des mesures anti-sociales, à la prise en compte de la plateforme-revendicative unitaire.

L’Union syndicale Solidaires apporte son soutien aux Guadeloupén.ne.s. Le gouvernement doit ouvrir immédiatement des négociations avec les organisations syndicales sur la base des revendications portées. Lire la suite

Pour le report du référendum du 12 décembre

Le mouvement des jeunes kanak en France (MJKF), l’association Information et soutien aux droits du peuple kanak (AISDPK) et le Collectif Solidarité Kanak ont lancé un appel signé aujourd’hui par 157 personnalités pour le report du référendum du 12 décembre. Si vous souhaitez signer, faites-nous le savoir.

Le gouvernement français affirme maintenir au 12 décembre 2021 la consultation référendaire portant sur l’avenir de la Nouvelle-Calédonie. Cela en dépit des appels de l’ensemble des organisations politiques, syndicales et associatives représentant le peuple kanak, à reporter cette consultation à l’automne 2022, ainsi que de leur annonce d’une non-participation au cas où ce troisième référendum serait maintenu en décembre 2021 ; en dépit également des appels d’organisations de la région océanienne et française témoignant de leur soutien au report. Lire la suite

Déclaration du Palima sur l’impasse sanitaire en Martinique (plus communiqué intersyndicale 30/11/2021)

Depuis plusieurs jours, des troubles sociaux graves se déroulent en Guadeloupe. 

Les longs mois de lutte du peuple guadeloupéen contre le pass sanitaire et l’obligation vaccinale, la misère et le chômage des jeunes, ont laissé dans la plus parfaite indifférence un gouvernement français autoritaire, cynique et immature. C’est ce comportement irresponsable de l’Etat français et le refus affiché d’entamer avec le mouvement social en cours un dialogue respectueux, à la hauteur des enjeux posés, qui expliquent l’explosion de violence actuelle. L’envoi sur le sol guadeloupéen de gardes mobiles et des corps d’élite du GIGN et du RAID ne fera qu’envenimer une situation déjà hors de contrôle. La seule issue possible à cette crise est dans l’ouverture immédiate de négociations avec les forces sociales.

Le même scénario se dessine en Martinique. 

La large mobilisation entamée contre la loi du 5 août sur l’extension du pass sanitaire et l’obligation vaccinale n’a, à ce jour, abouti qu’à une caricature de médiation repoussant au 30 décembre la date limite du schéma vaccinal complet pour des milliers de professionnel.le.s menacé.e.s d’être privé.e.s de leurs salaires en cas de refus de se faire vacciner. Face à cette impasse, une grève générale regroupant les grandes centrales et une vingtaine de syndicats a été lancée ce lundi 22 novembre.

Comme en Guadeloupe, les principales institutions politiques de Martinique se singularisent par leur silence et leur immobilisme sur ce dossier. Il risque d’être trop tard demain. Lire la suite

Des colonisé es en lutte pour leur indépendance

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Dans le cadre du soutien à la lutte de décolonisation de la Kanaky Nouvelle Calédonie, et à l’approche d’un troisième référendum d’auto-détermination dont le maintien au 12 décembre est dénoncé par les indépendantistes en raison de la situation sanitaire sur place, cette brochure cherche à fournir quelques repères sur l’histoire et la société de ce pays ainsi que sur les luttes indépendantistes. Pourquoi est-il juste de parler de « colonie » pour désigner la Nouvelle Calédonie ? Nous espérons que cette contribution permettra d’outiller le soutien en France et au-delà à la lutte du peuple Kanak. Lire la suite

FLNKS : Communique de presse (plus autres textes)

Koné, le 20 octobre 2021

Le Bureau Politique du FLNKS réuni en visioconférence le mardi 19 octobre 2021 a entendu les rapports et les analyses de ses composantes à la suite de leurs entretiens avec le ministre de l’Outre-mer, M. Sébastien LECORNU.

Le Bureau Politique du FLNKS a également pris acte des interventions médiatiques du ministre, argumentant la décision de l’Etat de maintenir coute que coute la tenue de la 3e et ultime consultation référendaire au 12 décembre 2021.

Le Bureau Politique du FLNKS constate que le gouvernement français s’entête à vouloir faire primer la campagne présidentielle dans le seul but de solder l’Accord de Nouméa sous son quinquennat au détriment de la consultation sur l’avenir de la Nouvelle Calédonie. Lire la suite

Kanaky : Motion adoptée à l’unanimité au congrès populaire des indépendantistes 

Motion Congres Populaire Salle Omnisport Anse Vata-A Lire la suite

Non à la criminalisation des militants indépendantistes en Kanaky Nouvelle-Calédonie

Réunies ce jour à Paris, les associations de solidarité avec le combat du peuple kanak en France ont décidé de lancer un appel aux organisations démocratiques, aux syndicats et aux associations pour dénoncer la justice coloniale en Nouvelle Calédonie et exiger l’abandon des poursuites à l’encontre des militants kanak. Lire la suite

Patrick Chamoiseau : CONTRE LES STATUES : LES TRACES-MÉMOIRES

Nos monuments demeurent comme des douleurs.

Ils témoignent de douleurs.

Ils conservent des douleurs.

Ce sont le plus souvent des édifices produits par la trajectoire coloniale : forts, églises, chapelles, moulins, cachots, bâtiments d’exploitation de l’activité esclavagiste sucrière, structures d’implantation militaire… Les statues et les plaques de marbre célèbrent découvreurs et conquistadores, gouverneurs et grands administrateurs. En Guyane, comme aux Antilles, ces édifices ne suscitent pas d’écho affectif particulier ; s’ils témoignent des colons européens, ils ne témoignent pas des autres populations (Amérindiennes, esclaves africains, immigrants hindous, syro-libanais, chinois…) qui, précipitées sur ces terres coloniales, ont dû trouver moyen, d’abord de survivre, puis de vivre ensemble, jusqu’à produire une entité culturelle et identitaire originale. Lire la suite

Le RIN réaffirme l’inscription automatique et sans condition des kanak sur la liste référendaire de 2018

Le RIN réaffirme sa demande, celle d’inscrire automatiquement et sans condition de tous les kanak sur la liste référendaire de 2018. Les indépendantistes et nationalistes annoncent aussi qu’ils seront sur le terrain pour informer les populations de leur démarche. Lire la suite

Pas de consensus sur la revendication légitime d’inscription des kanak sur la liste référendaire

Réunis en conférence de presse le jeudi 10 novembre 2016, les membres du Rassemblement des Indépendantistes et Nationalistes (R.I.N.) ont réagi sur le relevé de conclusions du dernier Comité des signataires qui s’est tenu à Paris en début de semaine. Positions. 

En ouverture de la conférence de presse, Sylvain Pabouty rappelle la revendication du R.I.N. : « l’inscription automatique des kanak et sans condition sur la liste référendaire, la marche du 26 octobre » qui a rassemblé entre 5 à 6 000 personnes dans les rues Nouméa, et «  le contexte avec les prises de positions des uns et des autres » sur ce sujet.  « On espérait qu’ils examinent notre revendication et se positionnent là-dessus », ajoute-t-il. Ce souhait a été entendu à Paris puisque le sujet a été largement débattu entre les politiques. Lire la suite

Communiqué de presse du Rassemblement des Indépendantistes et Nationalistes (R.I.N.)

Suite à la forte mobilisation du 26 octobre dernier sur l’inscription automatique et sans condition des Kanak sur la liste de consultation en 2018, le RIN (Rassemblement des Indépendantistes et Nationalistes) remercie les militants qui se sont déplacés de tout le pays pour répondre massivement à l’appel sur Nouméa et également celles et ceux qui se sont mobilisés sur Drehu et Nengoné. Lire la suite

Droit à l’autodétermination pour tous les kanak !

Une marche dans les rues de Nouméa pour revendiquer l’inscription automatique et sans condition de tous les kanak sur la liste de consultation de 2018. Objectif annoncé des représentants du Rassemblement des Indépendantistes et des Nationalistes (RIN) est d’interpeller l’Etat et le Comité des signataires de novembre prochain.

Une grande mobilisation le 26 octobre 2016. « Une marche qui partira du Mwa Ka à 13 heures, elle fera un arrêt à la mairie et se dirigera vers le Haussariat », indique ce matin1, Olga Nassele, militante du mouvement des indépendantistes en ouverture de la conférence de presse. Objectif clair et sans détour, « interpeller l’Etat et le Comité des signataires du 7 novembre 2016 sur l’inscription automatique et sans condition des kanak sur la liste électorale spéciale de consultation de 2018 », souligne-t-elle.  Lire la suite

L’USTKE appelle à la grève générale ce mercredi 3 aout 2016

2016 Affliche mobilisation 3 août-page-001 Lire la suite

Crise à Mayotte, le retour de boomerang d’une politique depuis longtemps inacceptable

Communiqué

« Mayotte asphyxiée ! » « Vols, agressions et meurtres au quotidien » « Climat de psychose installé », « Système de santé débordé » « Écoles surchargées = enfants en danger = délinquance juvénile et chômage en masse ». Voici quelques formules proclamées le dimanche 15 mai 2016 par une centaine d’habitants du village de Bouéni, au sud de l’île, et par d’autres à Koungou, au nord de l’île. Leur tract appelle à une opération d’expulsion « des clandestins » qu’il qualifie de « pacifique ». Lire la suite

Au mépris du droit international, l’Etat français…

412EW8GY2WL._SX210_« En 1975, lors de la décolonisation du Territoire des Comores, la France viole la règle internationale du respect des frontières en arrachant Mayotte à cet archipel »

Pierre Caminade revient sur cette situation illégale mainte fois condamnée par l’ONU, son histoire ainsi que celle des « confettis de l’empire », la place du patrimoine maritime français induite par la non-décolonisation, le « mur de Berlin aquatique » construit avec le visa imposé par le gouvernement Balladur… Lire la suite

Mayotte : grève générale, silence colonial et blindés pour la répression

Au 12e jour de grève générale illimitée pour «l’égalité réelle et la justice» démarrée au lendemain des deux journées de grève contre la loi travail les 30 et 31 mars, pas un seul média n’en parle en France métropolitaine, pas une ligne, pas une seconde. Mayotte est pourtant un département français. En réalité, c’est parce que les 210000 habitants de Mayotte (et les dizaines de milliers de clandestins venant des Comores) vivent dans une des pires sociétés coloniales ; 82% à 92% de la population y vit sous le seuil de pauvreté alors que le coût de la vie est le plus élevé de tous les territoires français1 ; le taux de chômage y est de 20% (46,5% pour les jeunes) auquel il faut ajouter les clandestins; le taux d’illettrisme bat des records ; il n’existe qu’un seul centre hospitalier, soit moins de deux lits pour 1000 habitants contre six en métropole ; le nombre d’écoles est tellement insuffisant qu’il leur faut parfois fonctionner par rotation ; tout cela sur le territoire le plus pauvre de la République et où 50% de la population a moins de 20 ans. C’est explosif. Lire la suite

Elles et ils sont français-e-s mais pas français-e-s

an_dot2Dans son avant-propos, publié avec l’aimable autorisation des Editions Syllepse, avant-propos-de-nicolas-rey-a-son-livre-an-dot-soley-regards-noirs-sur-la-ville-lumiere/, Nicolas Rey parle, entre autres, de « sa » communauté antillaise, « de part et d’autre des deux rives », d’être comme « étranger dans son propre pays ! », de migration, de vivre dans un pays « qui n’est pas celui de votre naissance »… L’auteur revient sur le mouvement de 2009…

« C’est dans la même dynamique que sort ce nouvel ouvrage, An Dot Soley. Regards noirs sur la Ville Lumière. Douze des trente entretiens réalisés originellement il y a une dizaine d’années ont été retenus, en mettant l’accent cette fois principalement sur la communauté antillaise bien plus nombreuse en proportion dans la région parisienne que toutes les autres également issues des DOM-TOM. Je n’ai néanmoins pas oublié d’évoquer dans l’analyse du contexte général, le parcours des Guyanais et Réunionnais ayant dans une moindre mesure migré vers la Métropole ». L’auteur souligne « Livrées telles quelles, sans détours et souvent crues, parfois amères ou enfouies sous la violence d’une vie, ces paroles toutes recueillies au beau milieu des quartiers, mettent à nu des solidarités inespérées ou des forteresses étonnantes entre groupes ethniques, classes sociales, genres, cultures « de banlieue » ou plus traditionnelle, statuts liés au logement ou religions ». Une invitation à « à plonger à pic dans les méandres de l’interculturalité concrète », dans les interstices de la domination où « quelque chose d’autre s’invente ».

Le livre comporte trois parties :

1er temps. Les Antilles à Paris : contexte

2ème temps. Grands témoins : parole donnée

Dernier temps. Au croisement des regards

Nicolas Rey parle de l’organisation d’une « migration de masse vers l’hexagone », en particulier dans les années 60, du Bumidon, de la combinaison de « développer sur place et pousser au départ », de la crainte de luttes pour l’indépendance, des postes dans les échelons peu qualifiés (hôpitaux, police, PTT), de logique coloniale et capitaliste…

« Durant les années 1990, les « originaires des DOM-TOM » sont donc de plus en plus des personnes nées et vivant sur le sol métropolitain, et de moins en moins de nouveaux arrivants ».

L’auteur souligne le rôle de la solidarité familiale pour l’hébergement, la surreprésentation dans les logements sociaux, dans les localités du nord-est de l’agglomération parisienne. Il analyse la politique d’attribution des logements « animée par une maîtrise du peuplement selon l’origine ethnique »…

Nicolas Rey souligne le poids du passé d’esclavage pour les Antillais-e-s, « Sa fabrication c’est 213 années d’esclavage sur 379 ans de vie » et indique que « le préjugé de la couleur qui est issu de l’esclavage agit toujours ». Les « catastrophes » du passé ne sont pas que du passé, elles s’inscrivent, non seulement dans les rapports sociaux d’aujourd’hui, mais dans les individu-e-s elles/eux-mêmes en fonction des itinéraires personnels. Une trace, comme ces numéros tatoués sur les bras des déporté-e-s, mais comme réinscrite en permanence… La reconnaissance tardive mais géographiquement limitée d’un crime contre l’humanité, suivant la formule actuelle, ne saurait suffire, d’autant que des politiques de réparation ne sont toujours pas mis en œuvre, sans oublier le présent (néo)colonial…

L’auteur analyse cette « question mémorielle », le fait que les Antillais-e-s soient considéré-e-s « comme des étrangers non européens », les impacts des consonances de leur nom et prénom…

Nicolas Rey parle de musique, « La musique devient alors non seulement structurante pour ces jeunes, mais elle renforce le lien entre la culture héritée des parents, et la leur, multiculturelle, développée en banlieue », des hôteliers marchands de sommeil, de l’intégration « multiculturelle »…

Je reste très dubitatif sur la notion de « libido pleinement exprimée » à propos de la succession de compagnes.

Dans leurs témoignages, les femmes antillaises soulignent les violences racistes et/ou sexistes, les viols, les menaces de morts, les violence intrafamiliales et le silence qui les entourent, les attaques par les « religieux »…

L’auteur souligne la place du religieux dans les échanges interculturels, les conséquences de la prison « qui casse les hommes », « qui vous broie lentement, à petit feu », les pratiques « magico-religieuses », le machisme et l’irresponsabilité des hommes, la déstructuration de la famille antillaises (mais sans interroger la « famille » dans les rapports sociaux de sexe)…

Sont, entre autres, aussi abordés, la « violence du combat pour se loger » (Une des personnes interrogées indique : « Pour la première fois, j’étais comme un chien, je n’avais pas de toit »), les rapports entre Africain-e-s et Antillais-e-s, les fractures entre les différents « communautés », la « concurrence des victimes », l’essentialisation des identités, l’ethnicisation des rapports sociaux, les révoltes des jeunes contre l’injustice sociale, l’organisation des politiques de ségrégation, la ghettoïsation, les difficiles départs et les douloureux retours, le retissage de liens, « les enfants de migrants sont ceux qui poussent parfois les parents à retisser les liens rompus avec le pays de provenance », les doubles cultures, les cultures mondialisées…

En « Dernier temps : Au croisement des regards », Nicolas Rey revient sur le mal-logement, les quartiers dits de la ségrégation, la difficulté de sortir de l’habitat social, la discrimination au logement, le contentieux entre Antillais-e-s et Africain-e-s lié à l’esclavage, le « spirituel », l’interculturalité qui « se développe sur des lignes de front invisibles mais pourtant là, omniprésentes »…

Des analyses et des témoignages sur l’autre face de la « Ville Lumière » et la ligne de couleur qui stigmatise les un-e-s et invisiblise la « blancheur » des autres.

Du même auteur, avec Frédéric Gircour : LKP Guadeloupe : le mouvement des 44 jours : une-democratie-qui-ne-tienne-plus-les-populations-a-lecart-des-decisions-quon-dit-prendre-en-leur-nom/

Nicolas Rey : An Dot Soley.

Regards noirs sur la Ville Lumière

Editions Syllepse

http://www.syllepse.net/lng_FR_srub_37_iprod_630-an-dot-soley.html, Paris 2015, 168 pages, 12 euros

Didier Epsztajn

TRACT DU GROUPE FEMMES RENAULT (MAI 1984) : MERES VEILLEUSES OU MERVEILLEUSES ?

Avec l’aimable autorisation des Editions Syllepse

benoits-algerieÀ l’occasion de la Fête des mères, le Groupe femmes Renault vous propose un petit jeu culturel. Parmi ces personnages célèbres, quels sont ceux que vous connaissez ? (Répondre par oui ou non)

Femmes : Christine de Pisan (1364-1429) ; Olympe de Gouge (1748-1793) ; Camille Claudel (1864-1895) ; Berthe Morisot (1841-1895) ; Clara Zetkin (1857-1933) ; Marguerite Durand (1865-1936) ; Cécile Brunschvicg (1877-1946) ; Coline Serreau (contemporaine).

Hommes : François Villon (1431-1463) ; Camille Desmoulins (1760-1794) ; Auguste Rodin (1840-1917) ; Édouard Manet (1832-1883) ; Léon Trotsky (1879-1940) ; Émile Zola (1840-1902) ; Jean Zay (1904-1944) ; Maurice Pialat (contemporain).

Compter 1 point par oui dans chaque colonne, 0 point par non.

Réponses : pour les hommes, vous les connaissez sûrement, sinon, reportez-vous à votre dictionnaire ; pour les femmes, qui ne sont pas toutes au dictionnaire, voir au verso.

Nous sommes presque sûres que votre total côté hommes est supérieur au total côté femmes… De là à conclure que c’est normal, puisque tous les hommes sont les meilleurs, il n’y a qu’un pas. Eh bien non, ce n’est pas la bonne explication.

Les exemples ci-dessus montrent que les femmes sont aussi peintre, sculpteur, journaliste, écrivain, ministre, cinéaste, militante… Mais on les oublie car 2 000 ans d’histoire ont façonné une image de la Femme un peu étroite : avant tout épouse et mère au foyer.

Mère, vous avez dit mère ? Mais au fait, c’est la fête des mères !!!

Rappelons que cette institution date du temps de Vichy et qu’elle se maintient grâce à la complicité bienveillante des commerçants et des médias… On glorifie un jour par an la maternité, à grand renfort de cadeaux – bien souvent ménagers – et, le reste du temps, on ne parle plus des femmes.

Ah si, le 8 mars, mais pas partout.

Rappelons que le 8 mars est la Journée internationale des femmes, célébrée depuis le début du siècle en hommage à leurs luttes, qu’elles soient mères ou pas.

« Elles ont deux fêtes par an et elles ne sont pas contentes ! »

Il ne faut pas que ces fêtes servent à donner bonne conscience à nos gouvernants et à notre entourage. Nous ne voulons pas être réduites uniquement aux rôles d’épouse et de mère, que nous ne nions pas, mais qui ne sont que des composantes – pas obligatoirement indispensables – de notre vie. Nous voulons que l’on reconnaisse notre identité et notre valeur dans la vie professionnelle, politique, culturelle, économique, etc., au même titre que les hommes. Définit-on un homme uniquement par ses fonctions d’époux ou de père ? Impensable ! Cela susciterait immédiatement l’hilarité générale. Pourquoi devrions-nous alors accepter pour nous, femmes, ces images restrictives et stéréotypées ?

Nos comités d’entreprises, qu’ils soient CIB ou Siège, ne dérogent pas à la sacro-sainte coutume qui fait le bonheur des fleuristes et des vendeurs de gadgets en tout genre tous les ans, fin mai : ceci à l’aide de toute une panoplie de cadeaux plus utilitaires que culturels, et parfois aussi superbement inutiles que le « service à lapin trois pièces » (Y avait déjà eu celui à moules, à asperges… à quand celui à dinde ou cornichon ?)

Mais était-il vraiment nécessaire au comité d’entreprise Siège d’assortir cette présentation de cadeau d’une missive dans le plus pur style paternaliste, limitant les problèmes des femmes à leurs soucis familiaux et, le comble, évoquant comme sujet d’inquiétude la menace du chômage… des maris (!)… comme si les femmes en étaient à l’abri…

Il y avait tout de même plus, et mieux à dire sur le sujet… […]

Réponses au jeu

Christine de Pisan : première femme de lettres à vivre de sa plume.

Olympe de Gouge : révolutionnaire, auteur de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne. Guillotinée.

Berthe Morisot : peintre impressionniste et, comme le dit le dictionnaire, belle-sœur de Manet. Le même dictionnaire ne fait pas mention que Manet est le beau-frère de Berthe Morisot.

Camille Claudel : sculpteur – victime de la non-reconnaissance de son talent, fut internée en hôpital psychiatrique. En cours de réhabilitation (voir l’exposition, le livre – Reine-Marie Paris, « Camille Claudel » – et différents articles la concernant).

Cécile Brunschvicg : sous-secrétaire d’État à l’Éducation nationale en 1936 (les femmes n’avaient pourtant pas encore le droit de vote).

Marguerite Durand : comédienne, journaliste, a fondé le premier quotidien féministe, La Fronde, entièrement géré par des femmes.

Clara Zetkin : militante révolutionnaire et féministe. Contribua au développement du parti communiste allemand. Fut à l’origine de l’adoption du 8 mars comme Journée internationale des femmes.

Coline Serreau : cinéaste, réalisatrice de Mais qu’est-ce qu’elles veulent ?, Pourquoi pas ?, Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux ?… […]

Clara et Henri Benoits, avec Jean-Claude Vessilier : L’Algérie au cœur

Révolutionnaires et anticolonialistes à Renault-Billancourt

Editions Syllepse, http://www.syllepse.net/lng_FR_srub_37_iprod_609-l-algerie-au-c-ur.html#, Paris 2014, 224 pages, 14 euros