Archives de Catégorie: Europe

Un nuage néo-fasciste plane au-dessus des frontières entre la Grèce et la Turquie

Chronologie de la situation aux frontières

L’Europe vit une période sombre, la situation aux frontières entre la Grèce et la Turquie en atteste. Les discours se multiplient et l’heure est à la confusion. Chacun.e apporte « son soutien » à l’une ou l’autre partie « victime », tantôt de la dictature d’Erdogan, tantôt d’une prétendue « invasion » de personnes migrantes, tantôt d’une folie humaine déjà installée depuis bien trop longtemps. Une folie humaine qui est restée dans l’ombre des préoccupations grâce à un gros chèque que l’Union européenne s’est accordée à verser à Erdogan. Six milliards d’euros, c’est le montant reçu par la Turquie à la suite de l’accord signé entre son État et l’UE en 2016. Six milliards d’euros, c’est le prix que l’Europe de « l’Union » a payé pour son incapacité à exprimer son refus « d’accueillir » des personnes en exil. Des personnes qui fuient les nombreuses guerres et conflits qui sévissent dans leur pays, résultat de l’impérialisme des puissants (Trump, Assad, Poutine pour ne nommer que quelques-uns des grands responsables de ces tragédies). Six milliards d’euros c’est bien plus que ce que l’UE n’aurait accepté de rembourser à la Grèce sur les intérêts de sa dette. Dépenser pour refouler des personnes extrêmement vulnérables, oui, annuler la dette illégitime de la Grèce pour éviter le massacre social, non. On ne peut plus clairement résumer les politiques de l’UE. Lire la suite

Revisiter les révolutions ambiguës de 1989

Avec l’aimable autorisation de la revue Inprecor

Vingt ans après la chute du mur de Berlin, Timothy Garton Ash écrivait : « en 1989, les Européens ont proposé un nouveau modèle de révolution non-violente – de velours » (1). Quelques années plus tôt, au contraire, il avait utilisé un néologisme intéressant – la « réfolution » (2) – pour décrire le type de changements systémiques qui s’étaient produits, combinant les caractéristiques des révolutions et des réformes d’en haut. Je veux soutenir et développer ici ce néologisme en opposition à l’épithète « pur », comme étant plus précis pour analyser les ambiguïtés mêmes des transformations historiques qui ont mis fin au « monde bipolaire ». Je soutiendrai que les mouvements et les mobilisations démocratiques, qui ont eu lieu en 1989 et avant, étaient contre la nomenklatura au pouvoir et, en même temps, n’étaient pas en faveur des principales transformations socio-économiques introduites depuis 1989. Il faut regarder au-delà des étiquettes et des discours idéologiques pour prendre pleinement en compte le rôle des « deals » (ou rapports) internationaux « bipolaires » encore à l’œuvre en 1989, mais aussi le rôle joué par les dirigeants de l’ancien parti unique dans les formes opaques de privatisation : tout cela signifia une absence de véritable processus démocratique de décision quant aux principales réformes dont une part substantielle ont eu un contenu contre-révolutionnaire. Les aspirations populaires se sont exprimées massivement par des poussées révolutionnaires contre le parti unique et la domination soviétique, comme le mouvement polonais Solidarnosc en 1980-1981. Et ce mouvement était plus proche de l’automne des Conseils ouvriers de Prague en 1968 contre l’occupation soviétique que des thérapies de choc libérales de 1989. Ces révolutions embryonnaires vers une troisième voie ont été réprimées et démantelées par les puissances dominantes du monde bipolaire à travers différents épisodes, parce que les forces démocratiques mobilisées étaient une alternative à l’ordre politique existant qui tentait d’imposer son propre objectif. Une telle réalité fut camouflée derrière les concepts de guerre froide et la transformation qui a suivi 1989. Lire la suite

Crise à la frontière entre la Grèce et la Turquie : en finir avec l’Europe forteresse

Communiqué du CADTM International

Une fois de plus, la politique européenne de frontières assassine. Cela fait quelques jours que les tensions montent dans les différents points frontaliers entre la Grèce et la Turquie. Les tentatives de la part des personnes migrantes d’entrer sur le territoire grec s’est soldé par de lourdes interventions (y compris avec l’usage d’armes à feu) de la part des forces de sécurité grecques. Depuis le lundi 2 mars nous déplorons au moins deux morts : un enfant de 4 ans s’est noyé près de l’île de Kos alors que les garde-côtes grecs essayaient de faire couler un bateau de migrant-e-s qui fuyaient la Turquie ; Muhammad al-Arab, 22 ans, a été abattu par un tir à la frontière terrestre entre la Turquie et la Grèce et il y a de fortes présomptions pour considérer que le tir est venu de l’armée grecque ou d’un groupe para militaire grec qui ont été encouragés par la politique des autorités grecques et turques [1]. Si comme l’affirme les portes paroles de l’armée grecque il s’agit qu’une provocation de l’armée turque cela n’enlève rien à la gravité des faits. Ce sont les politiques du gouvernement grec, du gouvernement turc et des autorités européennes qui en sont la cause. L’extrême violence de la police et de l’armée ordonnée par le gouvernement grec, ainsi que la suspension du droit d’asile dans ce pays a rencontré un soutien sans faille de la part de l’Union Européenne. Ursula Von der Leyen remerciait ainsi la Grèce d’être le « bouclier » de l’Europe dans ces « temps difficiles » [2]. Lire la suite

Nous voulons une loi abolitionniste du système prostitutionnel et d’attention intégrale aux personnes prostituées

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Brexit, année zéro – Une phase réactionnaire d’une agressivité sans précédent

Le résultat des élections législatives du 12 décembre dernier paraissait enfin conduire au terme de plus de trois années d’incertitude. Nanti d’une forte majorité parlementaire, le Premier ministre conservateur, Boris Johnson, paraissait assuré d’avoir les mains libres pour enclencher le processus de sortie de l’UE et d’honorer ainsi le slogan répété jusqu’à l’épuisement auto-parodique : « get Brexit done » (il faut faire le Brexit).

Mais ce programme ne s’arrête pas à la seule question des rapports avec l’UE. Avec Boris Johnson s’ouvre une phase réactionnaire d’une agressivité sans précédent. Il y a au moins une raison simple à cela : il y a seulement deux ans et demi, en juin 2017, le parti travailliste dirigé par une gauche socialiste pour la première fois de son existence, fut proche de l’emporter malgré des pronostics uniformément défavorables. L’éventualité cauchemardesque de voir ce scénario se concrétiser en décembre 2020 a vu une mobilisation exceptionnelle des principaux médias contre Corbyn et le Labour (comme l’a documenté une étude de chercheurs de l’université de Loughborough) et une campagne tory (conservatrice) ne craignant plus de recourir à la désinformation la plus audacieuse (faux site de factchecking, faux site de présentation du programme travailliste, entre autres). Lire la suite

Pour le respect des droits des travailleurs et travailleuses de la terre

Une remarque préalable. Nous devrions nous interroger sur les conditions de travail de celles et ceux qui produisent ce que nous avons dans nos assiettes. Il ne s’agit pas seulement de réfléchir à l’empreinte écologique de la production et du transport de l’alimentation mais bien à la vie de millions de travailleurs et travailleuses. Le prix des produits que nous mangeons a quelque chose à voir avec les conditions d’exploitation de salarié·es.

« Cette publication est le résultat d’un projet collectif imaginé et coordonné par le groupe de travail « migration et travail salarié en zone rurale » au sein de la Coordination Européenne Via Campesina (ECVC). Lire la suite

Le travail esclavagiste, les fusillades de masse et les chambres à gaz. Les Roms, le génocide oublié de la Seconde Guerre mondiale

Par rapport à l’Holocauste, le meurtre en masse d’un demi-million de Roms et de Sinti en Europe est inconnu et non reconnu. Cette absence et la persécution dont ils continuent à faire l’objet posent des questions auxquelles nous avons encore du mal à répondre

Il s’agit du « génocide oublié » de la Seconde Guerre mondiale : environ 500 000 Roms d’Europe ont été assassinés par les nazis et leurs collaborateurs pendant la Seconde Guerre mondiale, suite à la mise en place de politiques visant à les persécuter. Pourquoi le génocide des Roms a-t-il été largement oublié ? Pourquoi la reconnaissance, même partielle, de leur mort a-t-elle pris autant de temps ?

Quels obstacles nous empêchent encore aujourd’hui de reconnaître pleinement l’importance de ce génocide ? Lire la suite