Archives de Catégorie: Caraïbes, Amérique Centrale et du Sud

Brésil : rien n’est plus normal

700 jours après l’assassinat de Marielle Franco, la nouvelle de la semaine n’est pas l’élucidation du crime mais celle de l’assassinat de la personne clé pour élucider le crime. L’exécution de Marielle, conseillère municipale de Rio de Janeiro et militante des droits de l’homme, a marqué le moment du franchissement d’une limite au Brésil. Le fait que l’on n’ait pas précisé jusqu’à aujourd’hui, près de deux ans plus tard, qui était le commanditaire du crime et la raison pour laquelle elle a été assassinée, démontre l’incapacité croissante et de plus en plus dangereuse des institutions à protéger la démocratie dans le pays. Le fait qu’Adriano da Nóbrega soit réduit au silence ce dimanche 9 février, que cela soit prémédité ou non, démontre que le Brésil est un pays où les frontières entre le droit et le crime ont été brouillées à un niveau sans précédent. Nous ne savons pas qui est au gouvernement. Et nous devons le savoir. Lire la suite

Haïti : comment les femmes secouent le monde politique

L’originalité du mouvement féministe haïtien tient au fait qu’il ne peut être pensé ni en termes de vague (première, deuxième ou troisième) (1) ni en termes de courant défini (libéral, Black, décolonial…). Ce mouvement à l’encontre des autres mouvements féministes contribue énormément à l’identification des réalités nationales qui font problème, comme par exemple, les violences faites aux femmes et aux filles, la participation politique, l’impunité, la souveraineté nationale et la lutte contre l’obscurantisme. Il me semble que la métaphore de la secousse est plus appropriée pour parler du mouvement féministe haïtien. Chaque fois qu’un problème se pose au niveau national, les féministes prennent le devant de la scène pour porter des revendications et dessiner des orientations, comme fut le cas en 1915 (occupation d’Haïti par les Etats-Unis), 1957 (montée de Duvalier au pouvoir), 1986 (chute de Duvalier), 1991 (coup d’Etat militaire contre le gouvernement de Jean Bertrand Aristide), 2004 (chute du pouvoir Lavalas). Le mouvement se structure dans des situations critiques où les fondements du vivre ensemble sont attaqués par les acteurs dominants tant internes qu’externes. Ces luttes s’organisent autour de piliers stratégiques ancrés dans les revendications populaires telles : le droit à l’autodétermination, le partage égalitaire des parts entre les hommes et les femmes, le droit aux ressources. Le mouvement féministe lutte contre les asymétries entre les sexes dans une perspective populaire globale. Les féministes ont toujours parties prenantes des effervescences qui agitent notre société. Fidèle à cette tradition, le mouvement s’est dressé, après le séisme, contre un ensemble de dérives qui mettaient son existence en péril et qui s’opposaient à une réelle reconstruction de la société. Pour parler de ses actions sur la scène politique ces dix ans derniers, nous mettrons l’accent sur : premièrement, les pertes subies pendant le séisme, ensuite, l’exclusion des féministes haïtiennes menée par des acteurs internationaux présents en Haïti après le séisme, après les actions de rétablissement de la réalité, et en dernier lieu, les luttes contre les actions sexistes ou antiféministes engagées par les gouvernements haïtiens depuis cette époque. Lire la suite

Les Mexicaines appellent à une grève nationale le 9 mars après une série de féminicides extrêmement violents

Des militantes féministes, des utilisatrices de réseaux sociaux et des Mexicaines en général appellent à une grève nationale le 9 mars, au lendemain de la Journée internationale des luttes de femmes, commémorée le 8 mars.

Le 9 mars, les Mexicaines se proposent de ne pas se présenter au travail, de ne pas aller à l’école, de ne pas y emmener leurs filles et de ne rien acheter. Elles invitent également les hommes à agir en alliés et à appuyer les femmes cette journée-là.

Leur objectif est de rendre visible le rôle des femmes dans la société mexicaine et de poser un geste radical contre le féminicide, la misogynie et l’inégalité. Lire la suite

De Porto Alegre à Bolsonaro, le chemin des renoncements. Préface d’Olivier Warin au livre de Fabio Luis Barbosa Dos Santos : L’espoir vaincu par la peur. De Lula à Bolsonaro

Avec l’aimable autorisation des Editions Syllepse

Le 1er  janvier 2019, Jair Bolsonaro, capitaine de réserve de l’armée de terre, accédait à la présidence du Brésil après avoir remporté le deuxième- tour des élections avec 55% des voix face à Fernando Haddad, candidat du Parti des travailleurs (PT). Ce député inconnu hors de Rio jusqu’en 2017 n’avait fait approuver que deux projets de loi au cours d’une carrière politique de vingt-sept ans consacrée à pourrir les débats parlementaires par des hommages aux tortionnaires de la dictature, la défense des escadrons de la mort ou en menaçant de viol une députée qui lui avait tenu tête. Son élection a donc été vécue comme une douche froide par la gauche brésilienne et laisse craindre le pire pour les couches populaires, racisées, les femmes, LGBTQI+ ainsi que pour les militants des mouvements sociaux. Lire la suite

Introduction au livre de Franck Gaudichaud, Jeffery R Webber, Massimo Modonesi : Fin de partie ? Amérique latine : Les expériences progressistes dans l’impasse (1998-2019)

Avec l’aimable autorisation des éditions Syllepse

« ¡En pie de lucha, hasta que la dignidad se haga costumbre ! »

« En lutte, jusqu’à ce que la dignité devienne la norme ! »

Au cours des cinq premières années du 21e siècle, l’Amérique latine a connu une vague de défaites électorales des partisans du néolibéralisme, jusqu’alors « invincibles », en même temps qu’un des plus conséquents processus de remplacement (bien que relatif) des groupes dirigeants que l’histoire de la région ait connu. Lors d’une brève séquence qui s’est accélérée entre 2002 et 2006, le Venezuela, le Brésil, l’Argentine, la Bolivie, l’Uruguay, l’Équateur, le Nicaragua et El Salvador, ont été dirigés par des partis et des présidents qui se déclaraient anti-néolibéraux. C’est ainsi que pendant la première décennie du 21e siècle, on a assisté au déploiement d’un grand nombre de gouvernements aux tonalités progressistes, du jamais vu depuis les années 1930 et 1940 du siècle précédent. Lire la suite

Le MST dans le viseur de Bolsonaro, augmentation de la violence contre les paysans

Le discours belliciste du président se matérialise : exécution de militants, expulsions de paysans, et gros propriétaires terriens (ruralistas) au sein du pouvoir.

Lors des premiers jours de son administration, en janvier 2019, le gouvernement de Jair Bolsonaro avait déjà montré qu’il mettrait en œuvre les prises de position annoncées pendant sa campagne électorale sur les questions agraires. Au fil des mois, ses déclarations violentes se sont traduites par des actions gouvernementales. L’agressivité de ses proclamations est allée croissant, ce qui, selon les observateurs, a rendu les rapports sociaux dans la campagne brésilienne encore plus tendus. Lire la suite

Mexique : mobilisation après l’assassinat de l’artiste féministe Isabel

Quelques heures plus tard, des centaines de Mexicains descendaient dans la rue autour de l’esplanade du monument à Benito Juarez pour lui rendre hommage, et pour que cessent les féminicides, un fléau dans cette ville du nord du Mexique où des centaines de femmes ont été enlevées ou assassinées ces vingt dernières années. Isabel Cabanillas est la quatrième femme tuée à Ciudad Juarez ce mois-ci et la sixième de l’État de Chihuahua. Lire la suite

E la nave va

Voilà ! Nous sommes arrivés à la fin de l’année comme habitués à la destruction du Brésil et à l’impunité des responsables de cette destruction, ainsi que de celle d’assassins et de leurs commanditaires. La nave va, dirait Fellini. Lire la suite

Huit femmes haïtiennes : Regards croisés

La liberté viendra et elle aura vos yeux.

Elles sont huit. De générations, de parcours et de milieux sociaux différents. Mais elles ont en commun leur engagement et leur intelligence, leur courage et leur force, ainsi que leur participation, depuis des lieux divers, au mouvement social de grande ampleur qui secoue Haïti depuis juillet 2018. Cela leur donne un regard acéré sur la situation, sur les conditions et enjeux de la transition de rupture au cœur des revendications. Le parti-pris a été d’interroger le mouvement social haïtien à partir des femmes et des luttes féministes, avec la conviction que l’une des principales formules du changement se joue là. Lire la suite

L’accord commercial UE-Mercosur va intensifier la crise climatique due à l’agriculture

  • Les émissions provenant de l’augmentation des échanges bilatéraux de huit produits agricoles clés devraient augmenter d’un tiers (34 %).
  • Les exportations de viande de bœuf du Mercosur vers l’UE constitueront la principale source des nouvelles émissions (82 %). 

  • L’empreinte climatique de l’UE liée aux exportations de denrées alimentaires vers le Mercosur pourrait être multipliée par cinq.

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Chili. Les raisons pour lesquelles nous devrions rejeter « l’Accord pour la paix sociale et la nouvelle Constitution »

Près d’un mois après l’explosion sociale qui a commencé le vendredi 18 octobre à Santiago et s’est répandue très rapidement dans toutes les régions du Chili, un groupe de parlementaires a annoncé, vers 3 heures du matin le vendredi 15 novembre, qu’ils avaient signé un document intitulé « Accord pour la paix sociale et la nouvelle Constitution ». Cet accord – obtenu avec beaucoup de difficultés, comme en témoignent les signataires eux-mêmes – a été rapidement accepté et célébré par le ministre de l’Intérieur Gonzalo Blumel, par le Président de la République Sebastián Piñera et par la plupart des dirigeants des partis politiques représentés au Congrès National. Trois jours plus tard, un groupe de 262 professeurs de droit et de sciences politiques se sont empressés d’exprimer dans une lettre que « « l’Accord de paix sociale et la nouvelle Constitution » n’est pas un piège », que c’est une occasion historique et que la condition du quorum des 2/3 pour l’approbation des accords dans la Convention constituante ne leur paraît pas trop grave. Lire la suite

Haïti (textes de Frédéric Thomas et de Amaury Perrachon)

Haïti : L’écran humanitaire

L’humanitaire est une nouvelle fois « la réponse » de l’international à la crise haïtienne. Une stratégie de pourrissement qui témoigne avant tout de la complicité avec le régime en place et contourne l’exaspération sociale des habitants. Lire la suite

Bolivie. Bible, balles et vote

Coup d’Etat militaire contre un gouvernement populaire ? Insurrection démocratique contre une dictature, quelle a été la dynamique qui a abouti à la démission du président Evo Morales ? Présentées schématiquement, aucune des deux images précédentes ne rend bien compte de ce qui s’est passé, même si toutes deux contiennent une part de vérité : la première insiste trop sur le « mécanisme » du renversement et sous-estime les acteurs ; la seconde éclaire certaines images et omet le reste du film, dont la fin est fort éloignée d’un mouvement démocratique. Lire la suite

Argentine, Dette, FMI et audit de la dette

Mauricio Macri qui arrive en fin de mandat après avoir été battu aux élections présidentielles du 29 octobre 2019 par le candidat péroniste Alberto Fernández n’a pas pu retarder le début de la crise qu’il transmet au prochain président et laisse une économie en ruine. Il a échappé à des élections anticipées et à une rébellion populaire semblable à celle de l’Équateur, mais il arrive au bout du rouleau à la fin de son mandat.

Les adieux de ce président tellement affaibli sont pathétiques, ses promesses ridicules et sa gestion déroutante. Ses derniers drapeaux néolibéraux sont en berne, avec le soutien des prix, le contrôle des changes, la loi sur l’approvisionnement et le début du défaut de paiement. Et comme il met en œuvre ces mesures sans grand enthousiasme, les résultats sont désastreux. Mais la grande inconnue est la puissance de la bombe qu’il laisse derrière lui. Qui peut dire si le pire est déjà passé ? Lire la suite

Bolivie (cinq textes: Yorgios Mitralias, Communiqué de FAL, La Via Campesina, Pablo Stefanoni et Fernando Molina, Raúl Zibechi)

Bolivie: Coup d’état raciste contre ses peuples indigènes !

Que se passe-t-il ces jours-ci en Bolivie ? Et s’il s’agit d’un coup d’état, que veulent et qui ciblent les putschistes?  La réponse la plus claire et la plus autorisée à toutes ces questions est donnée par la protagoniste du coup d’état, la « présidente par interim » autoproclamée du pays Jeanine Anez quand elle twitte de la façon suivante ce qui semble être son désir le plus ardent : « Je rêve d’une Bolivie libérée des rites indigènes sataniques, la ville n’est pas pour les « Indiens », il vaudrait mieux qu’ils aillent sur l’Altiplano ou au Chaco ». C’est à dire à la très haute montagne ou à la savane quasi désertique…  Lire la suite

Chili. Le soulèvement populaire doit ouvrir la voie à l’assemblée constituante

Enfin, le peuple chilien s’est levé à l’unisson contre le système néolibéral oppressif et pilleur, remettant directement en cause la démocratie restreinte, protégée et de faible intensité garantie par ce modèle. La rébellion populaire soulève, avec plus de force que jamais, la nécessité de changer le système politique – dont le pilier fondamental est la Constitution politique de l’Etat – par la discussion et l’approbation démocratique par les citoyens et les citoyennes d’une nouvelle Charte fondamentale. La méthode pour ce faire ne peut être autre que celle d’une Assemblée constituante libre et souveraine. Lire la suite

Mexique : luttes des femmes à Oaxaca

Le 25 septembre dernier, les chambres du législatif de l’État d’Oaxaca, au Mexique, explosaient de joies et de rage alors que la région votait pour décriminaliser l’avortement du premier trimestre de grossesse dans un vote de 24 contre 10. Dans la tribune, les manifestants catholiques chantaient, « Assassins ! Assassins ! » en attendant le vote. Cependant, lorsque la décision a été annoncée, les militants féministes, vêtus de bandanas verts qui sont devenus le symbole du mouvement pro-avortement en Amérique latine, ont poussé ces cris : « L’Amérique latine sera entièrement féministe. » Lire la suite

Chili : Cinq textes

Chili : rébellions populaires au royaume du néolibéralisme

Après Haïti et l’Équateur, voilà que c’est au tour du Chili de s’embraser et de connaître des manifestations populaires massives dénonçant les hausses des prix des transports ou du coût de la vie, décrétées par des gouvernements de droite. Et voilà que, comme ailleurs, le gouvernement néolibéral du président Piñera y répond par la répression. Mais à quel prix ? Lire la suite

Bolivie : l’appel de Pablo Solon

Le Président Evo Morales a déclaré ce mercredi matin, lors d’une conférence de presse, qu’un coup d’état était en cours en Bolivie et « qu’il faisait à nouveau appel à la solidarité internationale pour défendre le Processus » (connu comme « Proceso de Cambio ») dans mon pays.

Avec une grande amertume, ayant participé au gouvernement entre les années 2006 et 2011, je suis très désolé de vous dire que cette affirmation d’Evo Morales est complètement fausse. Lire la suite

Buenos Aires : Les femmes indigènes occupent le ministère de l’intérieur. « Dites au ministre que les femmes autochtones disent : ça suffit »

Ce mercredi 9, vers midi, des nouvelles ont commencé à circuler sur les réseaux sociaux qu’un groupe de femmes autochtones occupait pacifiquement un secteur du ministère de l’intérieur. Arrivant de différentes provinces, ils ont exigé d’être reçus par le ministre Rogelio Frigerio.

Clarifiant la raison de cette mobilisation, la référente mapuche Moira Millán a déclaré : « Nous exigeons que le ministre de l’Intérieur vienne dialoguer avec nous car nous apportons des dénonciations, des revendications et des propositions pour nos territoires ». Lire la suite