Archives de Catégorie: Caraïbes, Amérique Centrale et du Sud

Chili. Vers une nouvelle Constitution. Encore au printemps

Le 25 octobre, le peuple chilien ouvrira un processus constitutionnel sans précédent. C’est ce qu’indiquent tous les sondages en vue du plébiscite qui aura lieu à cette date. Pour les juristes, les universitaires et les membres du mouvement social, la nouvelle constitution ne sera que le début d’une longue discussion sur le projet du pays qui doit répondre aux revendications sociales nées de la révolte populaire.

La journée qui marquera le premier anniversaire de la « plus grande marche du Chili », qui, rien qu’à Santiago, a attiré plus d’un million de personnes, ressemble à un nouveau jalon dans l’histoire du pays. Le 25 octobre – c’est-à-dire dans un mois – le peuple chilien décidera par plébiscite s’il veut une nouvelle Constitution politique et quel type d’organe sera chargé de la rédiger. Lire la suite

Amérique latine : la dette, la crise et la pandémie

La réponse de santé publique de l’Argentine à Covid-19 était bien meilleure que la mauvaise gestion désastreuse de Jair Bolsonaro au Brésil. Pourtant, alors que les deux pays cherchent à se reconstruire, tous deux sont affaiblis par leur place de subordination dans le système financier mondial, une subordination qui menace de transformer le choc d’aujourd’hui en crise prolongée. Lire la suite

Lettre à nos compañeras zapatistes

Aux femmes zapatistes

Aux femmes qui vivent dans les différents coins du monde

Ceux qui pensent avoir le cœur d’une femme

Celles d’entre nous qui adhèrent à cette Lettre sont des femmes du Chiapas, du Mexique et du monde entier, réunies par la force de la petite lumière qui nous a été donnée par les femmes zapatistes lors de la Première Rencontre Internationale, Politique, Artistique, Sportive et Culturelle des Femmes qui luttent en 2018, et aussi par le message d’espoir et d’engagement pour la défense de la vie qui nous a été donné lors de la Deuxième Rencontre Internationale « Traces du cheminement de la Commandante Ramona » en 2019. Lire la suite

Haïti : Stop au silence et à la complicité internationale. Le changement commence en mettant fin à l’impunité

Depuis juillet 2018 et à de nombreuses reprises, dans un contexte de détérioration des droits et des conditions de vie, les Haïtien.nes se sont mobilisés avec force et courage contre l’appauvrissement, la corruption et l’autoritarisme. Avec pour seules réponses : la répression du gouvernement de Jovenel Moïse, l’opposition feutrée ou explicite de la « communauté » internationale. Lire la suite

Argentine. L’accaparement des terres et l’urbanisation capitaliste. La lutte de classes en milieu urbain

L’une des occupations de terre les plus emblématiques de ces derniers mois est celle de Guernica [dans la périphérie du Grand Buenos Aires] : elle couvre 100 hectares, divisés en 4 quartiers. Il y a 2500 familles et 3000 enfants. Les porte-parole de ces habitants disent aux journalistes qu’ils ne se trouvent pas dans des terres occupées mais dans un quartier. Les faits les confirment: ils ont avancé dans la partition des hectares, creusé des fossés et installé des poteaux d’éclairage. Il y a des espaces prévus pour une école, un jardin d’enfants et une place. L’urbanisation des pauvres, qui manquent de toutes sortes de ressources, montre la capacité créative de ces habitants-travailleurs. Les occupants d’une terre qui était en désuétude il y a des années dénoncent que les forces de police les empêchent de faire entrer dans les matériaux pour construire leurs maisons. Ils vivent en prison dans leur ville, sous la menace d’une expulsion. Lire la suite

A l’heure des brasiers, se focaliser sur la lumière ne suffit pas

« « Cuba », « La  Havane », « Martí ». « Guevara », « Fidel ». Autant de noms qui résonnent, aujourd’hui encore, avec un son particulier dans l’imaginaire politique. Autant de noms qui, dans les Amériques, dans la Caraïbe et au-delà, continuent à être synonymes des mots « indépendance » et « révolution » ». Les mobilisations des populations, le renversement d’un dictateur, l’expropriation des grandes propriétés cubaines et étrangères… et des interrogations sur des ruptures possiblement émancipatrices…

Je fais un pas de coté. Si le socialisme peut être construit dans une ile ou dans un pays, si le socialisme peut être autoritaire ou de caserne ; si Cuba est socialiste ou la Chine communiste ; si le socialisme est compatible avec un parti unique, l’absence d’institutions élues au suffrage universel, le déni de l’auto-organisation ou de la libre syndicalisation ; si le socialisme ne remet pas radicalement en cause les rapports de travail, les rapports sociaux de sexe ou les processus de racisation… Alors, nous devrions affirmer que nous nous sommes trompé de combat ! Lire la suite

Un agenda ultralibéral et autoritaire

« Comment en est-on arrivé là ? Comment et pourquoi, un médiocre parlementaire d’extrême droite, nostalgique de la dictature militaire, ouvertement raciste, misogyne et homophobe a-t-il pu se hisser à la tête du plus grand pays d’Amérique latine ? Qu’exprime ce choix politique ? Et quelles sont les implications pour le Brésil de ce virage à droite ? Ce numéro d’Alternatives Sud ambitionne d’apporter quelques éléments de réponse à ces questions. Il se veut le prolongement d’une réflexion sur le devenir du pays entamée voici une décennie avec l’ouvrage collectif Le Brésil de Lula : un bilan contrasté (2010) » Lire la suite

Faire dérailler la course folle et opérer une bifurcation

« En l’espace de quelques années, la Chine est devenue un partenaire stratégique de l’Amérique latine et des Caraïbes. Ce partenariat soulève nombre de questions et de débats. S’agit-il d’une coopération Sud-Sud ou d’une nouvelle forme d’impérialisme ? D’un moyen de se défaire des liens de subordination envers les États-Unis ou d’un autre mode de dépendance ? Et le modèle de développement catalysé par les échanges avec la Chine constitue-t-il un piège ou un tremplin ? » Lire la suite

Que faire maintenant, Brésil ?

Avec l’aimable autorisation des Editions Syllepse

La résilience de l’oligarchie, les intérêts impériaux et l’abandon des périphéries par le PT ont ouvert la voie à l’extrême droite. La stupéfaction face à la régression en cours doit céder la place à l’organisation d’une réponse cohérente. Les différentes forces de gauche doivent mettre de côté tout sectarisme et s’unir pour défendre la démocratie, en prenant appui sur les mouvements sociaux et les éléments progressistes du système judiciaire.

Les mots qui me viennent le plus à l’esprit sont étonnement et perplexité. Le gouvernement brésilien s’est enfoncé dans l’abîme de l’absurde, dans une banalisation absolue de l’abus et de l’agression, dans une violation flagrante des règles les plus élémentaires de la coexistence démocratique – sans parler de la loi et de la Constitution –, tout en crachant la haine et la négativité comme seule arme politique. Il ne se passe pas un jour sans que nous soyons bombardés de nouvelles et de commentaires qui semblent tout droit sortis d’un égout idéologique, débordant depuis des années, voire de siècles, de pourriture rance, dégageant la puanteur la plus pestilentielle et se présentant aujourd’hui comme le parfum même de la nouveauté et de la candeur. Lire la suite

Pandémie de Covid-19 en Amérique latine, sa brutalité particulière à tous les niveaux et son impact sur les enjeux politiques, on a causé avec l’économiste Pierre Salama

Avec l’aimable autorisation de l’auteur

Pierre Salama, professeur émérite des universités et spécialiste reconnu de l’Amérique Latine vient de publier aux éditions Bréal Économie de l’Amérique Latine, livre qu’il a coécrit avec l’universitaire Mylène Gaulard et qui retrace de façon très pédagogique les grandes phases de l’histoire économique du sous-continent. Il vient également de rédiger Contagion virale, contagion économique, risques politiques en Amérique latine qui doit paraître à la rentrée aux Editions du Croquant. 

 

Regards. Dans une tribune publiée il y a deux mois, quatre anciens dirigeants d’Amérique latine (Fernando Henrique Cardoso, Ricardo Lagos, Juan Manuel Santos, Ernesto Zedillo) ont alerté : « La crise pourrait être cause d’un des épisodes les plus tragiques de l’histoire de l’Amérique latine ». Partagez-vous ce diagnostic ? Est-ce qu’il n’y a pas des différences importantes entre les pays ? Lire la suite

Haïti et la communauté internationale : entre déni et complicité

Un nouveau massacre a été commis en Haïti le 19 juin. Il intervient deux ans après l’insurrection populaire du mois de juillet 2018, qui a initié un climat de corruption et d’insécurité sans susciter de réaction en Europe ou aux Etats-Unis.

Le 19 juin, devant le Conseil de sécurité de l’ONU, le tableau que dressa la représentante spéciale du secrétaire général des Nations unies en Haïti, Helen Meagher La Lime, contrastait avec les analyses des organisations haïtiennes. L’auto-satisfecit qu’elle s’accordait allait de pair avec le soutien apporté aux manœuvres du gouvernement haïtien pour réformer la Constitution et fixer le calendrier électoral. L’absence de référence à la corruption, les paroles aussi creuses que vaines autour de « la bonne gouvernance » et de « la lutte contre l’impunité » opéraient comme un déni de la situation, à l’origine de l’insurrection populaire deux ans plus tôt. Lire la suite

Brésil. Les vies noires comptent :  l’urgence de la démilitarisation de la Police militaire

« Qui fait confiance à la police ? Je ne suis pas fou ! » Edivaldo Alves, Edi Rock

L’Institut de sécurité publique (ISP) a annoncé il y a 10 jours qu’en avril, 177 personnes ont été assassinées à Rio de Janeiro par la police militaire carioca. Ce chiffre est le plus élevé pour le mois d’avril en 18 ans. Et cela se produit en plein milieu de la pandémie. Les colonels de la Police militaire (PM) et les voix officielles de l’institution affirment que ces 177 morts étaient des morts de « marginaux ». La Police militaire agit alors comme un « tribunal de rue ». Il n’y a pas de procès. Elle définit le crime, définit les coupables, fixe la peine et indique qui sont les exclus. Lire la suite

L’économie de l’Amérique latine : émergence ou déclin ?

L’« émergence » de pays comme le Brésil, l’Argentine, le Mexique ou le Chili suscite depuis le début de la décennie 2000 un nouvel intérêt pour cette partie du monde dont les économies n’avaient pourtant cessé jusque-là de subir crise sur crise, récession sur récession, de la fameuse « décennie perdue » des années 1980 jusqu’aux crises financières de la décennie 1990. Si l’Asie braque actuellement sur elle la majorité des projecteurs, la partie la moins développée du continent américain semble donc aussi vouloir jouer à nouveau un rôle de premier plan sur la scène économique internationale. Lire la suite

Avant-propos (1995) de Pierre-Luc Abramson et Jean-Pierre Paute au livre d’Adolfo Gilly : La révolution mexicaine 1910-1920

Avec l’aimable autorisation des Editions Syllepse

Les traducteurs saluent avec joie la parution française de La Révolution mexicaine, d’Adolfo Gilly, livre maudit par suite des incroyables vicissitudes éditoriales qu’il a connues ; mais aussi livre magique, le seul de la vaste historiographie de la révolution dont le souffle englobe et concerne le lecteur d’aujourd’hui, au point de pouvoir lui faire croire, parfois, qu’il fut le témoin de cette épopée. Lire la suite

Au Brésil, tant que le RACISME existera, la DÉMOCRATIE n’existera pas

Nous, population noire organisée, femmes noires, habitants des favelas, des périphéries, LGBTQIA+, qui pratiquons des religions de matrice africaine, quilombolas, noirs et noires de croyances distinctes, habitants des campagnes, des eaux et de la forêt, travailleurs exploités, informels et chômeurs, de la Coalition Noire pour les Droits, sommes là pour exiger l’éradication du racisme en tant que pratique génocidaire contre la population noire. Lire la suite

Préface à l’édition française (1995) d’Adolfo Gilly à son livre : La révolution mexicaine 1910-1920

Avec l’aimable autorisation des Editions Syllepse

Dernière en date de ce siècle, la révolution zapatiste du Chiapas a commencé dans un pays hanté depuis toujours par la révolution, le Mexique.

Le nouveau zapatisme puise à la fois ses racines dans les mythes et les traditions indigènes et dans la longue histoire d’une oppression raciale et sociale vieille de cinq siècles. La révolution mexicaine de 1910-1920 n’a jamais atteint le lointain Chiapas, terre de seigneurs, de riches propriétaires terriens et de caciques. Elle y arrive aujourd’hui avec la force des effets retardés, sous la forme de l’insurrection armée des communautés indigènes. Lire la suite

Chili : une pétition contre l’impunité

Déclaration de parlementaires, d’universitaires et d’organisations de la société civile du Québec et du Canada en lien avec les récentes initiatives politiques et judiciaires en faveur de l’impunité pour les crimes contre l’humanité au Chili Lire la suite

Jair Bolsonaro : entre déni de la pandémie et stratégie de radicalisation

Nouvel épicentre de la pandémie, le Brésil s’achemine vers un drame social et sanitaire. Face au désastre annoncé, le président d’extrême droite, Jair Bolsonaro, de plus en plus contesté pour sa (non) gestion de la crise, joue la carte de la radicalisation et de la confrontation.

Inexorablement, le Brésil s’achemine vers un drame social et sanitaire, et un chaos politique sans précédent. Le nombre de décès liés au coronavirus y double tous les cinq jours. « Notre situation aujourd’hui est pire que celle de l’Italie, de l’Espagne et des États-Unis » avertissait déjà un épidémiologiste fin avril, tandis que la Banque mondiale s’alarmait dans le même temps des conséquences sociales du covid-19 dans un pays empêtré depuis des années dans l’une des plus graves crises économiques de son histoire. Face à ce désastre annoncé, le président Jair Bolsonaro, de plus en plus isolé et contesté, a opté pour la politique du pire, naviguant entre déni et stratégie de radicalisation permanente, au prix d’une aggravation des effets de la pandémie. Lire la suite

Prologue du livre de Thomas Posado & Jean Baptiste Thomas : Révolutions à Cuba de 1868 à nos jours

Avec l’aimable autorisation des Editions Syllepse

« Cuba », « La Havane », « Martí ». « Guevara », « Fidel ». Autant de noms qui résonnent, aujourd’hui encore, avec un son particulier dans l’imaginaire politique. Autant de noms qui, dans les Amériques, dans la Caraïbe et au-delà, continuent à être synonymes des mots « indépendance » et « révolution ».

Comment expliquer qu’une petite île située à quelques encablures de la première puissance économique et militaire mondiale, coutumière des stratégies de « changement de régime » au nom de la « lutte pour la démocratie », continue à défendre avec opiniâtreté un modèle aussi radicalement distinct de celui qui prévaut dans l’ensemble de la région en général et aux États-Unis en particulier ? Lire la suite

Interdiction de rester chez soi (Nicaragua)

Pour démontrer que nous vivons dans le pays le plus sain du monde, et que, par décret, nous sommes obligés d’être heureux. Le Nicaragua est une bombe de contagion

Lorsqu’au début du XXe siècle, un des nombreux volcans du Guatemala est entré en éruption, le dictateur Manuel Estrada Cabrera depuis le palais présidentiel où il était reclus, a envoyé un décret destiné à être lu dans la rue, lequel établissait que la prétendue éruption était un mensonge, fruit d’une conspiration politique visant à déstabiliser le pays, à nuire à l’économie et à retarder le progrès. Le mensonge officiel prétendait ainsi se substituer à la réalité. Lire la suite