Archives de Catégorie: Moyen Orient

Bouteflika et El-Béchir ne sont que le sommet de l’iceberg

Avec l’aimable autorisation de l’auteur

Entretien avec Gilbert Achcar conduit par Luc Mathieu 

Le professeur de relations internationales et politiques Gilbert Achcar redoute des transitions difficiles au Soudan et en Algérie au vu des expériences passées, en Libye ou en Egypte notamment.

Peut-on parler d’un nouveau printemps arabe ?

Il y a effectivement une nouvelle poussée révolutionnaire en Algérie et au Soudan. Il ne faut pas non plus oublier qu’il y a depuis l’année dernière des épisodes de révolte sociale en Tunisie, au Maroc et en Jordanie. On voit donc les signes d’une nouvelle montée révolutionnaire. Mais depuis 2013, nous sommes aussi dans une phase contre-révolutionnaire. La situation en Libye ne s’améliore pas avec l’offensive de Khalifa Haftar contre Tripoli, qui marque en un sens un retour de l’ancien régime. Elle ne s’améliore pas non plus en Syrie et au Yémen, qui sont en guerre civile, et en Egypte. Nous sommes dans un moment contradictoire. Il y a les éléments d’un nouveau printemps mais il s’agit plutôt d’une phase de transition. Lire la suite

Nasrin Sotoudeh nous écrit de la prison d’Évin

Cher·es compatriotes, cher·es défenseur·es des droits humains,

je vous salue et vous présente mes meilleurs vœux pour le Nouvel An [21 mars]. Je vous remercie aussi de votre soutien qui dépasse de loin toutes mes espérances.

Je veux commenter, dans cette lettre, le jugement rendu par le tribunal de la révolution islamique à mon encontre. Mais avant, je dois souligner que tout jugement rendu par ce tribunal se passe dans des conditions plus ou moins identiques et que les droits des inculpés sont sans cesse bafoués par l’absence de toute défense. Lire la suite

Des despotes jouissent d’une légitimité dont les peuples sont sans cesse privés

Dans sa préface, Ziad Majed aborde entre autres, le soulèvement des Syriens et des Syriennes contre le régime et la violence déchainée par celui-ci, les frontières territoriales et maritimes « lignes de fracture qui séparent et parfois tuent », les désirs d’apartheid et les rêves hallucinatoires de « communauté pure et homogène », la recherche d’un ennemi ou d’un bouc émissaire « incarné par « l’étranger », aujourd’hui le musulman, exactement comme le noir et le juif d’hier », le règne de l’impunité (occupant israélien, régimes despotiques arabes…), les discours démagogiques « complotistes » et « anti-impérialistes » », l’exclusion du droit international de certaines populations, les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité, la normalisation des dictatures au nom des « intérêts économiques et sécuritaires »… Lire la suite

Six points à retenir suite aux élections en Israël

La victoire de Netanyahu

Non seulement Netanyahu a remporté les élections, mais son parti a augmenté le nombre de ses membres dans la nouvelle Knesset de 30 à 36, soit un nombre de plus que la liste des chefs d’état-major des FDI (liste bleue-blanche). Son grand succès a été rendu possible en attirant les votes d’autres partis d’extrême droite : la liste de son ancien ministre de l’Education, Naftali Benett, et de son ancien ministre de la Justice, Ayelet Shaked (La nouvelle droite) n’a même pas obtenu le minimum afin d’entrer à la Knesset. La campagne personnalisée de Netanyahu (« moi ou la gauche ») était le bon choix. Le bloc de la droite, c’est-à-dire les partis qui ont déjà indiqué tout au long de la campagne qu’ils feraient partie de la coalition de Netanyahu, représentent 65 membres de la Knesset sur 120, soit une nette majorité avant même la négociation. Lire la suite

Lorsque la révolution a fait sauter le couvercle, toutes sortes de vapeurs se sont échappées

« Le temps médiatique est déjà passé sur la révolution syrienne et il ne semble plus y avoir de place pour un propos, autre qu’humanitaire, sur le calvaire des populations civiles qui fuient les décombres ».

Dans la préface à l’édition française du livre, preface-a-ledition-francaise-du-livre-de-leila-al-shami-robin-yassin-kassab-burning-country-au-coeur-de-la-revolution-syrienne/, publiée avec l’aimable autorisation des Editions L’échapée, les auteur/autrice reviennent sur l’édition anglaise de 2015, le temps et les événements, la révolution noyée sous un déluge de feu, les alliés russes et iraniens de Bachar el-Assad, le révisionnisme d’une grande partie de la gauche anti-impérialiste, les insurrections et la vague contre-révolutionnaire, le refus d’un traitement anecdotique de l’histoire et des combats pour la liberté et la dignité.

« Ici, le parti pris des auteurs est de redonner au récit populaire une place centrale et de permettre ainsi de s’émanciper du prisme hégémonique de l’information (description des expériences d’auto-organisation révolutionnaires dans tous les domaines de la vie quotidienne : santé, éducation, alimentation, énergie, etc. ; tensions entre mouvement civil et milices rebelles ; explosion et foisonnement de la vie culturelle, etc.) ». Lire la suite

Tombé en défendant l’injustice

Israël prétend que le sergent d’état-major Gal Keidan, qui est tombé dans la colonie d’Ariel, défendait son pays. C’est un mensonge : il est mort en protégeant l’injustice.

Un soldat a été tué en service. C’était un garçon à lunettes, qui jouait au mandoloncelle [sorte de mandoline]. Ses parents avaient émigré depuis de l’Union soviétique. Un ami du conservatoire de musique a joué en sa mémoire lors des funérailles.

Un soldat a été tué en service. Il était installé à un carrefour pour protéger des colons. Un Palestinien du même âge que lui l’a poignardé à mort et a saisi son arme. Gal Keidan faisait partie de la « brigade des pompiers », ces artilleurs qui ont été transformés en gardes de sécurité pour surveiller les carrefours dans les colonies. Lire la suite

Préface à l’édition française du livre de Leila Al-Shami & Robin Yassin-Kassab : Burning Country. Au cœur de la révolution syrienne

Avec l’aimable autorisation des Editions l’échapée

« Qui devient seigneur d’une cité accoutumée à vivre libre et ne la détruit point, qu’il s’attende à être détruit par elle, parce qu’elle a toujours pour refuge en ses rébellions le nom de la liberté et ses vielles coutumes, lesquelles ni par la longueur du temps ni pour aucun bienfait ne s’oublieront jamais. Et pour choses qu’on y fasse et qu’on y pourvoie, si ce n’est d’en chasser ou d’en disperser les habitants, ils n’oublieront point ce nom ni ces coutumes, et en toute occasion y auront aussitôt recours. » Machiavel

« Après le printemps »

Au moment de sa première parution en langue anglaise en 2015, Burning Country semblait arriver bien tard pour rendre grâce à la révolution, déjà noyée sous un déluge de feu. Proposer un tel livre au public francophone, au moment même où Assad et ses alliés russes et iraniens achèvent la reconquête des dernières portions du pays tenues par les rebelles, a quelque chose d’inactuel. Le temps médiatique est déjà passé sur la révolution syrienne et il ne semble plus y avoir de place pour un propos, autre qu’humanitaire, sur le calvaire des populations civiles qui fuient les décombres. Face à l’effacement programmé de la séquence révolutionnaire en Syrie, reste le sentiment – partagé par beaucoup d’exilés syriens dont nous avons croisé le chemin – que ni la guerre totale menée par Bachar, ni la dépolitisation active menée par l’actualité occidentale, ni même le révisionnisme d’une partie de la gauche anti-impérialiste et de ses alliés de circonstance d’extrême droite, n’auront raison du feu qui a pris dans les profondeurs. Ce feu qui a soulevé une génération entière au simple signal que fut l’immolation du jeune Mohamed Bouazizi, le 17 décembre 2010, dans une bourgade tunisienne brutalement tirée de l’anonymat. Lire la suite