Archives de Catégorie: Japon

Il est encore temps de réfréner notre chute vers l’abîme

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En introduction, Cécile Asanuma-Brice décrit un tremblement de terre en mars 2011, la forte intuition que « celui-ci diffère des précédents », le retentissement des sirènes, la sortie des personnes de toutes parts, les destructions et l’arrêt d’un monde. Les images le lendemain du tsunami qui a ravagé le Tôhoku, les secousses à répétition, « répétition incessante de balancements incertains », l’information au conditionnel « Et puis la nouvelle tombe, résonnant, sempiternelle : une centrale nucléaire aurait été touchée… », le conditionnel devenu certitude.

Omissions d’informations, informations orientées afin de ne pas entraver les choix industriels, non divulgation au grand public… Lire la suite

Fukushima à 10 ans : répliques, mensonges et décontamination ratée

Dix ans se sont écoulés depuis la triple fusion catastrophique des réacteurs de Fukushima au Japon. Comme l’a dit Joseph Mangano, du projet « Radiation and Public Health », il y a trois ans, « d’énormes quantités de produits chimiques radioactifs, dont du césium, du strontium, du plutonium et de l’iode, ont été émises dans l’air, et les rejets de ces mêmes toxines dans le Pacifique n’ont jamais cessé, alors que les travailleurs luttent pour contenir plus de 100 produits chimiques cancérigènes ». Lire la suite

Si la banlieue nous était contée…

Dans son introduction, Cécile Asanuma-Brice aborde la périphérie, lieu de plaisance et de distraction des premiers urbains, l’impact des transports et la fusion de deux mondes « pour donner naissance à un contour de ville, une banlieue, une zone se développant jusqu’au périurbain, et y mêlant ces diverses fonctions », l’industrialisation, les grands ensembles, la « stigmatisation du territoire », les cités d’habitation publiques françaises, « Ces cités auraient entaillé la terre, le territoire, le lieu, telle une blessure dans la chair », les évolutions des lieux et des habitats, les perceptions différentes au Japon et en France « Si ces logements étaient bien présents, il nous fallait déterminer les raisons pour lesquelles ils n’étaient pas retenus dans l’imaginaire collectif comme symboles de l’espace périphérique, tels qu’ils le sont en France ». Je souligne ce point, les mêmes mots ne suffisent pas à faire des mêmes réalités. Il convient à chaque fois de contextualiser, d’historiciser, de faire des comparaisons afin de rendre compte des réalités, de leurs perceptions et des contradictions générées dans chaque situation. Lire la suite

TRIBUNE. Fukushima : temps de la fin contre fin des temps

Avec l’aimable autorisation de l’auteure

5 années se sont passées depuis le tremblement de terre de 2011, le tsunami, l’explosion de la centrale nucléaire. Le lieu du drame véhicule désormais la catastrophe en son nom : Fukushima. Où en est-on ?

Chaque mois de mars est l’occasion de rappeler qu’une année supplémentaire s’est écoulée depuis l’explosion de la centrale nucléaire de Fukushima. Cet accident, dont l’ampleur est sans égale, a mis à l’épreuve le marché de l’énergie nucléaire, dont la technologie continue pourtant de bénéficier d’un très large soutien politique. C’est la raison pour laquelle des citoyens du monde entier ont décidé de se réunir à Tokyo durant une semaine, du 23 au 27 mars 2016, au cours de laquelle se tiendra le Forum Social Mondial Thématique sur l’énergie nucléaire. Ce forum mondial propose un voyage d’étude de deux jours à Fukushima, une journée de manifestation à Tokyo, ainsi que de multiples ateliers déclinant les divers thèmes en rapport avec le sujet. C’est dans ce contexte que nous publions « Fukushima : temps de la fin contre fin des temps », un bilan de la situation aujourd’hui à Fukushima, vue par Cécile Asanuma-Brice, adjointe au directeur du bureau CNRS Asie du Nord. Lire la suite

Japon : « La centrale nucléaire de Sendai réveille le traumatisme de mars 2011 »

Avec l’aimable autorisation de l’auteure

A Kumamoto (préfecture située dans le sud du Japon), secouée par des séismes importants depuis quelques jours, le gouvernement japonais joue un bras de fer bien risqué avec les éléments naturels et ceux qui le sont moins. Le choix de maintenir en activité la centrale nucléaire de Sendai, à 140 km de là, suscite la colère des Japonais. La centrale nucléaire de Sendai se trouve en effet dans le département de Kagoshima, dans le sud-ouest du département de Kumamoto. Lire la suite

La parabole de Fukushima

Si la parabole est un « court récit chargé d’un enseignement moral », après celle du Bon Samaritain, prenez connaissance de celle de Fukushima.

L’enquête sur 2 pages du Journal du Dimanche du 2 mars : « des SDF nettoient Fukushima », me donne l’occasion de cet exercice littéraire.

Sur des milliers de kilomètres carrés contaminés, des sans-abri grattent la terre, trient, chargent et évacuent les décombres. Ces travaux régis par l’État japonais ont été confiés à des entreprises privées, les géants du BTP nippon.

Celles-ci, peinant à recruter la main-d’œuvre spécialisée en raison des risques persistants d’irradiation, ont mis en place un système noir, s’appuyant sur les mafias locales, nouvelles agences pour l’emploi chargées de leur fournir la main-d’œuvre docile, clandestine et peu coûteuse, propre à ces travaux.

De source policière, 50 gangs mafieux s’activent autour du business de la décontamination, recrutant des sans-abri pour les vendre comme esclaves aux sociétés du BTP ayant décroché ces marchés publics. Autour des réacteurs, l’armée des ombres de la décontamination continue de se tuer à la tâche.

La scène est campée : celle d’une industrie nucléaire dont le développement a été confiée aux géants privés de l’Energie, sinistrée depuis trois ans en raison des graves manquements aux précautions, dans un pays exposé aux risques sismiques avérés.

Le désastre survenu, l’État utilise l’argent public pour financer, sans contrôle, d’autres entreprises privées, celles du BTP, ayant répondu à l’appel d’offres de dépollution.

Comme les planteurs de coton ou de canne à sucre des Amériques, il y a plusieurs siècles, celles-ci s’adressent aux mafias, nouveaux négriers, pour leur fournir les bras de l’activité la plus dangereuse du monde : nettoyer les sols irradiés.

En quoi, je vous le demande, tout ceci serait-il contradictoire avec la logique du marché libre et non faussé ? La liberté de chacun des agents n’a-t-elle pas été respectée ? Y compris celle des sans-abri, aucunement contraints. La profitabilité et la croissance sont au rendez-vous. L’économie est sauve.

Riche d’enseignements, également, le peu d’écho rencontré par ce reportage. Mais c’est là une autre question. Encore que…

Jean Casanova, 11 mars 2014