Archives de Catégorie: Afrique

Masaktach, la campagne # me too marocaine

#Masaktach ou je ne me tairai plus est une campagne marocaine lancée sur facebook et twitter qui appelle les femmes à dénoncer publiquement leurs agresseurs.

n’hésitez pas à témoigner, vous n’êtes Plus seules !

MASAKTACH!

Le beau poème d’Audre Lorde pour les survivantes. Lire la suite

Mon coeur saigne

Témoignage au lycée Laure Gatet, le 20 janvier 2020 J’ai grelotté sur la place de la médiathèque, la boule au ventre. Je ne m’y habituerai jamais. Devant les jeunes lycéens, j’essaie difficilement de dire, de raconter, de transmettre la force, même si c’est la force du désespoir. Pendant que je parle, une élève redresse la tête, me fixe des yeux, ensuite se concentre sur sa feuille. Elle reprend le geste une fois, deux fois. Je ne compte plus, elle fait quelque chose de sérieux, j’en suis sûre. Mais quoi donc ? Elle a peut être envie de partir dans son imaginaire pour se mettre à l’abri de la terreur. Non, ce n’est pas ça. Elle est là et me dessine. Elle signe et viens m’offrir mon portrait pendant que les autres se dépêchent pour aller à la cantine. Elle s’appelle Antonia. Seigneur ! Je ne crois pas à la réincarnation ! Elle a le même âge que la cadette de mes parents, celle dont je n’ai pas d’image, puisque sur la seule photo de ma famille en ma possession, elle n’y est pas. Elle n’était pas née. Elle s’appelait Antonia Giraneza. Elle a été tuée en avril 1994. Elle avait 17 ans. Mon coeur saigne. Lors de l’échange, ces jeunes lycéens vérifient la véracité des dates historiques données par leur professeur. Le témoin confirme : la carte d’identité, avec la mention ethnique, existe au Rwanda depuis 1930, époque de la notion de race en Occident. Ces lycéens ont fait une exposition au CDI. Ils savent. Je peux partir tranquille, ils n’oublieront pas le génocide des Tutsi. C’est pour cela que je suis venue. Lire la suite

Egalité, justice, démocratie

« Toute littérature prend naissance dans une souffrance et l’on écrit pour s’en délivrer, la sublimer, lui donner une expression universelle, éventuellement en faire une arme »

Une partition, l’Algérie, la lumière, les souvenirs, une certaine impuissance, « Ecrire est une façon de nier cette fatalité », le regard de l’adulte qui souffre et « dans celui d’un enfant aux yeux grands ouverts, on perçoit, seule, une demande d’explication », la violence… Lire la suite

Plaidoyer pour une meilleure lutte contre les violences faite aux femmes

A peine la campagne d’action de lutte contre les violences faites aux femmes bouclée, qu’un plaidoyer pour une meilleure démarche et prise en charge a été lancé. Une occasion, aujourd’hui, d’énumérer les obstacles qui ralentissent une lutte efficace. Constat établi : un dysfonctionnement dans la coordination entre les différents services, un déficit dans la formation du personnel médical et l’absence d’études fiables… Lire la suite

Déclaration conjointe sur l’Algérie

Le peuple algérien se révolte. Pacifiquement, et depuis le 22 février 2019, il réclame jour après jour le passage à un ordre démocratique, la garantie de tous les droits humains, la liberté d’expression, l’égalité et la fin de la corruption. En réponse, les autorités algériennes organisent la répression avec l’aide d’une justice qui leur est inféodée. Ce sont plusieurs centaines d’hommes et de femmes, dont de nombreux défenseurs des droits humains et syndicalistes autonomes, qui sont poursuivis, condamnés et emprisonnés. Ces femmes et ces hommes n’ont commis aucun crime, aucun délit, ils ont simplement exprimé leur refus d’un système qui les piétine et détruit leur pays. Lire la suite

Le prix Simone de Beauvoir consacre le mouvement social hors-la-loi

Paris. Maison de l’Amérique Latine. 9 janvier 2020. Devant un parterre de célébrités intellectuelles sorties des années glorieuses de la lutte féministe, la représentante du mouvement marocain Hors-La-Loi, Sonia Terrab, reçoit le Prix Simone de Beauvoir des mains de Sylvie Le Bon de Beauvoir. Pierre Bras, délégué général, et Nicole Fernandez Ferrer, directrice du Centre audiovisuel Simone de Beauvoir, réalisatrice et gardienne des archives, veillent discrètement au bon déroulement de l’événement. L’avocate Ghizlane Mamouni enregistre la scène sur son portable. Le prix est obtenu sur suggestion de l’algérienne Sihem Habchi, militante active contre les excusions sociales, membre de la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité. Lire la suite

Cameroun, une poudrière au coeur de la Françafrique

Nouveau dossier de Survie

Novembre 2019 : cela fait désormais plus de 37 ans que Paul Biya est à la tête du Cameroun, dictateur tout-puissant bien que brillant par son absence et ses silences. Celui qui, dès les années 1960, a su se placer au cœur d’un pouvoir installé et entretenu par la France, joue aujourd’hui de sa longévité pour s’assurer la pérennité du soutien de Paris. Et il en a besoin, car en octobre 2018 tout ne s’est pas passé « comme prévu », c’est-à-dire comme cela s’était toujours passé depuis l’écrasement de la poussée démocratique des années 1990. Pour la première fois en effet depuis l’élection volée de 1992, la mascarade de scrutin présidentiel a été assez puissamment contestée pour inquiéter le régime. Lire la suite

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Accord UE-Maroc : la Conf’ lance une procédure pour dénoncer les produits sahraouis illégalement importés

Domination et financiarisation, une « faute » française

Le 21 décembre 2019 à Abidjan (Côté d’Ivoire), le président français Emmanuel Macron et le président ivoirien Alassane Ouattara, ont annoncé la fin du Franc de la Communauté financière en Afrique, dit franc CFA. Ce changement ne concernera dès 2020 que les huit pays de l’Union économique et monétaire d’Afrique de l’Ouest (UEMOA) : le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo. L’affaire n’est pas nouvelle : les débats africains autour de questions relatives à la rupture avec la France et à la création d’une monnaie alternative1 opposent depuis la fin des années 2000 les pourfendeurs d’un « lien colonial qui se perpétue entre la France et ses anciennes colonies d’Afrique de l’Ouest et du Centre »2 et les promoteurs d’une vision pragmatique en la matière. Aussi les déclarations du président français sur le colonialisme – « Trop souvent aujourd’hui la France est perçue [comme ayant] un regard d’hégémonie et des oripeaux d’un colonialisme qui a été une erreur profonde, une faute de la République » – s’avèrent purement démagogiques. La désuétude doublée de la minimisation du terme cache des enjeux bien plus importants : les rapports de domination produits par la reproduction patriarcale de la mondialisation, du capitalisme et de l’occidentalisation, et antérieurement du colonialisme (ensemble de ce qui forme la colonialité) se renforcent tous les jours et en particulier à coups de financiarisation des sociétés. Lire la suite

Une vision utopique ne signifie pas une politique utopique

L’extractivisme a réaffirmé le rôle des pays d’Afrique du Nord en tant qu’exportateurs de nature et fournisseurs de ressources naturelles, en consolidant leur intégration subordonnée dans l’économie capitaliste mondiale. Les cas présentés ici illustrent des schémas plus larges d’accumulation primitive dans le Sud global, où l’accumulation par dépossession prend la forme brutale de l’extraction, du pillage des ressources naturelles et de la dégradation des environnements et écosystèmes par la privatisation et la marchandisation des terres et des eaux. Ceci s’accompagne d’une montée en puissance de forces de résistance et de « l’entrée en scène de nouveaux acteurs » qui exigent le partage et la répartition équitables des richesses. Ces nouveaux acteurs sont-ils principalement environnementaux ou sont-ils fondamentalement anti-systémiques ? S’agit-il d’épisodes circonstanciels de résistance ou plutôt du développement le plus récent dans la trajectoire historique de la lutte de classes contre la dernière offensive capitaliste en Afrique du Nord ? Lire la suite

Des pêcheurs pris dans un étau

« La mer c’est la liberté. Aujourd’hui nous sommes emprisonnés à même l’eau » déplore Slah Eddine Mcharek, président de l’Association Le Pêcheur pour le développement et l’environnement (1) à Zarzis. Leurs projets sont ambitieux : protection des ressources aquatiques, développement d’une pêche durable et responsable et défense de la pêche artisanale. Mais les obstacles sont de taille : pris entre la raréfaction des ressources halieutiques, les menaces à leur sécurité, la réduction de leur zone de pêche et la criminalisation du sauvetage des migrants en mer, les pêcheurs se retrouvent enserrés dans un véritable étau.

Au-delà de la petite ville de Zarzis et de ses plages où se côtoient hôtels de luxe, corps de naufragés et pêcheurs en lutte, le récit de Slah Eddine rappelle l’importance de la justice migratoire et environnementale. Lire la suite

L’invisibilité et l’espérance : En Algérie les bidonvilles se cachent

57 ans après l’indépendance, tout a changé à l’exception de l’exclusion sociale et de son corollaire, l’exclusion spatiale. Questionner les bidonvilles c’est questionner les inégalités sociales – cette « économie de la pauvreté ». En 2007, on estimait à 569 les sites de bidonvilles dans Alger, soit des centaines de milliers de personnes.

Imaginez – derrière des haies de roseaux, de maïs, de figuiers et de pins – un ravin étroit, coincé entre un massif montagneux et un oued aux odeurs putrides, dévalant sur des kilomètres depuis le haut de la montagne jusqu’à ce champ qui tombe à pic, dévoilant une vue sur la Méditerranée d’une beauté saisissante. C’est là que vivent des hommes et des femmes, dans des maisons arrachées à l’adversité avec force et courage, partageant cette cité portée sur aucune carte.

Si vous demandez le nom de ce lieu aux habitants, les plus âgés vous répondront « La forêt », pendant que les plus jeunes vous diront : « La cité du 11 décembre ».  Lire la suite

Sur les révolutions « permanentes » au Moyen-Orient et en Afrique du Nord (II)

Pour les marxistes, quelles ont été les leçons théoriques et politiques les plus significatives à tirer du cycle précédent de luttes révolutionnaires ? On entend souvent dire que le marxisme est « orientaliste » et donc inadapté aux sociétés non occidentales. L’attitude de Michel Foucault à l’égard de la révolution iranienne (1979) est un exemple de tentative de salut dans une altérité religieuse non occidentale, déclarant la fin des visions universelles d’émancipation humaine, de politique de classe et des instruments théoriques marxiens pour comprendre le monde. Alors pourquoi pensez-vous que la théorie marxiste est mieux équipée pour donner un sens aux révolutions et contre-révolutions au Moyen-Orient et en Afrique du Nord ? Quelles sont les perspectives de développement d’une nouvelle génération d’activistes marxistes arabophones depuis 2011, et dans quelle mesure cela a-t-il commencé à se produire ? Lire la suite

Déclaration du collectif de la société civile pour la défense du secteur public de la santé (Tunisie)

Il n’échappe à personne que le secteur public de la santé traverse une crise profonde qui s’est accentuée  au cours des dernières années et les diverses manifestations de cette crise ont affecté de manière importante la santé des citoyens et leur niveau de vie. Aujourd’hui, après les dernières élections qui ont adressé à la classe politique un message clair exigeant la rupture avec le service d’intérêts particuliers et l’affirmation de l’intérêt général en donnant la priorité à la solution des problèmes économiques et sociaux, les citoyens attendent de l’Assemblée des représentants du peuple et du prochain gouvernement des mesures effectives et concrètes visant à mettre un terme à la détérioration des services publics de santé et à améliorer la qualité de ces services. Lire la suite

Sur les révolutions « permanentes » au Moyen-Orient et en Afrique du Nord (I)

Commençons par revenir à ce qui semble maintenant être un lointain souvenir : l’onde de choc révolutionnaire qui a déferlé sur le monde arabe en 2011. Vous avez argumenté dans votre livre Le peuple veut : Une exploration radicale du soulèvement arabe que ces événements n’étaient que le début d’un long processus révolutionnaire en raison de la nature spécifique du capitalisme au Moyen-Orient. Pouvez-vous expliquer ces dynamiques de l’économie politique dans le monde arabe et leurs rapports avec les formes de régimes autoritaires ?

Pour commencer par une considération générale, il est évident maintenant que nous assistons à une grave crise mondiale de l’étape néolibérale du capitalisme. Le néolibéralisme s’est développé comme une étape capitaliste à part entière, véritable, depuis la mise en œuvre de son paradigme économique dans les années 1980. Cette phase est entrée en crise depuis la Grande Récession, il y a dix ans. La crise se déroule sous nos yeux, entraînant des soulèvements sociaux de plus en plus importants. Si vous regardez aujourd’hui ce qui se passe au Chili, en Equateur, au Liban, en Irak, en Iran, à Hong Kong et dans plusieurs autres pays, il semble que le point d’ébullition soit atteint dans de plus en plus de pays. Lire la suite

D’un Hirak à l’autre, ou vers un modele de resistance populaire qui gagne ?

1 Le Hirak algérien, la révolution soudanaise, les immenses manifestations de Honk Kong, nous racontent, chacun et chacune à leur manière, au delà de leurs contextualisations, un même récit relatif à un autre rapport au pouvoir et au politique. Ces mouvements semblent avoir tiré les leçons des moments politiques de l’occupation des places (Occupy street, etc.) et des « printemps arabes ». Nous abordons ici, uniquement le Hirak algérien.

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Pour la souveraineté alimentaire au Maroc 

L’association ATTAC CADTM Maroc a édité en arabe son étude sur la politique agricole au Maroc et ses multiples implications sur les petit-e-s paysan-ne-s, les ouvrier-e-s agricoles, l’économie et l’environnement. Elle s’intitule : « Pour la souveraineté alimentaire au Maroc, étude de terrain sur la politique agricole et le pillage des ressources » [1].

Une première présentation nationale de ce livre a eu lieu à Rabat le samedi 26 octobre 2019.

Cette publication est le résultat d’une recherche-action menée dans cinq grandes régions agricoles du Maroc, à savoir le Loukkos, Le Gharb, Tadla, Souss et Draa. Lire la suite

La puissance des mots

La puissance des mots. Les mots ont tué chez moi. 25 ans après, vous les médias, vous avez le devoir d’en chercher d’autres. Des mots qui sauvent, qui soulignent, qui alertent et qui réconcilient les survivants et les vivants.

Récemment, mon nom a été cité deux fois dans La Croix. Je viens vous tenir la main et vous faire voyager dans l’habitacle de la survivance. Je vais vous parler avec mes mots. Le génocide n’a pas seulement emporté les nôtres, il a aussi détruit les liens et a conjugué nos mots à la haine. Il nous a réduits au silence, d’où le titre de mon ouvrage « L’INNOMMABLE, AGAHOMAMUNWA » : littéralement la bouche obstruée en Kinyarwanda. Lire la suite

Des millions d’Algériens dans la rue pour une transition démocratique. Revoilà le peuple de novembre !

Alger, 1er novembre 2019. 37e acte du hirak. Par un formidable hasard de calendrier, ce 37e vendredi a coïncidé avec le 65e anniversaire du déclenchement de la Guerre de Libération nationale. C’est la deuxième fois que le hirak est gratifié d’une concordance des dates aussi symboliques. On se souvient que le 5 Juillet tombait aussi un vendredi. On se souvient aussi que ce jour-là, la célébration du 57e anniversaire de l’indépendance avait une saveur particulière. Mais curieusement, ce vendredi 1er novembre avait plutôt des airs de 5 Juillet tant la démonstration populaire prenait les allures d’une deuxième indépendance. Lire la suite

Communiqué : Mouvement National de Féministes Algériennes

Réunies à l’occasion de notre deuxième rencontre à Oran, les 17, 18 et 19 octobre 2019, nous, féministes algériennes, tenons à exprimer notre indignation face à la répression qui, depuis quelques semaines s’abat de façon intense sur les manifestantes et les manifestants du Hirak. Lire la suite