Archives de Catégorie: Afrique

Cameroun, une poudrière au coeur de la Françafrique

Nouveau dossier de Survie

Novembre 2019 : cela fait désormais plus de 37 ans que Paul Biya est à la tête du Cameroun, dictateur tout-puissant bien que brillant par son absence et ses silences. Celui qui, dès les années 1960, a su se placer au cœur d’un pouvoir installé et entretenu par la France, joue aujourd’hui de sa longévité pour s’assurer la pérennité du soutien de Paris. Et il en a besoin, car en octobre 2018 tout ne s’est pas passé « comme prévu », c’est-à-dire comme cela s’était toujours passé depuis l’écrasement de la poussée démocratique des années 1990. Pour la première fois en effet depuis l’élection volée de 1992, la mascarade de scrutin présidentiel a été assez puissamment contestée pour inquiéter le régime. Lire la suite

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Accord UE-Maroc : la Conf’ lance une procédure pour dénoncer les produits sahraouis illégalement importés

Domination et financiarisation, une « faute » française

Le 21 décembre 2019 à Abidjan (Côté d’Ivoire), le président français Emmanuel Macron et le président ivoirien Alassane Ouattara, ont annoncé la fin du Franc de la Communauté financière en Afrique, dit franc CFA. Ce changement ne concernera dès 2020 que les huit pays de l’Union économique et monétaire d’Afrique de l’Ouest (UEMOA) : le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo. L’affaire n’est pas nouvelle : les débats africains autour de questions relatives à la rupture avec la France et à la création d’une monnaie alternative1 opposent depuis la fin des années 2000 les pourfendeurs d’un « lien colonial qui se perpétue entre la France et ses anciennes colonies d’Afrique de l’Ouest et du Centre »2 et les promoteurs d’une vision pragmatique en la matière. Aussi les déclarations du président français sur le colonialisme – « Trop souvent aujourd’hui la France est perçue [comme ayant] un regard d’hégémonie et des oripeaux d’un colonialisme qui a été une erreur profonde, une faute de la République » – s’avèrent purement démagogiques. La désuétude doublée de la minimisation du terme cache des enjeux bien plus importants : les rapports de domination produits par la reproduction patriarcale de la mondialisation, du capitalisme et de l’occidentalisation, et antérieurement du colonialisme (ensemble de ce qui forme la colonialité) se renforcent tous les jours et en particulier à coups de financiarisation des sociétés. Lire la suite

Une vision utopique ne signifie pas une politique utopique

L’extractivisme a réaffirmé le rôle des pays d’Afrique du Nord en tant qu’exportateurs de nature et fournisseurs de ressources naturelles, en consolidant leur intégration subordonnée dans l’économie capitaliste mondiale. Les cas présentés ici illustrent des schémas plus larges d’accumulation primitive dans le Sud global, où l’accumulation par dépossession prend la forme brutale de l’extraction, du pillage des ressources naturelles et de la dégradation des environnements et écosystèmes par la privatisation et la marchandisation des terres et des eaux. Ceci s’accompagne d’une montée en puissance de forces de résistance et de « l’entrée en scène de nouveaux acteurs » qui exigent le partage et la répartition équitables des richesses. Ces nouveaux acteurs sont-ils principalement environnementaux ou sont-ils fondamentalement anti-systémiques ? S’agit-il d’épisodes circonstanciels de résistance ou plutôt du développement le plus récent dans la trajectoire historique de la lutte de classes contre la dernière offensive capitaliste en Afrique du Nord ? Lire la suite

Des pêcheurs pris dans un étau

« La mer c’est la liberté. Aujourd’hui nous sommes emprisonnés à même l’eau » déplore Slah Eddine Mcharek, président de l’Association Le Pêcheur pour le développement et l’environnement (1) à Zarzis. Leurs projets sont ambitieux : protection des ressources aquatiques, développement d’une pêche durable et responsable et défense de la pêche artisanale. Mais les obstacles sont de taille : pris entre la raréfaction des ressources halieutiques, les menaces à leur sécurité, la réduction de leur zone de pêche et la criminalisation du sauvetage des migrants en mer, les pêcheurs se retrouvent enserrés dans un véritable étau.

Au-delà de la petite ville de Zarzis et de ses plages où se côtoient hôtels de luxe, corps de naufragés et pêcheurs en lutte, le récit de Slah Eddine rappelle l’importance de la justice migratoire et environnementale. Lire la suite

L’invisibilité et l’espérance : En Algérie les bidonvilles se cachent

57 ans après l’indépendance, tout a changé à l’exception de l’exclusion sociale et de son corollaire, l’exclusion spatiale. Questionner les bidonvilles c’est questionner les inégalités sociales – cette « économie de la pauvreté ». En 2007, on estimait à 569 les sites de bidonvilles dans Alger, soit des centaines de milliers de personnes.

Imaginez – derrière des haies de roseaux, de maïs, de figuiers et de pins – un ravin étroit, coincé entre un massif montagneux et un oued aux odeurs putrides, dévalant sur des kilomètres depuis le haut de la montagne jusqu’à ce champ qui tombe à pic, dévoilant une vue sur la Méditerranée d’une beauté saisissante. C’est là que vivent des hommes et des femmes, dans des maisons arrachées à l’adversité avec force et courage, partageant cette cité portée sur aucune carte.

Si vous demandez le nom de ce lieu aux habitants, les plus âgés vous répondront « La forêt », pendant que les plus jeunes vous diront : « La cité du 11 décembre ».  Lire la suite

Sur les révolutions « permanentes » au Moyen-Orient et en Afrique du Nord (II)

Pour les marxistes, quelles ont été les leçons théoriques et politiques les plus significatives à tirer du cycle précédent de luttes révolutionnaires ? On entend souvent dire que le marxisme est « orientaliste » et donc inadapté aux sociétés non occidentales. L’attitude de Michel Foucault à l’égard de la révolution iranienne (1979) est un exemple de tentative de salut dans une altérité religieuse non occidentale, déclarant la fin des visions universelles d’émancipation humaine, de politique de classe et des instruments théoriques marxiens pour comprendre le monde. Alors pourquoi pensez-vous que la théorie marxiste est mieux équipée pour donner un sens aux révolutions et contre-révolutions au Moyen-Orient et en Afrique du Nord ? Quelles sont les perspectives de développement d’une nouvelle génération d’activistes marxistes arabophones depuis 2011, et dans quelle mesure cela a-t-il commencé à se produire ? Lire la suite