Archives de Catégorie: International

Sénégal : « Silence, on viole ! »

Tribune. Le professeur Songué Diouf, enseignant en philosophie et chroniqueur dans l’émission « Jakaarlo Bi », diffusée tous les vendredis soirs sur la chaîne de télévision TFM, a jeté un pavé dans la mare. Dans ce programme hebdomadaire de près d’une heure, s’enchaînent pêle-mêle les interventions du présentateur, de ses invités et des chroniqueurs. La règle que tout ce beau monde observe est l’absence d’écoute. Tous les sujets sont « débattus » dans un capharnaüm indescriptible. Lire la suite

L’œuvre négative du colonialisme français en Polynésie Du « bon sauvage » à la bombe nucléaire coloniale

Cocotiers, vahinés, ciel et plages paradisiaques et « bons sauvages » telles sont les images médiatiques dominantes de la Polynésie dite « française ». Lorsque nos médias dominants abordent cette colonie composée de cinq archipels c’est pour dessiner l’image d’un « paradis métis » ou d’une colonisation réussie par le mélange des populations. La majorité des polynésiens ne partagent pas cette vision et le mouvement indépendantiste a réussi à inscrire la Polynésie dans la liste des territoires à décoloniser. Le 17 mai 2013 l’assemblée générale des Nations-Unies adoptait une résolution affirmant « le droit inaliénable de la population de la Polynésie française à l’autodétermination et à l’indépendance » et exigeant du gouvernement français de « faciliter la mise en place d’un processus équitable et effectif d’autodétermination1 ». Malgré plusieurs autres résolutions allant dans le même sens, la France fait la sourde oreille et refuse d’organiser un référendum d’autodétermination. Essayons de comprendre pourquoi en resituant la Polynésie dans ses contextes historiques, économiques et géostratégiques. Lire la suite

Interview pour Golias magazine de Philibert Muzima

Philibert Muzima est l’auteur du récit Imbibé de leur sang, gravé de leurs noms (Izuba Editions), préface de Philippe Basabose, rescapé

Question : Première surprise, ce titre énigmatique de votre livre, Imbibé de leur sang, gravé de leurs noms. Pas d’article, pas de nom pour orienter le lecteur, des participes passés déroutants, renvoyant à l’auteur, comme s’il était dépositaire de tout le sang versé sur les collines du Rwanda et habité par la mémoire de tous ses frères assassinés pour rappeler leur identité. Pouvez-vous nous dire quelle charge de sens porte ce titre ? Lire la suite

Transition écologique et alimentaire ou poursuite des émissions impossibles…

« Dans les prochaines décennies, les plus grandes entreprises mondiales de viande et de produits laitiers du monde pourraient supplanter ExxonMobil, Shell ou BP et devenir les plus grands pollueurs climatiques du monde. À l’heure où la planète doit réduire considérablement ses émissions de gaz à effet de serre (GES), ces géants mondiaux des protéines animales tirent la consommation vers le haut en augmentant la production et les exportations. Parmi les 35 plus grandes entreprises du monde que GRAIN et IATP ont étudiées, nous avons constaté que la plupart ne déclarent pas leurs données sur les émissions de GES et peu ont fixé des objectifs qui pourraient réduire leurs émissions globales. Nous devons de toute urgence construire des systèmes alimentaires qui répondent aux besoins des agriculteurs, des consommateurs et de la planète. Mais pour cela, nous devons briser le pouvoir des grands conglomérats de la viande et des produits laitiers et les obliger à rendre des comptes sur leur empreinte climatique surdimensionnée. » Lire la suite

Gaza. « Nous avons peur, mais nous n’avons pas peur en même temps », dit un Gazaoui

« Si le Hamas ne réagit pas à l’agression d’Israël, les gens le critiquent et se plaignent de sa passivité. S’il réagit en tirant des roquettes Qassam, les gens craignent que la situation ne dégénère en guerre. Pauvre Hamas et pauvres de Gaza », dit un ami vivant à Gaza, résumant une nuit et un jour (8-9 août 2018) de Qassam et de frappes aériennes. Lire la suite

Complicités industrielles et étatiques de violations des droits humains

Dans un résumé exécutif en trois parties, les auteur·es soulignent les points principaux qui seront plus développés dans le rapport. Les pouvoirs renforcés des services de sécurité et la répression de masse de toute dissidence, les violations des droits humains, l’élargissement des pouvoirs attribués aux forces armées, la rhétorique de la « guerre contre le terrorisme » ; le soutien de l’Etat français au régime d’Al Sissi, l’augmentation spectaculaire des ventes d’armes (lourdes et légères et de petit calibre) et de matériel de surveillance, les responsabilités des entreprises et de l’Etat français en regard de cadres juridiques (Traité sur le Commerce des Armes – TCA, Position Commune de l’Union européenne 2008/944/PESC, réglementation communautaire), le rappel d’une procédure judiciaire pour complicité de torture contre l’entreprise Arnesys). Lire la suite

Afrique du Sud, France, Turquie ou comment se banalise la militarisation de la société

Introduction

En dehors des stricts constats de situation de guerre ouverte ou de mouvement de troupes, la militarisation peut être étudiée sous l’angle de ses impacts quotidiens sur les relations sociales en tant que processus construit. Ce texte propose d’analyser cette construction. Dans un premier temps, nous isolerons les définitions : militarisation, militaire, militarisme, militarité. Dans un deuxième temps, nous établirons que la militarisation se base sur la subordination/attachement des États et populations aux forces armées, sur leur fonctionnement militaire et les valeurs qui l’accompagnent – ordre, obéissance, hiérarchie, sublimation de la virilité1, etc. Nous verrons qu’en tant que telle, la militarisation n’est pas figée dans le temps. Elle est le produit d’une histoire coloniale autant qu’elle produit de nouveaux effets économiques, politiques et sociaux, de nouveaux comportements, rapports sociaux et épistèmês et renforce les rapports de domination (race, classe, genre) existants. Lire la suite