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Juillet 1936 : la guerre d’Espagne commence « Nous n’oublierons pas les poings levés »

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Le 17 juillet 1936, au Maroc, les troupes du général Franco se soulèvent contre le gouvernement républicain espagnol alors que le Front populaire a triomphé aux élections de février. Le lendemain, 18 juillet, le coup militaire s’étend à toute le pays. La guerre civile espagnole commence. Déjà sur place ou arrivant pour suivre les évènements, reporters et reportrices, journalistes, écrivains, prennent leurs armes – leur plume.

Anne Mathieu dans son livre Nous n’oublierons pas les poings levés ; reporters, éditorialistes et commentateurs antifascistes pendant la guerre d’Espagne (Syllepse 2021) [1], en décrit les itinéraires de quelque deux cents [2], leur donne la parole, se plonge dans les articles de celles et de ceux qui se battirent par la plume pour la cause antifasciste.

Robi Morder

 

Voici ce qu’elle décrit dès le premier chapitre : « Un pays en armes » (avec l’aimable autorisation des éditions Syllepse). Lire la suite

Les barricades de la liberté ont resurgi dans toute la ville

poum2« Il y a quelques millénaires, les pharaons avaient beau ordonner à leurs esclaves de faire disparaître toute trace d’un prédécesseur détesté, avec le temps et l’aide des pilleurs de tombes, le disparu honni refaisait surface et reprenait sa place dans l’Histoire. Malgré sa hargne criminogène, ses sicaires et ses calomniateurs de service en action sur les cinq continents, Staline, l’étoile jumelle de Hitler1, n’aura pas mieux réussi. Dans son ancien empire, comme dans ses marches de l’Ouest, dénommées « démocraties populaires », ses statues ont été déboulonnées, et ses mensonges démontés. » Lire la suite

Dans la lutte « pour votre liberté et la nôtre »

10« L’internationalisme et l’idéal politique au sens le plus noble sont au cœur de l’engagement des brigadistes, et singulièrement de ces combattants juifs. Ils sont parmi les premiers à comprendre que le sort de l’Europe se joue sur le sol espagnol mais aussi celui des Juifs menacés au premier chef par l’hydre fasciste » (David Forest, éditeur)

Ce livre est intéressant pour au moins deux raisons.

Pour le témoignage d’un juif-communiste-internationaliste combattant sur le territoire espagnol contre le fascisme. La barbarie se développait en Europe, avec la bénédiction des gouvernements dits démocratiques et le soutien des grandes fortunes, des possédants (plutôt Hitler que le Front populaire…). Un témoignage sur Szlomo, Micha, Eliahu, Karol, Mietek, Gerschon, Naftali, Zosia, etc. Ils se battaient et moururent en Espagne, non pour un drapeau limité aux couleurs nationales mais sous le drapeau de l’espérance, de l’émancipation possible, rêvée et le refus d’une certain ordre. Ils continuèrent à se battre dans le Groupe Manouchian, dans la résistance. Ils furent enfermés dans les camps français, les camps nazis. Un certain nombre furent détruits à Auschwitz. Et ils parlaient yiddish.

Ils sont, avec d’autres, l’honneur de celles et ceux qui n’abdiquèrent pas.

L’autre raison est la remarquable préface de Larissa Wozek-Gruszow « Les vies d’Efraïm Wuzek », le texte en hommage à Efraïm, ce père connu et inconnu, si éloigné et si présent « Raconter la vie de mon père me l’a rendu plus proche ».

De l’enfance en Pologne à l’arrive en Palestine en 1922, de l’adhésion au communisme et au Parti communiste palestinien (PKP), des émeutes arabes de 1929 contre l’occupant britannique et la colonisation sioniste à l’arabisation du PKP, de la position « une terre et deux peuples » à la section juive du PKP. De l’amour aussi.

Puis Paris en 1937 et la constitution des Brigades Internationales, sans oublier le stalinisme.

Les souvenirs d’un Botwinnik, de la guerre d’Espagne et ensuite, des camps d’internement français. Le retour en Pologne « communiste » et l’antisémitisme, la « révélation » des crimes de Staline et le retour en Palestine, cette fois nommée Israël.

La vie d’un révolutionnaire, d’un homme, qui s’est battu pour un autre monde, sans toujours garder les yeux ouverts sur les réalités assassines des partis communistes.

Illustré de photos et complété par les noms des combattants de la compagnie Botwin et de combattants juifs en-dehors de la compagnie Botwin, ainsi que de courtes biographies de combattants. « Ironie internationaliste », la première d’entre-elles, concerne Ali Abdel Chalak palestinien arabe. Le Yiddishland n’est pas une histoire « ethnique ».

En complément sur les brigades internationales : Sous la direction de Stéfanie Prezioso, Jean Batou et Ami-Jacques Rapin : Tant pis si la lutte est cruelle. Volontaires internationaux contre Franco, Editions Syllepse, Paris 2008, Réalité et imaginaire collectif

Et sur le Yiddishland, voir la page « juif – Yiddishland | «Entre les lignes entre les mots

Efraïm Wuzek : Combattants juifs dans la guerre d’Espagne. La compagnie Botwin

Présenté et annoté par Larissa Wozek-Gruszow

Traduit du yiddish par Jacques Kott

Editions Syllepse, collection Yiddishland, Editions Syllepse – Combattants juifs dans la guerre d’Espagne, Paris 2012, 221 pages, 22 euros

Didier Epsztajn

Contre l’amnésie, l’ignorance et surtout l’indifférence

Guérillero dans le León pendant quatre ans, condamné à mort par la dictature franquiste, exilé comme tant d’autres, Francisco Martinez-Lopez « El Quico », a vécu en France, à partir de 1951, 27 années d’exil avant de revenir en Espagne après la chute du franquisme. 50 ans pendant lesquels il n’a été accordé aucune place à l’histoire du passé guérillero et à la mémoire de ceux qui, avec ou sans armes, ont participé à la guérilla. Parce que c’est encore le cas aujourd’hui, il a rédigé ce témoignage.

Espagne 1939 : la guerre civile n’est pas finie. Après la chute de la République espagnole, pendant et après la deuxième guerre mondiale, des foyers de guérilla continuent de se battre contre le franquisme dans plusieurs régions. Cette histoire totalement inconnue en France reste méconnue en Espagne. Dans le Bierzo – une région de la province du León – une de ces guérillas se poursuit jusqu’en 1952. Quico est l’un de ses derniers survivants. Son récit est un fragment de cette histoire refoulée.

Espagne 1975 : la dictature succombe avec le dictateur. Une « transition de velours » ouvre la voie à une Espagne démocratique qui s’offre « l’amnésie pour prix de l’amnistie » : la reconnaissance de la légitimité de la lutte armée contre le franquisme et la réhabilitation, pleine et entière, des hommes et des femmes qui, dans les années postérieures à la guerre civile, ont connu l’emprisonnement, la torture, l’exil, l’assassinat, le garrot peuvent attendre.  Elles attendent toujours.

Espagne 2000 : le passé réclame son dû. Une poignée d’anciens guérilleros a relevé la tête depuis quelques années. Des antifranquistes de tous horizons et de toutes générations les ont rejoints. Ensemble, ils poursuivent une guérilla pour la mémoire.

France 2000 : les procureurs ont l’histoire courte. Sous couvert de dénoncer  le désastre stalinien, ils convertissent en de simples marionnettes et d’aveugles assassins (au service des États qui, en Est-Europe et ailleurs, ont dominé de leurs dictatures, des peuples entier) tous ceux qui, membres des partis communistes ou adversaires de ces derniers, ont combattu pour la liberté. Ce livre est aussi une contribution au bilan des tragédies de ce siècle, précisément parce que les ruines du « communisme réellement existant » menacent d’ensevelir aussi l’histoire et la mémoire de toutes celles et de tous ceux qui ont lutté pour l’émancipation sociale.

 Francisco Martinez-Lopez « El Quico » : Guérillero contre Franco

La guérilla antifranquiste du Léon (1936- 1951)

Editions Syllepse, Paris 2001, 176 pages, 12,96 euros

Henri Maler

Réalité et imaginaire collectif

Comme le rappelle, Stéfanie Prezioso, dans sa présentation du livre « Entre stigmatisation des partisans de l’idéologie mortifère de Staline, ou des artisans d’une violence révolutionnaire indiscriminée, et la glorification des héros romantiques, dernières incarnations de l’internationalisme prolétarien avant qu’il ne soit vraiment minuit dans le siècle, les volontaires n’ont cessé d’occuper une place centrale dans l’imaginaire collectif européen. » Lire la suite