Archives de Catégorie: Colonisation

Billet d’humeur : À propos de l’affaire Maurice Audin 

La question coloniale fait débat, et depuis longtemps. Les uns œuvrent pour une réconciliation des mémoires, les autres souhaitent ardemment écarter un passé désastreux. Or, les reconnaissances fragmentaires ou ponctuelles des exactions d’hier ne suffisent pas à apaiser les rancœurs des héritiers de plus d’un siècle de mensonges et de silence dont le voile ne se déchire que parcimonieusement,  pour se refermer aussitôt. La frilosité politique, liée notamment à l’ambiguïté des positions des partis politiques d’hier, l’emporte assez largement sur la volonté de dire le vrai des choses. Lorsque nous avons fondé le CVUH, il nous importait de protester, en tant qu’historiens, contre un projet de loi annonçant les effets positifs de la colonisation. Le temps a passé, mais les traces de la colonialité subsistent de part et d’autre de la Méditerranée, nous en voyons chaque jour les effets toujours plus délétères. L’oubli du passé s’apparente souvent au déni, c’est pourquoi les mémoires resurgissent d’autant plus vives et excessives qu’elles découvrent l’immensité des non-dits. La reconnaissance des méfaits de la colonisation est un bilan encore loin d’être partagé par les autorités actuelles. Combien de temps faudra-t-il encore pour saluer, par exemple, le courage des signataires du manifeste des 121, des porteurs de valises et de tous ceux qui dénoncèrent « cette guerre injuste, déshonorante par la systématisation de la torture » – ce propos est extrait d’un ouvrage de Charlotte Delbo, rescapée d’Auschwitz, dont la grande expérience de l’oubli l’incita, dès 1961, à exercer sa vigilance en rassemblant, en un volume, les écrits de ceux qui dénonçaient les pratiques légales de l’insoutenable ! Cette fois-ci en Algérie ! Lire la suite

Communiqué USTKE suite au référendum du 4 novembre 2018

La consultation électorale du 4 novembre 2018 portant sur l’accession du Pays à sa pleine souveraineté et à l’Indépendance a rendu son verdict avec la victoire du NON. 53,7 contre 43,3.

Victoire plus serrée que prévue qui a mis sérieusement en doute la fiabilité des sondages qui prédisait un score plus large en faveur de l’option du NON, certains comme P. GOMES, député de Calédonie Ensemble, avait même avancé un 70 contre 30, mais victoire quand même au bout du compte. 

L’USTKE dans son XVIème Congrès tenu les 7 – 8 et 9 septembre dernier à Ko Wé Kara avait fait le choix de ne pas y aller à cette consultation suite à un vote démocratique où une très large majorité a choisi l’option de la « Non participation ». Lire la suite

L’œuvre négative du néocolonialisme français et Européen en Afrique. La politique migratoire : Une « Réalpolitique » meurtrière

Le scénario de bateaux plein d’êtres humains errant en méditerranée de nombreux jours avant de pouvoir accoster dans un port européen tend à devenir récurent. La couverture médiatique et politique de ces drames humains se déroule également avec les mêmes ingrédients argumentaires : « crise migratoire », « appel d’air », « afflux massif », etc. Ces « éléments de langages » pour reprendre le vocabulaire de la novlangue libérale ont comme objectif de justifier des politiques migratoires dites « réalistes » ou articulant « fermeté et humanité ». Les non-dits ou silences des discours médiatiques et politiques dominants sont tout aussi récurrents : silence sur les causes socio-économiques de ces migrations (néocolonialisme, guerres et interventions militaires occidentales, etc.), mutisme sur les besoins démographiques européens et ses conséquences en terme de besoin de main d’œuvre dans les décennies à venir, occultation des effets de la précarisation des nouveaux arrivants sur le marché du travail. Le consensus que l’on tente ainsi de construire contre « l’invasion » n’est en fait qu’un outil de la dérégulation généralisée libérale.  Lire la suite

Refus de participer

Alors que l’armée française défilait dans les rues de Nouméa, le congrès extraordinaire du Parti travailliste de Kanaky (PT) se prononçait, à l’unanimité, le 14 juillet 2018, contre la participation au référendum sur « la pleine souveraineté » de l’île. Explications sur ce positionnement.

La perspective du référendum d’autodétermination fait l’objet de débats depuis la création du parti, en 2007. Dès 2012, les motions que publient le mouvement à l’issu de ses congrès abordent le problème des listes électorales, affirmant qu’il doit être résolu avant le référendum. En 2015, il semble encore possible pour le PT d’intervenir sur la composition des listes, le parti « confirme sa volonté d’asseoir correctement et définitivement le corps électoral spécifique de sortie prévu pour la consultation référendaire […] et appelle ses responsables et militants à s’engager ou à poursuivre le travail d’inscription, de contrôle, de correction, de radiations de la liste électorale référendaire et de recours ». Lire la suite

Pour défendre sa souveraineté et son indépendance en Océanie la France recolonise-t-elle la Nouvelle-Calédonie ?

L’accord de Nouméa et l’axe géopolitique indo-pacifique 

Avec l’aimable autorisation de l’auteur

Les voix d’un scrutin pour se faire entendre

À l’approche du référendum du 4 novembre 2018, on reste étonné, en Nouvelle-Calédonie, de l’immobilisme politique. Les questionnements sur la souveraineté/indépendance, suspendus et différés depuis 1988, sont maintenant posés de manière directe aux « populations intéressées » : « Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante ? » L’accord, signé à Nouméa le 4 mai 1998, avait délibérément remisé l’idée d’indépendance pour organiser et programmer pendant 20 ans, soit la durée des quatre mandatures des élections de province, un transfert évolutif et graduel de souveraineté « partagée ». Le concept d’indépendance, soustrait des négociations, ne pouvait être, n’a jamais été, et ne sera jamais ni mis en œuvre ni travaillé pendant la durée d’application de l’accord de Nouméa (1998-2018, voire 2023 en cas d’hypothèse d’un « non » à trois référendums successifs). La France, puissance administrante, en concertation avec les deux classes politiques hégémoniques, le RPCR (Rassemblement pour la Calédonie dans la République française) et FLNKS (Front de Libération Nationale Kanak et Socialiste), avait décidé de différer l’idée d’indépendance. L’accord de Nouméa est présenté comme un exceptionnel processus de décolonisation. En fait cette décolonisation n’est-elle pas une recolonisation programmée ? En effet, sous prétexte de transfert évolutif de souveraineté, le dispositif mis en place ne forclot-il pas la souveraineté kanak à l’avantage de l’axe géopolitique tracé par la France dans le Pacifique sud ?  Lire la suite

Columbus Day, le Jour de Christophe Colomb : une occasion d’enjoliver la cupidité, l’esclavage et le génocide

Le jour de Christophe Colomb [jour férié célébré le deuxième lundi d’octobre aux USA] est depuis longtemps un symbole patriotique pour les États-Unis d’Amérique. Colomb a donné son nom à plus de lieux que tout autre personnage de l’histoire des USA, sauf George Washington, on a vanté ses grandes qualités d’explorateur – on l’a décrit comme courageux, résolu, et victorieux. Si Colomb est un tel héros dans l’imaginaire US-américain, un ancêtre extrêmement important, l’USAmerique doit, le jour où elle le célèbre, se rappeler l’ensemble de l’héritage qu’il nous a légué : Ce déferlement d’arrogance, de cupidité et de violence. Lire la suite

17 octobre 1961 – 17 octobre 2018 : 57ème Anniversaire – Vérité et Justice

17 octobre 1961 – 17 octobre 2018

57ème Anniversaire – Vérité et Justice

Le 17 octobre 1961, des dizaines de milliers d’Algériens manifestaient pacifiquement à Paris contre le couvre-feu discriminatoire qui leur avait été imposé par le gouvernement de l’époque dont le Premier ministre, Michel Debré, était hostile à l’indépendance de l’Algérie, et le Préfet de Police Maurice Papon sous ses ordres. Ils défendaient leur droit à l’égalité, leur droit à l’indépendance et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Ce jour-là, et les jours qui suivirent, des milliers de ces manifestants furent arrêtés, emprisonnés, torturés – notamment par la « force de police auxiliaire » – ou, pour nombre d’entre eux, refoulés en Algérie. Des centaines perdirent la vie, victimes d’une violence et d’une brutalité extrêmes des forces de police. Lire la suite