Archives de Catégorie: Colonisation

Diên Biên Phu Une défaite de l’État français, une victoire du peuple français ?

Intervention au Bandung du Nord du 6 mai 2018

La défaite militaire de l’État colonial français à Diên Biên Phu le 7 mai 1954 fait partie de ces moments historiques marquant le passage d’une époque historique à une autre. La chute du camp retranché français après 56 jours de combats sanglant ne peut cependant pas s’analyser sur un plan uniquement militaire. Première victoire d’une lutte de libération nationale dans l’empire français, elle enclenche un processus d’émancipation nationale qui sonne le glas de cet empire. Pour saisir les causes, enjeux et conséquences de cette victoire vietnamienne qui apparaît immédiatement aux yeux des indigènes des autres colonies françaises comme leur victoire, je vous propose un cheminement an trois temps. Dans un premier temps il s’agira de resituer l’événement dans la séquence historique qui s’enclenche en 1945. Dans un second temps nous rappellerons les effets immédiats de Diên Biên Phu sur les autres peuples colonisés mais également dans le renouvellement de la stratégie coloniale française. Un troisième moment sera consacré à la question posée dans le titre de l’intervention : qui a gagné et qui a perdu à Diên Biên Phu ? Lire la suite

Des révoltes d’esclaves et l’abolition de 1848

Les révoltes d’esclaves, acteurs et actrices décisives de leur émancipation, la révolte Le Gaoulet de 1710 à la Martinique, celle de 1736 en Guadeloupe, les politiques de la Seconde République, l’importance du marronnage…

Des requêtes judiciaires de femmes esclaves à Cuba au XIXe siècle, le travail des femmes dans les plantations, les rapports familiaux, le droit de rachat, les ventes de libre comme esclave… Lire la suite

Abolition(s) de l’esclavage et mythologie républicaine

« C’est là le grand reproche que j’adresse au pseudo-humanisme : d’avoir trop longtemps rapetissé les droits de l’homme, d’en avoir eu, d’en avoir encore une conception étroite et parcellaire, partielle et partiale et, tout compte fait, sordidement raciste » (Aimé Césaire). « Depuis le temps que la France rayonne, je me demande comment le monde entier n’est pas mort d’insolation » (Jean-François Revel).

Nul doute, dans les semaines et les jours qui vont précéder le 27 avril 2018, les mythe-idéologues républicains, qu’ils soient de droite, de gauche ou qu’ils se situent à la « gauche de la gauche » selon l’expression consacrée, vont donner de la voix pour chanter les louanges de la glorieuse Deuxième République qui a aboli l’esclavage par un décret en date du 27 avril 1848. Lire la suite

Restaurer Faidherbe (et le colonialisme) ? Lettre ouverte à Martine Aubry

200 ans après la naissance de Louis Faidherbe (1818-2018) 

40 ans après le jumelage entre Lille et Saint-Louis (1978-2018)

Lettre ouverte à Martine Aubry

Maire de Lille

 

Madame,

À l’occasion du bicentenaire de la naissance de Louis Faidherbe, né à Lille le 3 juin 1818, votre équipe municipale a pris la décision de restaurer la statue équestre érigée en son honneur place Richebé, en surplomb de la place de la République.

La restauration de cette statue, à grands frais mais sans consultation des habitants, nous scandalise. Ignorez-vous qu’elle glorifie, en la personne de Louis Faidherbe (1818-1889), l’une des grandes figures du colonialisme français ? Lire la suite

L’œuvre négative du colonialisme français en Kanaky : Une tentative de génocide par substitution

La date du référendum d’autodétermination de la Kanaky[1] est enfin fixée au 4 novembre 2018.  Ce référendum obtenu par les accords de Nouméa de 1998 a connu de nombreuses péripéties : conflit sur la composition du corps électoral avec l’exclusion de 25 000 électeurs kanak, conflit sur la formulation de la question posée avec la tentative d’imposer en implicite une élimination de la perspective d’une indépendance totale[2], nomination de Manuel Valls comme président d’une « mission d’information sur la Nouvelle-Calédonie » et déclarations publiques anti-indépendantistes de celui-ci, etc. L’histoire longue et récente de l’archipel souligne son importance économique et stratégique pour le colonialisme français. Celui-ci mettra tout en œuvre pour maintenir sa mainmise sur cette colonie de peuplement dans laquelle a été tentée une tentative de génocide par substitution.  Résumant l’attitude de l’Etat français devant le comité de décolonisation des Nations-Unies,  Roch Wamytan président du groupe UC-FLNKS et  nationalistes au congrès de Nouvelle-Calédonie déclare ainsi en mai 2015 : « sous couvert de démocratie, nous pouvons déceler des manœuvres d’un Etat tentant d’assurer sa domination tout en faisant bonne figure devant la communauté internationale[3]. » Lire la suite

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Commémoration du massacre d’Ouvéa

Qui veut (encore) célébrer le “père de l’impérialisme français” ?

Depuis la fin du XIXe siècle, Lille et le reste de la France célèbrent perpétuellement la mémoire du général Louis Faidherbe. Des rues et des lycées portent son nom. Des statues triomphales se dressent en son hommage au cœur de nos villes (zoomer sur la carte).

Il y a là, pourtant, un scandale insupportable. Car Faidherbe était un colonialiste forcené. Il a massacré des milliers d’Africains au XIXe siècle. Il fut l’acteur clé de la conquête du Sénégal. Il défendit toute sa vie les théories racistes les plus abjectes.

Si l’on considère que la colonisation est un crime contre l’humanité, il faut alors se rendre à l’évidence : celui que nos villes honorent quotidiennement est un criminel de haut rang. Lire la suite