Archives de Catégorie: Colonisation

Déboulonner les statues, ériger l’histoire décoloniale

Le débat autour du déboulonnage des statues de Léopold II fait les grands titres de la presse depuis quelques jours. Une pétition en ligne, prenant fin le 30 juin 2020, a déjà recueilli près de 70 000 signatures en faveur de la disparition des représentations de celui qui fut propriétaire du Congo de 1885 à 1908, avant que la souveraineté ne passe à la Belgique.  Lire la suite

Quand la science permet de penser les réparations coloniales

La base de données du projet de recherche « Repairs » sur les réparations, compensations et indemnités au titre de l’esclavage (Europe-Amériques-Afrique) entre le XIXe et le XXIe siècle vient d’être rendue publique. Sa coordinatrice, Myriam Cottias explique la nécessité de penser la question des réparations liées à l’esclavage et à la période coloniale à travers une démarche scientifique. Quand la recherche sur le passé sert à définir la société d’aujourd’hui. Lire la suite

Les enfumades du Dahra toujours présentes dans les mémoires

Dans les annales du colonialisme, il y a cette date 18-20 juin 1845, mais il y a aussi l’avant et l’après 8 Mai 1945 où l’armée coloniale a perpétré des massacres en Algérie et ailleurs.

Ces enfumades se sont déroulées entre le 18 et le 20 juin de l’année 1845 dont se sont rendus coupables les sinistres Cavaignac, Pélissier, Saint Arnaud et Canrobert. 

Les enfumades du Dahra se lisent à travers 4 documents : le rapport de Pélissier, la lettre du soldat français puis celle d’un soldat espagnol et le rapport de Bugeaud. Les colonisateurs ont gardé secret de rapports militaires contenant des informations accablantes sur le déroulement des faits, parmi lesquels celles de Saint-Arnaud où il donne quelques détails troublants sur le massacre du Dahra. Ceux-ci corroborent de manière incontestable la préméditation de l’acte. Le 18 juin 1845, Saint-Arnaud est en opération chez les Ouled Younès. Dans la nuit du 19 au 20 juin, alors qu’il est dans son campement du côté de Aïn-Merane (Chlef), « le bruit des fougasses (mine explosive) se fait entendre à trente lieues à la ronde », Saint-Arnaud en conclut : « C’est le colonel Pélissier qui travaille les cavernes et les grottes des Ouled Riah ». Et d’ajouter : « Ces pauvres Arabes sont traqués partout et ne savent plus où se réfugier ». La lettre qu’il adresse le même jour au commandant Tripier donne la même information. Une autre lettre est adressée au colonel Pélissier. Il y évoque encore une fois les bruits de canon et de pétards dans les grottes des Ouled  Riah. Ce n’est que le 26 juin que la population indigène de la région apprend la tragédie des grottes des Ouled Frachich. Et c’est Pélissier en personne qui raconte à Saint-Arnaud ce carnage et celui-ci s’empresse d’informer ses officiers : « Le colonel Pélissier, après avoir fait périr dans les cavernes de Ouled Riah plus de 1 010 personnes de tout âge et autant de bêtes de cheptel, a reçu la soumission de tous les habitants du Dahra. » Lire la suite

Tropiques toxiques, le scandale

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Dans cette bande-dessinée dense et extrêmement bien documentée, l’autrice Jessica Oublié nous emmène sur les traces du chlordécone, un pesticide massivement utilisé dans la culture de la banane de 1972 à 1993, et démontre point par point en quoi cette pollution relève, aux Antilles, d’un scandale d’État. Alors que la toxicité de cette molécule était connue et documentée dès les années 1970, elle a malgré tout été épandue pendant 22 ans, entraînant une pollution des sols pour des centaines d’années et une contamination de 65% des cours d’eau. Conséquence : toute l’alimentation produite sur ces sols est possiblement toxique (selon les zones et le type d’aliments, à des degrés variables), que ce soient les poissons, le bétail, les légumes, et à ce jour 9 personnes sur 10 ont des traces de chlordécone dans le sang. L’existence de cette pollution ne fait aujourd’hui plus aucun doute, pourtant, l’Etat refuse de lui reconnaître un lien de causalité avec la santé des Antillais.es et prend ce prétexte pour retarder une réelle prise en charge du problème, comme si la pollution n’était problématique que si elle était visiblement et directement mortelle. Hélas, comme l’explique la bande-dessinée, avant que le scandale sanitaire advienne enfin, et avec lui des mesures d’indemnisation pour les victimes et le jugement des personnes responsables, il faut « être patients et apprendre à compter les morts ». Lire la suite

Pas une rue, pas une avenue, pas une école au nom de Bugeaud

« Si ces gredins [les indigènes d’Algérie] se retirent dans leurs cavernes, fumez-les à outrance comme des renards ». Général Bugeaud 

« Il est un peu tard (…) mais je n’ai jamais été battu et je ne commencerai pas demain. Qu’on me laisse faire et tirer au canon, il y aura du sang répandu ; mais demain soir la force sera du côté de la loi, et les factieux auront leur compte. [1] » Maréchal Bugeaud, février 1848, à propos de l’insurrection parisienne qui a débouché sur le rétablissement de la République.

« Il est bon de se souvenir que depuis 1830 les procédés de la terreur de masse sont employés par la minorité européenne et ses défenseurs (…). Priorité dans l’horreur… » Robert Bonnaud, avril 1957.

18 juin 1845. Réfugiés dans les grottes du Dahra, proches de Mostaganem, pour échapper à la progression des troupes commandées par le colonel Pélissier, les membres de la tribu des Ouled Riah – hommes, femmes, enfants et vieillards – ne sont plus. Cernés, ils ont été méthodiquement enfumés et asphyxiés. Bilan : entre sept cents et mille morts. Dans le rapport circonstancié adressé à Bugeaud, gouverneur général de l’Algérie, maréchal de France depuis 1843 grâce à ses “exploits” algériens et à la « pacification » qu’il conduit aux moyens de razzias, d’enfumades, de massacres et de déportations des populations « indigènes », Pélissier écrit : « dès lors ; je n’eus plus qu’à suivre la marche que vous m’aviez indiquée : je fis faire une masse de fagots et, après beaucoup d’efforts, un foyer fut allumé et entretenu à l’entrée supérieure » de la grotte. Lire la suite

Le génocide des Herrero et Nama enfin reconnu par l’Allemagne

Ce fut le premier génocide du vingtième siècle, il est enfin pris en compte. 

Le 28 mai l’Allemagne a pour la première fois reconnu, avoir commis un génocide contre les populations des Herero et des Nama en Namibie, pendant l’ère coloniale. C’est le résultat d’une mobilisation déterminée des descendant-es des victimes qui combattent dans ce sens depuis des dizaines d’années.

« Nous qualifierons maintenant officiellement ces événements pour ce qu’ils sont du point de vue d’aujourd’hui : un génocide », a déclaré le ministre des affaires étrangères allemand, Heiko Maas, dans un communiqué. Lire la suite

Massacres du 8 mai 45 : Les autorités françaises « toujours pas prêtes » à reconnaitre ses crimes 

ALGER – Le témoin de la Guerre de libération nationale et militant anticolonialiste, Henri Pouillot, a déploré qu’au jour d’aujourd’hui le président de la République et le gouvernement français ne soient « toujours pas prêts » à reconnaitre et condamner tous les crimes d’Etat, de guerre et contre l’humanité commis par la France coloniale en Algérie.

« On voit bien que le président de la République (Emmanuel Macron), le gouvernement, ne sont pas prêts à reconnaitre et condamner tous les crimes d’Etat », a soutenu M. Pouillot, dans un entretien accordé à l’APS, à l’occasion de la commémoration de la Journée nationale de la Mémoire, coïncidant avec le 76eme anniversaire des massacres du 8 mai 1945, citant notamment « les crimes du 8 mai 1945, du 17 octobre 1961, du 8 février 1962, et les crimes de guerre comme l’utilisation du napalm, du gaz Vx et Sarin et les essais nucléaires ». Lire la suite

Non à la criminalisation des militants indépendantistes en Kanaky Nouvelle-Calédonie

Réunies ce jour à Paris, les associations de solidarité avec le combat du peuple kanak en France ont décidé de lancer un appel aux organisations démocratiques, aux syndicats et aux associations pour dénoncer la justice coloniale en Nouvelle Calédonie et exiger l’abandon des poursuites à l’encontre des militants kanak. Lire la suite

Espagne : Marche pour la Liberté du Peuple Sahraoui

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Suite à l’autorisation de la Délégation du Front Polisario Espagnol, une Marche pour la Liberté du Peuple Sahraoui est organisée par divers collectifs gouvernementaux espagnols. Elle partira le 20 mai de Cadix, et d’autres marches partant de divers endroits en Espagne viendront la rejoindre à Madrid lors du weekend du 18 et 19 juin. L’idée est de parcourir tout le pays et d’attirer l’attention sur la responsabilité historique qu’a le Gouvernement Espagnol, exigeant ainsi qu’il assume la responsabilité qui lui incombe et qu’il résolve enfin le conflit sahraoui.

Cette Marche s’appuie sur un Manifeste, que nous avons repris ci-dessous et que nous vous invitons à signer. Lire la suite

Communiqué de l’association « Anciens appelés en Algérie et leurs amis contre la guerre – 4acg »

Les membres de notre association nationale dénoncent vigoureusement et unanimement le texte publié le 21 avril 2021, dans une certaine presse, par 19 généraux en « demi-retraite » et 1 500 officiers en activité.

Les auteurs de ce texte, pourtant encore engagés, pour la grande majorité d’entre eux, par leur contrat de loyauté envers l’Etat, trahissent ainsi clairement leurs missions républicaines. Ils le font en accusant ouvertement les responsables de l’Etat et l’ensemble des citoyens eux-mêmes d’on ne sait exactement quoi, en fait. En prétendant poser un diagnostic sur l’état actuel de la société française, ils font preuve d’une prétention, d’une arrogance même, singulières. Ils utilisent en outre des termes d’une grande violence et d’un immense mépris à l’égard de certains boucs émissaires qu’ils se sont choisis en les montrant du doigt de façon totalement injuste et injustifiée. Lire la suite

Des jeunes en formation condamné∙es pour désertion

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Déclaration pour le droit à l’insoumission dans la guerre d’Algérie. Manifeste des 121

6 septembre 1960

Un mouvement très important se développe en France, et il est nécessaire que l’opinion française et internationale en soit mieux informée, au moment où le nouveau tournant de la guerre d’Algérie doit nous conduire à voir, non à oublier, la profondeur de la crise qui s’est ouverte il y a six ans.

De plus en plus nombreux, des Français sont poursuivis, emprisonnés, condamnés, pour s’être refusés à participer à cette guerre ou pour être venus en aide aux combattants algériens. Dénaturées par leurs adversaires, mais aussi édulcorées par ceux-là mêmes qui auraient le devoir de les défendre, leurs raisons restent généralement incomprises. Il est pourtant insuffisant de dire que cette résistance aux pouvoirs publics est respectable. Protestation d’hommes atteints dans leur honneur et dans la juste idée qu’ils se font de la vérité, elle a une signification qui dépasse les circonstances dans lesquelles elle s’est affirmée et qu’il importe de ressaisir, quelle que soit l’issue des événements. Lire la suite

Les statues de la discorde

Bonjour

Je me suis encore piégé moi-même.

J’ai lu une critique élogieuse pour le livre de Jacqueline Lalouette, les statues de la discorde, dans le Canard Enchaîné. Je l’ai commandé, je l’ai parcouru rapidement, et me suis dit que c’était un bon sujet pour notre émission, car on est au coeur d’un de nos débats : que faire du nom des rues, et là que faire des statues.

Jacqueline Lalouette est une historienne émérite, spécialiste de l’histoire de la France et de la 3ème République (la Libre Pensée, l’État et les cultes, Jaurès, la célébration sculptée des grands hommes…)

Et cette historienne propose un véritable inventaire des statues qui ont fait l’actualité de 2020 dans le monde, de demandes de déplacement jusqu’à leur « déboulonnage », avec pour chacune des éléments d’information souvent intéressants. Lire la suite

« Le problème des effets nucléaires sur les populations est resté longtemps tabou en Algérie »

Dans cet entretien, le Pr Mostéfa Khiati, président de la Forem et auteur de « Les irradiés algériens, un crime d’État », revient sur les effets néfastes des essais nucléaires français dans le Sahara algérien, le retard pris dans la décontamination des sites des essais…

L’analyse d’un échantillon du sable du Sahara algérien, qui s’est propagé en France début février, a montré la présence d’un élément radioactif, le césium-137. Que signifie cette découverte ?

Le césium-137 retrouvé dans le sable du Sahara algérien en France a été produit par les quatre explosions nucléaires atmosphériques menées par la France dans la région de Regganne à partir du 13 février 1960. Lire la suite

Un Guide du Marseille colonial

Les éditions Syllepse qui ont publié ces dernières années un Guide du Paris colonial (décembre 2017), un Guide du Bordeaux colonial (mai 2020), un Guide du Soissons colonial (décembre 2020) ont sollicité Alain Castan auteur de plusieurs textes sur les rues et monuments coloniaux à Marseille pour envisager un tel guide pour Marseille.

C’est donc avec un grand intérêt (militant) que dès début juillet 2020 un groupe de travail* s’est réuni pour travailler collectivement sur ce projet, dans un contexte particulièrement contraignant. Lire la suite

Manifeste pour la reconnaissance et la réparation des crimes et dommages coloniaux français en Algérie

1. La reconnaissance de la responsabilité unilatérale de la France coloniale en Algérie.

La France est aujourd’hui à la croisée des chemins avec la question de savoir si elle sera capable de passer un pallier dans la gestion apaisée de ses démons mémoriels en particulier celui avec l’Algérie qui fut une des guerres les plus tragiques du 20e siècle. La problématique centrale n’est pas la repentance, les excuses ou le ni ni avec une reconnaissance générique mais la question de la reconnaissance de la responsabilité française en Algérie, notion juridique, politique et philosophique. Lire la suite

Une histoire aux temporalités et aux frontières enchevêtrées

« Dans les sables mouvants de l’histoire des pays pourfendus par la guerre civile et la décolonisation, il reste toujours des histoires enfouies. Enfouies, enterrées sous des couches de sédiments humains, sous des respirations dont les échos nous parviennent encore ». Dans sa préface, Histoires dés-enfouies et transmises par des femmes, histoires-des-enfouies-et-transmises-par-des-femmes/, publiée avec les aimables autorisations des autrices, du préfacier et de l’éditeur, François Guillemot parle, entre autres, d’histoire, de sciences humaines et sociales, du destin heurté d’une femme nommé Dung, « femme métisse vietnamo-marocaine et enfant de la guerre d’Indochine », de dimension psychologique, « celle de mettre en avant un processus de recherche-création qui vise à établir à la fois une micro sociohistoire de colonisé.es/décolonisé.es et une création littéraire à cheval entre le témoignage sur autrui et le récit de soi tout en ne négligeant pas les enjeux pratiques et intellectuels d’une recherche », d’histoire de femme malmenée par la guerre des hommes, du voile de la domination, des « poussières d’empire », des « convolées » des espaces frontaliers, de recherche-création, de mémoires… Une belle introduction à ce livre singulier… Lire la suite

Guadeloupe : communiqué du LKP

Rappelez-vous, tous les matins à 5H15, retentissait cette chanson dans nos postes de radio. Déclarée chant national le 14 juillet 1795, la « Marseillaise » intitulée à l’origine « Chant de guerre pour l’armée du Rhin » a été composée par Claude-Joseph Rouget de Lisle (militaire) en 1792. Sur le site de l’Elysée, on peut lire que ce chant est « un hymne national aux accents de liberté, qui accompagne aujourd’hui la plupart des manifestations officielles ». Lire la suite

Histoire et colonisation (textes de Hosni Kitouni et Saïd Bouamama)

« Ce qui nous importe, c’est le jugement que nous portons nous-mêmes sur la colonisation »

Hosni Kitouni est fils de Abdelmalek Kitouni, officier de l’ALN tombé au champ d’honneur durant la guerre de libération. Il est aussi chercheur en histoire et auteur, entre autres, de l’ouvrage Le désordre colonial (Casbah éditions 2018). Dans cet entretien, il commente le rapport Stora et renvoie dos à dos Alger et Paris.

Le rapport de Benjamin Stora sur « Les questions mémorielles portant sur la colonisation et la guerre d’Algérie » vous interpelle. Qu’avez-vous retenu à la lecture du texte ?

Au fond, le texte ne concerne pas les Algériens, il s’adresse d’abord au président français et par-delà, à la société française à travers ses préconisations et leurs implications. Lire la suite

Olivier Le Cour Grandmaison : Sur le rapport de Benjamin Stora : le conseiller contre l’historien (plus textes de Michel Berthelemy, Henri Pouillot, Jean-Philippe Ould Aoudia)

« On ne conseille pas les grands et les princes impunément. La liberté, la morale et la vérité en sont toujours les premières victimes. Tu croies guider leurs pensées et leurs pas. Fol est ton orgueil. Si tu as leur oreille, c’est qu’ils ont subjugué ta plume. Souviens-toi ! Nul ne peut servir plusieurs maîtres. »
Anonyme florentin de la Renaissance.

Missionné il y a plusieurs mois par le président de la République, Benjamin Stora a donc remis, le 20 janvier 2021, à Emmanuel Macron son rapport relatif aux « questions mémorielles portant sur la colonisation et la guerre d’Algérie. »

Que l’auteur dudit rapport soit un historien, reconnu pour ses nombreux ouvrages sur l’Algérie contemporaine et le conflit qui a ravagé le pays entre le 1er novembre 1954 et la signature des Accords d’Evian le 18 mars 1962, est sans incidence sur la nature politique de ce document.  Lire la suite