Archives de Catégorie: Histoire

Déclaration pour le droit à l’insoumission dans la guerre d’Algérie. Manifeste des 121

6 septembre 1960

Un mouvement très important se développe en France, et il est nécessaire que l’opinion française et internationale en soit mieux informée, au moment où le nouveau tournant de la guerre d’Algérie doit nous conduire à voir, non à oublier, la profondeur de la crise qui s’est ouverte il y a six ans.

De plus en plus nombreux, des Français sont poursuivis, emprisonnés, condamnés, pour s’être refusés à participer à cette guerre ou pour être venus en aide aux combattants algériens. Dénaturées par leurs adversaires, mais aussi édulcorées par ceux-là mêmes qui auraient le devoir de les défendre, leurs raisons restent généralement incomprises. Il est pourtant insuffisant de dire que cette résistance aux pouvoirs publics est respectable. Protestation d’hommes atteints dans leur honneur et dans la juste idée qu’ils se font de la vérité, elle a une signification qui dépasse les circonstances dans lesquelles elle s’est affirmée et qu’il importe de ressaisir, quelle que soit l’issue des événements. Lire la suite

Oppose-toi à l’oppression comme je m’y suis opposé

Dans son introduction, le-journal-officiel-publie-a-paris-pendant-la-commune-de-1871/, publiée avec l’aimable autorisation des Editions Syllepse, Michèle Audin revient sur la période qui va de l’empire à la Commune, sur ce Journal officiel, ses versions du coté de Versailles et du coté de la Commune.

« Pour ce livre, nous sommes à Paris. Le JO (le « nôtre », celui de Paris), paraît du 20 mars au 24 mai. Il publie des nouvelles officielles, des proclamations du comité central, telle celle qui contient, le 27 mars, l’inoubliable :

Ne perdez pas de vue que les hommes qui vous serviront le mieux sont ceux que vous choisirez parmi vous, vivant de votre propre vie, souffrant des mêmes maux.

Puis des décrets de la Commune, des proclamations, comme la « Déclaration au peuple français » du 19 avril (20 avril), des informations de toute sorte, souvent copiées dans d’autres journaux, une pratique de citations mutuelles courante à l’époque. » Lire la suite

Olympe de Gouges : Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne

 

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Le barnum commémoriel d’Emmanuel Macron

« Une des choses qui a le plus contribué à rendre de son vivant Napoléon haïssable, était son penchant à tout ravaler (…). Il se complaisait dans l’humiliation de ce qu’il avait abattu ; il calomniait et blessait particulièrement ce qui avait osé lui résister. Son arrogance égalait son bonheur ; il croyait paraître d’autant plus grand qu’il abaissait les autres. » Châteaubriand (1846)

« Quand un homme d’Etat (…) ne comprend pas que la première condition du progrès, c’est la paix ; s’il formule une doctrine de guerre, c’est peut-être un grand homme dans le sens vulgaire du mot, ce n’est pas un démocrate. » Clemenceau (1885)

Le 20 janvier dernier, Benjamin Stora remettait au président de la République un rapport dans lequel il se déclarait favorable à de nombreuses commémorations relatives à la colonisation de l’Algérie et au conflit que la métropole y a mené entre 1954 et 1962. Pour Emmanuel Macron, la multiplication de ces gestes prévus est une aubaine. Elle doit lui permettre de faire coup double ou triple : rendre hommage à plusieurs personnalités emblématiques afin de satisfaire diverses fractions de l’électorat, occuper régulièrement l’agenda politique et médiatique, susciter ainsi les louanges de ses courtisans qui s’empresseront de saluer son courage et sa fidélité aux promesses faites, et tenter enfin d’occulter l’essentiel : son refus persistant de toute reconnaissance officielle des nombreux crimes de guerre et crimes contre l’humanité perpétrés par les autorités françaises depuis la prise d’Alger en 1830. Lire la suite

Petits et grands écrans de la Commune

L’actuelle et regrettable fermeture des salles obscures ne doit pas nous empêcher de retracer toutes les expressions cinématographiques qui prennent la Commune de 1871 pour sujet. Du cinéma muet à nos jours, les documentaires et les films de fiction, courts ou longs métrages, sont nombreux à témoigner de la longévité et, à chaque époque concernée, de l’actualité de l’aspiration collective à la République démocratique et sociale. Lire la suite

S’adresser aux communeuses et communeux « par-delà le temps »

C’est un livre singulier et particulièrement attachant qui vient d’arriver sur les tables des libraires. Pour accompagner les 150 ans de la Commune de Paris, les éditions La Découverte ont suivi et soutenu le projet de Ludivine Bantigny (1) d’évoquer cet événement émancipateur de façon directe et hétérodoxe pour une historienne de métier. Avec la couverture de son nouveau livre, l’auteure donne immédiatement le ton. En reprenant une photo de tournage issue du film de Peter Watkins, La Commune. Paris 1871, elle affirme d’emblée sa volonté de relier les combats d’hier à ceux d’aujourd’hui, en accord avec le titre de l’ouvrage : La Commune au présent. Lire la suite

Les statues de la discorde

Bonjour

Je me suis encore piégé moi-même.

J’ai lu une critique élogieuse pour le livre de Jacqueline Lalouette, les statues de la discorde, dans le Canard Enchaîné. Je l’ai commandé, je l’ai parcouru rapidement, et me suis dit que c’était un bon sujet pour notre émission, car on est au coeur d’un de nos débats : que faire du nom des rues, et là que faire des statues.

Jacqueline Lalouette est une historienne émérite, spécialiste de l’histoire de la France et de la 3ème République (la Libre Pensée, l’État et les cultes, Jaurès, la célébration sculptée des grands hommes…)

Et cette historienne propose un véritable inventaire des statues qui ont fait l’actualité de 2020 dans le monde, de demandes de déplacement jusqu’à leur « déboulonnage », avec pour chacune des éléments d’information souvent intéressants. Lire la suite

« Le problème des effets nucléaires sur les populations est resté longtemps tabou en Algérie »

Dans cet entretien, le Pr Mostéfa Khiati, président de la Forem et auteur de « Les irradiés algériens, un crime d’État », revient sur les effets néfastes des essais nucléaires français dans le Sahara algérien, le retard pris dans la décontamination des sites des essais…

L’analyse d’un échantillon du sable du Sahara algérien, qui s’est propagé en France début février, a montré la présence d’un élément radioactif, le césium-137. Que signifie cette découverte ?

Le césium-137 retrouvé dans le sable du Sahara algérien en France a été produit par les quatre explosions nucléaires atmosphériques menées par la France dans la région de Regganne à partir du 13 février 1960. Lire la suite

Un Guide du Marseille colonial

Les éditions Syllepse qui ont publié ces dernières années un Guide du Paris colonial (décembre 2017), un Guide du Bordeaux colonial (mai 2020), un Guide du Soissons colonial (décembre 2020) ont sollicité Alain Castan auteur de plusieurs textes sur les rues et monuments coloniaux à Marseille pour envisager un tel guide pour Marseille.

C’est donc avec un grand intérêt (militant) que dès début juillet 2020 un groupe de travail* s’est réuni pour travailler collectivement sur ce projet, dans un contexte particulièrement contraignant. Lire la suite

Manifeste pour la reconnaissance et la réparation des crimes et dommages coloniaux français en Algérie

1. La reconnaissance de la responsabilité unilatérale de la France coloniale en Algérie.

La France est aujourd’hui à la croisée des chemins avec la question de savoir si elle sera capable de passer un pallier dans la gestion apaisée de ses démons mémoriels en particulier celui avec l’Algérie qui fut une des guerres les plus tragiques du 20e siècle. La problématique centrale n’est pas la repentance, les excuses ou le ni ni avec une reconnaissance générique mais la question de la reconnaissance de la responsabilité française en Algérie, notion juridique, politique et philosophique. Lire la suite

Une histoire aux temporalités et aux frontières enchevêtrées

« Dans les sables mouvants de l’histoire des pays pourfendus par la guerre civile et la décolonisation, il reste toujours des histoires enfouies. Enfouies, enterrées sous des couches de sédiments humains, sous des respirations dont les échos nous parviennent encore ». Dans sa préface, Histoires dés-enfouies et transmises par des femmes, histoires-des-enfouies-et-transmises-par-des-femmes/, publiée avec les aimables autorisations des autrices, du préfacier et de l’éditeur, François Guillemot parle, entre autres, d’histoire, de sciences humaines et sociales, du destin heurté d’une femme nommé Dung, « femme métisse vietnamo-marocaine et enfant de la guerre d’Indochine », de dimension psychologique, « celle de mettre en avant un processus de recherche-création qui vise à établir à la fois une micro sociohistoire de colonisé.es/décolonisé.es et une création littéraire à cheval entre le témoignage sur autrui et le récit de soi tout en ne négligeant pas les enjeux pratiques et intellectuels d’une recherche », d’histoire de femme malmenée par la guerre des hommes, du voile de la domination, des « poussières d’empire », des « convolées » des espaces frontaliers, de recherche-création, de mémoires… Une belle introduction à ce livre singulier… Lire la suite

Lutter contre les inégalités ? Un essai de Walter Scheidel.

Il est de bon ton de rendre hommage, dans la lutte contre les inégalités, à la civilisation ou le sens de l’histoire suivant les idéologies, lesquelles idéologies sonnent un peu ringardes dans un monde qui ne sait plus la signification du concept de progrès. La confusion est grande entre l’idéologie du progrès, sous la forme actuelle de la nécessité du changement sans contenu et le progrès lui même, la notion de révolution, de changement fondamental. Lire la suite

Un congrès fondateur

Décembre 2020, le centième anniversaire du Congrès de Tours, décembre 1920, n’a pas suscité beaucoup de commentaire. Le déclin du PCF, l’agonie du PS et la gauche moribonde expliquent ce désintérêt. Pourtant, Jean Lebrun, sur France Inter, s’est permis de parler, à ce propos, du « discours prophétique de Léon Blum », reprenant à son compte l’appréciation de Romain Ducoulombier dans « Léon Blum, Le Congrès de Tours, le socialisme à la croisée des chemins 1919-1920 » (Folio). Un point de vue anti historique faisant de Blum le pape de la « critique anti-totalitaire ». Lire la suite

De la « tricoteuse » à la « pétroleuse » ou les figures répulsives de la « femme publique »

Avec l’aimable autorisation de la revue ContreTemps

L’image de la pétroleuse s’impose au lecteur : d’abord intéressé par l’histoire de la Commune, le regard du spectateur est aussitôt détourné du côté de l’excès par les caricatures qui immédiatement recouvrent l’événement. La représentation de la pétroleuse choque l’imagination et permet d’occulter, par substitution, les pratiques publiques de femmes, nombreuses, différemment engagées dans ce moment d’exceptionnelle agitation que fut la Commune de Paris. Le mot, bientôt le mythe, concentre, à lui seul, l’ensemble des rejets provoqués par « l’utopie » communarde : l’exaltation, la violence, l’hystérie, le tout figure l’inadmissible, l’acte qui n’aurait pas dû être. L’opprobre est général et touche directement les communards. Pourraient-ils accéder au statut de sujets de l’histoire de France ? Devenir des défenseurs de la République ? L’idée même affole les hommes d’ordre qui, au lendemain de la Semaine sanglante, cherchent à évacuer du passé politique la subversion parisienne ; en aucune manière, elle ne doit s’inscrire dans la mémoire collective comme moment fondateur de la IIIe République. « On assista pendant quelques semaines à Versailles à un extraordinaire déchaînement d’hystérie, soigneusement alimenté par une certaine presse, Le Figaro, LeGaulois, les feuilles monarchistes. De grands écrivains y cédèrent (…), George Sand (…), Flaubert, Zola, comme tant de républicains étaient partagés : la Commune ne venait-elle pas de compromettre la si fragile république ? Déchiré, un Michelet avait ce cri douloureux : quand on s’est appelé la Commune, on n’en détruit pas le vivant symbole. »1 Charles Seignobos, historien républicain s’il en est, à la source des méthodes modernes de la recherche historique, participe à cette mise à l’écart : la Commune de Paris n’est pas analysée en tant qu’événement politique, elle est immédiatement présentée comme un produit étranger, une aberration. Soutenue par la tendance socialiste, marquée par l’influence allemande, elle « resta une assemblée insurrectionnelle regardée en France comme un ramassis d’aventuriers, sans caractère politique ; ses partisans qui s’appelaient eux-mêmes Fédérés restèrent connus sous le nom de Communards. Ils ne furent même pas reconnus comme belligérants »2. La redoutable efficacité du silence permet, à coup sûr, d’effacer toute trace des combats politiques de ceux dont on dénie le rôle historique. Quant à leurs femmes, il est préférable de n’en rien dire pour ne pas risquer l’amalgame entre ces êtres proches de l’animalité et les autres femmes : « Passons sous silence les exploits des pétroleuses, et disons avec Alexandre Dumas fils qu’il vaut mieux ne point parler de ces femelles par respect pour les femmes, à qui elles ressemblent – quand elles sont mortes ! »3. Lire la suite

Guadeloupe : communiqué du LKP

Rappelez-vous, tous les matins à 5H15, retentissait cette chanson dans nos postes de radio. Déclarée chant national le 14 juillet 1795, la « Marseillaise » intitulée à l’origine « Chant de guerre pour l’armée du Rhin » a été composée par Claude-Joseph Rouget de Lisle (militaire) en 1792. Sur le site de l’Elysée, on peut lire que ce chant est « un hymne national aux accents de liberté, qui accompagne aujourd’hui la plupart des manifestations officielles ». Lire la suite

Le Journal officiel publié à Paris pendant la Commune de 1871

Avec l’aimable autorisation des Editions Syllepse

De l’Empire à la Commune

Le Journal officiel a été fondé sous l’empire et sous le titre Journal officiel de l’Empire français. Son numéro 1 est daté du 1er janvier 1869. Il s’est « naturellement » transformé en Journal officiel de la République française, le premier numéro de ce titre paraissant le 5 septembre 1870. Le journal appartient à un M. Wittersheim – c’est une propriété privée. La rédaction et l’imprimerie se trouvent 31 quai Voltaire, dans le 7e arrondissement. C’est un grand journal (62 x 42 cm). Il est quotidien, et même deux fois, puisqu’il a une édition du soir, plus petite. Lire la suite

Histoire et colonisation (textes de Hosni Kitouni et Saïd Bouamama)

« Ce qui nous importe, c’est le jugement que nous portons nous-mêmes sur la colonisation »

Hosni Kitouni est fils de Abdelmalek Kitouni, officier de l’ALN tombé au champ d’honneur durant la guerre de libération. Il est aussi chercheur en histoire et auteur, entre autres, de l’ouvrage Le désordre colonial (Casbah éditions 2018). Dans cet entretien, il commente le rapport Stora et renvoie dos à dos Alger et Paris.

Le rapport de Benjamin Stora sur « Les questions mémorielles portant sur la colonisation et la guerre d’Algérie » vous interpelle. Qu’avez-vous retenu à la lecture du texte ?

Au fond, le texte ne concerne pas les Algériens, il s’adresse d’abord au président français et par-delà, à la société française à travers ses préconisations et leurs implications. Lire la suite

Olivier Le Cour Grandmaison : Sur le rapport de Benjamin Stora : le conseiller contre l’historien (plus textes de Michel Berthelemy, Henri Pouillot, Jean-Philippe Ould Aoudia)

« On ne conseille pas les grands et les princes impunément. La liberté, la morale et la vérité en sont toujours les premières victimes. Tu croies guider leurs pensées et leurs pas. Fol est ton orgueil. Si tu as leur oreille, c’est qu’ils ont subjugué ta plume. Souviens-toi ! Nul ne peut servir plusieurs maîtres. »
Anonyme florentin de la Renaissance.

Missionné il y a plusieurs mois par le président de la République, Benjamin Stora a donc remis, le 20 janvier 2021, à Emmanuel Macron son rapport relatif aux « questions mémorielles portant sur la colonisation et la guerre d’Algérie. »

Que l’auteur dudit rapport soit un historien, reconnu pour ses nombreux ouvrages sur l’Algérie contemporaine et le conflit qui a ravagé le pays entre le 1er novembre 1954 et la signature des Accords d’Evian le 18 mars 1962, est sans incidence sur la nature politique de ce document.  Lire la suite

Kanaky. Motion rassemblement populaire collectif Usup

Considérant le processus de décolonisation en cours engagé dans le cadre de l’accord de Nouméa

Considérant le point 4.4 de l’Accord de Nouméa sur la maitrise des outils de développement du pays par la NC

Considérant que le combat pour la maitrise de la ressource et du contrôle des outils de production constitue un des socles de la viabilité financière et du rayonnement économique de l’Etat en devenir,

Considérant le combat engagé par le FLNKS, l’ICAN, l’USTKE, le MNSK, la DUS, la CNTP, les associations environnementales réunis au sein du collectif USUP Lire la suite

Pour l’accès aux archives. Un nouveau recours déposé au Conseil d’Etat

Les associations qui avaient déjà demandé au Conseil d’Etat de permettre l’accès aux archives consultables de plein droit conformément à la loi ont déposé un nouveau recours le 15 janvier. A l’opposé des promesses d’Emmanuel Macron lors de sa visite à Josette Audin en septembre 2018, c’est le contraire qui s’est produit depuis deux ans sous sa présidence. Un arrêté a aggravé en novembre 2020 les difficultés d’accès aux archives, notamment de la guerre d’Algérie. La réception, le 20 janvier, du rapport qu’il a demandé à Benjamin Stora sur le passé franco-algérien pourrait lui donner l’occasion de mettre fin à l’obligation de « déclassification préalable » qui entrave la recherche et porte atteinte aux droits des citoyens à connaître leur histoire. Va-t-il confirmer ou démentir ses promesses de 2018 sur l’ouverture de l’accès aux archives ? Lire la suite