Archives de Catégorie: Histoire

« Le seul lieu où les Noirs ne se sont pas révoltés, c’est dans les pages écrites par les historiens capitalistes »

Dans sa préface, Selim Nadi parle, entre autres, de la formation d’un « marxiste noir », de l’historien des révoltes noires, de l’avenir des luttes anti-impérialistes, « L’histoire qu’il dresse de ces révoltes, de cette solidarité panafricaine, est loin d’être abstraite ou purement scolastique », du Jacobin noir, de Toussaint Louverture, de la création d’une organisation noire aux Etats-Unis, de la nécessité de remettre en lumière les résistances au colonialisme européen…

« Loin de se contenter de décrire les révoltes panafricaines, James accorde une importance certaine au rapport dialectique entre les masses et les leaders révolutionnaires ; sans sombrer dans une histoire des « grands hommes », il propose de mettre en lumière la dynamique existant entre les rébellions ou les mouvements révolutionnaires et leurs dirigeants ». Lire la suite

Des pierres sur des pierres, des traces comme empreintes de la mémoire

« Le livre des Passages de Walter Benjamin est un grand livre ruiné. Les notes qui le composent sont comme les décombres d’un édifice jamais construit mais toujours en chantier, encore en devenir mais déjà éventré »

Le premier texte regarde donc du coté de Walter Benjamin, la trace et l’aura, les passages couverts, « des maisons ou des corridors qui n’ont pas de coté extérieur – comme le rêve », les fragments, le pollen d’autres pensées, l’opposition benjamienne « trace/aura », les petites déchirures et les menus arrangements, l’histoire à rebrousse-poil. Patrick Boucheron choisit le terme « ruban » pour ce qui empaquette le tas de textes rassemblés. Il insiste : « lire et relire, relire et lier ». Lire la suite

Diên Biên Phu Une défaite de l’État français, une victoire du peuple français ?

Intervention au Bandung du Nord du 6 mai 2018

La défaite militaire de l’État colonial français à Diên Biên Phu le 7 mai 1954 fait partie de ces moments historiques marquant le passage d’une époque historique à une autre. La chute du camp retranché français après 56 jours de combats sanglant ne peut cependant pas s’analyser sur un plan uniquement militaire. Première victoire d’une lutte de libération nationale dans l’empire français, elle enclenche un processus d’émancipation nationale qui sonne le glas de cet empire. Pour saisir les causes, enjeux et conséquences de cette victoire vietnamienne qui apparaît immédiatement aux yeux des indigènes des autres colonies françaises comme leur victoire, je vous propose un cheminement an trois temps. Dans un premier temps il s’agira de resituer l’événement dans la séquence historique qui s’enclenche en 1945. Dans un second temps nous rappellerons les effets immédiats de Diên Biên Phu sur les autres peuples colonisés mais également dans le renouvellement de la stratégie coloniale française. Un troisième moment sera consacré à la question posée dans le titre de l’intervention : qui a gagné et qui a perdu à Diên Biên Phu ? Lire la suite

A nous-mêmes, ce que nous avions à dire commençait alors à nous paraître inimaginable

Je me (re)plonge régulièrement dans la littérature concentrationnaire. Les témoignages sur cet univers, comme d’autres sur les génocides ou crimes contre l’humanité, restent une source de réflexion nécessaire. Dans le dénuement le plus extrême, certain·es parviennent à neutraliser la négation de ce qui les nient, à contester ce qui les conteste comme « homme, comme membre de l’espèce » Lire la suite

Des révoltes d’esclaves et l’abolition de 1848

Les révoltes d’esclaves, acteurs et actrices décisives de leur émancipation, la révolte Le Gaoulet de 1710 à la Martinique, celle de 1736 en Guadeloupe, les politiques de la Seconde République, l’importance du marronnage…

Des requêtes judiciaires de femmes esclaves à Cuba au XIXe siècle, le travail des femmes dans les plantations, les rapports familiaux, le droit de rachat, les ventes de libre comme esclave… Lire la suite

Extrait de « Première manif » de Jean-José Mesguen

Avec l’aimable autorisation des Editions Syllepse

Mon premier souvenir de mai  1968 c’est ma première manif, sans doute la plus énorme de toute ma vie. Je vais avoir seize ans, je m’intéresse à beaucoup de choses, pas spécialement à la politique. Jusque-là je ne comprends pas très bien l’agitation initiale, dont peu de choses nous parviennent à l’internat de ce grand lycée de la région parisienne où j’ai fait toute ma scolarité secondaire. À un moment on nous renvoie à la maison, je ne sais plus quand exactement. Toujours est-il que c’est là, le plus souvent sur le petit balcon de notre appartement de la banlieue nord, la radio à côté de moi (surtout Europe 1) que je commence à suivre « les événements » en direct. Et il m’apparaît qu’il va se passer quelque chose de très important le 13  mai. Lire la suite

Abolition(s) de l’esclavage et mythologie républicaine

« C’est là le grand reproche que j’adresse au pseudo-humanisme : d’avoir trop longtemps rapetissé les droits de l’homme, d’en avoir eu, d’en avoir encore une conception étroite et parcellaire, partielle et partiale et, tout compte fait, sordidement raciste » (Aimé Césaire). « Depuis le temps que la France rayonne, je me demande comment le monde entier n’est pas mort d’insolation » (Jean-François Revel).

Nul doute, dans les semaines et les jours qui vont précéder le 27 avril 2018, les mythe-idéologues républicains, qu’ils soient de droite, de gauche ou qu’ils se situent à la « gauche de la gauche » selon l’expression consacrée, vont donner de la voix pour chanter les louanges de la glorieuse Deuxième République qui a aboli l’esclavage par un décret en date du 27 avril 1848. Lire la suite