Archives de Catégorie: Histoire

Préface à Die österreichische Revolution (La révolution autrichienne) d’Otto Bauer

Je dédie ce livre aux hommes de confiance de la classe ouvrière autrichienne : aux milliers d’hommes de cœur qui, pendant la guerre, ont tenu bon face à des autorités militaires ivres de sang ; aux milliers de militants dont le courage, l’intelligence et le sens des responsabilités ont, à maintes et maintes reprises durant la révolution, sauvé du désastre la classe ouvrière autrichienne menacée par la famine, le désespoir et les illusions ayant cours dans ses propres rangs ; aux milliers qui luttent aujourd’hui pied à pied pour repousser les attaques d’un ennemi ne voyant et n’entendant rien que sa haine. Puisse ce livre aider ces milliers de combattants à comprendre le vaste cadre historique qui donnait son sens à la guérilla que chacun d’entre eux a menée dans son entreprise, dans sa commune, dans son organisation, et puisse cette intelligence être une nouvelle source de perspicacité, d’énergie, de confiance dans l’avenir pour les luttes qui nous attendent ! Lire la suite

« Les turcs disent qu’il y a soixante douze et demie religions au monde, ils attribuent la dernière aux Tsiganes »

La situation des Roms dans l’empire Ottoman n’a pas donné lieu à de nombreuses publications, du moins dans des langues accessibles au public francophone. En fait, si l’on excepte la traduction en anglais de l’ouvrage de deux chercheur.es bulgares (Elena Marushiakova et Vesselin Popov) publié sous le titre « Gypsies in the Ottoman Empire » en 2001 (University of Hertfordshire Press) et quelques articles épars, le bilan est très maigre. L’Institut de recherche suédois d’Istanbul a édité en 2006 un important recueil de contributions (« Gypsies and the problem of identities Contextueal, Constructed and Contested »), mais, les parties concernant la Turquie sont à dominante plus anthropologiques qu’historiques. On ne peut donc que saluer la parution en 2013 du travail d’Omer Ulusoy qui vient combler une lacune d’autant plus « anormale » que la très grande majorité des communautés Roms appartinrent pendant cinq siècles aux territoires relevant de l’empire Ottoman. Lire la suite

Ne visitez pas l’exposition coloniale

« A la veille du 1er mai 1931 et à l’avant veille de l’inauguration de l’Exposition coloniale, l’étudiant indo-chinois Tao est enlevé par la police française. Chiappe, pour l’atteindre, utilise le faux et la lettre anonyme. On apprend, au bout du temps nécessaire à parer à toute agitation, que cette arrestation, donnée pour préventive, n’est que le prélude d’un refoulement sur l’Indo-Chine (1). Le crime de Tao ? Etre membre du parti communiste, lequel n’est aucunement un parti illégal en France, et s’être permis jadis de manifester devant l’Elysée contre l’exécution de quarante Annamites. L’opinion mondiale s’est ému en vain du sort des deux condamnés à mort Sacco et Vanzetti. Tao, livré à l’arbitraire de la justice militaire et de la justice des mandarins, nous n’avons plus aucune garantie pour sa vie. Ce joli lever de rideau était bien celui qu’il fallait en 1931, à l’exposition de Vincennes.  Lire la suite

Introduction et table des matières du livre d’Olivier Coquelin : Irlande en révolutions

Avec l’aimable autorisation des Editions Syllepse

L’Irlande post-révolutionnaire : bref état des lieux

En ce début de 21e siècle, l’île d’Irlande présente toujours la singularité d’être scindée en deux entités distinctes que sont l’Irlande du Nord (pays constitutif du Royaume-Uni) et la République d’Irlande (État indépendant). Deux entités qui, depuis la partition effective de 1922, se sont également distinguées des autres démocraties d’Europe occidentale, via l’absence en leur sein de clivages politiques reposant essentiellement sur des questions socio-économiques avec, pour schématiser, un camp progressiste (situé à « gauche » de l’échiquier politique) et un camp conservateur (situé à « droite1 » de l’échiquier politique)2. Lire la suite

Une conception de l’histoire basée sur un long martyrologe de la race

En introduction, Johann Chapoutot évoque Primo Levi, le warum, Auschwitz, les crimes nazis ouvrant « une béance de sens qui ne s’est jamais refermée », le déchainement de violences, des millions de victimes.

Mais qu’en est-il des bourreaux ?, de ceux qui ont « cette manière de considérer autrui comme tout autre chose qu’un être humain, moins encore qu’un animal et à peine un objet ». Lire la suite

17 octobre 1961 : le déni d’une histoire

Derrière cette date se cache l’existence affirmée et escamotée d’un peuple et d’une foule, visibles et invisibles sur le sol français, que l’État a tenté d’effacer et censurer.

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En Algérie, des révoltées de 1848 aux porteuses de valises :

Tribune. Les traces de la colonisation sont infinies et parfois à l’origine de surprenantes rencontres. Au cours d’un voyage universitaire où je présentais mes travaux sur la liberté – périple organisé par l’Institut français d’Alger – revenant d’Annaba (Hippone, Bône), me dirigeant sur Batna, ville dont le pénitencier militaire de Lambèse fut construit et occupé par les transportés de 1848, j’y ai rencontré, par un pur hasard, l’une des évadées de la prison de la Roquette en février 1961. Ses souvenirs étaient intacts. Elle me raconta, en me présentant sa fausse carte d’identité, comment le réseau de Denis Berger, (mon compagnon décédé en 2013, chargé par la résistance algérienne des évasions), lui avait fourni ses papiers et sa « planque » à Paris où elle trouva refuge avant sa mise en sécurité en Allemagne. Elles étaient six, dont trois Algériennes qui, dès la guerre terminée, furent contraintes de rentrer dans l’anonymat. Ces insurgées, ainsi que bon nombre de leurs congénères, résistant·e·s de l’intérieur, furent oublié·e·s, comme l’ont été les « héros » de la révolution de 1848, « transporté·e·s » après la répression de juin 1848 en Algérie et après le coup d’État de Napoléon III, en 1851 – tel fut le sort de la féministe socialiste Pauline Roland, « femme de 1848 », qui protesta à nouveau contre ce nouvel ordre antirépublicain. Étonnante résonance entre Batna et 1848. Étonnante résurgence d’un passé oublié dont le site de Timgad, tout près de là, conserve les traces. Sur une colonne romaine, couchée, on peut lire, soigneusement gravé en lettres lisibles « Les transportés de 1848 ». Lire la suite