Archives de Catégorie: Histoire

Pas une rue, pas une avenue, pas une école au nom de Bugeaud

« Si ces gredins [les indigènes d’Algérie] se retirent dans leurs cavernes, fumez-les à outrance comme des renards ». Général Bugeaud 

« Il est un peu tard (…) mais je n’ai jamais été battu et je ne commencerai pas demain. Qu’on me laisse faire et tirer au canon, il y aura du sang répandu ; mais demain soir la force sera du côté de la loi, et les factieux auront leur compte. [1] » Maréchal Bugeaud, février 1848, à propos de l’insurrection parisienne qui a débouché sur le rétablissement de la République.

« Il est bon de se souvenir que depuis 1830 les procédés de la terreur de masse sont employés par la minorité européenne et ses défenseurs (…). Priorité dans l’horreur… » Robert Bonnaud, avril 1957.

18 juin 1845. Réfugiés dans les grottes du Dahra, proches de Mostaganem, pour échapper à la progression des troupes commandées par le colonel Pélissier, les membres de la tribu des Ouled Riah – hommes, femmes, enfants et vieillards – ne sont plus. Cernés, ils ont été méthodiquement enfumés et asphyxiés. Bilan : entre sept cents et mille morts. Dans le rapport circonstancié adressé à Bugeaud, gouverneur général de l’Algérie, maréchal de France depuis 1843 grâce à ses “exploits” algériens et à la « pacification » qu’il conduit aux moyens de razzias, d’enfumades, de massacres et de déportations des populations « indigènes », Pélissier écrit : « dès lors ; je n’eus plus qu’à suivre la marche que vous m’aviez indiquée : je fis faire une masse de fagots et, après beaucoup d’efforts, un foyer fut allumé et entretenu à l’entrée supérieure » de la grotte. Lire la suite

Le génocide des Herrero et Nama enfin reconnu par l’Allemagne

Ce fut le premier génocide du vingtième siècle, il est enfin pris en compte. 

Le 28 mai l’Allemagne a pour la première fois reconnu, avoir commis un génocide contre les populations des Herero et des Nama en Namibie, pendant l’ère coloniale. C’est le résultat d’une mobilisation déterminée des descendant-es des victimes qui combattent dans ce sens depuis des dizaines d’années.

« Nous qualifierons maintenant officiellement ces événements pour ce qu’ils sont du point de vue d’aujourd’hui : un génocide », a déclaré le ministre des affaires étrangères allemand, Heiko Maas, dans un communiqué. Lire la suite

Massacres du 8 mai 45 : Les autorités françaises « toujours pas prêtes » à reconnaitre ses crimes 

ALGER – Le témoin de la Guerre de libération nationale et militant anticolonialiste, Henri Pouillot, a déploré qu’au jour d’aujourd’hui le président de la République et le gouvernement français ne soient « toujours pas prêts » à reconnaitre et condamner tous les crimes d’Etat, de guerre et contre l’humanité commis par la France coloniale en Algérie.

« On voit bien que le président de la République (Emmanuel Macron), le gouvernement, ne sont pas prêts à reconnaitre et condamner tous les crimes d’Etat », a soutenu M. Pouillot, dans un entretien accordé à l’APS, à l’occasion de la commémoration de la Journée nationale de la Mémoire, coïncidant avec le 76eme anniversaire des massacres du 8 mai 1945, citant notamment « les crimes du 8 mai 1945, du 17 octobre 1961, du 8 février 1962, et les crimes de guerre comme l’utilisation du napalm, du gaz Vx et Sarin et les essais nucléaires ». Lire la suite

Non à la criminalisation des militants indépendantistes en Kanaky Nouvelle-Calédonie

Réunies ce jour à Paris, les associations de solidarité avec le combat du peuple kanak en France ont décidé de lancer un appel aux organisations démocratiques, aux syndicats et aux associations pour dénoncer la justice coloniale en Nouvelle Calédonie et exiger l’abandon des poursuites à l’encontre des militants kanak. Lire la suite

Ce que le Rwanda a (enfin) appris aux historiens…

Ce n’est pas du contenu du rapport Duclert dont il sera ici question, d’autres plus compétents que moi ont fait l’analyse de ses avancées et de ses manquements au plan de la connaissance historique, mais de ce que des historiens interrogés, notamment dans Médiapart le 25 mars 2021, ont admis :

– Premièrement, que les historiens devaient écouter les témoins. Cela semble tomber sous le sens en histoire contemporaine, histoire qu’on pourrait définir précisément comme l’histoire dont il reste des témoins – mais ça ne l’était pas. Il n’y a pas si longtemps on les entendait pour certains (il s’agissait essentiellement d’hommes) dénoncer ce qu’ils appelaient « la dictature du témoignage » [1]. Je me souviens de Geneviève de Gaulle-Anthonioz, alors présidente de l’Association nationale des anciennes déportées et internées de la Résistance (ADIR), rappelant à l’un d’entre eux, qu’elle était désolée, mais qu’il allait encore devoir attendre un peu pour pouvoir écrire l’histoire comme il l’entendait… Cet historien avait eu l’inélégance de dire devant elle et ses compagnes qu’il en avait assez d’écrire l’histoire avec des témoins contrôlant par-dessus son épaule. En voix off ces mêmes collègues considéraient l’histoire orale, qui commençait à être (tardivement) admise en France, comme un gadget pour… historiennes. Lire la suite

Espagne : Marche pour la Liberté du Peuple Sahraoui

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Suite à l’autorisation de la Délégation du Front Polisario Espagnol, une Marche pour la Liberté du Peuple Sahraoui est organisée par divers collectifs gouvernementaux espagnols. Elle partira le 20 mai de Cadix, et d’autres marches partant de divers endroits en Espagne viendront la rejoindre à Madrid lors du weekend du 18 et 19 juin. L’idée est de parcourir tout le pays et d’attirer l’attention sur la responsabilité historique qu’a le Gouvernement Espagnol, exigeant ainsi qu’il assume la responsabilité qui lui incombe et qu’il résolve enfin le conflit sahraoui.

Cette Marche s’appuie sur un Manifeste, que nous avons repris ci-dessous et que nous vous invitons à signer. Lire la suite

L’actualité de La Commune de Paris et l’altermondialisme

1. La Commune de Paris est un moment d’universel

C’est un moment auquel on revient, qui donne du sens et auquel on redonne un sens. C’est un moment qui crée de l’inattendu et qui révèle des nouveaux possibles, une bifurcation de l’Histoire. Pour le comprendre, il faut revenir à son histoire et à ses conséquences immédiates. On redécouvre à chaque fois sa signification par rapport aux questions nouvelles qui se posent pour construire l’avenir.

Il faut évidemment tenir compte de la situation particulière de la France et de Paris en 1870. Et rappeler l’histoire de cet événement et sa densité spécifique particulière. Pour la comprendre, il faut resituer La Commune de Paris dans la suite des révolutions depuis 1789 et 1793, et puis celles de 1830 et 1848. Il faut aussi la resituer par rapport aux révolutions suivantes ; la révolution soviétique de 1917, la révolution chinoise, la décolonisation, les années 1968, les mouvements des places. La Commune les éclaire, et celles qui la suivent approfondissent son sens et ses apports. Lire la suite

Vous avez dit Vel d’Hiv ? Le 15 mai 1940, un anniversaire oublié !

Ni commémorés, ni célébrés, pas même mentionnés, des événements de notre histoire nationale restent quasi tabous encore aujourd’hui.

Il aura fallu attendre 1995, pour qu’un président de la République reconnaisse la responsabilité de la France dans la rafle des 16 et 17 juillet 1942 qui vit le Vel d’Hiv devenir pour nombre d’entre eux l’antichambre d’Auschwitz. Reconnaissance certainement d’autant plus facilitée que les responsables, les Pétain, les Bousquet et les Laval étaient les « félons » de l’Etat Français, allié aux nazis.

En fait le Vel d’Hiv, deux ans auparavant, avait déjà servi à emprisonner des milliers de personnes. Lire la suite

Abolitions de l’esclavage et mythologie nationale-républicaine

« Prends garde ; leur ignorance et leurs préjugés se font tigres lorsqu’on attaque leurs croyances et leurs idoles car ils prennent les premières pour des vérités et les secondes pour des sauveurs suprêmes. » Anonyme de la Révolution française

« La France a la passion de l’universel. Du Roi-Soleil à sa révolution vécue comme une aurore, elle s’est offerte à l’Europe des souverains et des peuples comme le modèle d’une politique marquée du sceau de la raison. » Pierre Bouretz (2000)

Fidèle à ses contorsions commémorielles, présentées par ses courtisans comme l’une des formes supposément originale du « en même temps » cher au président, Emmanuel Macron célèbrera donc le 10 mai les abolitions de l’esclavage décrétées par la Première puis par la Seconde République. Cinq jours seulement après avoir rendu un hommage national à Napoléon, encensé par l’extrême-droite, la droite, de nombreux responsables politiques et de notoires bateleurs médiatiques auxquels se joint une petite cohorte d’historiens et d’académiciens [1] ; ces derniers apportant aux uns et aux autres le lustre « scientifique » qui leur permet de se présenter comme de fidèles serviteurs de Clio. Lire la suite

Communiqué de l’association « Anciens appelés en Algérie et leurs amis contre la guerre – 4acg »

Les membres de notre association nationale dénoncent vigoureusement et unanimement le texte publié le 21 avril 2021, dans une certaine presse, par 19 généraux en « demi-retraite » et 1 500 officiers en activité.

Les auteurs de ce texte, pourtant encore engagés, pour la grande majorité d’entre eux, par leur contrat de loyauté envers l’Etat, trahissent ainsi clairement leurs missions républicaines. Ils le font en accusant ouvertement les responsables de l’Etat et l’ensemble des citoyens eux-mêmes d’on ne sait exactement quoi, en fait. En prétendant poser un diagnostic sur l’état actuel de la société française, ils font preuve d’une prétention, d’une arrogance même, singulières. Ils utilisent en outre des termes d’une grande violence et d’un immense mépris à l’égard de certains boucs émissaires qu’ils se sont choisis en les montrant du doigt de façon totalement injuste et injustifiée. Lire la suite

Homosexuels et lesbiennes dans l’Europe nazie

Mai 2021 – Février 2022

« Enjeu de mémoire, le destin des « triangles roses » a longtemps été invisibilisé. Cette exposition entend rendre compte, grâce à de nombreux documents originaux, du sort des homosexuels et des lesbiennes sous le régime nazi, entre stigmatisation, persécution et lutte pour la reconnaissance. »

Florence Tamagne, commissaire scientifique de l’exposition Maîtresse de conférences en histoire contemporaine à l’Université de Lille Spécialiste de l’histoire de l’homosexualité.

En 2021, pour la première fois en France, un musée d’histoire retrace de manière chronologique et thématique l’histoire de la persécution des homosexuels et lesbiennes sous le Troisième Reich en s’appuyant sur une riche sélection de documents pour la plupart jamais présentés en France. Lire la suite

Nous sommes à nouveau le 24 avril. Je veux vous rappeler le génocide arménien

Je ne vais pas vous raconter l’histoire du génocide arménien, car je suppose que vous la connaissez déjà. Vous avez peut-être même lu un livre ou au moins un article ou deux sur un génocide qui a eu lieu il y a 106 ans. Je ne vais pas vous raconter les histoires du génocide, car vous avez peut-être déjà vu les images des « marches de la mort », un peuple entier conduit dans le désert syrien pendant l’été 1915, sous le couvert de la « Grande Guerre », pour y périr de la chaleur, de la faim, de la soif ou des coups de couteau.

Je veux vous rappeler l’extermination des Arméniens, mais rassurez-vous, je n’ai rien à vous demander. Je n’ai aucune faveur à demander. Vos bienveillances ne peuvent en aucune façon m’aider. Lire la suite

Des jeunes en formation condamné∙es pour désertion

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Ghetto de Varsovie : une insurrection au coeur des ténèbres, hommage le 18 et 19 avril

Lorsque les troupes nazies pénètrent dans le ghetto de Varsovie le 19 Avril 1943, afin de le liquider, elles ne s’attendent pas a trouver 750 Juifs et Juives armé·es derrière des barricades, prêt·s à les combattre.

Enfermée et tassée entre des murs et des barbelés depuis novembre 1940, la population du ghetto a déjà chuté de 450 000 à 70 000 personnes en moins de 3 ans, en raison des déportations quotidiennes vers le camp de mise à mort de Treblinka.

L’organisation juive de combat (OJC) qui planifie et organise l’insurrection a été initiée par les mouvements de jeunesse présents dans le ghetto.

Mais c’est tout le ghetto de Varsovie qui se soulève et soutient les 750 combattant·es. Malgré les conditions dramatiques de leur lutte, des milliers de personnes acculées se sont dressées et organisées contre les nazis. Ces femmes et ces hommes se sont aussi battu·e·s pour que leur mémoire nous parvienne et nous inspire dans nos combats actuels.  Lire la suite

Chaque nuit recèle un matin

Il y a de nombreuses façons d’aborder, du coté de l’émancipation (je laisse de coté les contre-révolutionnaires et anti-communard·es divers·es), la Commune de Paris. Je n’en donne que trois dimensions.

Au delà des histoires falsifiées, des mythes et des contes, il est possible de retrouver les flammes de la révolte, les aspirations à maitriser sa vie, les luttes contre les dominations, les possibles non advenus car anéantis par les vainqueurs, les tensions vers des avenirs plus radieux.

Nous pouvons analyser les déclarations et les actes des communard·es et réfléchir aux limites, aux erreurs, telles qu’il était possible de les entrevoir à cette époque.

Enfin, à partir du temps présent, nous pouvons examiner d’autres dimensions, mettre en lumière des possibles bridés, des impasses et des manques. A commencer par cette question à laquelle se heurtent tous les soulèvements populaires : Comment confiner les dominants (nationaux et internationaux) ? Comment résister aux attaques militarisées ? Comment développer une solidarité (internationale et internationale) suffisamment puissante pour arrêter les bras meurtriers des possédants ? Lire la suite

Déclaration pour le droit à l’insoumission dans la guerre d’Algérie. Manifeste des 121

6 septembre 1960

Un mouvement très important se développe en France, et il est nécessaire que l’opinion française et internationale en soit mieux informée, au moment où le nouveau tournant de la guerre d’Algérie doit nous conduire à voir, non à oublier, la profondeur de la crise qui s’est ouverte il y a six ans.

De plus en plus nombreux, des Français sont poursuivis, emprisonnés, condamnés, pour s’être refusés à participer à cette guerre ou pour être venus en aide aux combattants algériens. Dénaturées par leurs adversaires, mais aussi édulcorées par ceux-là mêmes qui auraient le devoir de les défendre, leurs raisons restent généralement incomprises. Il est pourtant insuffisant de dire que cette résistance aux pouvoirs publics est respectable. Protestation d’hommes atteints dans leur honneur et dans la juste idée qu’ils se font de la vérité, elle a une signification qui dépasse les circonstances dans lesquelles elle s’est affirmée et qu’il importe de ressaisir, quelle que soit l’issue des événements. Lire la suite

Oppose-toi à l’oppression comme je m’y suis opposé

Dans son introduction, le-journal-officiel-publie-a-paris-pendant-la-commune-de-1871/, publiée avec l’aimable autorisation des Editions Syllepse, Michèle Audin revient sur la période qui va de l’empire à la Commune, sur ce Journal officiel, ses versions du coté de Versailles et du coté de la Commune.

« Pour ce livre, nous sommes à Paris. Le JO (le « nôtre », celui de Paris), paraît du 20 mars au 24 mai. Il publie des nouvelles officielles, des proclamations du comité central, telle celle qui contient, le 27 mars, l’inoubliable :

Ne perdez pas de vue que les hommes qui vous serviront le mieux sont ceux que vous choisirez parmi vous, vivant de votre propre vie, souffrant des mêmes maux.

Puis des décrets de la Commune, des proclamations, comme la « Déclaration au peuple français » du 19 avril (20 avril), des informations de toute sorte, souvent copiées dans d’autres journaux, une pratique de citations mutuelles courante à l’époque. » Lire la suite

Olympe de Gouges : Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne

 

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Le barnum commémoriel d’Emmanuel Macron

« Une des choses qui a le plus contribué à rendre de son vivant Napoléon haïssable, était son penchant à tout ravaler (…). Il se complaisait dans l’humiliation de ce qu’il avait abattu ; il calomniait et blessait particulièrement ce qui avait osé lui résister. Son arrogance égalait son bonheur ; il croyait paraître d’autant plus grand qu’il abaissait les autres. » Châteaubriand (1846)

« Quand un homme d’Etat (…) ne comprend pas que la première condition du progrès, c’est la paix ; s’il formule une doctrine de guerre, c’est peut-être un grand homme dans le sens vulgaire du mot, ce n’est pas un démocrate. » Clemenceau (1885)

Le 20 janvier dernier, Benjamin Stora remettait au président de la République un rapport dans lequel il se déclarait favorable à de nombreuses commémorations relatives à la colonisation de l’Algérie et au conflit que la métropole y a mené entre 1954 et 1962. Pour Emmanuel Macron, la multiplication de ces gestes prévus est une aubaine. Elle doit lui permettre de faire coup double ou triple : rendre hommage à plusieurs personnalités emblématiques afin de satisfaire diverses fractions de l’électorat, occuper régulièrement l’agenda politique et médiatique, susciter ainsi les louanges de ses courtisans qui s’empresseront de saluer son courage et sa fidélité aux promesses faites, et tenter enfin d’occulter l’essentiel : son refus persistant de toute reconnaissance officielle des nombreux crimes de guerre et crimes contre l’humanité perpétrés par les autorités françaises depuis la prise d’Alger en 1830. Lire la suite

Petits et grands écrans de la Commune

L’actuelle et regrettable fermeture des salles obscures ne doit pas nous empêcher de retracer toutes les expressions cinématographiques qui prennent la Commune de 1871 pour sujet. Du cinéma muet à nos jours, les documentaires et les films de fiction, courts ou longs métrages, sont nombreux à témoigner de la longévité et, à chaque époque concernée, de l’actualité de l’aspiration collective à la République démocratique et sociale. Lire la suite