Archives de Catégorie: Histoire

L’œuvre négative du colonialisme français en Polynésie Du « bon sauvage » à la bombe nucléaire coloniale

Cocotiers, vahinés, ciel et plages paradisiaques et « bons sauvages » telles sont les images médiatiques dominantes de la Polynésie dite « française ». Lorsque nos médias dominants abordent cette colonie composée de cinq archipels c’est pour dessiner l’image d’un « paradis métis » ou d’une colonisation réussie par le mélange des populations. La majorité des polynésiens ne partagent pas cette vision et le mouvement indépendantiste a réussi à inscrire la Polynésie dans la liste des territoires à décoloniser. Le 17 mai 2013 l’assemblée générale des Nations-Unies adoptait une résolution affirmant « le droit inaliénable de la population de la Polynésie française à l’autodétermination et à l’indépendance » et exigeant du gouvernement français de « faciliter la mise en place d’un processus équitable et effectif d’autodétermination1 ». Malgré plusieurs autres résolutions allant dans le même sens, la France fait la sourde oreille et refuse d’organiser un référendum d’autodétermination. Essayons de comprendre pourquoi en resituant la Polynésie dans ses contextes historiques, économiques et géostratégiques. Lire la suite

L’œuvre négative du colonialisme français aux Antilles. La production et la reproduction d’une pigmentocratie

La Guadeloupe et la Martinique sont célébrées dans le discours dominant comme le symbole du métissage réussi. L’angle mort de ce discours est celui de la reproduction de ce que Raphaël Confiant  nomme la « pigmentocratie1 » qui structure le système social des Antilles dites « françaises » de l’époque esclavagiste et coloniale jusqu’à aujourd’hui. Ce système social reste en effet caractérisé, rappelle le chercheur canadien Adrien Guyot, par « une hiérarchisation sociale basée sur les notions de race et de couleur, amenant par là même la création de néologismes comme « éthnoclasse » pour faire référence aux classes sociales dont le principal critère d’appartenance est l’ethnie2 ». Sur le plan économique la structure des Antilles dites « françaises » reste coloniale. La prise en compte des contextes historique, économique et géostratégique est incontournable pour saisir cette réalité coloniale qui se reproduit. Lire la suite

Changer le monde, changer la vie, changer sa propre vie…

Pour Florence, Julie et Karel, Dominique et Vlad…

Des militants et des militantes, hier et aujourd’hui, de rouges espérances et des parcours trébuchants. L’imminence rêvée de la révolution et l’érosion plus ou moins prononcée des espoirs. La hâte de la jeunesse et les cours plus lents de la vie. Les études quelques fois suspendues ou abandonnées et l’insertion dans le travail salarié, les rencontres, les débats, les déchirures. Une hétérogénéité de personnes et de parcours derrière cette « génération 68 ».

« C’est à la question du devenir biographique des soixante-huitards que ce livre est consacré ». Une enquête, loin des « têtes d’affiche », à Lille, Lyon, Marseille, Nantes et Rennes. Le(s) moment(s) 68 pris dans une séquence historique plus longue, « nous nous donnons le moyen de mesurer la place de l’événement dans les trajectoires biographiques comme dans les recompositions ultérieures des espaces militants locaux ». Lire la suite

Kanaky : L’autodétermination face au néo-colonialisme

L’accord de Nouméa signé en 98 est un échec. L’État français s’était pourtant engagé officiellement auprès des dirigeants du FLNKS de l’époque à reconnaître les droits légitimes du peuple kanak et à accompagner la Kanaky vers la décolonisation exigée par l’ONU.

Vingt ans plus tard et à quelques semaines du premier référendum pour l’indépendance prévu le 4 novembre 2018, le constat est malheureusement sans appel. Lire la suite

Sous la plage, la grève

Avec l’aimable autorisation des Editions Syllepse

Le constat est simple : l’analyse des luttes ouvrières en mai et juin 1968 a intéressé peu de monde. Peut-être parce que le caractère plus spectaculaire de la révolte étudiante a davantage tenté journalistes et chroniqueurs. Peut-être parce que d’autres catégories socio-professionnelles trouvèrent plus facilement des porte-plume : livres et articles abondent sur la “contestation” chez les architectes ou dans les milieux du cinéma. Pour la classe ouvrière, hormis de lacunaires récits syndicaux, on ne dispose guère que d’enquêtes et de témoignages épars, d’accès souvent difficile. Seuls tentèrent une synthèse ceux des sociologues et militants qui virent dans le mouvement de Mai la confirmation du rôle d’avant-garde de la “nouvelle classe ouvrière” et des couches techniciennes. Dans la mémoire collective, il ne reste alors, au-delà des expériences locales, que quelques idées très générales et le plus souvent erronées sur ce que fut l’attitude de la classe ouvrière en mai et juin 1968. Lire la suite

« Le seul lieu où les Noirs ne se sont pas révoltés, c’est dans les pages écrites par les historiens capitalistes »

Dans sa préface, Selim Nadi parle, entre autres, de la formation d’un « marxiste noir », de l’historien des révoltes noires, de l’avenir des luttes anti-impérialistes, « L’histoire qu’il dresse de ces révoltes, de cette solidarité panafricaine, est loin d’être abstraite ou purement scolastique », du Jacobin noir, de Toussaint Louverture, de la création d’une organisation noire aux Etats-Unis, de la nécessité de remettre en lumière les résistances au colonialisme européen…

« Loin de se contenter de décrire les révoltes panafricaines, James accorde une importance certaine au rapport dialectique entre les masses et les leaders révolutionnaires ; sans sombrer dans une histoire des « grands hommes », il propose de mettre en lumière la dynamique existant entre les rébellions ou les mouvements révolutionnaires et leurs dirigeants ». Lire la suite

Des pierres sur des pierres, des traces comme empreintes de la mémoire

« Le livre des Passages de Walter Benjamin est un grand livre ruiné. Les notes qui le composent sont comme les décombres d’un édifice jamais construit mais toujours en chantier, encore en devenir mais déjà éventré »

Le premier texte regarde donc du coté de Walter Benjamin, la trace et l’aura, les passages couverts, « des maisons ou des corridors qui n’ont pas de coté extérieur – comme le rêve », les fragments, le pollen d’autres pensées, l’opposition benjamienne « trace/aura », les petites déchirures et les menus arrangements, l’histoire à rebrousse-poil. Patrick Boucheron choisit le terme « ruban » pour ce qui empaquette le tas de textes rassemblés. Il insiste : « lire et relire, relire et lier ». Lire la suite