Archives de Catégorie: Histoire

Pour que vienne un monde dont on s’éprenne

Des faits, rien que des faits et une question d’Howard Zinn : « Mais que cachent vos faits et la façon dont vous les exposez ? ». Ludivine Bantigny interroge : « Chaque fait ne recèle-t-il pas un jugement ? Son choix même, où la sélection s’opère – sans se dire le plus souvent -, n’est-il pas déjà engagement ? »

L’autrice aborde, entre autres, l’impossible neutralité, « une histoire neutre est impossible », les oublié es de l’histoire, et celles et ceux « mu par un principe d’espérance », le point de vue situé, « Toute élaboration, aussi scientifique qu’elle soit, est toujours située : c’est située qu’elle se déploie », la réflexivité et la vigilance épistémologique, le doute, les « pourquoi faire ? » et « A quoi bon ? »… Lire la suite

Les femmes de 70

On eût dit que la Gaule en elles s’éveillait ;

Libres, voulant mourir, augmentant de courage

Pour des périls plus grands.

(L. M.)

Parmi les plus implacables lutteurs qui combattirent l’invasion et défendirent la République comme l’aurore de la liberté, les femmes sont en nombre.

On a voulu faire des femmes une caste, et sous la force qui les écrase à travers les événements, la sélection s’est faite ; on ne nous a pas consultées pour cela, et nous n’avons à consulter personne. Le monde nouveau nous réunira à l’humanité libre dans laquelle chaque être aura sa place. Lire la suite

Eviter la myopie de l’histoire événementielle

Le titre de cette brève note est tiré de la préface de Gilbert Dagron. L’intérêt de l’ouvrage de Giusto Traina réside justement dans sa volonté de rompre avec une histoire qui projette sur le passé autant les frontières géographiques du présent que les découpages chronologiques qui figent les ruptures en évacuant toute notion de processus.

Il s’agit ici de montrer les permanences et les inflexions/modifications dans la situation de l’empire romain autour d’une année (428 !) sans événements marquants (« une année anonyme » comme la nomme joliment l’auteur) mais suffisamment proche de la fin « officielle » de l’empire (du moins dans sa partie occidentale) en 476 pour rendre le caractère factice du très vieux débat sur « la fin de l’empire romain : assassinat ou mort naturelle ? » Lire la suite

Démocratie, démocratie directe et référendum. Un héritage révolutionnaire (9)

Avec l’aimable autorisation de la revue Inprecor

Intro : democratie-democratie-directe-et-referendum-un-heritage-revolutionnaire-1/

  1. Révolution et invention démocratique : democratie-democratie-directe-et-referendum-un-heritage-revolutionnaire-2/

  2. Contradictions, reculs et avancées : democratie-democratie-directe-et-referendum-un-heritage-revolutionnaire-3/

  1. Une révolution mise en permanence : democratie-democratie-directe-et-referendum-un-heritage-revolutionnaire-4/

  2. La troisième révolution et l’idée du « référendum » : democratie-democratie-directe-et-referendum-un-heritage-revolutionnaire-5/

  3. La Constitution de 1793 et ses critiques : democratie-democratie-directe-et-referendum-un-heritage-revolutionnaire-6/

  4. Le vote populaire : democratie-democratie-directe-et-referendum-un-heritage-revolutionnaire-7/

  5. Deux représentations face à face : https://entreleslignesentrelesmots.blog/2019/08/12/democratie-democratie-directe-et-referendum-un-heritage-revolutionnaire-8/

  6. Du succès politique aux mesures de mobilisation

  7. L’opposition des radicaux

  8.  Remise en ordre, mobilisation pour la guerre et mouvements populaires

  9.  La lente normalisation

  10.  Eux et nous

8. Du succès politique aux mesures de mobilisation

Si les monarchies européennes restent militairement prudentes depuis leurs échecs de l’été 1792, elles n’en sont pas moins à l’offensive. Elles ont reconquis la Belgique en mai 1793 et occupent toute une partie nord du territoire français, tout en marquant des points dans les Pyrénées et les Alpes. Le meurtre de Marat, le 13 juillet, fait craindre la multiplication d’assassinats « terroristes » organisés par les girondins, alors qu’une série de mouvements sectionnaires, bien encadrés dans plusieurs grandes villes fédéralisée contre Paris, tournent à la contre-révolution. Le Comité de salut public prépare donc activement la campagne militaire qui s’avère nécessaire pour reprendre Lyon, Marseille et le grand port militaire de Toulon, qui a entre-temps été livré à la flotte anglaise, sans compter d’autres accrochages qui ne nous semblent mineurs qu’avec le recul du temps. Lire la suite

Démocratie, démocratie directe et référendum. Un héritage révolutionnaire (8)

Avec l’aimable autorisation de la revue Inprecor

Intro : democratie-democratie-directe-et-referendum-un-heritage-revolutionnaire-1/

  1. Révolution et invention démocratique : democratie-democratie-directe-et-referendum-un-heritage-revolutionnaire-2/

  2. Contradictions, reculs et avancées : democratie-democratie-directe-et-referendum-un-heritage-revolutionnaire-3/

  1. Une révolution mise en permanence : democratie-democratie-directe-et-referendum-un-heritage-revolutionnaire-4/

  2. La troisième révolution et l’idée du « référendum » : democratie-democratie-directe-et-referendum-un-heritage-revolutionnaire-5/

  3. La Constitution de 1793 et ses critiques : democratie-democratie-directe-et-referendum-un-heritage-revolutionnaire-6/

  1. Le vote populaire : democratie-democratie-directe-et-referendum-un-heritage-revolutionnaire-7/

  2. Deux représentations face à face

  3. Du succès politique aux mesures de mobilisation

  4. L’opposition des radicaux

  5.  Remise en ordre, mobilisation pour la guerre et mouvements populaires

  6.  La lente normalisation

  7.  Eux et nous

7. Deux représentations face à face

Lorsque les délégations des assemblées primaires parisiennes viennent informer la représentation nationale de leur vote d’adoption, il est de plus en plus question d’une présence directe d’un Peuple-souverain. Le 3 juillet, alors qu’une délégation de Bondy se présente, le député radical Billaud-Varenne souligne que« les citoyens qui sont ici faisant acte du souverain, je demande qu’ils soient reçus dans l’intérieur de la salle ». Les jours suivants, ces délégations viennent se placer dans l’espace réservé aux députés. Le 8 juillet, le montagnard Levasseur demande l’admission d’une délégation de Versailles-hors-les-murs (15) et « que toute discussion finisse jusqu’à ce que le Souverain qui est ici soit entendu (murmures dans la salle)… J’ai voulu dire « membres du souverain » », rectifie Levasseur qui cherche à limiter son propos : signaler que le Souverain s’exprime directement en face de la Convention, c’est souligner que cette dernière est désormais en sursis, en attendant qu’une autre Assemblée soit élue. Lire la suite

Tunisie : Mémorandum pour exiger l’annulation de la dette tunisienne à l’égard de la France

Nous publions un document d’une très grande valeur dont devraient s’inspirer de nombreux États. En 24 pages captivantes est résumée l’histoire des relations entre la France et la Tunisie depuis le début du 19e siècle jusqu’à aujourd’hui. Lire la suite

Démocratie, démocratie directe et référendum. Un héritage révolutionnaire (7)

Avec l’aimable autorisation de la revue Inprecor

Intro : democratie-democratie-directe-et-referendum-un-heritage-revolutionnaire-1/

  1. Révolution et invention démocratique democratie-democratie-directe-et-referendum-un-heritage-revolutionnaire-2/

  2. Contradictions, reculs et avancées : democratie-democratie-directe-et-referendum-un-heritage-revolutionnaire-3/

  1. Une révolution mise en permanence : democratie-democratie-directe-et-referendum-un-heritage-revolutionnaire-4/

  2. La troisième révolution et l’idée du « référendum » : democratie-democratie-directe-et-referendum-un-heritage-revolutionnaire-5/

  1. La Constitution de 1793 et ses critiques democratie-democratie-directe-et-referendum-un-heritage-revolutionnaire-6/

  1. Le vote populaire

  2. Deux représentations face à face

  3. Du succès politique aux mesures de mobilisation

  4. L’opposition des radicaux

  5.  Remise en ordre, mobilisation pour la guerre et mouvements populaires

  6.  La lente normalisation

  7.  Eux et nous

6. Le vote populaire

Dix mois après la réunion de la Convention, la République est menacée de succomber sous les assauts militaires combinés des monarchies européennes, de la révolte vendéenne et du début d’insurrection girondine. Nous avons vu que l’Assemblée priorise pourtant une riposte politiquecelle du « référendum », sans d’ailleurs que ce mot soit utilisé car on parle de vote populaire, précisément pour ne pas le confondre avec des élections. En pratique, le corps électoral s’est élargi lentement depuis août 1792, même s’il reste en principe masculin, passant peut-être de 4 à 5 millions de votants. Mais si les compétences politiques des révolutionnaires sont remarquables, leurs connaissances statistiques ne le sont pas. Des notions devenues aujourd’hui courantes leur sont étrangères, comme notre usage quotidien des pourcentages, notre culture mathématisée qui nous permet de lire directement les taux de participation en regard du nombre d’inscrits, avec les taux d’abstention, significatifs ou non… La Convention ignore d’ailleurs combien d’hommes ont pu bénéficier de l’élargissement du droit de vote et, au-delà d’une réunion paisible des assemblées primaires, elle n’a aucune idée de ce que devrait être statistiquement un « bon » résultat du vote populaire qu’elle a lancé. Elle choisit un procédé politique : par-dessus la tête des administrations départementales, girondines, fédéralistes ou travaillées par les insurgés catholiques et royaux, elle s’adresse aux administrations des 548 districts, des quelque 5 000 cantons et, au-delà, aux 44 000 municipalités ; il s’agit d’isoler la bourgeoisie des capitales provinciales, rebelles. Lire la suite