Archives de Catégorie: Histoire

Nouvelle-Calédonie : la France doit réussir sa première décolonisation sans violence

Tribune. « Lorsque la France prend possession de la Grande Terre, que James Cook avait dénommée « Nouvelle-Calédonie », le 24 septembre 1853, elle s’approprie un territoire selon les conditions du droit international alors reconnu par les nations d’Europe et d’Amérique, elle n’établit pas des relations de droit avec la population autochtone. Les traités passés, au cours de l’année 1854 et les années suivantes, avec les autorités coutumières, ne constituent pas des accords équilibrés mais, de fait, des actes unilatéraux. […] La colonisation a porté atteinte à la dignité du peuple kanak qu’elle a privé de son identité. […] Il convient de faire mémoire de ces moments difficiles, de reconnaître les fautes, de restituer au peuple kanak son identité confisquée, ce qui équivaut pour lui à une reconnaissance de sa souveraineté. […] La décolonisation est le moyen de refonder un lien social durable entre les communautés qui vivent aujourd’hui en Nouvelle-Calédonie, en permettant au peuple kanak d’établir avec la France des relations nouvelles correspondant aux réalités de notre temps. » Accord de Nouméa, 5 mai 1998. Lire la suite

Revisiter les révolutions ambiguës de 1989

Avec l’aimable autorisation de la revue Inprecor

Vingt ans après la chute du mur de Berlin, Timothy Garton Ash écrivait : « en 1989, les Européens ont proposé un nouveau modèle de révolution non-violente – de velours » (1). Quelques années plus tôt, au contraire, il avait utilisé un néologisme intéressant – la « réfolution » (2) – pour décrire le type de changements systémiques qui s’étaient produits, combinant les caractéristiques des révolutions et des réformes d’en haut. Je veux soutenir et développer ici ce néologisme en opposition à l’épithète « pur », comme étant plus précis pour analyser les ambiguïtés mêmes des transformations historiques qui ont mis fin au « monde bipolaire ». Je soutiendrai que les mouvements et les mobilisations démocratiques, qui ont eu lieu en 1989 et avant, étaient contre la nomenklatura au pouvoir et, en même temps, n’étaient pas en faveur des principales transformations socio-économiques introduites depuis 1989. Il faut regarder au-delà des étiquettes et des discours idéologiques pour prendre pleinement en compte le rôle des « deals » (ou rapports) internationaux « bipolaires » encore à l’œuvre en 1989, mais aussi le rôle joué par les dirigeants de l’ancien parti unique dans les formes opaques de privatisation : tout cela signifia une absence de véritable processus démocratique de décision quant aux principales réformes dont une part substantielle ont eu un contenu contre-révolutionnaire. Les aspirations populaires se sont exprimées massivement par des poussées révolutionnaires contre le parti unique et la domination soviétique, comme le mouvement polonais Solidarnosc en 1980-1981. Et ce mouvement était plus proche de l’automne des Conseils ouvriers de Prague en 1968 contre l’occupation soviétique que des thérapies de choc libérales de 1989. Ces révolutions embryonnaires vers une troisième voie ont été réprimées et démantelées par les puissances dominantes du monde bipolaire à travers différents épisodes, parce que les forces démocratiques mobilisées étaient une alternative à l’ordre politique existant qui tentait d’imposer son propre objectif. Une telle réalité fut camouflée derrière les concepts de guerre froide et la transformation qui a suivi 1989. Lire la suite

L’effacement d’une femme ou sa transformation en femme-objet

« En permettant la condamnation d’un homme pour viol sous magnétisme, ces experts admettaient qu’il était possible de mettre un être humain dans un état de conscience modifié (état que l’on nommerait aujourd’hui « hypnose ») et de disposer ainsi de son corps, de ses actes et de sa parole ».

Un procès en juillet 1865, une enquête sur l’histoire du magnétisme et de la psychologie, une recherche sur l’histoire sociale et politique, une interrogation « ancrée dans mon temps et en posant des questions anachroniques », l’analyse de « la relation du sujet au monde auquel il est confronté dans une situation donnée », un questionnement des rapports de domination entre les hommes et les femmes, une interrogation sur la construction des vagabonds et de la dangerosité… Lire la suite

Vers l’indépendance de la Kanaky, acte 2

Etat des lieux politique après le premier référendum de novembre 2018

Le résultat a relancé la perspective d’un vote favorable à l’indépendance au 2ème référendum du 6 septembre 2020. Le chiffre de 43,3% du oui à l’indépendance de 2018 montre que non seulement la mobilisation des jeunes kanak a participé de cette avancée, mais aussi de nombre d’océaniens et d’une minorité de natifs caldoches qui ont voté oui car « se vivent plus calédoniens que français ». Ils représentent les 10% de plus que les annonces de sondages précédant l’élection. La reproduction de ce résultat aux élections provinciales de mai 2019 avec 43,6% a confirmé ce mouvement en faveur de l’indépendance. Lire la suite

Les luttes et mai 68 ont rebattu les cartes de l’amour

Avec l’aimable autorisation de Julie Pagis

Des militants d’un instant ou de toujours, qui se rencontrent, s’aiment, se séparent peut-être… Quelles interactions entre la lutte et l’amour ? Reporterre a interrogé la chercheuse Julie Pagis qui a travaillé sur Mai 68 : « Dans tous les grands mouvements militants, le temps routinier est suspendu, on vit une espèce d’effervescence. Tout cela rapproche les corps, les personnes. »

La lutte est une amante souvent exigeante. Laisse-t-elle de la place à l’amour ? Lutter ensemble facilite-t-il la possibilité de tomber amoureux ? Les mouvements sociaux, en voulant changer la société, influent-ils sur notre vie amoureuse ? Voici quelques-unes des questions que s’est posée la rédaction de Reporterre à l’occasion de ce vendredi 14 février, jour de la Saint-Valentin. Lire la suite

Un essai historique sur les racines du management. Le nazisme comme modèle de direction des ressources humaines

« Libres d’obéir » est un oxymore qui ouvre directement sur une réflexion sur les manières de gouverner, dans les entreprises comme dans l’administration. Johann Chapoutot, historien, spécialiste du nazisme, passe du passé au présent, mêle les périodes pour éclairer les formes des rapports sociaux. Le sous titre précise le sujet : « Le management, du nazisme à aujourd’hui » pour faire l’histoire de cette notion à travers le parcours biographique et philosophique d’un généralSS, Reinhard Höhn, reconverti en formateur de managers après la deuxième guerre mondiale. Les collaborateurs d’Adenauer viennent souvent du nazisme pour lutter contre l’ennemi soviétique et promouvoir la « cogestion » et la « codécision » pour abolir la lutte des classes. Lire la suite

Des historiens protestent contre la fermeture de l’accès aux archives coloniales (plus trois textes)

« Nous dénonçons une restriction sans précédent de l’accès aux archives contemporaines de la nation »

par un collectif d’historiens, publié dans Le Monde du 14 février 2020 Source

La décision de déclassifier un par un les documents de la période 1940-1970 portant le tampon « secret », dont la plupart étaient pourtant accessibles à tous depuis longtemps, porte atteinte à l’accès aux sources et bloque des recherches en cours, alerte un collectif d’historiens dans une tribune au Monde, qui en appelle au code du patrimoine. Lire la suite