Archives de Catégorie: France

Le festival d’Avignon 2018 : splendeurs et misères du spectacle vivant

Quelques jours au Festival d’Avignon, en ce mois de Juillet caniculaire, invite à réfléchir à l’évolution de la diffusion culturelle en France et plus particulièrement à celle du « spectacle vivant » dont le théâtre, « la plus ancienne forme d’art de l’humanité », n’est qu’une des manifestations.

Le festival d’Avignon est le seul au monde, dit-on, où l’on peut, pendant près d’un mois et dans un même lieu, appréhender toutes les facettes du théâtre et des arts du spectacle. D’emblée, le spectateur peut constater que cette réputation n’est pas usurpée. Où pourrait-on ailleurs à la fois approcher les grands auteurs du répertoire du drame ou de la comédie, de Sénèque à Molière ou Musset, de Racine à DeLillo ou Lagarce ? Le choix est vaste : les « classiques » du répertoire comique ou dramatique, « revisités » ou non, la multitude d’adaptations d’œuvres littéraires françaises ou étrangères, de films, de pièces plus « modernes », du théâtre de l’absurde à des œuvres résolument contemporaines ou autrefois censurées comme celles de Genêt, Sartre ou Calaferte. On pourra aussi revoir certains spectacles parisiens à succès, notamment ceux du « boulevard » ou encore des pièces présentées durant l’année en province. Enfin, prenant une place grandissante et désormais incontournable à côté du théâtre proprement dit, se sont imposées les plus récentes tendances du spectacle visuel : le mime, la danse, les arts du cirque et de la magie, la comédie musicale, le one-man show, l’humour stand-up, les concerts. Lire la suite

Est-ce ainsi que les femmes meurent ?

Ça se passe à l’hôpital, en juin, une femme attend sa dernière heure. Par la fenêtre, elle voit le soleil se coucher : « J’ai pas de chance, moi qui aime tant l’été ». Le 1er juillet, alors que Simone Veil entrait au Panthéon, ma mère quittait notre monde dans d’atroces souffrances. Ce feuilleton pour parler d’elle, mais aussi de la façon dont on vit et meurt en France, au XXIe siècle. Lire la suite

Permettre que les voix des dominé·es soient enfin audibles

« Le 17 mars 1979, Radio Lorraine cœur d’acier (LCA), « radio de lutte » de la CGT, émet pour la première fois sur les ondes, en toute clandestinité bien qu’au vu et au su de tout le monde, depuis un studio installé dans l’ancien hôtel de ville de Longwy et à l’aide d’une antenne fixée sur le toit de l’église »

Depuis fin 1978, des populations du bassin industriel sont mobilisées pour la défense de l’emploi et/ou de la sidérurgie ; depuis 1977 un mouvement en faveur de l’abolition du monopole d’Etat sur la diffusion se développe…

Une radio, quinze mois d’émission… Lire la suite

Les refus de la boite à clichés

Le propre des comédiennes, comme des chanteuses ou chanteurs d’opéra, est d’incarner des personnages qui ne sont pas elles/eux. Des rôles pour des capacités dramatique ou comique, des tessitures vocales… Il est possible de jouer une jeune femme ou un jeune homme malgré les années marquant le corps, incarner Othello en grimant son visage – car semble-t-il un « maure » ne saurait être imaginé autrement. Sans oublier ces rôles de jeunes hommes – Chérubin, le Chevalier à la rose – joués par des femmes, pour des raisons d’ambiguïté littéraire. Mais qu’en est-il de Wotan, Lady Macbeth, Juliette, Marianne, Andromaque et autres ? Lire la suite

La haine, le refus de l’égalité et leurs manifestations violentes

« En 2017, 4,8 % de témoignages de LGBTphobies de plus, une seconde année de hausse, + 15 % d’agressions physiques : notre inquiétude est grande face à une homophobie et une transphobie qui ne cessent de progresser. Si les victimes sont aujourd’hui de plus en plus nombreuses à témoigner, les manifestations de lesbophobie, gayphobie, biphobie et transphobie se multiplient.  Lire la suite

Complicités industrielles et étatiques de violations des droits humains

Dans un résumé exécutif en trois parties, les auteur·es soulignent les points principaux qui seront plus développés dans le rapport. Les pouvoirs renforcés des services de sécurité et la répression de masse de toute dissidence, les violations des droits humains, l’élargissement des pouvoirs attribués aux forces armées, la rhétorique de la « guerre contre le terrorisme » ; le soutien de l’Etat français au régime d’Al Sissi, l’augmentation spectaculaire des ventes d’armes (lourdes et légères et de petit calibre) et de matériel de surveillance, les responsabilités des entreprises et de l’Etat français en regard de cadres juridiques (Traité sur le Commerce des Armes – TCA, Position Commune de l’Union européenne 2008/944/PESC, réglementation communautaire), le rappel d’une procédure judiciaire pour complicité de torture contre l’entreprise Arnesys). Lire la suite

Afrique du Sud, France, Turquie ou comment se banalise la militarisation de la société

Introduction

En dehors des stricts constats de situation de guerre ouverte ou de mouvement de troupes, la militarisation peut être étudiée sous l’angle de ses impacts quotidiens sur les relations sociales en tant que processus construit. Ce texte propose d’analyser cette construction. Dans un premier temps, nous isolerons les définitions : militarisation, militaire, militarisme, militarité. Dans un deuxième temps, nous établirons que la militarisation se base sur la subordination/attachement des États et populations aux forces armées, sur leur fonctionnement militaire et les valeurs qui l’accompagnent – ordre, obéissance, hiérarchie, sublimation de la virilité1, etc. Nous verrons qu’en tant que telle, la militarisation n’est pas figée dans le temps. Elle est le produit d’une histoire coloniale autant qu’elle produit de nouveaux effets économiques, politiques et sociaux, de nouveaux comportements, rapports sociaux et épistèmês et renforce les rapports de domination (race, classe, genre) existants. Lire la suite