Archives de Catégorie: Féminisme / Genre/ Rapports sociaux de sexe

Si je peux le comprendre, je peux me débarrasser de lui

Dans sa préface, preface-de-jessica-stern-a-son-ouvrage-deni-memoire-sur-la-terreur/, publiée avec l’aimable autorisation des Editions des femmes – Antoinette Fouque, Jessica Stern indique : « Cela fait vingt ans que j’étudie les causes du mal et de la violence. Jusqu’à présent je ne me suis jamais demandé pourquoi ce travail m’intéressait, ni ce qui me rendait capable de le faire. Ce livre répond à une question qui m’est posée à chaque fois que je parle de mes recherches sur le terrorisme. Comment une « fille » telle que vous a-t-elle pu se rendre dans des camps d’entraînement terroristes au Pakistan ? N’aviez-vous pas peur ? La réponse, c’est que je n’avais pas conscience d’avoir peur – et ce livre explique pourquoi. Après une série de traumatismes, on peut perdre la capacité de ressentir la peur de façon adéquate. ».

L’autrice aborde son expertise du terrorisme, sa réaction singulière à la peur, « La peur me rattrapait néanmoins par d’autres biais », son ignorance des effets bien connus du traumatisme, l’état de stress post-traumatique (ESPT), le souvenir écarté de son viol, la compréhension des motivations profondes de ceux qui faisaient mal aux autres, « Au lieu de ressentir la terreur, je l’étudiais »… Lire la suite

PROSTITUTION: pourquoi on se fout de la sexualité libre de contrainte des femmes ?

Interview de Valerie Tender (2ème partie) par Francine Sporenda

FS : Tu soulignes que la prostitution est une activité dangereuse, avec un taux de mortalité record (204 pour 100 000, contre 29/100 000 pour un autre métier à risque, chauffeur de taxi). Et que les personnes prostituées perdent graduellement leurs standards de sécurité quand elles y entrent. Tu racontes avoir été présente dans une fusillade dans un club, mais tu es quand même retournée dans ce club trois semaines plus tard. Peux-tu nous parler des situations dangereuses auxquelles tu as été confrontée et de leur effet dissociatif ?

VT : Notre seuil de tolérance augmente et s’ajuste au gré de notre réalité. Le cerveau humain est expert à s’inventer des rationalisations crédibles. Je suis une personne plutôt routinière qui préfère le connu, donc le stress de retrouver un autre club, de me refaire une place, la peur de tomber sur une place pire, plus compétitive, avec plus de proxénètes à éviter qui amènent des dangers dans le club, font que j’ai réussi à me dire « bah… Les chances qu’il y ait une autre fusillade dans ce même lieu, surtout avec la surveillance policière accrue dans le quartier depuis l’incident, me semblent statistiquement improbable… » et j’y suis retournée. Dans la même loge, avec les mêmes filles, le même gérant « tolérable »… On s’acclimate à tout. Lire la suite

Inégalités : « La réforme des retraites pénalisera encore plus les femmes »

L’activité professionnelle croissante des femmes depuis les années 1960 a fortement contribué à leur autonomisation comme au financement des retraites. Mais l’écart de pensions entre les femmes et les hommes reste très important, il amplifie les inégalités de salaires. Tous régimes confondus, il est de 42% pour les pensions de droit direct, contre 24% pour les salaires. Les femmes sont contraintes de partir en moyenne plus tard à la retraite que les hommes, elles subissent plus souvent la décote du fait de carrières trop courtes. Leur pension, trop faible, est plus souvent rehaussée par un dispositif de minimum de pension. Lire la suite

« Prises en otages » – Ralliement contre le cartel du viol en Corée du Sud

Des hommes de l’élite sud-coréenne ont été dénoncés comme exploiteurs sexuels violents, mais les hommes ordinaires doivent aussi être interpellés pour leur rôle dans la culture du viol.

Par l’exploitation des femmes, les hommes se sont dotés d’une profonde alliance au sein du pouvoir masculin et ils échappent aux filets de la loi malgré de graves délits.
C’est ce que nous appelons le « cartel social du viol ».
(Une affiche diffusée sur Internet pour annoncer la « Ralliement contre le cartel du viol », tenu le 19 mai 2019 en Corée du Sud.)
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La lutte contre le sexisme ne doit pas être détournée à des fins racistes

« C’est bon de vivre en Flandre. Nous sommes une nation prospère, sûre d’elle, avec une riche tradition et un avenir prometteur », déclare l’accord de gouvernement flamand. Cependant, pour ceux qui continuent de lire, il devient vite évident que la majorité de la population se retrouvera une fois de plus dans le dénuement avec cet accord. Pour la majorité des femmes aussi, il est synonyme d’une nouvelle détérioration de leur quotidien, de limitation de leur indépendance, de dégradation de leur bien-être… Lire la suite

Violences faites aux femmes : l’impunité des puissants

Le 4 novembre dernier, l’actrice Adèle Haenel témoignait dans une vidéo publiée sur le site de Mediapart des abus sexuels qu’elle a subis lorsqu’elle était adolescente, au moment où elle tournait son premier film. 

Un témoignage puissant, presque aussitôt salué par la presse, ainsi qu’une partie du milieu du cinéma. « Fer de lance du mouvement Me Too en France », « La naissance d’une héroïne », « Fin de l’omerta dans le cinéma français », « Une icône de la liberté »… Les médias, d’habitude plutôt prompts à faire le silence sur les affaires de violences sexuelles, font preuve d’une solidarité nouvelle avec l’actrice. Quant à son agresseur, Christophe Ruggia, il est rapidement exclu de la Société des réalisateurs de films, laquelle a manifesté « son soutien total » à Adèle Haenel. Lire la suite

« Préface » de Catherine Gonnard & Élisabeth Lebovici à l’ouvrage : Les dessous lesbiens de la chanson

Avec l’aimable autorisation des éditions iXe

Parfois quand la raison nous quitte, il ne reste qu’un vieil air à fredonner : mélancolique ritournelle d’ « Au clair de la lune » ; hymne révolutionnaire au goût acidulé du « Temps des cerises ». Parfois c’est « India Song » qui taraude, avec sa récurrente mélopée du désir. Ou c’est « Ostende », qui chante pour ce qui n’a pas de nom, qui ne sait se dire, juste s’éprouver. La chanson est le mémorial de nos vies, nos amours, nos révoltes, nos âges, nos lieux et nos générations, mais les chansons ici réunies parlent surtout de « nous » à chacune d’entre nous. Leur refrain est notre langue. Les recherches de Léa Lootgieter et Pauline Paris sur celles dont elles restituent l’histoire et le destin de façon à la fois aiguë et attentionnée, disent en effet l’entre-femmes, les affects, les désirs, les plaisirs d’être ensemble avec la nostalgie de ces moments perdus. Elles le font parfois sous forme d’énigme, parfois en une déclaration tonitruante. Depuis que la chanson s’est installée au music-hall et au cabaret, il y a eu des textes et des chanteuses qui accompagnent chaque génération et qui nous parlent plus spécifiquement de nous et d’elles : de celles que nous aimons, de celles qui passent dans nos vies mais aussi de notre histoire commune à double sens et interdits multiples. Lire la suite