Archives de Catégorie: Féminisme / Genre/ Rapports sociaux de sexe

Le feminicide, acte viril par excellence ?

Interview d’Emilie Beauchesne, par Francine Sporenda

FS : Vous basez votre analyse sur le cas d’un colonel de l’Armée de l’air canadienne et commandant d’une base aérienne (Trenton en Ontario), la plus importante du pays. Ce haut gradé, multi-décoré, David Russell Williams, était aussi un serial killer qui a longtemps échappé à la police, à cause de l’importance de sa position et de son apparente respectabilité. Vous soulignez que Williams avait son « kit de viol » (cordes, ruban adhésif, couteaux). Cela indique planification et stratégie dans la commission des agressions. Pourtant les médias dépeignent généralement ces meurtriers comme agissant sous l’emprise d’une pulsion incontrôlable. Qu’en pensez-vous ? Lire la suite

L’IVG, en France le compte n’y est pas

Nous le dirons dans la rue le 26 septembre.

A Paris : Rassemblement à 15 heures à République.

5000 femmes partent à l’étranger chaque année pour avorter parce qu’elles ont dépassé les délais légaux. En effet, en France, une femme a seulement 12 semaines pour avorter.

Faire respecter notre droit à l’IVG est rendu chaque année plus difficile du fait de la fermeture de nombreux centres d’IVG·(CIVG) : les restructurations hospitalières et la fermeture des maternités de proximité ont un impact direct sur l’accès à l’IVG. Lire la suite

Collaboration et confrontation nécessaires pour construire le savoir et bâtir des coalitions

« Traduire est une leçon d’humilité. Comme auteure, il faut s’effacer devant le style de la personne que l’on traduit. Comme intellectuelle, il faut se couler dans la façon de penser d’une autre intellectuelle. Comme Blanche, il s’agissait de rendre le mieux possible les idées d’une féministe noire qui non seulement veut retrouver sa voix mais veut rendre compte des idées occultées, supprimées ou rendues inaudibles des femmes noires étasuniennes ». Diane Lamoureux s’explique sur sa place en tant que chercheuse féministe blanche québecoise, sa traduction et ses choix de vocabulaire. Lire la suite

Andrée Michel, ou la passion de résister (100 ans le 22 septembre)

Je rencontre Andrée Michel à l’âge de 39 ans. Elle en a le double. J’aime à penser que cet écart générationnel a nourri, par bribes, par épisodes, nos passions et rebellions mutuelles. Il a animé notre ambition personnelle, quoique partagée, de faire front contre la bêtise, le mépris, la haine, l’intolérance, l’injustice, sous toutes leurs formes. Il a entretenu entre nous une flamme, celle de deux soldates, non embrigadées, non contrôlables, résistantes de tous les jours, complices dès le premier échange de regard. Lire la suite

La protection de « l’enfant à naître » : une mise sous tutelle des femmes enceintes

En Belgique, une proposition de loi modifiant le Code civil en vue d’instaurer une protection juridique prénatale a été déposée au Parlement fédéral par Valerie Van Peel (N-VA) et John Crombez (SP.a). Cette loi contient un article unique qui dispose que « l’enfant dont une femme est enceinte est présumé déjà né chaque fois que son intérêt l’exige (…). Cette présomption s’éteint si l’enfant ne naît pas vivant. » Lire la suite

L’HETEROSEXUALITE, « naturelle » ou construite ?

Voilà des extraits d’un texte de la féministe radicale Sheila Jeffreys sur la non-naturalité de l’hétérosexualité. Bien évidemment, cette déconstruction de l’hétérosexualité n’implique en aucun cas que les femmes hétérosexuelles doivent être attaquées ou stigmatisées par les féministes.

Etre soumise peut être ressenti comme sexuel

Il n’y a pas de plaisir sexuel « naturel » Ce qui donne aux hommes et aux femmes des sensations sexuelles est construit à partir de la relation de pouvoir entre les hommes et les femmes, et ça peut être changé. Dans le « sexe », la différence entre hommes et femmes, censée être si « naturelle », est en fait créée. Dans le « sexe », les catégories « hommes – personnes avec le pouvoir politique –, et « femmes » – personnes appartenant à la catégorie subordonnée – sont exprimées charnellement. Lire la suite

« Il sentait qu’elle lui échappait » : LE PERE D’UNE VICTIME DE FEMINICIDE TEMOIGNE

Interview de Daniel Dupuy par Francine Sporenda

Daniel Dupuy est le père de Marine Dupuy, assassinée de 18 coups de couteau par son conjoint, Mickaël Valarcher, à l’âge de 28 ans. Le meurtrier, condamné à 24 ans de prison par la Cour d’assises de l’Aude lors du premier procès en mai 2017, a fait appel et a été condamné à 28 ans d’emprisonnement lors du second procès qui s’est déroulé en décembre 2019 à la Cour d’assises de l’Hérault. Daniel Dupuy a créé l’association De Cor et d’Oc : https://www.facebook.com/Decoredoc/ et instagram : decoredoc pour éduquer les jeunes à l’égalité entre les femmes et les hommes , les sensibiliser aux violences sexistes et sexuelles et les informer sur les féminicides en incluant un large public, de la petite enfance à l’université. Lire la suite

Pénis partout, justice nulle part !!

« Il faut avouer que dans une histoire du féminisme faite de flux et de reflux, nous vivons depuis quelques années un flux magnifique – « deter », comme on dit ! Pour moi qui ai connu les 8 mars maigrichons où nous parvenions qu’à peine à arrêter la circulation… Quels changements, quel souffle ! »

Mathilde Larrère souligne quelques unes des fortes et récentes mobilisations des femmes dans le monde dont celles contre les violences masculines. Lire la suite

L’icône féminine de la 3e vague réclame d’être brisée

Alors que le patriarcat exigeait autrefois le silence des femmes qui souffraient, il exige aujourd’hui des gémissements d’extase. Comment la société patriarcale a-t-elle réussi à réaliser ce tour de passe-passe des plus violents ?

Si vous cherchez sur Google les mots « étranglez-moi », vous serez inondé d’images mignonnes de cette phrase, agrandie dans une bulle rose, entourée de cœurs ou de diadèmes. Certaines images iront même plus loin, avec « Choke me daddy » affiché à côté de figurines de fillettes style dessins animés. On peut lire sur l’un des mèmes figurant en première page des résultats : « J’ai étranglé cette salope et elle s’est mise à sourire – c’est là que j’ai su que j’étais en amour ». Recherchez les expressions « gifle-moi », « mords-moi » ou « frappe-moi », et vous trouverez de nombreux résultats similaires. Lire la suite

Michelle Guerci : L’autre face de Guy Hocquenghem

Dans son papier intitulé « Faut-il brûler Hocquenghem », Antoine Idier fait de cette figure homosexuelle des années 70, une sorte de martyr, victime de féministes dogmatiques devant lesquelles la mairie de Paris aurait cédé en supprimant une plaque en l’hommage de ce combattant historique de la lutte LGBT. Le papier est problématique car il ne raconte qu’une partie de l’histoire. Tout occupé à démontrer que Guy Hocquenghem n’était pas le seul à penser ce qu’il pensait, que même des féministes comme Christiane Rochefort pensaient comme lui, que le gratin des intellectuels de l’époque le soutenait, il ne répond pas à la question qu’il pose : mais que pense Guy Hocquenghem, de quoi est-il coupable ? Ou plutôt de quoi l’accuse-ton ? On saura qu’on ne doit pas pêcher par anachronisme en jugeant le passé à l’aune du présent, qu’on doit savoir contextualiser, qu’on ne peut se contenter de citations éparses prise de ci, de là, etc. Mais des théories développées par Hocquenghem, de ses combats, on a des allusions, des bribes, mais rien de consistant. Cet excès d’avertissement et de contextualisation étonne. Et ne permet pas de saisir toutes les facettes de Guy Hocquenghem, qu’Antoine Idier connaît fort bien pourtant. Son ouvrage Les Vies de Guy Hocquenghem en atteste. Dès lors, pourquoi tant de précautions et pourquoi en dire si peu ?  Lire la suite

Un océan d’histoires brise le silence et conteste l’impunité

« Ce livre est une traversée du carnage, un éloge de la libération et de la solidarité, de la perspicacité et de l’empathie, ainsi qu’un examen des mots et des outils susceptibles de nous aider à explorer l’ensemble de ces sujets »

Le premier texte, « La mère de toutes les questions », donne son titre au recueil. Une conférence sur Virginia Woolf, « l’étranglement de la féminité conventionnelle » et la ritournelle question sur les enfants à avoir. Une interrogation « Est-ce que vous poseriez cette question à un homme ? » qui ne semble s’adresser qu’aux femmes, « le sentiment qu’il n’existe pas DES femmes, ces 51% de l’espèce humaine aussi différents dans leurs envies et aussi mystérieux dans leurs désirs que les 49% restants, mais seulement LA femme, qui doit se marier, se reproduire, laisser pénétrer des hommes et sortir des bébés, telle une sorte d’ascenseur pour l’espèce »… Comme l’écrit justement Rebecca Solnit, il ne s’agit pas en fait d’une question mais bien d’une affirmation. Lire la suite

Pornhub – Il est temps de mettre la clé sous la porte

Au cours des derniers mois, plusieurs cas choquants de traite sexuelle et de films de viols d’enfants ont fait la manchette au sujet du réseau vidéo Pornhub, basé à Montréal. Une jeune fille de 15 ans qui avait disparu depuis un an a finalement été retrouvée après que sa mère ait été informée que sa fille figurait dans des vidéos sur le site – 58 vidéos de son viol et ses agressions sexuelles ont été repérées sur Pornhub.

Son trafiquant, que l’on a vu violer la jeune fille sur ces vidéos, a été identifié grâce à des images de surveillance prises de lui dans un magasin où il escortait sa victime. Il est maintenant accusé au pénal. Lire la suite

Le legs d’Andrea Dworkin demeure vibrant

« Last Days at Hot Slit » offre une vue d’ensemble de certaines des œuvres les plus puissantes d’Andrea Dworkin, qui imaginent une vision féministe réellement radicale d’un monde sans domination ni subordination.

Calomniée dans la vie et dans la mort comme anti-homme et anti-sexe, Andrea Dworkin considérait qu’écrire « pouvait remuer la terre et ressusciter les morts – du moins, les morts vivants ». Selon son amie, Catharine A. MacKinnon, c’est précisément ce qu’ont fait les écrits prolifiques de Dworkin. Lire la suite

Ce qui résiste au silence, c’est la douleur

« un colloque qui visait, nous le rappelons ici, à questionner de manière directe ce qui produit, maintient ou reconduit les comportements sexistes à l’université ». Laurence Pelletier et Valérie Lebrun indiquent : « Il nous importait plutôt de comprendre que là où il a assez d’espace pour ambiguïté, les malaises et les incitations au silence, il y en a forcément pour les remises en question ». Lire la suite

La prostitution, la traite des personnes et la pandémie de COVID-19

La pandémie de COVID-19 a eu des répercussions immédiates et graves sur les femmes travaillant dans l’industrie du sexe – femmes que l’on compte déjà parmi les femmes plus vulnérables de la planète. En raison des quarantaines, de la distanciation sociale, de la négligence des gouvernements à l’égard des pauvres, du racisme systémique dans tous les pans de la vie (y compris les soins de santé), de l’incapacité à protéger les enfants contre les agressions, et de la prédation des acheteurs de sexe et des proxénètes ; la pandémie de coronavirus menace la capacité de survie de femmes déjà marginalisées. Même avant la pandémie, les acheteurs de sexe et les proxénètes infligeaient plus de violences sexuelles aux femmes au sein du commerce du sexe que dans tout autre groupe de femmes ayant été étudié par des chercheuses (Hunter, 1994 ; Farley, 2017). Plus la pauvreté est grande, plus forte est la probabilité d’une exploitation violente dans le commerce du sexe, comme l’a signalé il y a 26 ans la chercheuse néerlandaise Ine Vanwesenbeeck (1994). Cet article examinera l’impact qu’a la COVID-19 en augmentant les préjudices résultant de la pauvreté et de l’exploitation violente de la prostitution, une institution oppressive construite sur des bases de sexisme et de racisme. Lire la suite

Se définir comme sujet désirant plutôt que « simplement » désirée

Dans sa préface, Line Chamberland souligne que « comparé à celui des gais, l’univers des modèles d’identification du coté des lesbiennes paraissait anémique et peu rayonnant ». Elle présente l’enquête de Christelle Lebreton, la façon dont « l’environnement socioculturel facile ou complique, soutient ou fait obstacle à leur trajectoire d’identification comme lesbienne (ou bisexuelle, pour deux d’entre elles) », les diverses pratiques de socialisation, l’apprentissage « d’une culture de la féminité axée sur la beauté physique et la romance hétérosexuelle », l’hétérosexualité comme « scénario allant de soi », le poids considérable de l’évidence… Lire la suite

Préparer la clôture de notre 5e action internationale

Dans la plupart de nos pays et territoires, la pandémie de coronavirus a aggravé la crise socio-économique et environnementale déjà installée, et sa situation de profonde inégalité – résultat de l’austérité et des coupes dans les politiques publiques et d’une énorme précarité de la vie. Dans le même temps, la réponse des gouvernements à la pandémie n’a fait que renforcer et rendre la situation à laquelle nous sommes confrontés plus dramatique.

Début juillet, le Comité International de la Marche mondiale des femmes a discuté de la proposition de clôturer la 5e Action internationale. La difficulté de voyager et d’obtenir des visas empêche l’action de se dérouler comme prévu: un grand rassemblement de femmes de la Marche du monde entier aux frontières entre le Salvador, le Honduras et le Guatemala. Nous préparons actuellement une action décentralisée. Ce sera virtuel là où l’isolement social est encore nécessaire, ou avec des manifestations de rue dans les pays et territoires où les conditions sanitaires le permettent. Lire la suite

Aimer pour survivre : terreur sexuelle, violence des hommes et vies de femmes

En tant qu’autrices, nous faisons deux promesses à notre auditoire. La première est que la nouvelle vision des relations hommes-femmes que nous proposons ici changera à jamais votre regard sur les femmes, les hommes et leurs relations. Notre deuxième promesse est que la prise de conscience à laquelle ce livre vous invite sera émotionnellement éprouvante.

La plupart des lectrices à qui nous avons soumis des parties de ce manuscrit nous ont confié avoir souffert à la lecture de ces idées. (Étrangement, les lecteurs y ont plutôt réagi positivement.) Toutefois, après cette difficulté initiale, bon nombre des femmes ont été enthousiasmées par les idées que nous proposons – après avoir eu l’occasion de comprendre ce choc et de remettre en cause leurs résistances. En d’autres termes, il est difficile de considérer nos idées et, plus encore, de les accepter. Lire la suite

Créer un monde sans violence, chapitre 15 du livre : « Pourquoi fait-il cela ? 

« Je me suis inscrite à un groupe de soutien. Cela fait tellement de bien de parler à des gens qui comprennent la situation.

J’ai rencontré quelqu’un au travail qui me dit que mon partenaire est violent.

Je suis si reconnaissante envers mes amies et ma famille; elles m’ont réellement soutenue dans cette épreuve.

J’ai averti mon fils que la prochaine fois qu’il traite une fille de « chienne », il perd ses privilèges de sortie.

La prof de ma fille m’a demandé si tout allait bien à la maison. J’ai menti en répondant que oui, mais j’ai vraiment apprécié que quelqu’un remarque l’état où j’étais. »

La violence conjugale est un cyclone qui saccage les vies de femmes et d’enfants et laisse derrière elle bien des décombres : confiance en soi brisée, perte de liberté, arrêt du développement personnel, peur, amertume, dévastation financière, humiliation, profonde tristesse, blessures physiques, âpres litiges de garde, isolement, conflits créés entre mères et enfants, secrets et mensonges. Lire la suite

On ne naît pas homme, on le devient…

« Ce livre est une tentative de synthèse des centaines de travaux – articles, thèses, essais, documentaires – concernant la masculinité, les hommes et la virilité, que j’ai eu la chance de lire dans le cadre de mon travail ».

Dans son introduction, Victorine Tuaillon, parle de son émission diffusée en podcast, des entretiens d’une quarantaine de minutes avec des universitaires, artistes ou chercheur·es. Lire la suite