Archives de Catégorie: Féminisme / Genre/ Rapports sociaux de sexe

Le genre dans la crise du covid

La grève des femmes du 8 mars dernier portait un double message. Un appel à la protestation pour la reconnaissance de leur travail et de leurs droits et un appel à la mobilisation et à la solidarité. Trois mois plus tard, avec la crise du covid-19, démonstration est faite que le care, l’une des composantes les plus exploitées et les moins valorisées du travail, assuré en grande partie par des femmes, est central pour préserver la vie et favoriser une sortie de crise. Prise de conscience sans lendemain ou fondement d’une action politique ? Lire la suite

Le Mouvement des femmes sud-coréen : « Nous ne sommes pas des fleurs, nous sommes un incendie ! 

Jen Izaakson et Tae Kyung Kim décrivent le développement du mouvement féministe radical qui inspire les femmes à travers toute la Corée du Sud.

L’automne dernier, Jen Izaakson s’est rendue en Corée du Sud pour documenter la montée en puissance du mouvement féministe radical dans le cadre d’un groupe de travail de l’Université de Cambridge, après avoir obtenu une bourse de recherche, et elle a réalisé des entretiens avec plus de 40 militantes. Elle a coécrit cet article avec Tae Kyung Kim, une féministe radicale coréenne originaire de Séoul, qui vit et étudie actuellement à Berlin.

Des nouvelles du mouvement féministe en essor en Corée du Sud sont parvenues jusqu’aux médias occidentaux, mais les origines de cette révolte radicale sont encore méconnues. Les grands médias occidentaux couvrent souvent les aspects du féminisme sud-coréen qui reflètent nos propres réussites, mais laissent dans l’ombre les réalisations spécifiques aux Coréennes et les aspects les plus radicaux de leur mouvement. En septembre, plus de 40 femmes du mouvement féministe radical sud-coréen ont été interviewées dans le cadre d’une étude universitaire. Les résultats de cette recherche sont résumés dans le présent article. En raison de la brièveté de ce texte, de nombreuses informations ne peuvent pas être incluses, mais nous avons essayé d’intégrer les éléments qui montreront le mieux comment le mouvement a émergé, son contexte historique et quelles tactiques, stratégies, et formations politiques constituent le féminisme radical sud-coréen. Lire la suite

Lettre au journal El Pais – La violence a bien un sexe

Nous, les femmes de l’Assemblée abolitionniste de Madrid, dénonçons la négation de la violence structurelle à l’égard des femmes que constitue l’article « Ni toutes les femmes ont des règles, ni toutes les personnes qui ont des règles sont des femmes », publié dans le journal El País le 20 juin. Depuis quelque temps, nous assistons à une tentative d’institutionnalisation de la novlangue machiste promue par les théories queer, qui déshumanisent les femmes en parlant de « corps menstrués » ou de « personnes enceintes ». Ces expressions réifient les femmes dans nos fonctions de reproduction et effacent le vécu et la violence que nous subissons en raison de notre réalité biologique. « Les règles ne sont pas le patrimoine exclusif des femmes », précise l’article mentionné. Si ce ne sont pas les femmes qui ont leurs règles, alors toutes les expériences de violence découlant de ce processus biologique ne sont plus considérées comme l’expression du machisme avec lequel notre corps a été historiquement maltraité. Lire la suite

VIOL ET RECIDIVE : la théorie du prédateur

Je reposte ci-dessous un de mes articles, déjà ancien mais malheureusement toujours d’actualité, sur des études établissant qu’environ 2/3 des violeurs sont multirécidivistes:

NOUVEL ECLAIRAGE SUR LES AUTEURS DE VIOL

Le viol par inconnu reste le paradigme du viol, celui que l’opinion publique reconnaît sans hésitation comme tel, mais il n’est pas la norme. Comme les féministes le savent, le viol par personne de connaissance est le plus répandu (environ les 2/3 du nombre total de viols déclarés). La perception de la réalité du viol est obscurcie par un certain nombre de mythes et ce n’est que récemment que des recherches ont commencé à modifier notre compréhension des auteurs des viols les plus fréquents, à savoir les viols par personne de connaissance, et de la façon dont ils procèdent pour commettre leurs crimes. Les travaux de David Lisak, professeur de psychologie à l’université de Massachusetts, et d’autres travaux similaires apportent un nouvel éclairage sur la question. Lire la suite

Privilège et impunité, arrogance et haine débridée, misogynie et racisme, rivalité et solidarité…

Une salle, un homme, il n’a pas levé la main, il n’a pas attendu qu’on lui donne la parole, il parle haut et fort sans regarder la conférencière, « il parle depuis la position de celui qui a tout compris »…

Martine Delvaux indique qu’il aurait fallu ne pas répondre et laisser tomber son regard à coté, faire à lui « ce qu’on fait aux femmes depuis toujours : l’effacer, l’invisibiliser, pour qu’il ne compte pas ». Une des manières de mettre à jour le privilège masculin est bien de refuser de participer à sa mise en scène bruyante ou à bas bruit… Lire la suite

Les hommes, la pornographie et le féminisme radical

Les critiques féministes radicales de la pornographie ont été, depuis leur première formulation, prolongées.

La critique féministe radicale de la pornographie reste à ce jour l’analyse la plus convaincante des contenus sexuellement explicites, mais elle est régulièrement marginalisée dans la culture dominante et dans les groupes féministes. Pourquoi ? Le patriarcat est profondément enraciné dans nos vies, et le déni ou l’évitement du caractère mortifère du patriarcat est courant. Dans la deuxième partie, j’expliquerai en quoi cette critique, et le féminisme radical plus généralement, n’est pas une menace mais un cadeau pour les hommes. Lire la suite

Les violences masculines envers les femmes ne surgissent pas de nulle part

« une femme sur dix subit des violences conjugales au sein de son couple, 75 000 femmes sont violées chaque année, une femme meurt tous les deux à trois jours sous les coups de son conjoint ». Dans leur introduction, Pauline Delage, et Hélène Tanné abordent, entre autres, les différentes formes de violences exercées sur les femmes, les marqueurs d’une société inégalitaire, les atteintes à l’intimité, les violences comme système, « Elles puisent leur origine dans les rapports de domination hommes-femmes, en même temps qu’elles participent à les entretenir », le relatif silence « qui se nourrit de nombreux mythes »…

Elles présentent le colloque. « Les trois axes de réflexion proposés qui ont structuré la journée d’étude sont ainsi repris : analyse des pratiques, formes et effets de l’institutionnalisation et retour sur les enjeux scientifiques et politiques de la lutte contre les violences contre les femmes ». Lire la suite

Loi sur la pornographie en ligne : une idée qui manque d’ambition

50% des enfants de 12 ans ont déjà vu un film pornographique en entier (support internet ou autre), et 75% ont déjà été exposés à des images pornographiques avant l’entrée au collège, soit avant 11 ans.

Face à ce constat nous ne pouvions que commencer par nous féliciter que le gouvernement prenne enfin des mesures pour restreindre l’accès aux plateformes hébergeant des films pornographiques aux mineur-es, alors que le problème est pointé du doigt depuis longtemps sans jamais être pris en considération. Lire la suite

Nawal el Saadawi : « La maternité est une prison ; le père est libre mais la mère ne l’est pas »

Nawal El Saadawi est une célèbre écrivaine égyptienne et féministe basée aux États-Unis, qui a lutté toute sa vie pour l’égalité entre les hommes et les femmes.

Enfant, elle a subi des mutilations génitales et à l’âge de dix ans, sa famille a tenté de la marier, en vain. Elle a ensuite étudié la médecine, une profession qui lui a donné une plus grande visibilité publique. En raison de ses idées controversées, elle est allée en prison et y a écrit sur du papier toilette « Mémoire de la prison des femmes ».

À 85 ans, Nawal El Saadawi, médecin, écrivain et féministe d’origine égyptienne, a réfléchi à la lutte inlassable pour l’égalité entre les hommes et les femmes, une cause à laquelle elle a consacré une grande partie de sa vie. Lire la suite

L’universel comme privilège d’une catégorie sur les autres

Dans son introduction, Geneviève Fraisse aborde un discours philosophique chez Platon, la servante de Thrace, celle qui n’a pas de nom, la question des sexes, un problème philosophique encore incertain, l’être et la pensée « à coté ».  Le texte se termine par Dix clés pour ouvrir les textes qui suivent, dix-cles-pour-ouvrir-les-textes-qui-suivent-extrait-de-lintroduction-du-livre-de-genevieve-fraisse-a-cote-du-genre-sexe-et-philosophie-de-legalite/, publié avec l’aimable autorisation de l’autrice. Elle y aborde, entre autre, le genre comme concept, la neutralisation des femmes et les effets du sexe, les mots sexe et genre, la « différence des sexes » comme catégorie vide, la pensée démocratique, l’opérateur « égalité », la démocratie exclusive, l’alliance égalité liberté, l’émancipation des femmes, le service, le consentement, la tradition philosophique, la reconstruction de la pensée et l’insuffisance de la déconstruction, l’invisibilité des femmes, l’histoire et l’inachèvement démocratique, l’égalité et l’inexistence d’un mouvement spontané, la représentation intemporelle des sexes et le refus de l’historicité, la contradiction entre le féminisme et les pensées radicales, le contretemps de la finalité féministe, l’exigence épistémologique, le sujet et l’objet, le statut particulier de la pensée des sexes… Lire la suite

Marche Mondiale des Femmes France : NON à la GPA !

Nous, femmes de la Marche Mondiale des Femmes, sommes choquées à la lecture de l’article sur la GPA, de Barabara Krief, dans l’Obs n°2898.

Seul le désarroi des parents « d’intention » est largement énoncé comme une souffrance. Rien n’est dit de la souffrance et de la situation des mères de substitution ; rien n’est dit sur la situation de l’enfant, de la rupture du lien charnel construit pendant la grossesse entre la mère porteuse et lui ; rien n’est dit non plus du détournement de la loi par les parents « d’intention » ; et rien n’est dit du lien entre la GPA et le trafic des êtres humains. Lire la suite

Je ne suis pas à vendre !

Réponse à la Dépêche du Midi du 17 mai 2020

Nous, Marche Mondiale des Femmes Occitanie, Collectif Midi-Pyrénées pour les Droits des femmes et association Le Cri, membres d’ABOLITION 2012, considérons que l’achat d’actes sexuels est une extrême violence subie par les femmes prostituées. Grâce à nos actions et à nos luttes, une loi interdisant l’achat d’actes sexuels a été votée en 2016. Cette loi pénalise le client-prostitueur et a permis l’annulation de la pénalisation pour racolage. Lire la suite

Prostitution : la pédocriminalité fait tout le travail 

 Interview de Fiji Phoenix par Francine Sporenda

FS : Pouvez-vous nous parler des circonstances de votre entrée en prostitution ?

FP : J’avais 19 ans, j’arrivais à la fin de ma première année d’études en littérature et je devais quitter mon logement social à la fin du mois : j’avais cumulé trois mois de loyer en retard. Les mois passaient, et je ne voyais pas comment trouver de l’argent en si peu de temps, tout en essayant de ne pas décrocher de mes études. Je ne me faisais pas d’illusions, je savais que ne pourrais pas trouver un travail dans l’immédiat, surtout sans aucune compétence. Le monde du marché me paraissait si froid, si inaccessible, si impitoyable. Si inconnu. Et puis, mon petit ami de l’époque venait de rompre avec moi (il est parti sans un mot, la grande classe). Je ne savais pas trop vers qui ou quoi me tourner. Lire la suite

Les coupables sont les agresseurs non les victimes agressées

Le coronavirus fait cette grève générale dont nous avions rêvé…

Si le confinement met à l’arrêt momentané un système économique absurde et destructeur que nous ne cessons de critiquer, il devient aussi un terrain d’expérimentation idéal de la privation des libertés. Le covid-19 est un symptôme du saccage écologique de la planète. Cette crise accentue encore la précarité des plus fragiles. Que deviennent les migrants, ceux qui sont à la rue, les chômeurs privés d’Internet qui se heurtent à des administrations fermées, les taulard·es interdit·es de relations sociales et survivant dans des cellules surpeuplées ? Pensons aussi aux personnes prostituées, sans res- sources, certaines expulsées de leur domicile et complètement démunies. Heureusement, des associations, comme le Mouvement du Nid, Osez le féminisme et d’autres sont actives en ce moment pour leur venir en aide. Lire la suite

Elle était une fois…

Dans son avant-propos, avant-propos-de-geraldine-franck-au-manifeste-du-collectif-droits-humains-pour-tou·te·s/, publié avec son aimable autorisation ainsi que celle des éditions Libertalia, Géraldine Franckparle du groupe féministe La Barbe (lire entre autres, La Barbe : Cinq ans d’activisme féministe, a-lombre-des-vieux-hommes-vainqueurs/), de visualisation directe de la répartition femmes/hommes dans un événement, de l’Homme avec majuscule ou non, « les femmes ne sont pas des Hommes », de l’effacement des femmes via l’assimilation du masculin au neutre, du mot existant humain·e et de sa facilité d’utilisation..

L’autrice nous rappelle que le langage est politique, que ce qui n’est pas nommé n’existe pas. Il est donc nécessaire de remplacer « droits de l’homme » par « droits humains »… Lire la suite

FETE DES MERES : Messieurs, voici la facture

Nous avons eu l’espoir que le confinement serait l’occasion d’une prise de conscience. Les hommes, soudain contraints à passer plus du temps dans le foyer, allaient être tenus de voir l’invisible: le travail domestique et parental, ces activités quotidiennes grâce auxquelles la vie est produite et reproduite, qui incombe majoritairement aux femmes.  Lire la suite

Apres la pandémie l’heure des comptes pour les femmes

Au sortir de l’épidémie de COVID-19, alors que la vie semble reprendre peu à peu, il reste dans le pays comme un étrange climat de souffrance et d’amertume, comme un mal-être qui ne passe pas, qui se manifeste dans les rares moments où les violences faites aux femmes sont mentionnées dans les médias ou dans les commentaires blessés de certaines sur les réseaux sociaux.

Les femmes, les invisibles, où étaient-elles pendant la crise ? Pas sur les plateaux de télévision à pérorer, pas sur le devant de la scène, non, les femmes étaient au charbon, au fond de la mine du travail du « care ». Elles étaient dans les hôpitaux, les EHPAD, chez les personnes vulnérables ; les femmes ont porté le pays en silence et à bout de bras, au mépris de leur propre santé et de leur sécurité. Elles ont cousu pour faire des masques quand il n’y en avait pas, pallié à l’incurie du gouvernement, tenu leurs foyers, se sont occupées de leurs enfants. Elles ont trimé pour que le pays continue de vivre, d’avancer, d’exister, sans ergoter ni se mettre en avant. Avec dignité et modestie, elles ont travaillé, efficaces et discrètes, elles ont maintenu la tête du pays hors de l’eau pendant la marée du COVID-19. Lire la suite

Alexandrie : La lutte quotidienne des « dames du trottoir »

Les femmes qui sont ici viennent du milieu rural ou habitent dans la ville. Certaines d’entre elles ont pu améliorer leur niveau économique, d’autres arrivent à peine à gagner de quoi couvrir les besoins de leur famille. Ce sont elles qui assument la charge économique du foyer tout entier, ou du moins en grande partie, en raison de la maladie du mari, de son incapacité de travailler, de l’insuffisance de son salaire, ou de la séparation du couple. Lire la suite

Avant-propos de Géraldine Franck au manifeste Du collectif Droits humains pour tou·te·s

Avec les aimables autorisations de
l’autrice et des éditions Libertalia

Un jour, une amie m’a dit qu’on ne pouvait pas désapprendre la lecture. Partisan·es de la méthode syllabique ou de la méthode globale, une fois que vous avez intégré qu’un m et un i font mi, difficile de ne plus vous en souvenir. Vous ne pourrez plus, par exemple, vous promener innocemment dans une rue bardée d’enseignes en n’y voyant que des agrégats de voyelles et de consonnes. La lecture s’impose à vous. Vous lisez d’ailleurs souvent avant même de prendre conscience que vos yeux se sont posés sur des lettres. C’est un apprentissage définitif.

Il en va de même pour de nombreux constats féministes. Plusieurs années d’activisme au sein du groupe féministe La Barbe qui dénonce la domination masculine dans les sphères de pouvoir m’ont appris à visualiser directement la répartition femmes / hommes au sein d’un événement, colloque, affiche de cinéma et de théâtre ou encore sur un plateau télé. Pas de scoop, habituellement, cela va plus vite de compter les femmes. Lire la suite

Quand les « besoins » sexuels des hommes, même très dangereux, sont plus importants que la dignité et la sécurité des femmes

Je souhaite réagir à la situation dramatique survenue la semaine dernière suite à la remise en liberté d’un homme jugé très dangereux pour les femmes à qui il avait été permis d’entrer en contact avec certaines femmes afin d’assouvir ses « besoins » sexuels. Lire la suite