Archives de Catégorie: Etudes sur auteur-e-s /Biographies

Vous m’avez permis de ne jamais vivre la solitude

Naz Öke dans son « Préambule d’une traductrice aux cheveux rouges », indique « Alors, peu importe si c’est à moi que sont adressées ces lettres… Zehra nous parle à toutes et tous, elle murmure de sa plume, au nom de ses ami·e·s emprisonné·e·s, au nom des femmes, au nom de son peuple ».

Des échanges épistolaires pour l’une et pour toustes, la privation de liberté et la précieuse conviction que « Nous aurons aussi des beaux jours »… Lire la suite

Histoire de Fille, d’Annie Ernaux, Gallimard, 2016

Une enfance protégée, un appétit vorace de lecture, une scolarité brillante, la reconnaissance. Un sentiment d’orgueil. Et puis, à dix-sept ans, la fille quitte pour la première fois, piaffant d’impatience, le cocon familial. Elle sera monitrice dans une colonie de vacances. Là, elle subira de violentes humiliations et des viols. L’ancestrale « lapidation » des femmes par les hommes, commente Annie Ernaux. Lire la suite

J’ai toujours eu peur de l’oubli, cette grande nuit aveugle

Michèle Lesbre rend compte avec pudeur et colère de la vie de Victor Dojlida.

Le récit commence en septembre 1989, un jour de libération tardive quelques semaines avant qu’un autre mur… « Car il faut bien que les portes s’ouvrent, que les murs s’écroulent, quand ils empêchent les hommes de vivre » Lire la suite

La Turquie de Erdogan nous raconterait-elle notre avenir ?

La Turquie de Erdogan nous raconterait-elle notre avenir ? Le vide idéologique actuel est comblé par la référence à la religion et au nationalisme le plus éculé pour permettre la mise en place d’un programme qui n’a pas changé et qu’il faut nommer néolibéralisme. Paradoxalement, il s’agit toujours de s’insérer dans le processus de mondialisation actuelle qui fait la part belle à la richesse financière. L’arbitraire policier est une nécessité pour imposer ces politiques. Lire la suite

Comme une mémoire n’éludant plus ses poches d’oubli

Entre éléments biographiques, réflexions sur la memoire ou les archives, ce petit livre au si beau titre – Un fantôme dans la bibliothèque, nous entraine du coté des présences et des absences, de l’esprit et de la lettre, de la mémoire et de l’oubli.

Je n’aborde que certains points discutés par Maurice Olender. Lire la suite

Simone de Beauvoir, la mémoire des femmes, l’humanisme

Avec l’aimable autorisation de l’autrice

Joëlle Palmieri a vécu, beaucoup. Elle a voyagé, énormément. Les deux se rejoignent dans son existence grâce à Simone de Beauvoir, découverte fondamentale et fondatrice, qui canalise et augmente la puissance d’exister de la jeune fille qu’elle est. Á vous d’entrer dans son monde. (Introduction par Tiphaine Martin)

Je découvre Simone de Beauvoir à l’âge de 13 ans. Ses mots sur les discriminations que je vis, sur la folie créatrice de Saint-Germain des Prés, inédite pour la banlieusarde du « 9-3 » que je suis, sur le monde à travers le récit de ses voyages, suffiront à animer mon adolescence et ma révolte. Mélancolique, n’ayant pas le droit de franchir les quatre murs du foyer familial hormis pour me rendre à l’école, la lecture de ses livres représentent mon unique échappatoire. « Mémoires d’une jeune fille rangée » me laisse froide reflétant sûrement un problème d’identification de classe. Puis « L’invitée », « Les Mandarins », s’emparent de mon esprit et alimentent mes rêveries. Les autres suivent. Je me passionne pour l’œuvre de la philosophe : les forces « de l’âge », « des choses », « Une mort très douce »… puis « Le deuxième sexe ». Même si, dans un premier temps, le contenu me semble compliqué – je dois alors avoir 15 ans – j’adhère immédiatement à l’idée qu’on « ne naît pas femme, on le devient ». Lire la suite

Partout et nulle part chez soi

Dans son prologue, Pedro Kadivar débute par le suicide à Paris de l’écrivain iranien Sadegh Hedayat, les rapports à la langue dite maternelle et à la ville, « A Paris, il est demeuré un « immigré », conservant sa nationalité iranienne et écrivant en persan, étant très attaché à cette ville où il a vécu de nombreuses années jusqu’à y mettre fin à ses jours », les migrations et la littérature, « L’écrivain incarne à lui seul la migration, la littérature et l’exil, l’Iran et l’Europe, les ponts entre l’Occident et l’Orient », la migration et l’exil, la quête et la biographie, « Plutôt une quête sur la migration, son sens, ses épreuves et ses implications. En arrière-fond, notamment, Paris et Berlin, comme villes d’immigration, Hedayat, Proust, Beckett et d’autres, ainsi que ma propre biographie », l’histoire des migrations et ce qu’elles nous disent sur des êtres humains, « elle exprime avant tout un désir que les hommes partagent au-delà des circonstances et du temps, celui de la survie intérieure »… Lire la suite

Un des fils d’Ariane dans le chaos présent

Un recueil de textes, « ceci est un recueil d’essais qui tentent d’aborder certains aspects de sa pensée, connus, inconnus ou méconnus, avec l’ambition d’y porter un regard nouveau ». Il y aurait beaucoup à dire sur les lectures de Michael Lowy comme sur certaines théorisations des marxistes du temps de Rosa Luxembourg. Au regard du siècle écoulé, des critiques devraient être repensées et pas seulement sur « son refus du mot d’ordre du droit des nations à l’auto-détermination ». Je ne mets ici l’accent que sur certains points. Lire la suite

Elle refusait d’être une femelle, elle voulait être une femme – un être humain

Une grand-mère, Djedda, pendant la colonisation et au lendemain de l’indépendance, « Tu es morte au moment où je revenais d’une promenade à Blida, de rose parfumée ».

Fadéla M’Rabet nous parle de son enfance. Elle fait un portrait sobre et très chaleureux de sa grand mère, « voilée, mais pieds nus », des lieux de son enfance, du hammam et des femmes envahies par le plaisir de cette chaleur humide, des lumières dans les yeux, de sa famille, de son père Baba, de ce monde contraint sous le colonialisme français… Lire la suite

Frankie Hansen (1922-1981). Antifasciste légendaire – résistant, déporté, partisan, « silver star » américain

Frankie Hansen était un jeune luxembourgeois de la génération que le fascisme et l’occupation par l’Allemagne nazie poussèrent à l’action et à la résistance armée.

Le parcours exceptionnel de ce jeune résistant de la première heure, arrêté et torturé par la Gestapo comme gréviste lors de la grève générale d’août 1942 contre l’occupant, commença lorsqu’il fut emprisonné dans un camp de concentration à Hinzert, en Allemagne. Lire la suite

Amianto

Alberto Prunetti donne à lire un récit déchirant pour lui. Et il donne ainsi à comprendre la vie des centaines de milliers, des millions sans doute qui voient leurs proches, mari, père, frères, amis s’abîmer de l’amiante et en mourir après des souffrances qui révoltent.

Son père Renato, qui avait commencé à travailler à 14 ans à l’usine en 1959 ; le fil conducteur, « une histoire ouvrière ». L’auteur, né en 1973, poussé par le père à faire des études, comprend assez vite qu’il vit un moment « où la société se referme dans sa coquille » (p.81) ; mais, trop tard ! Son père tenait à lui donner une autre vie que l’usine. Mais les enfants d’ouvriers doivent se contenter de l’université…, « sans participer aux coûteux programmes d’échanges avec les universités européennes ». Tandis que les riches « accèdent aux postes clés de la société par le biais des masters post universitaires à l’étranger très chers à suivre ». Quand il arrive à l’Université, son père a 35 ans et ne donne pas signe de fatigues liées à la maladie. Soudeur, métallurgiste expérimenté, il passe de chantiers de montage ou d’entretien d’usines à un autre, souvent absent. Mais quand Alberto reprend l’histoire, la raconte dans un premier article, comprend ce que d’autres ont traversé, il décrit ce travail dans sa double lecture : puissance et maîtrise des soudures, à deux pas d’un réservoir qu’une seule étincelle ferait exploser, « une bombe qui peut emporter une raffinerie » ; pour protéger des étincelles, un masque de soudeur et une bâche d’une matière légère et indestructible, en amiante. « Une seule fibre d’amiante et dans vingt ans vous êtes mort » (p.11). Son père mourra en 2004. Lire la suite

Ave Lista / Gratia Francesca

A la mémoire de Dominique Noguez (1942-2019)

Ecrivain et pasticheur, dit Dodo le Facétieux

(Solo sopr.)

SUB-TIL, MER-VEIL-LEUX ! 

De l’Hombre de la Mancha l’ombre

Sur mon vieux deuil

Comme une nouvelle aurore. Lire la suite

Couper la mèche qui brule avant que l’étincelle n’atteigne la dynamite

Pour commencer, relire Thèse IX de Sur le concept d’histoire.

« Il existe un tableau de Klee qui s’intitule « Angelus Novus ». Il représente un ange qui semble sur le point de s’éloigner de quelque chose qu’il fixe de son regard. Ses yeux sont écarquillés, sa bouche ouverte, ses ailes déployées. C’est à cela que doit ressembler l’Ange de l’Histoire. Son visage est tourné vers le passé. Là où nous apparaît une chaîne d’événements, il ne voit, lui, qu’une seule et unique catastrophe, qui sans cesse amoncelle ruines sur ruines et les précipite à ses pieds. Il voudrait bien s’attarder, réveiller les morts et rassembler ce qui a été démembré. Mais du paradis souffle une tempête qui s’est prise dans ses ailes, si violemment que l’ange ne peut plus les refermer. Cette tempête le pousse irrésistiblement vers l’avenir auquel il tourne le dos, tandis que le monceau de ruines devant lui s’élève jusqu’au ciel. Cette tempête est ce que nous appelons le progrès. » Lire la suite

La vie dérobée de Sabina Spielrein

Violaine Gelly, l’auteure de cet ouvrage de presque 280 pages est psychologue praticienne et journaliste. Elle a dirigé Psychologie Magazine, ce qui explique un travail d’enquête fouillé et engagé du côté de la réhabilitation de l’image de Sabina Spilerein. Pour être au plus près de la vérité, l’auteure travaille avec un historien, Paul Gradwohf.

L’avant-propos nous apprend que des portraits d’une grande banalité, voire négatifs ont été réalisées par écrivain et cinéaste, ce qui fâche Madame Gelly qui sait combien Sabina Spielrein a été importante en psychanalyse et oubliée, au profit de Anna Freud et de Mélanie Klein. Lire la suite

Malcolm X – Une vie de réinventions (1925-1965) – La mort arrive à son heure

À l’occasion de l’anniversaire de la mort du dirigeant africain-américain Malcolm X, assassiné le 21 février 1965, nous attirons votre attention sur la seule biographie disponible en français, publiée aux éditions Syllepse. Écrite par un historien de renom, prix Pulitzer 2010, cette biographie a acquis un statut de référence incontournable. 

Devenu une icône de la culture populaire africaine-américaine et plus largement de la culture populaire et révolutionnaire dans de nombreux pays, la vie et le parcours politique de Malcolm X restent paradoxalement très mal connus, principalement au travers de son autobiographie écrite dans des conditions très controversées. C’est ce vide que vient combler cette biographie de Malcolm X. Fruit d’années de recherches dans les archives du FBI, d’entretiens avec les innombrables personnages qui l’ont accompagné ou croisé, ce livre, écrit par un grand historien africain-américain, apporte un éclairage inédit sur les vies de Malcolm X, des rues de Harlem à sa mort brutale.

Nous vous communiquons à cette occasion un extrait de cet ouvrage sur les circonstances de son assassinat le 21 février 1965, que nous vous proposons  de publier si vous le souhaitez.

Les Editions Syllepse Lire la suite

Je sais qu’il ne faut pas éteindre le feu

Hasard des publications et des lectures. J’ai souligné dans une récente chronique : « « Transformer le monde », a dit Marx ; « changer la vie », a dit Rimbaud : ces deux mots d’ordre pour nous n’en font qu’un ». N’en est-il pas encore ainsi ?au-bord-du-saut-a-faire-pour-recroiser-laction-le-reve-et-la-liberte/.

Pinar Selek conjugue l’un avec l’autre avec une communicative chaleur qui s’oppose aux militantismes décharnés/cloisonnés et une lucidité tendue vers les émancipations individuelles et collectives. Une voix, une femme insolente dans toute la force de ce terme. Lire la suite

A condition de ne pas s’éloigner

L’enfance dans les années 50 à Brest. L’Arsenal et les lointaines guerres de libération menées par le peuple vietnamien puis algérien contre le colonialisme français, « La France, c’est le criminel qui crie à l’assassin ». La république – hier comme aujourd’hui – bien réelle ne faisant que peu de cas du droit des peuples à l’autodétermination.

Le temps et la chronologie bousculés par le décès de Gina (Louis éprouvais un malin plaisir à appeler sa mère par son prénom, une forme de reconnaissance de la personne, loin des enfantillages perpétués par bien des adultes). Lire la suite

Théroigne et Cléo vont en bateau

aka Dites-moi où, n’en quel pays…

Divertissement donné à l’occasion de l’anniversaire de la Duchesse de Bovouard (9 janvier 1908-14 avril 1986)

Sur l’air du temps et de Strike the viol (Henry Purcell).

Pour Claudie Weill (1942-2018) qui savait tout sur Rosa Lu.

Pour agnès bb, créatrice du gilet aux treize boutons pression.

Oyez, oyez, Jeunettes, Jaunettes, Gilettes aux fines lames, Hyènes en jupon, Garces, Féministes tant qu’il le faudra, Barbes roses, bleues, vert d’O, orange et/ou citron, Yeux d’opale, Visages pâles, visages de cuivre, yeux d’or, Séraphita. Filles du vent. Piloselles, Putes et Insoumises, Cochonous et Cochonettes. Sœurettes disait-on dans un temps que les moins de vingt printemps ne doivent pas connaître. Babes in the Milkwoodin the Nightwood, Adèle. Jade. Butterfly. Jeunes Nayel et Alyssa, Violette et Viola, Lou, Loulou, Eléonore, Margo Margotton, viens chantons un joyeux Noël. Lire la suite

Il n’y a pas de phénomène immuable et inconditionné

Dans son avant-propos, Gérard D. Khoury indique, entre autres, « Le privilège que j’ai eu de m’entretenir avec lui m’a permis de comprendre souvent le comment des choses, en devenant davantage prudent en matière de pourquoi ».

Un livre d’entretiens. L’enfance et l’adolescence à Paris, une famille immigrée juive sécularisée, le travail de saute-ruisseau, les lectures et le travail intellectuel, les Langues O, les rencontres, le choix des langues, l’amharique, l’engagement au PCF et le stalinisme… « Les gens sont tentés par une explication simple, il y a là un phénomène normal de schématisation avec extrapolation d’une situation connue vers le passé et le futur » Lire la suite

Déchiffre-moi, rends-toi au verbe

Une autobiographie est aussi une invention littéraire. Les mots et l’imagination aventureuse ne sauraient se confondre avec l’analyse des conditions sociales et individuelles de la création, du travail d’écriture d’un livre.

Un livre d’heures, comme un livre liturgique destiné aux fidèles catholiques laïcs, le roman en gravures de l’artiste flamand Frans Masereel ou comme la représentation de Léopoldine Hugo en couverture.

L’heure est aussi un décompte de temps, « Je porte sur le visage les traces d’une histoire que la vie a tannée et qui m’aide à vieillir. J’ai vécu, non sans résultats, ma vie n’a pas été inhabitée ». Lire la suite