Archives de Catégorie: Etudes sur auteur-e-s /Biographies

Je sais qu’il ne faut pas éteindre le feu

Hasard des publications et des lectures. J’ai souligné dans une récente chronique : « « Transformer le monde », a dit Marx ; « changer la vie », a dit Rimbaud : ces deux mots d’ordre pour nous n’en font qu’un ». N’en est-il pas encore ainsi ?au-bord-du-saut-a-faire-pour-recroiser-laction-le-reve-et-la-liberte/.

Pinar Selek conjugue l’un avec l’autre avec une communicative chaleur qui s’oppose aux militantismes décharnés/cloisonnés et une lucidité tendue vers les émancipations individuelles et collectives. Une voix, une femme insolente dans toute la force de ce terme. Lire la suite

A condition de ne pas s’éloigner

L’enfance dans les années 50 à Brest. L’Arsenal et les lointaines guerres de libération menées par le peuple vietnamien puis algérien contre le colonialisme français, « La France, c’est le criminel qui crie à l’assassin ». La république – hier comme aujourd’hui – bien réelle ne faisant que peu de cas du droit des peuples à l’autodétermination.

Le temps et la chronologie bousculés par le décès de Gina (Louis éprouvais un malin plaisir à appeler sa mère par son prénom, une forme de reconnaissance de la personne, loin des enfantillages perpétués par bien des adultes). Lire la suite

Théroigne et Cléo vont en bateau

aka Dites-moi où, n’en quel pays…

Divertissement donné à l’occasion de l’anniversaire de la Duchesse de Bovouard (9 janvier 1908-14 avril 1986)

Sur l’air du temps et de Strike the viol (Henry Purcell).

Pour Claudie Weill (1942-2018) qui savait tout sur Rosa Lu.

Pour agnès bb, créatrice du gilet aux treize boutons pression.

Oyez, oyez, Jeunettes, Jaunettes, Gilettes aux fines lames, Hyènes en jupon, Garces, Féministes tant qu’il le faudra, Barbes roses, bleues, vert d’O, orange et/ou citron, Yeux d’opale, Visages pâles, visages de cuivre, yeux d’or, Séraphita. Filles du vent. Piloselles, Putes et Insoumises, Cochonous et Cochonettes. Sœurettes disait-on dans un temps que les moins de vingt printemps ne doivent pas connaître. Babes in the Milkwoodin the Nightwood, Adèle. Jade. Butterfly. Jeunes Nayel et Alyssa, Violette et Viola, Lou, Loulou, Eléonore, Margo Margotton, viens chantons un joyeux Noël. Lire la suite

Il n’y a pas de phénomène immuable et inconditionné

Dans son avant-propos, Gérard D. Khoury indique, entre autres, « Le privilège que j’ai eu de m’entretenir avec lui m’a permis de comprendre souvent le comment des choses, en devenant davantage prudent en matière de pourquoi ».

Un livre d’entretiens. L’enfance et l’adolescence à Paris, une famille immigrée juive sécularisée, le travail de saute-ruisseau, les lectures et le travail intellectuel, les Langues O, les rencontres, le choix des langues, l’amharique, l’engagement au PCF et le stalinisme… « Les gens sont tentés par une explication simple, il y a là un phénomène normal de schématisation avec extrapolation d’une situation connue vers le passé et le futur » Lire la suite

Déchiffre-moi, rends-toi au verbe

Une autobiographie est aussi une invention littéraire. Les mots et l’imagination aventureuse ne sauraient se confondre avec l’analyse des conditions sociales et individuelles de la création, du travail d’écriture d’un livre.

Un livre d’heures, comme un livre liturgique destiné aux fidèles catholiques laïcs, le roman en gravures de l’artiste flamand Frans Masereel ou comme la représentation de Léopoldine Hugo en couverture.

L’heure est aussi un décompte de temps, « Je porte sur le visage les traces d’une histoire que la vie a tannée et qui m’aide à vieillir. J’ai vécu, non sans résultats, ma vie n’a pas été inhabitée ». Lire la suite

Cheminements d’un gaucher contrarié

Une manière de caractériser le XXsiècle pourrait consister à dire qu’il fut, entre bien d’autres choses évidemment, le siècle de la mobilité heureuse. La passion du voyage, longuement conditionnée par toute une mythologie littéraire d’origine romantique, figurait comme naturellement parmi les attributs obligatoires de l’être civilisé, c’est-à-dire de l’être accueillant à la diversité du monde, curieux de tout ce qui portait la marque de l’ailleurs et dont l’avidité à faire l’épreuve de l’autre, à multiplier les rencontres pittoresques avec l’étranger, l’immunisait contre l’« esprit de clocher », le repli sur soi et les préjugés – autant de travers qui étaient et devaient demeurer l’apanage exclusif de l’arriéré ou du barbare. Le type d’idéologies qui avait rendu possible les catastrophes mondiales de la première moitié du siècle n’a sans doute fait qu’intensifier dans la seconde cette valorisation symbolique du nomadisme ouvert à l’altérité. A tel point qu’il était devenu impossible, en 1955, de prendre le célèbre incipit de  Tristes Tropiques pour autre chose que ce qu’il était, à savoir une boutade : « Je hais les voyages et les explorateurs ». Lire la suite

Nul planisphère ne saurait rendre compte du foisonnement du réel

Dans ses lettres, Elisée Reclus montre une grande tendresse pour sa compagne-épouse Clarisse (et pour sa famille), un égard – peu commun en ce milieu du XIXème siècle – envers une femme, une attente amoureuse de leurs échanges épistolaires ou non.

L’intérêt de ce recueil, me semble-t-il, est bien du coté des voyages et des descriptions des villes et contrées visitées par ce « randonneur amoureux ». Lire la suite