Archives de Catégorie: Etudes sur auteur-e-s /Biographies

Cheminements d’un gaucher contrarié

Une manière de caractériser le XXsiècle pourrait consister à dire qu’il fut, entre bien d’autres choses évidemment, le siècle de la mobilité heureuse. La passion du voyage, longuement conditionnée par toute une mythologie littéraire d’origine romantique, figurait comme naturellement parmi les attributs obligatoires de l’être civilisé, c’est-à-dire de l’être accueillant à la diversité du monde, curieux de tout ce qui portait la marque de l’ailleurs et dont l’avidité à faire l’épreuve de l’autre, à multiplier les rencontres pittoresques avec l’étranger, l’immunisait contre l’« esprit de clocher », le repli sur soi et les préjugés – autant de travers qui étaient et devaient demeurer l’apanage exclusif de l’arriéré ou du barbare. Le type d’idéologies qui avait rendu possible les catastrophes mondiales de la première moitié du siècle n’a sans doute fait qu’intensifier dans la seconde cette valorisation symbolique du nomadisme ouvert à l’altérité. A tel point qu’il était devenu impossible, en 1955, de prendre le célèbre incipit de  Tristes Tropiques pour autre chose que ce qu’il était, à savoir une boutade : « Je hais les voyages et les explorateurs ». Lire la suite

Nul planisphère ne saurait rendre compte du foisonnement du réel

Dans ses lettres, Elisée Reclus montre une grande tendresse pour sa compagne-épouse Clarisse (et pour sa famille), un égard – peu commun en ce milieu du XIXème siècle – envers une femme, une attente amoureuse de leurs échanges épistolaires ou non.

L’intérêt de ce recueil, me semble-t-il, est bien du coté des voyages et des descriptions des villes et contrées visitées par ce « randonneur amoureux ». Lire la suite

Claudie Weill

Une mauvaise nouvelle vient d’arriver, celle du décès de Claudie Weill. Chercheuse, historienne du mouvement ouvrier.

Née pendant l’Occupation, enfant cachée (1) au Chambon sur Lignon pour échapper à l’extermination, son engagement s’était porté sur des thèmes qui nous sont chers : internationalisme, question nationale, migrations, Rosa Luxemburg. Lire la suite

Conséquences meurtrières du fantasme de l’unité organique de la nation

« Cette monstruosité, cette « expérience », comme on dit habituellement, cette « expérience » dont je me serais bien passé, je ne l’ai pas oubliée. Toute ma vie, jusqu’à aujourd’hui, j’ai voulu savoir pourquoi, comment, on avait pu, simplement parce que j’étais,me plonger dans cet enfer. Savoir pourquoi, comment, mon père, ma mère, des amis, des familles entières, pour la même raison avaient dû eux aussi périr. Ces questions, je me les suis posées cent fois, mille fois, et je n’ai jamais pu y répondre ou du moins trouver le temps d’y répondre ». Des questions partagées par les survivant·es de tous les génocides, crimes contre l’humanité et crimes de guerre… Lire la suite

Changer le monde, changer la vie, changer sa propre vie…

Pour Florence, Julie et Karel, Dominique et Vlad…

Des militants et des militantes, hier et aujourd’hui, de rouges espérances et des parcours trébuchants. L’imminence rêvée de la révolution et l’érosion plus ou moins prononcée des espoirs. La hâte de la jeunesse et les cours plus lents de la vie. Les études quelques fois suspendues ou abandonnées et l’insertion dans le travail salarié, les rencontres, les débats, les déchirures. Une hétérogénéité de personnes et de parcours derrière cette « génération 68 ».

« C’est à la question du devenir biographique des soixante-huitards que ce livre est consacré ». Une enquête, loin des « têtes d’affiche », à Lille, Lyon, Marseille, Nantes et Rennes. Le(s) moment(s) 68 pris dans une séquence historique plus longue, « nous nous donnons le moyen de mesurer la place de l’événement dans les trajectoires biographiques comme dans les recompositions ultérieures des espaces militants locaux ». Lire la suite

Mon regard porte désormais plus loin

Pour cette réédition, je reprends en la modifiant marginalement, ma note de lecture parue en mars 2012 sous le titre Analyser les blessures de la société pour être capable de les guérir.

Le collectif de solidarité avec Pinar Selek (http://www.pinarselek.fr/) présente, en début d’ouvrage l’auteure et son parcours. L’expression est très chaleureuse. Quelques extraits : Lire la suite

Nulle évocation du passé ne saurait les consoler au présent

La forme romanesque permet à l’auteur de faire (re)vivre Yannick, Thomas, Edwidge et Natacha… de conter – sous forme tendre ou partiale – une espérance et son vertige, puis le réveil sous forme de défaite. Il n’était pas huit heures dans le siècle, l’aube se levait certes sous les couleurs magnifiées de nos espérances, nous avions « le sentiment profond, précieux, d’avoir eu une jeunesse ». Lire la suite