Archives de Catégorie: Elements d'alternative

Dix balises pour un écosocialisme féministe et révolutionnaire

Nous appelons écosocialisme la démarche qui consiste à lier les combats pour la protection de l’environnement aux combats pour la satisfaction des besoins sociaux réels des exploité.e.s et des opprimé.e.s. Cette démarche prépare l’avènement d’une société socialiste démocratique, non productiviste, sans domination ni exploitation, respectueuse et prudente par rapport au reste de la nature.

Concept ouvert, l’écosocialisme connaît un certain nombre d’interprétations différentes. Les francophones parmi vous connaissent probablement l’écosocialisme de JL. Mélenchon, qui est de tendance plutôt étatiste et souverainiste. Dans certains pays, une social-démocratie gestionnaire ou des partis verts très mainstream affirment agir dans une perspective écosocialiste. On ne saurait donc parler au nom de l’écosocialisme en général. Les dix balises proposées ci-dessous résument les conceptions écosocialistes du courant marxiste-révolutionnaire international auquel j’appartiens. Lire la suite

Extraits du livre de Catherine Samary : D’un communisme décolonial à la démocratie des communs

Avec l’aimable autorisation de l’autrice

« De quelle sorte seront les mille grandes et petites mesures concrètes en vue d’introduire les principes socialistes dans l’économie, dans le droit, dans tous les rapports sociaux ? Là, aucun programme de parti, aucun manuel de socialisme ne peut fournir de renseignement (…). Seule l’expérience est capable d’apporter les correctifs nécessaires et d’ouvrir des voies nouvelles. Seule une vie bouillonnante, absolument libre, s’engage dans mille formes et improvisations nouvelles, reçoit une force créatrice, corrige elle-même ses propres fautes. »

Rosa Luxemburg, La révolution russe[1]

Nous ne sommes plus dans le contexte du « siècle soviétique »[2] et l’on assiste à diverses formes de dépassement des organisations du « mouvement ouvrier » ancrées dans cette époque. Pourtant, alors que se déploient les polarisations politiques et une crise de civilisation (écologique, socio-économique, politique) intrinsèquement associée au capitalisme globalisé, les questions stratégiques « classiques » du XXe siècle se reformulent de façon complexe et interpellent, dans des conditions radicalement nouvelles, toutes les organisations qui demeurent convaincues de l’urgente nécessité de « changer ce monde »[3]. Le « pur capitalisme » du XXIe siècle[4], appuyé sur ses firmes et institutions mondialisées, financières et militaires, tend à revenir au XIXe siècle en voulant faire de toutes les résistances du « court XXe siècle » une simple et aberrante parenthèse, donc en réduisant au goulag les révolutions qui ont justement voulu transformer le monde. Sa guerre sociale s’accompagne d’opérations idéologiques dignes de la formulation de George Orwell (dans un ouvrage qui aurait dû s’intituler 1989 !) : « Celui qui contrôle le présent contrôle le passé. Celui qui contrôle le passé, contrôle le futur ». On ne peut y résister sans un inventaire pluriel et systématique des avancées, reculs, et échecs de la « révolution permanente » travaillant le « siècle soviétique » – sur des enjeux toujours actuels mais approfondissant les dimensions démocratiques et égalitaires d’un communisme décolonial[5] né en Octobre 1917[6]Lire la suite

Des sociétés conflictuelles et fragiles, non socialistes… à la démocratie des communs

Présentation et sommaire du livre : catherine-samary-octobre-1917-2017-dun-communisme-decolonial-a-la-democratie-des-communs/

Une remarque préalable, je ne vais pas ici discuter de certains termes employés. Je préfère « luttes anti-colonialistes ou anti-coloniales », « colonialité du pouvoir, » au terme « décolonial ». Je reste assez sceptique sur l’emploi des termes « post-capitaliste » ou « transition », car si les révolutions effectives ont bien ouvert la possibilité de transition vers d’autres régimes socio-politiques, leurs modalités propres ou les conditions réelles d’exercice du pouvoir, leurs histoires… impliquaient la nécessité d’autres révolutions afin que des « transitions » soient possibles. Je ne me reconnais pas non plus dans les vocabulaires identitaires, communistes, trotskistes, anarchistes, etc.

Que l’on partage ou non le vocabulaire, je souligne l’intérêt des analyses proposées, le refus de considérer ces passés comme monolithiques, l’insistance sur des éléments subversifs encore d’actualité, les notions de « pluriversalisme » (en complément possible, Tumultes : Pluriversalisme décolonial. Sous la direction de Zahra Ali et Sonia Dayan-Herzbrun, promouvoir-les-diverses-formes-detre-au-monde-pour-legalite-et-la-liberte/) ou de « démocratie des communs »…

« Tous les passés n’ont pas le même avenir », tous les possibles entrevus et non aboutis sont des sources acceptables d’espérance. Nous devons nous pencher encore sur Octobre 1917, les éléments internes de contre-révolution (qui se combinent aux éléments d’intervention externe) et en particulier les « cristallisations bureaucratiques » jusque dans les « dégénérescences » et les contre-révolutions. Lire la suite

5 janvier, il y a 50 ans 1968 commence à Prague

Il y a 50 ans, le 5 janvier 1968 Dubcek remplace Novotny à la direction du Parti communiste tchécoslovaque. Plus qu’une révolution de palais, c’est le début du « Printemps de Prague ». Comme le soleil, 1968 se lève à l’Est, avec la promesse d’un « socialisme à visage humain », celui d’une dynamique d’autogestion incarnée par les conseils de travailleurs.

Printemps de prague, et conseils de travailleurs (1968/1969) 

 « Prague n’a touché l’opinion révolutionnaire que dans la semaine de sa chute ». (Gilles Martinet, Les cinq communismes, ).

Les changements intervenus début 1968 au sein du Parti communiste tchécoslovaque, remplacement de Novotny par Dubcek à la tête du Parti communiste en janvier, puis par Svoboda à la présidence de la Fédération en mars, ne se réduisaient pas à une révolution de Palais. La « société civile » mise en mouvement, s’était engouffrée dans les brèches : abolition de la censure, liberté d’expression, et au sein même des entreprises naissance de « conseils d’entreprise » ou « conseils de travailleurs » qui vont se multipliant et se coordonnant principalement après le 21 août 1968 jusqu’à la fin 1969. Lire la suite

Des germes de démocratie sociale, de liberté et d’égalité

Dans son introduction, « Le travail est tissé de rencontres et résurgences », Anne Flottes parle, contre les nominations / réductions du travail aux seuls critères du marché et du libéralisme, du travail comme activité, de demandes sociales, des expériences utopiques réelles, de tentatives précaires et imparfaites, de manques et de désirs, d’ingéniosité individuelle et collective, de transformations politiques… L’autrice questionne : « pourquoi ce travail, cœur vital de chaque personne et de la société, est-il si inégalitaire ; et comment comprendre que les travailleuses et travailleurs, capables de déployer une ingéniosité merveilleuse pour faire face aux missions impossibles que sont généralement les prescriptions, semblent préférer mettre cette créativité au service du système qui les exploite, plutôt que de la subvertir ? » Lire la suite

Une conversation ouverte à propos de la participation politique de chacun-e

Dans sa préface, Hervé Le Crosnier parle des industries culturelles, des produits culturels commerciaux et aborde l’autre face de la culture, « ce qu’elle change chez les individus et les groupes lorsque ceux-ci s’en empare » et présente les auteur-e-s, Henri Jenkins, Mizuko Ito et danah boyd (qui insiste pour que son soit écrit sans capitales). Ce livre se présente sous la forme d’une conversation croisée, « la science a toujours été une affaire de conversation » malgré les tentatives actuelles de la privatiser et de la réduire à des droits de propriété intellectuelle.

Une conversation, cela permet, entre autres, de « combler des trous, des hésitations, des impensés dans les propositions de chacun·», de commenter ou d’éclairer des concepts et des idées, de souligner les chemins et de ne pas réduire la recherche à son résultat final. Lire la suite

Une réforme agraire intégrale et populaire

Face aux crises actuelles concernant l’alimentation, le climat, la pauvreté, la finance, l’économie et la démocratie, il est plus urgent que jamais d’opérer un changement massif au niveau du système agro-alimentaire en place !

(Harare, 16 octobre 2017) La Via Campesina, à l’occasion de cette journée mondiale de la Souveraineté Alimentaire contre les multinationales, lance officiellement sa nouvelle publication « Les Luttes de La Via Campesina pour la Réforme Agraire et la Défense de la Vie, la Terre et des Territoires ». Dans une optique de renforcement de la convergence des luttes, la présente publication entend démontrer qu’une réforme agraire intégrale entre les mains des populations et inscrite dans la souveraineté alimentaire constitue le fondement nécessaire à un tel changement. Lire la suite