Archives de Catégorie: Ecole/Education/Mouvements étudiants

 La lutte contre le wokisme : une nouvelle lubie dangereuse

La nouvelle lubie actuelle de la droite conservatrice est la lutte contre le « wokisme ». Ce terme déjà très galvaudé aux États-Unis est importé désormais en France pour désigner péjorativement toutes les personnes engagées dans les luttes anti-racistes, féministes, LGBT ou encore écologistes. Plus étonnant encore est cette nouvelle tendance de la droite conservatrice à vouloir faire du « wokisme » le nouveau danger qui menacerait l’école. Lire la suite

Enseignant.e.s, gar(d)e à vous !

Les théories et pratiques autoritaires se banalisent dans la société par un procédé que l’on pourrait qualifier d’« infiltration », c’est-à-dire de façon lente, par paliers, le dernier coup arrivant alors que le précédent est presque oublié. Ainsi se diffuse un venin aux yeux de toutes et tous mais qui paraît doux et parfois inoffensif jusqu’à ce qu’il soit hélas trop tard.

La dernière déclaration médiatique de Jean-Michel Blanquer est à cet égard assez révélatrice. S’adressant à des journalistes, quatre jours après l’hommage officiel à Samuel Paty dans toutes les classes du pays, il déclare ceci : « Si vous voulez devenir plombier et que vous avez un problème avec les tuyaux, vous choisissez un autre métier. Il faut en faire un autre. Si vous devenez professeur, vous transmettez les valeurs de la République. Et si vous ne les transmettez pas et si même vous militez contre les valeurs de la République, éventuellement sortez de ce métier, parce que vous vous êtes trompés à un moment donné ».

Ajoutant : « Ça n’a peut-être pas été assez clair dans le passé, ça va être désormais très clair dans le présent et dans le futur, au travers de la formation comme de la gestion de la carrière des personnes ». Lire la suite

Lettre ouverte aux organisations signataires du plan de rupture « Plus jamais ça »

Le plan de rupture inter-organisationnel « Plus jamais ça » s’avère salutaire sur bien des points évoqués, notamment du point de vue socio-économique, écologique et sanitaire. 

Le préambule augure d’une perspective prometteuse pour les services publics, notamment dans le domaine scolaire :

« Nos organisations portent ensemble la nécessité de lancer un vaste plan de renforcement et de développement des services publics. L’École, la Sécurité sociale et tous les services publics doivent répondre aux besoins sociaux et écologiques des citoyens et de leurs familles sur l’ensemble du territoire, en lien avec les services et l’industrie, et non aux intérêts de l’oligarchie capitaliste. Ils doivent favoriser un renouveau démocratique de toutes les parties prenantes (personnels, élus, usagers…) avec pour but d’appliquer chacun des droits fondamentaux et chacun des principes constitutifs de la République. » (p 4) Lire la suite

Je suis prof et je m’autocensure : où est le problème ?

Lorsque j’étais collégien, mon prof d’histoire nous a montré le film Nuit et brouillard pour illustrer le génocide des juifs. J’en suis sorti traumatisé, incapable de réfléchir ou de prendre du recul sur les évènements, en me demandant, les heures qui suivent : « Quel est l’intérêt de nous montrer ça ? ».

Janvier 2015, je travaille dans un collège de Seine-Saint-Denis et bien que n’étant pas enseignant, j’assiste aux échanges et aux discussions des profs sur la manière de réagir à l’attentat contre Charlie Hebdo. Un groupe d’enseignants décide d’afficher, dans les couloirs de l’établissement des pancartes « Je suis Charlie ». Un autre, dans un cours, montre les caricatures du prophète Mahomet, tandis que deux autres décident que ces caricatures seront des sujets de l’oral du brevet.

Chaque phrase ou parole critique d’élève donne lieu à un signalement au Rectorat, et surtout à de vifs échanges en salle des profs. Pourquoi ? Car des collègues ne comprennent pas la logique : est-on là pour imposer une « vérité », à savoir que le refus d’apprécier ces caricatures feraient de l’élève (notamment s’il est musulman) un mauvais citoyen voire un radicalisé en puissance, ou pour converger avec nos élèves dans un cadre apaisé permettant de comprendre le droit de chacun à s’exprimer, y compris de caricaturer ? Lire la suite

SOS Ecole Université – Pour un système éducatif démocratique

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Ouvrage coordonné par Martine Boudet (Le Croquant, 2020)1

Recension de Pierre Sémidor (SNESUP secteur FDE/Formation des enseignants)2

Comme tout ouvrage collectif, celui-ci est hétérogène et chacun y puisera par une lecture sélective pour agir dans la perspective donnée par le sous-titre: défendre la démocratie à tous les niveaux de l’enseignement. Les auteurs, enseignants engagés ou chercheurs, individuels ou collectifs, comme le groupe JP Vernant, travaillent sur deux interrogations : que nous arrive-t-il ? Que faire collectivement pour résister au gigantesque mouvement de marchandisation de nos vies et de caporalisation de nos institutions, imposé à coup d’ordonnances, lois, décrets ou instructions diverses ? Malgré la structuration en trois parties, ce sont bien ces deux questions qui fondent l’ouvrage. Nous repérons cependant trois objets : analyser un état des lieux, rendre compte de modes de résistance, proposer des éléments programmatiques. Lire la suite

Ce n’est pas juste une blague

Avertissement à la lectrice et au lecteur

« Ce guide s’appuie sur les nombreux témoignages reçus depuis la création du CLASCHES en 2002. À tort, le CLASCHES est souvent perçu comme une association exclusivement destinée aux étudiant·e·s, ce qui explique qu’une grande partie des témoignages reçus émanent d’étudiant·e·s ou de doctorant·e·s. Nous avons donc orienté, dans une certaine mesure, les explications à destina- tion du public qui nous sollicite le plus, et qui s’avère être aussi celui disposant du moins de ressources et d’informations : les étudiant·e·s. Mais la réalité du harcèlement sexuel dans l’enseignement supérieur ne se limite pas à cette seule population et des membres du personnel sollicitent également régulièrement le CLASCHES.

Le recours au terme « victime » est discutable à plusieurs égards, notamment son caractère enfermant et stigmatisant. Cependant, l’une de ses acceptions est de nature juridique. Ce guide se veut un outil de défense, notamment juridique ; il nous a donc semblé cohérent de l’utiliser pour désigner les personnes ayant été confrontées à des situations de harcèlement sexuel.

Enfin, la rédaction a été effectuée selon les principes de l’orthographe neutre : par exemple un·e étudiant·e, il/elle ou un·e usager/usagère. Toutefois, nous avons pris le parti de toujours mettre au féminin « la victime » et au masculin « l’agresseur » pour rendre compte de la réalité : les agresseurs sont très majoritairement des hommes, et les agressées des femmes. » Lire la suite

Appel contre la destruction de l’enseignement du Breton

 

Travailleurs et Travailleuses de la langue bretonne !

Prenez part aux journées d’action les 21 et 22 septembre !

La langue bretonne crée des emplois ! Brezhoneg = postoù-labour

En juin dernier à l’occasion de l’arrivée de la Redadeg, près de 15 000 bretons défilaient dans les rues de Guingamp pour s’opposer à la décision du Conseil Constitutionnel annulant en partie la loi Molac sur les langues dites régionales, et déclarant l’enseignement immersif anticonstitutionnel. C’était le point culminant d’une série de mobilisations en faveur de l’enseignement en langue bretonne dans toutes les filières et pour une Convention Etat Région pour la transmission et l’usage des langues Bretagne ambitieuse et à la hauteur des attentes des Bretonnes et des Bretons.

Le 10 juin dernier deux députés (Y. Kerlogot et Ch. Euzet) de la majorité présidentielle étaient missionnés pour trouver une solution à cette situation et nous promettaient par voie de presse une rentrée sereine.

La rentrée est tout sauf sereine. Lire la suite

Ecole et Université : un recours nécessaire face à la dérive autoritaire de l’Etat

Une surenchère sécuritaire, alimentée par les pouvoirs publics et des médias complaisants, consacre la dérive autoritaire de l’appareil d’Etat. En attestent des lettres ouvertes de gradés de l’armée qui en appellent à un retour à l’ordre musclé dans les quartiers populaires, comme le soutien par le ministre de l’Intérieur d’une manifestation de l’intersyndicale des policiers majoritairement d’extrême droite…

Ceci sur la base d’amalgames entre différents fauteurs de troubles réels ou supposés : terroristes, délinquant.es ordinaires, jeunes de quartiers populaires, Gilets jaunes, manifestant.es. A l’Université, une enquête est commandée par le ministère pour éradiquer les ferments « séparatistes » des études post-coloniales et de l’«islamogauchisme ».

Un arsenal législatif liberticide s’est ainsi constitué au fil des derniers mandats présidentiels. Dans cette gestion essentiellement répressive, sont occultées les responsabilités de l’Etat dans les causes des violences incriminées. Cet engrenage du conflit systématique n’épargne pas les policiers dont l’exercice professionnel est souvent à risques, ni la justice, institution critiquée par leurs syndicats et dont, pour autant,  nombre de ses représentant.es optent pour l’impunité des forces de l’ordre. Lire la suite

Éliane Viennot : ~ Décryptage ~ Circulaire relative aux « Règles de féminisation dans les actes administratifs du ministère de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports et les pratiques d’enseignement » signée par Jean-Michel Blanquer (5 mai 2021 ; publiée dans le B.O. du 6) :

Cette longue circulaire mériterait un commentaire de texte substantiel, qui montrerait que son principal objectif n’est pas d’expliciter des directives mais de mettre les personnels de l’Éducation Nationale au garde-à-vous – quitte à énoncer des sottises. Par exemple avec la phrase qui préconise « l’usage de la féminisation de certains termes, notamment les fonctions, dans le respect des règles grammaticales », alors que la « féminisation » relève du vocabulaire et non de la grammaire ; l’essentiel, ici, est l’expression respect des règles, qui revient trois fois dans la circulaire.

Il s’agit aussi d’effrayer (objectif qui sert évidemment le premier) – quitte à passer à côté de l’information et de la réflexion qui s’imposent. L’écriture inclusive est « proscrite », mais pas définie : on apprend qu’elle est « contre-productive pour cette cause-même [celle de l’égalité] », qu’elle est « nuisible à la pratique et à l’intelligibilité de la langue française », que sa « complexité et [son] instabilité constituent autant d’obstaclesà l’acquisition de la langue comme de la lecture », qu’elle « modifie en effet le respect des règles », qu’elle est « un obstacle pour l’accès à la langue d’enfants confrontés à certains handicaps ou troubles des apprentissages ». Bigre ! Alors qu’aucune étude n’atteste une seule de ces affirmations. Alors que nombre des promoteurs et promotrices du langage égalitaire (ou non sexiste, ou non discriminant, ou inclusif – tous ces termes étant synonymes dans ce domaine1) appellent elles-mêmes à stabiliser l’usage du point médian2.

Les enseignant·es et leurs élèves étant aptes à mener cette analyse stylistique, le décryptage qui suit se contentera de fournir des informations historiques, politiques et linguistiques – voire juridiques. Lire la suite

Mémoires de l’esclavage : « L’histoire enseignée doit prendre en compte la complexité et la variété des héritages »

Il y a vingt ans, le Parlement votait la loi dite Taubira dont l’article 2 stipule que « les programmes scolaires et les programmes de recherche en histoire et en sciences humaines accorderont à la traite négrière et à l’esclavage la place conséquente qu’ils méritent ». Si l’enseignement des traites, des esclavages et de leurs abolitions n’est pas une complète nouveauté, ces questions sont entrées explicitement dans les programmes de l’école élémentaire en 2002, et la journée du 10 mai est consacrée à cette histoire.

Depuis, les programmes scolaires successifs ont globalement accordé une place plus importante à l’enseignement des traites, des esclavages et de leurs abolitions. De nombreuses publications tant savantes que destinées à la jeunesse ont été publiées, des ressources pédagogiques ont été mises en ligne. Et unconcours national, appelé « La flamme de l’égalité », valorise les projets pédagogiques mis en œuvre dansdes écoles, des collèges et des lycées.

Toutefois, la place de cet enseignement demeure fragile, comme l’a montré en octobre 2020 la note de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage. En attestent les programmes actuellement en vigueur pour le primaire qui incluent la question de la traite et de l’esclavage dans le thème intitulé le « temps desrois » (CM1), mais d’une phrase sibylline la limitent à « une présentation de la formation du premier empire colonial français, porté par le pouvoir royal, et dont le peuplement repose notamment sur le déplacement [sic] d’Africains réduits en esclavage ». Lire la suite

Unef delenda est ?

Regards sur les syndicalismes étudiants (I) UNEF DELENDA EST ? [1]

Ce n’est pas la situation de la vie étudiante qui a mis le feu à certains politiques et à beaucoup de médias « mainstream », non, le scandale n’est pas dans ces précarité et souffrance multidimensionnelles qui touchent des centaines de milliers de jeunes de l’enseignement supérieur. Quelques étincelles ont en revanche mis le feu dans les rédactions, sur les plateaux, et y défilent des spécialistes en tout qui ne connaissent pas grand-chose, ni à l’université, et encore moins aux mouvements étudiants. Les cafés du commerce sont certes fermés, est-ce le manque qui amène tous ces journalistes, ministres, femmes et hommes politiques plutôt cultivés, diplômés, à oublier dans l’exercice de leurs métiers et mandats l’intelligence? A moins que celle-ci ne leur manque. Pourtant de sources, il n’en manque pas [2]. Lire la suite

Lettre à Frédérique Vidal

Madame Vidal,

Vous vous souvenez de moi, l’enseignante-chercheure exilée que vous aviez accueillie, dans le cadre du Programme PAUSE, à l’Université Côte d’Azur, quand vous étiez sa présidente. Mais nous nous sommes rencontrées la première fois, le 30 septembre 2019, dans le cadre de la conférence de presse du Programme PAUSE (Programme national d’Aide à l’Accueil en Urgence des Scientifiques en Exil). En tant que ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, vous souteniez ce programme. Je pense que vous le soutenez encore. Tant mieux : vous soutenez les enseignant.es-chercheur.es qui ont fui la répression politique dans leur pays et qui ont besoin d’un espace de liberté pour continuer à poser des questions et à conduire leurs recherches. Lire la suite

« Islamo-gauchisme » : stopper la confusion et les polémiques stériles (plus communiqués CNRS et SNCS-FSU – SNESUP-FSU

Interrogée sur CNews, la ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation a annoncé qu’elle allait demander « notamment au CNRS » de faire une enquête sur « l’ensemble des courants de recherche » à propos de « l’islamo-gauchisme » à l’université, « de manière à ce qu’on puisse distinguer ce qui relève de la recherche académique et ce qui relève du militantisme et de l’opinion ».

La CPU fait part de sa stupeur face à une nouvelle polémique stérile sur le sujet de l’« islamo-gauchisme » à l’université. « L’islamo-gauchisme » n’est pas un concept. C’est une pseudo-notion dont on chercherait en vain un commencement de définition scientifique, et qu’il conviendrait de laisser, sinon aux animateurs de Cnews, plus largement, à l’extrême droite qui l’a popularisé. Utiliser leurs mots, c’est faire le lit des traditionnels procureurs prompts à condamner par principe les universitaires et les universités. Lire la suite

Il faut rentrer dans le rang, maintenant ! 

La société change. L’école aussi. De quels changements s’agit-il ? D’où proviennent-ils ? Comment les apprécier ? Quels lendemains nous promettent-ils ? Que vont-ils nous apporter ou nous imposer ? Quelles conséquences pour les élèves et les enseignants, dans la classe ? Que faire ?…

Cela fait beaucoup de questions, auxquelles, il faut bien le dire, il n’est vraiment pas facile de trouver des réponses, tant il est vrai que l’on a affaire à des réalités imbriquées, intriquées, enchevêtrées. « SOS École Université, Pour un système éducatif démocratique », coordonné par Martine Boudet aux éditions du Croquant (296 pages), s’y essaie, et – disons-le d’emblée – ne manque pas sa cible. Lire la suite

Non à la répression des enfants ! Oui à la protection et à l’éducation !

Quatre enfants âgés de 10 ans ont été interpellés jeudi 5 novembre 2020, soupçonnés d’avoir tenu des propos « violents » et « inquiétants » lors de l’hommage rendu dans leur classe à Samuel Paty. Ils ont été retenus pendant neuf heures au commissariat d’Albertville. Ailleurs, à Strasbourg, deux enfants de 12 ans sont visés par une enquête pénale.

Ces actions interrogent profondément sur leurs sens et leur portée éducative à l’égard de ces enfants subissant un traitement particulièrement violent et traumatisant. Lire la suite

La Loi de programmation de la recherche s’attaque aux libertés et aux statuts du personnel

Étendons la mobilisation pour qu’elle reste lettre morte

Le gouvernement a annoncé le 1er février 2019 sa volonté de faire voter une loi pluriannuelle ambitieuse pour développer la recherche. Nous assistons au mois de novembre 2020 au dénouement de près de deux ans de « maturation » d’une loi destructrice pour l’ESR.

Le contenu de la loi de programmation de la recherche (LPR) et ses orientations néfastes avaient déclenché parmi les personnels un puissant mouvement de protestation, marqué par une journée d’action très suivie le 5 mars 2020, des assemblées générales très nombreuses et encore hier (17 novembre), en plein confinement, plus de 1200 personnes place de la Sorbonne à Paris. Lire la suite

De la difficulté et de la nécessité de prendre la parole après un massacre. Du sacré, du profane et du travail de l’histoire

Dans les réactions à l’assassinat de Samuel Paty comme à la liberté de caricaturer, dans les cérémonies d’hommage ou dans les manifestations hostiles, les questions du sacré et du profane ne cessent d’intervenir, de façon explicite ou implicite. Il est nécessaire de se demander en quoi elles nous concernent toutes et tous, parfois même à notre insu, et travailler ainsi à une distanciation dont l’urgence n’est plus à démontrer. Membre du CVUH, professeur d’histoire-géographie au lycée et chargé de cours à l’université, l’auteur a voulu également réagir comme enseignant confronté aux mêmes enjeux que Samuel Paty. Lire la suite

La menace de l’autoritarisme académique

Jeudi 22 octobre 2020, à deux reprises, sur Europe 1 et devant le Sénat, Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale, a mis en cause l’Université : celle-ci serait « ravagée » par des « islamo-gauchistes » et « des théories indigénistes ». Il a confirmé ses propos dans le Journal du dimanche le 25 octobre. La Conférence des président d’Université a protesté dans un communiqué. En réaction, un groupe d’universitaires est intervenu en soutien au ministre dans un Manifeste sur « la persistance du déni », publié dans Le Monde le 2 novembre. Et la ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche, Frédérique Vidal, défend si peu les universitaires que, « fait rarissime, la commission permanente du Conseil National des Universités appelle à la démission de Frédérique Vidal, « qui ne dispose plus de la légitimité nécessaire pour parler au nom de la communauté universitaire et pour agir en faveur de l’Université ». Lire la suite

Conjurer la peur par le collectif + Déclaration du FUIQP

Serions-nous tétanisés au point de trouver normal d’envoyer des enfants de 10 ans passer une journée au commissariat ?

D’un autre côté, mesurons-nous suffisamment le niveau de peur installé dans le corps enseignant par l’abominable assassinat de Samuel Paty ?

Il semblerait que le satisfecit des plateaux-télé et le silence poli en face donnent de premiers éléments de réponses à la première question. Quant à la seconde, il est sans doute encore trop tôt pour en prendre vraiment la mesure, mais on ne peut que supposer le venin bien là. Et comment ne pas comprendre, comment rassurer un collègue qui envisage désormais comme possible son égorgement aux abords de son établissement scolaire ? La situation est d’une brutalité inédite et n’autorise aucun déni, aucun rictus moqueur, aucun mépris. La peur est la pire conseillère certes mais on ne la contrôle que rarement. Lire la suite

Pas en mon nom

« Chose significative : ce n’est pas par la tête que les civilisations pourrissent. C’est d’abord par le cœur. » Aimé Césaire 

Puisque vous avez l’outrecuidance, M. Blanquer, de parler de « martyr », laissez-moi faire un peu d’histoire. Et vous rappeler l’étymologie du mot : le martyr, c’est le témoin. Celui qui par ses yeux clos voit et désigne, celui par qui l’on est instruit. Les martyrs chrétiens de la Rome antique ou les martyrs palestiniens d’aujourd’hui ont ceci de commun que confrontés à un choix, ils ont décidé de sacrifier leur vie plutôt que de renier leurs convictions. Ils ont posé un acte fort, violent, incompréhensible à mes yeux, parce que contrairement à vous, monsieur le ministre, je ne suis d’aucune religion, pas même républicaine. Mais ils ont décidé le martyre, pour une cause qui leur a semblé plus grande qu’eux. Sans trop m’avancer, je crois que M. Paty, qui fut un fonctionnaire honnête, s’il avait eu le choix, aurait probablement choisi la vie. Je crois que vous fabriquez de toutes pièces un héros là où fut un homme, une victime. Lire la suite