Archives de Catégorie: Polar

Ceci est une chanson d’amour

Maurizio De Giovanni habite son commissaire, Ricciardi aux yeux verts étranges et au comportement qui l’est plus encore, et sa ville, Naples avec ses baisers de feu bien connus. Le fil conducteur est une initiation à la manière de jouer, de la mandoline bien entendu, pour accompagner une chanson d’amour et de désespoir rempli d’espérances, pour faire partager ces sentiments contradictoires face à l’être aimé.e. « Tu vas me faire souffrir mais comment t’échapper ? » Lire la suite

Milan, mélanges de noir et de rose

Alessandro Robecchi, qui n’a pas renié son passé – il fut « éditorialiste pour Il Manifesto -, dresse le portrait de Milan, une ville italienne considérée comme bourgeoise mais abrite des secrets redoutables. Il met en scène un de ces auteurs de téléréalité qui se pensent de gauche parce qu’ils analysent ce qu’ils proposent aux téléspectateurs comme de la merde mais qui font de larges audiences et eux gagnent beaucoup d’argent. Carlo Monterossi est de ceux là. Alessandro ne craint pas de se moquer de son personnage dont il souligne avec une verve sauvage et chargée de venin, tous les travers. Lire la suite

Le coin du polar coréen

Copieur ?

« Séoul Copycat » est un titre explicite. Séoul est le lieu où se déroule la scène, copycat signifie que le tueur en série copie les crimes commis par d’autres. Ici, le tueur est un policier qui ne supporte pas les crimes impunis faute de preuve et qui assassine de la même façon que l’assassin sorti libre ses victimes. Qui est-il ? C’est la question récurrente que va subir celui que la police nommera Lee Suyin – Suyin signifie prisonnier en coréen -, qui a perdu la mémoire et la vue dans un incendie criminel. Une mécanique bien huilée se constitue dans ce premier roman de Lee Jong-kwan, qui oblige le lecteur à suivre le déroulement de l’interrogatoire. Qui ment le plus ? Han Jisu, profileuse au service de Oh, chef de la police ou l’aveugle qui fait marcher son cerveau pour se comprendre et comprendre la situation ? Par un montage judicieux, il apparaîtra comme le Copycat et fera l’objet d’une réaction populaire violente. Le lecteur l’avait compris avant que l’auteur ne lui dise. Une manière de le satisfaire. Le retournement, logique après coup, le laisse heureux que la solution ne soit pas aussi simple que prévue. Lire la suite

Le coin du polar (octobre 2020)

Jeux de rôles meurtriers

L’Europe du Nord n’en finit pas de faire découvrir de nouveaux auteurs de polars souvent à la limite du thriller sans la mécanique du genre qui fait désespérer de l’écriture. Stefan Ahnhem est le dernier arrivé mais déjà il bat des records de vente, dans son pays, la Suède, et un peu aux États-Unis. « Moins 18° » est le dernier traduit en français. Une double enquête se déroulant des deux côtés du détroit d’Oresund séparant la Suède du Danemark avec une place particulière, on le comprendra, pour le ferry qui effectue la navette entre les deux rives. Le passage d’un pays à l’autre est un facteur d’extraterritorialité qui ouvre la porte à tous les excès en donnant un sentiment d’impunité. Lire la suite

Le coin du polar (août 2020)

Un retour en arrière

« Le mystère de la chambre bleue », qui n’a rien à voir avec la jaune, est une enquête de Louis Fronsac, un héros récurrent de Jean d’Aillon. Un notaire, fils de notaire qui exerce son métier de détective dans un environnement incertain, celui des intrigues de Richelieu – puis de Mazarin – sous les règnes de Louis XIII – l’auteur en donne un portrait plus nuancé que celui d’Alexandre Dumas – et du jeune Louis XIV. Lire la suite

Polar historique au pays des Cathares

1165 entre Carcassonne et Narbonne, pays de naissance des Bons Chrétiens qui ne s’appellent pas encore Cathares, nom qui leur sera donné par l’Église catholique pour désigner comme hérétiques. Ils sont nés en son propre sein et se reconnaissent par une lecture stricte des Évangiles en refusant l’apparat et la richesse dont se parent les dignitaires de cette Église apostolique et romaine. François-Henri Soulié met en évidence les différences de comportement tout en soulignant la contradiction de ces Bons Chrétiens refusant de créer des enfants dans l’enfer du monde. Lire la suite

Le coin du polar… coréen

La pub le dit, elle doit avoir ses raisons, que la raison sûrement ne connaît pas : le polar coréen prendrait la place du polar scandinave. Pourquoi cette exclusion en forme de guerre des polars ? Le polar est un tout en étant multiple. Signaler les points communs et les spécificités serait un travail intéressant et excitant.

Evitons donc les affrontements. Le monde du polar s’élargit chaque jour. Il serait incompréhensible d’exclure un style pour un autre. Il est de fait que chaque pays ou groupe de pays, construit par ses paysages, ses villes, son histoire, son contexte politique, des trames, des drames, des intrigues qui décrivent les tares de leur société. Il est loisible de chercher des références communes à ces sociétés. Le polar, en général, possède la faculté d’ouvrir la voie à plusieurs niveaux de compréhension et de dénonciation. Un auteur, une autrice qui n’a pas la capacité de se révolter n’écrit un polar mais un roman à l’eau de rose. Lire la suite

Le coin du polar (juin 2020)

Lovecraft en Noir

Le monde de Lovecraft fait partie du fantastique, univers de la terreur où n’importe quel objet peut se transformer menace et arme de destruction. Peuplé de créatures bizarres et de sorciers dotés de pouvoirs mystérieux, l’être humain doit sublimer ses fantasmes pour lutter et survivre.

« Lovecraft country », indique que la référence sera la création littéraire de cet auteur additionné d’autres évocations d’auteurs de science-fiction pour jeter ces germes dans les États-Unis de 1954, à Chicago et en faire l’intrigue d’une loge franc-maçonne africaine-américaine. Le racisme est ouvert surtout franchit les limites de la Ville, plus spécifiquement les frontières des deux ghettos. Un racisme assassin. Circuler pour les Noirs est déjà un univers fantastique. Le monde de Lovecraft, du coup, fait figure d’une peur moins grande que la peur quotidienne, que le simple fait de circuler. Lire la suite

Le coin du polar (mai 2020)

L’Amérique de Trump

Curieuse histoire que raconte Frédéric Andrei dans « La reine des putes », un titre qui attire l’attention mais aussi la détourne. Une histoire de San Francisco, de ces anciens hippies qui atteignent la cinquantaine et ne veulent pas abandonner les rêves de leur adolescence tout en tombant, une fois encore, dans l’amour. Une autre trajectoire rencontrera la précédente de laissés pour compte de cette société inégalitaire. Le tout synthétisé par deux figures de femme. La révolte est drainée par ces sociétés pétrolières qui exploitent le gaz de schiste responsables de dégâts durables sur l’environnement. Lecture essentielle qui guérit de toutes les publicités sur la nécessité d’explorer cette ressource. Le prix à payer est énorme non seulement sur les terres arables mais aussi sur la population.

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Le coin du polar (avril 2020)

Un cri de révolte

« Vanda », un prénom bizarre issu d’une chanteuse des années 1960, Wanda Jackson bien oubliée de nos jours, est une jeune femme, mère célibataire volontairement, femme de ménage dans un hôpital psychiatrique. Précaire, elle est variable d’ajustement de la rentabilité de l’établissement et sujette aux convocations de la DRH. Marion Brunet fait le constat de la brutalité des relations sociales et de travail comme de la situation de ces établissements laissés trop souvent à l’abandon par les gouvernements. La grève est la seule réponse possible. La manifestation est sauvagement réprimée. Portrait, surtout d’une féministe en butte à tous les préjugés, y compris celui de la paternité via son ancien amant qu’elle a quitté. Son fils, qu’elle a appelé Noé, serait-il la solution à la crise climatique qui exerce ses effets dans cette localité prés de Marseille ?


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Le risque géopolitique de l’éclatement du Moyen Orient. Le futur d’Israël ?

Alexandra Schwartzbrod s’est lancée dans un cycle consacré à Israël dans un avenir indéterminé. « Les lumières de Tel-Aviv » en est la dernière manifestation. Le mur, ouvrage de division voulu par « Bibi », veut séparer les Palestiniens des Israéliens, pour isoler, découper les villages palestiniens et empêcher la naissance d’un territoire qui pourrait servir de base à la définition d’un État séparé de celui d’Israël. Elle met en évidence la réalité. La négation des droits des Palestiniens, les sous citoyens que sont les Arabes israéliens et la domination, de plus en plus visible, de la corruption et de la religion via les petits partis qui pèsent dans les coalitions parlementaires. Le poids croissant de la mafia russe est une autre composante de l’Israël d’aujourd’hui. Lire la suite

Le coin du polar (février 2020)

Jean Meckert – Jean Amila pour la Série Noire – fait partie des grands auteurs de romans noirs. « Les coups », publié en 1940 a été salué par toute la critique à commencer par Queneau. « Nous avons les mains rouges », 7e volume de ses œuvres, met en scène, en 1947, un groupe de Résistants qui refuse les injustices et les profiteurs. Il se fait justicier en chassant les anciens collaborateurs. Un document, en même temps qu’un vrai polar, sur cette période troublée où tout semble possible alors que, déjà, s’éloignent les rêves d’un autre monde. Lire la suite

Le coin du polar (janvier 2020)

Une histoire des Etats-Unis : les sixties.

Les années 1960 sont des années de mort, l’assassinat de John Kennedy en 1963, celui de son frère, Robert le 6 juin 1968 et entre celui de Malcom X le 21 février 1965 et de Martin Luther King le 4 avril 1968 et de créations folles comme la musique soul, celle de James Brown d’abord et le free jazz qui cohabitent pour exprimer la rage, la colère contre cette société raciste et qui veut le rester. Malcom comme Luther King avaient compris le lien qu’il fallait faire pour le combat de classe et de race entre le politique, le social et la lutte contre la guerre du Viêt-Nam. Un programme qui dépassait les droits civiques pour les englober dans la mise en cause d’une société capitaliste embourbée dans la défense de ses intérêts particuliers. La ligne politique s’est incarnée dans le responsable du FBI, Edgar J. Hoover décrit dans toute sa plénitude par Clint Eastwood dans « Edgar J. ». Anti-communiste, raciste, homophobe – pourtant homosexuel -, le directeur du FBI faisait passer ses phobies avant la lutte contre le crime organisé. Lire la suite

Des cadeaux à (se) faire : poésie, polars, littérature, jazz

Le Père Noël n’est pas toujours nécessaire pour faire des cadeaux. Toutes les périodes de l’année sont propices. Par les temps qui courent – et vite – il est nécessaire de se référer plutôt à la Mère Noël, c’est plus sur. Les cadeaux les plus importants ne sont pas forcément les plus chers ni les plus en vue. Il faut toujours se méfier d’un produit, d’un bien qui plait immédiatement. Il vaut mieux viser le moins évident, le plus hermétique pour un cadeau qui durera.

Mais ne gâchons pas le plaisir. Celui d’offrir bien sur. Un bon moyen de lutter contre la dépression qui vous prend devant la profusion de marchandises. Un cadeau, ce peut être un livre de poèmes. Il faut savoir y penser. Lire la suite

Le coin du Polar (décembre 2019)

Polar historique

Paul Doherty, médiéviste dans le civil et auteur de plusieurs séries, nous entraîne avec ce nouveau « grand détective », Christopher Urswicke un peu aussi agent double, dans l’Angleterre de la Guerre des deux Roses, en mai 1471 pour le début de cette saga. Le personnage central est « La reine de l’ombre », titre de cette première enquête, soit Margaret Beaufort, mère du futur roi. L’ombre pour définir le pouvoir de cette femme qui met tout en œuvre pour sauver son fils et le faire accéder au trône. En 1471, les York triomphent dans le sang. Ils cherchent à supprimer tous les prétendants possibles qui pourraient mettre en cause leur légitimité et leur descendance. Lire la suite

Entre la fin et le début. Histoires noires de notre temps.

Portrait d’une Amérique profonde.

William Gray (1941-2012) est considéré, aux Etats-Unis comme le maître du « Southern Gothic », un genre qui mélange allégrement le noir avec des ingrédients tenant du grotesque ou du surréel venant en droite ligne de Faulkner et de ses personnages maléfiques dessinés par ce Sud des Etats-Unis toujours marqué par la guerre de Sécession. « Stoneburner » se partage en deux parties. « Thibodeaux », le nom de l’ami de Stoneburner, détective privé pour respecter les codes du roman noir, vit une drôle d’aventure, une sorte de rêve éveillé qui tourne au cauchemar et semble échappée à toute rationalité. La deuxième partie, « Stoneburner », vient apporter une apparence de raisonsà une épopée maudite. En arrière-fond le traumatisme de la guerre du Vietnam qui avait réuni les deux amis. Lire la suite

A l’Est que du nouveau

Du côté de Varsovie

Zygmun Miloszewski est salué, à juste raison à la lecture de « Te souviendras-tu de demain ? », comme un romancier qui compte. Il met en scène un couple de vieux amants mariés, Ludwik et Grazyna, vivant de nos jours à Varsovie. Par un miragemiraculeux, ils se trouvent reportés dans le temps, dans un Varsovie de 1963 sans rien perdre de leur mémoire de femme et d’homme de 80 ans. Le décalage est grand. Leurs souvenirs du temps de leur jeunesse ne leur servent pas totalement. La Pologne, Varsovie n’est pas tout à fait la même. Le pouvoir n’appartient pas au Parti Communiste qui se trouve dans l’opposition et offre, du coup, une alternative au pouvoir en place lié à la France. Les deux amants se perdront-ils totalement ? Rien n’est sur, l’incertitude reste le lot de tous les personnages qui tentent de surnager dans un univers décalé. L’uchronie, procédé à la mode – avec des « si », ce serait une autre Histoire – permet à l’auteur de dresser un portrait actuel de cet ville étrange qu’est Varsovie. Lire la suite

Spécial James Lee Burke

Dave Robicheaux, flic de Louisiane, est le personnage clé de l’œuvre de James Lee Burke, son double plus sans doute que ses autres personnages. Robicheaux c’est la Nouvelle-Orléans, sa corruption, ses ouragans – Katrina a laissé des traces durables – aussi sa musique bien sur, le jazz, le blues particulier de la Ville et sa générosité dans la violence et la sauvagerie. Burke a construit un personnage représentatif de la Ville, Clete Purcell.Trop pur, trop violent, alcoolique, remplit du sentiment naïf, évident de la fraternité.Un personnage entier qui ne fait la part de rien, loin de tout compromis. On aimerait le rencontrer. Il est possible de réaliser ce rêve entre les pages de ces romans de James Lee Burke. Lire la suite

Seules les plantes ont besoin de racines, tandis que les femmes et les hommes veulent se faire pousser des ailes

Pour S. et V.

La première fois que j’ai entendu parler d’Yitzak Litvak c’est à Nice dans un appartement situé non loin de l’hôtel où je logeais. Il était à la fois bien présent et pourtant déjà assassiné (« Ligoté, le corps du professeur Yitzhak Litvak gisait sur le lit défait », 1987). C’est la force de la littérature de permettre cette interpénétration des temporalités, comme par ailleurs l’activation de personnages en ressemblance non fortuites. Lire la suite

Découvrir William R. Burnett. Un auteur laissé pour compte mais qui compte

William R. Burnett, né à Springfield (Ohio), en 1899, a eu le choc de sa vie en arrivant à Chicago. La deuxième grande ville des Etats-Unis, la porte du Midwest, industrielle et corrompue, capitale de l’architecture mais aussi de la pègre dans les années 1920 – il arrive en 1927 -, années de la prohibition et de Al Capone. Le 18e amendement de la Constitution américaine interdisait de servir des boissons alcoolisées. Le mauvais alcool, Moonshine tel était son nom, proliférait, les fortunes aussi. Burnett, fort des travaux de l’école de sociologie de Chicago, mis en scène la Ville qui façonne les habitant-e-s et les formes d’intégration de ces populations rejetées, juive et italienne en particulier. Il écrira : « Je me sentais écrasé par sa taille, son grouillement, sa saleté, sa turbulence, sa vitalité frénétique. » Et c’est encore la sensation qu’elle donne sans oublier – et notre auteur ne l’oublie pas – le jazz. Lire la suite